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	<title>Le Panoptique &#187; Histoire/History</title>
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	<description>Perspectives sur les enjeux contemporains &#124; More Perspective on Current International Issues</description>
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		<title>Joan Scott et l&#8217;histoire des genres&#8230;</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Dec 2010 17:19:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Guillaume Marceau</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Dans un article paru d&#8217;abord en 1986 et qui a profondément transformé la perception de la discipline historique, Scott s’attaque à démystifier et théoriser le concept même de « genre » en tant qu&#8217;outil analytique, mais aussi en tant que simple mot. Ainsi, pour elle, les historiens et théoriciens n’ont pas encore assurément proposé de définition acceptable du concept des genres, ce qui crée une grande confusion dans son utilisation comme grille d’analyse. Souvent, les féministes remplacent le terme de « femme » dans leur titre par celui de « genre » afin de se donner une respectabilité, mais sans véritablement faire une histoire des genres. Scott préfère définitivement la confrontation des idées à la formulation d’une théorie unique des genres. Ainsi, elle espère qu’en utilisant l’outil analytique des genres dans la sphère de l’histoire politique, l’histoire ne pourra que bénéficier de plus d’éléments pour mieux comprendre la société.</p>
<p style="text-align: justify">Voici sa définition, tronquