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	<title>Le Panoptique &#187; itinérance</title>
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	<description>Perspectives sur les enjeux contemporains &#124; More Perspective on Current International Issues</description>
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		<title>Regards croisés de la rue</title>
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		<pubDate>Sat, 06 Mar 2010 19:52:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julie Robert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entrevues / Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Formats]]></category>
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		<description><![CDATA[Rencontre avec deux pairs-aidants venant en aide aux jeunes de la rue à différents niveaux Né d’un partenariat entre plusieurs organismes communautaires et publics – l’Anonyme, Cactus Montréal, CSSS Jeanne-Meance, Dans la rue, Dollard-Cormier et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Rencontre avec deux pairs-aidants venant en aide aux jeunes de la rue à différents niveaux</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Né d’un partenariat entre plusieurs organismes communautaires et publics – l’Anonyme, Cactus Montréal, CSSS Jeanne-Meance, Dans la rue, Dollard-Cormier et Plein Milieu – le Collectif d’intervention par les pairs vise à changer les comportements à risque chez les jeunes de la rue au centre ville de Montréal en les conduisant à l’adoption de comportements sécuritaires dans leur quotidien.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;entrevue en format audio:  </p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/dimitridf/2442347129/" target="new"><img title=" omen " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/mars2010/omen.jpg" alt=" omen " /></a><br />
dimitridf, <em> omen </em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Kim Heynemand et Marc-André Savory, font partie d’une équipe des six pairs-aidants &#8211; anciens jeunes de rue, âgés de 18 à 25 ans &#8211; qui travaillent au sein d’un organisme en collaboration avec un intervenant. Ils nous livrent un regard croisé sur leur expérience de la rue et leur engagement personnel qui vise à changer les préjugés envers les jeunes marginaux et les faire exister socialement aux yeux de la société.</p>
<p style="text-align: justify;">À sa création, le Collectif avait pour mission de prévenir la transmission des infections telles que le VIH et les autres ITSS <strong> </strong>(maladies sexuellement transmissibles).<strong> </strong> Ce projet ambitieux a vu le jour à la clinique des jeunes du CLSC des Faubourgs dans l’optique de prendre contact avec les jeunes en difficulté et existe depuis maintenant seize ans. Au fil du temps d’autres associations se sont greffées au projet, enrichissant les interventions comme la réduction des méfaits de l’utilisation des drogues injectables, l’amélioration du mode de vie et le soutien des jeunes de la rue. <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">La difficulté à joindre la population marginale itinérante a conduit le Collectif à « approcher la rue par la rue ». L’idée est venue de recruter d’anciens jeunes issus de la rue, de les former et les intégrer aux organismes communautaires afin de leur permettre d’œuvrer auprès de jeunes en détresse. Leur atout est d’atténuer l’incompréhension qui existe parfois entre les jeunes et les intervenants qui ne sont pas « passés par là ». Leurs histoires, leur familiarité avec le milieu leur permettent de pénétrer dans des lieux habituellement inaccessibles aux autres intervenants et de rejoindre des personnes qui sont déconnectées du réseau de la santé.</p>
<p style="text-align: justify;">Les pairs-aidants s’investissent à différents niveaux dans l’objectif de rejoindre les jeunes dans leur milieu. Kim oeuvre collectivement en organisant des événements ayant pour but de développer l’identité, la confiance en soi des jeunes. De son côté, Marc-André travaille quotidiennement à la construction de relations de soutien et d’écoute sur le terrain.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em> Rencontre avec Kim Heynemand, Paire-Aidante du Collectif (CSSS Jeanne-Mance) qui participe à l’organisation du Festival d’expression de la rue (FER) de Montréal.</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">À l’aube de l’organisation <strong><em> </em></strong>de la 14e édition du FER de cet été,<em> </em>Kim accorde une entrevue au Panoptique sur sa thématique : &laquo;&nbsp;marginalités&nbsp;&raquo;. Elle nous parle de l’organisation du festival, de l’objectif d’un tel événement et des populations auxquelles il s’adresse. Marquée par la vie de la rue, elle partage son expérience, nous explique son rôle au sein d’un organisme qui vient en aide aux jeunes marginaux et nous livre ses motivations.</p>
<p style="text-align: justify;">Pleins feux sur une jeune femme active et impliquée qui milite au quotidien contre les préjugés envers les personnes de la rue.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/zarbi/2076016308/" target="new"><img title=" A morning in the fog 2" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/mars2010/fog.jpg" alt=" A morning in the fog 2" /></a><br />
franck94, <em> A morning in the fog 2</em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>ENTREVUE </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Marc-André Savory est associé à l’organisme communautaire Plein Milieu. Il sillonne les rues du centre-ville à la rencontre des jeunes dans leur milieu. Il parle « d’intervention à bas seuil » ; pour lui tout le monde peut bénéficier de soutien et d’une écoute. Son travail de terrain s’élargit également au milieu scolaire ; avec des élèves du secondaire auprès desquels il fait des interventions.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Julie Robert : Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton quotidien en tant que travailleur de rue ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Marc-André Savory :</strong> «  J’arpente les rues en faisant un travail préventif, c’est à dire de la distribution de condoms et de matériel d’injection. Mon rôle est d’informer les jeunes de la rue en ciblant les trente ans et moins ; parmi eux des utilisateurs de drogues injectables, des jeunes touchés par la prostitution ou tout simplement en difficulté. L’information, l’accompagnement, l’écoute et la référence nous permettent de rejoindre ces groupes cibles. Il m’arrive de rester à discuter plusieurs heures avec une personne qui a besoin de soutien. Parfois on se contente d’un simple échange ou de récupérer les seringues usagées… Ma mission n’est pas de stopper leurs accoutumances mais de faire en sorte que les personnes fassent ça en toute sécurité.»</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.R. : Quelles sont les réactions des jeunes que tu rencontres ? Est-ce que le fait d’avoir vécu le milieu de la rue constitue un atout pour ton approche ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>M-A. S. : « </strong>Notre approche est basée sur la confiance. Notre rôle en tant que travailleur de rue va être dans un premier temps d’observer et de rendre notre présence habituelle. Le but est de les faire venir vers nous à travers différents moyens de communication. Cependant, certains restent renfermés et refusent toute forme d’aide. Il est indéniable que le fait d’avoir une expérience commune de la rue, qui est un milieu avec ses propres codes, est une force par rapport aux intervenants qui travaillent avec nous. Le fait d’avoir vécu dans le même milieu estompe plus rapidement la méfiance des jeunes marginaux à l’égard des pairs-aidants.</p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/dimitridf/2442299117/" target="new"><img title=" arbre " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/mars2010/arbre.jpg" alt=" arbre " /></a><br />
dimitridf, <em> arbre </em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><strong> J.R. Comment as-tu connu le Collectif intervention pour les pairs ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>M-A.S. :</strong> «  Par le bouche à oreille. J’ai été poussé par mes pairs qui ont pensé que j’avais le potentiel nécessaire et que c’était dans mon intérêt. Avant de devenir un pair, j’avais l’expérience de plusieurs emplois et je menais une vie stable depuis cinq ans. Mon arrivée dans le Collectif d’intervention n’a pas été un moyen de réinsertion, mais une réelle opportunité de bénéficier d’une expérience et de faire partager la mienne.»</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.R. :</strong> <strong> : Qu’est-ce qui t’anime dans ta mission?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>M-A.S. :</strong> « J’ai l’impression de pouvoir mettre à profit ma connaissance du milieu et des gens de la rue aussi bien auprès des gens que je connais, qu’auprès de ceux que je connais moins. Souvent les gens réalisent après un long moment que je suis entrain de travailler. C’est un point positif car un lien de confiance est déjà établi. Il est primordial pour moi d’adhérer aux valeurs de l’association, tout en m’impliquant dans des projets qui m’intéressent. Nos idées et nos visions sont prises en compte et mises en application par les personnes que nous rencontrons.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.R. : Quels sont les obstacles de ton travail de terrain ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>M-A.S. :</strong> « Les dangers avec la justice. Nous sommes en semi légalité dans la rue et il faut toujours être prudents. La cohabitation au sein de la population de la rue s’est beaucoup améliorée. Il y a quelques années, il y avait encore des épreuves d’ancienneté dans le but de tester les convictions du nouvel arrivant. Les populations auprès desquelles nous travaillons ne présentent pas de réel danger. Mais nous rencontrons quotidiennement des préjugés et ressentons parfois un sentiment de mise à l’écart.»</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.R. : Parle-nous de tes interventions en milieu scolaire. </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>M-A.S. :</strong> « J’anime des discussions sur les droits des jeunes et l’intégration au travail. Je les sensibilise au VIH, VHC (hépatite C) et aux autres maladies sexuellement transmissibles qui sont courantes chez la population que je rencontre.  Cette expérience a été très confrontante pour moi du au fait de me retrouver devant des jeunes dans un milieu institutionnel. Une opportunité pour moi de me réconcilier avec mes phobies; ça a été aussi thérapeutique pour moi que pour eux ! En effet il m’arrive de travailler avec des classes spéciales, avec des élèves agités ou qui sont sujets à des troubles du comportement. Au final, le message passe bien car je me démarque de par mon expérience et mon parcours; ils m’écoutent et semblent intéressés.»</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.R. : Si tu avais un message à faire passer ?<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>M-A.S. :</strong> « Prôner l’acceptation plutôt que l’abstinence ! En prônant l’abstinence, nous avons tendance à éloigner les gens ou les pousser à mentir. Il faut être réalistes et accepter leur situation et ne pas leur apporter plus de mal-être par notre vision que les méfaits, les préjugés et les discriminations que les gens subissent déjà. Si cette idée pouvait être généralisée à la société, cela engendrerait un changement certain.»<strong></strong></p>
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		<title>Agir ici et maintenant, portrait d’un artiste qui interpelle</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Oct 2009 07:29:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Olivia Bibollet-Bahena et Baptiste Godrie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Artiste et animateur aux multiples facettes, Jean-Pierre Lacroix possède une longue expérience d’intervention auprès de personnes marginalisées &#8211; jeunes en difficulté, personnes en situation d’itinérance et dites « à problèmes ». Il revient ici sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Artiste et animateur aux multiples facettes, Jean-Pierre Lacroix possède une longue expérience d’intervention auprès de personnes marginalisées &#8211; jeunes en difficulté, personnes en situation d’itinérance et dites « à problèmes ». Il revient ici sur son expérience de la marginalité au centre-ville de Montréal et les approches alternatives développées pour travailler avec et auprès de ces populations. Il revient également sur le rôle de la photographie et de l’art en lien avec les questions sociales.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/11223807@N04/3612728559/" target="new"><img title="Tibbs" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/octobre_2009/agir.jpg" alt="Tibbs" width="294" height="214" /></a><br />
Sam Leighton, <em>Tibbs</em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><em> </em><em>LePanoptique : Dans le numéro spécial de l’</em>Itinéraire<em> parut au mois de septembre qui célèbre le 15<sup>ème</sup> anniversaire du magazine, il y a une de tes photos les plus connues, celle d’une personne à la rue, allongée avec des sacs sur le corps prise en 2003. Elle s’intitule « L’erreur Montréal ». Pourquoi ce titre ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">Jean-Pierre Lacroix : C’est un jeu de mots avec « L’erreur boréale »<a href="#_ftn1">[1]</a>. Les gens se mobilisent pour l’environnement mais peu pour les personnes. Un toxicomane, un alcoolique, on va dire que c’est sa faute. Il y a des causes qui sont à la mode, mais il y a des combats urgents si on pense par exemple à des personnes qui meurent de faim. On peut agir ici et maintenant ! Puis si la photo peut sensibiliser, tant mieux.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LP : Quelle est ta conception de la photographie ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">JPL : Ma pratique de la photographie s’inscrit dans la perspective des arts communautaires. Ce sont des arts au service de la collectivité à la différence de l’art classique qui ne « sert à rien » ou qui n’a de valeur qu’esthétique. Je vois l’artiste comme un animateur qui doit soulever la participation. Une œuvre prend sa valeur car elle est un processus collectif qui sert autant à exprimer ses problèmes qu’à en sortir. Si l’œuvre est collective, personne ne peut se l’approprier : elle appartient à tous.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LP : Comment en es-tu venu à t’intéresser aux personnes en difficulté ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">JPL : J’ai commencé en photographie dans le secteur commercial. J’y ai travaillé jusqu’à ce que je ressente un vide et arrive à un cul-de-sac. Je me suis remis en question et me suis inscrit dans un certificat en Animation et recherche culturelle à l’UQAM. J’ai débuté auprès de jeunes de la rue. Devant leurs graffitis, je disais wow alors que certains pensaient qu’il fallait tout effacer. On pense que délinquant égal danger mais ce sont également des gens créatifs !</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai toujours éprouvé un attrait pour la marge, pour les gens qui ne rentrent pas dans les cases. Je pense souvent à la citation de Godard « la marge c’est ce qui tient la page ». Nous vivons tous dans la même bulle, le même monde. Mais tous les marginaux ne vivent pas la même réalité. Certains subissent une marginalisation, sont « tassés », alors que d’autres se marginalisent &#8211; si je pense aux <em>squeegees </em>qui détournent les usages sociaux des habits par exemple en s’habillant en militaire. Il y a aussi des « cas limites », quelques centaines peut-être, de personnes à la rue qui ne veulent rien savoir des services offerts. Heureusement, il y a des équipes qui travaillent en <em>outreach</em> comme l’Équipe Itinérance du centre-ville pour rejoindre ces gens-là et leurs offrir un service minimum, s’occuper des questions de santé. Ceux qui utilisent les services se concentrent dans le « triangle de la mendicité » : ils mangent à l’Accueil Bonneau le matin, vont quêter sur Ste-Catherine et retournent le soir à la Maison du Père ou à Old Brewery Mission pour s’en aller dormir. Je trouve qu’il y a peu de ressources d’hébergement pour ces personnes à Montréal. Et puis les horaires sont parfois contraignants. Par exemple, une personne qui veut coucher à la Maison du Père doit venir faire la file à 16 heures et manque une partie de sa journée pour quêter.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LP : Peux-tu nous parler d’un projet en particulier qui a associé personnes marginalisées et approche artistique ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai travaillé au Foyer des jeunes travailleurs et travailleuses de Montréal<a href="#_ftn2">[2]</a> qui offre des logements à coût modique avec support communautaire aux jeunes en difficulté afin de prévenir leur arrivée dans la rue. J’ai embarqué sur un programme de Jeunesse Canada qui visait à contrer le décrochage scolaire auprès de jeunes de 16 à 20 ans et qui avaient connu des problèmes de toxicomanie, d’itinérance, de délinquance, etc. Une sorte de dernier recours. Les jeunes embarquaient sur un projet artistique et recevaient une rémunération pour participer au programme sous réserve de participation. Avec eux, je fonctionne selon la théorie des petits pas. On se fixe un petit objectif, puis un autre, puis un autre. On leur a toujours dit qu’ils étaient bons à rien et il faut leur redonner progressivement confiance en eux. On leur a tout le temps dit quoi faire et ici je leur demandais ce qu’ils voulaient faire. Ils pouvaient gérer leur projet. Ils ont fini par monter une pièce de théâtre sur le décrochage scolaire. Je leur disais « c’est vous les experts sur ce sujet ». Nous avons fait 25 représentations dans des écoles de la Commission scolaire. Ils se sont fait confiance et nous avons même fait deux <em>shows</em> dans des écoles pour délinquants. Certains ont repris l’école et se sont dirigés vers des formations en mécanique automobile. Il y en avait un qui rêvait de devenir briqueteur. D’autres sont allés en coiffure, en esthétique… des métiers qui leur plaisaient. On parle souvent de décrochage mais pas de raccrochage.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LP : Nous sommes ici chez toi, dans une coopérative d’artistes située dans Centre-sud. Est-ce que tu peux nous parler de ce quartier ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">Centre-sud, c’est ma patrie d’adoption. C’est l’endroit où je réside, je fais mes courses, je travaille. Je reste dans une coopérative d’artistes en arts visuels et médiatiques. Petit à petit, j’ai commencé à prendre ce quartier en photo. Les gens du quartier ne reconnaissent pas les lieux sur les photos. Je prends le temps de voir les choses que les gens trop pressés ne voient pas. Des reflets sur une façade, des rainures dans le bois d’une porte… Mais chacun peut y lire ce qu’il y veut. Le message est dans l’œil du spectateur autant que dans celui du photographe. C’est un peu comme la misère. Les gens ne la voient pas ou font semblant de ne pas la voir car la déchéance dérange. C’est plus le <em>fun</em> de la voir à la télé. Si c’est à la télé, c’est vrai, ça existe.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Documentaire de Richard Desjardins.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> <a href="http://www.fjttm.org/">http://www.fjttm.org/</a></p>
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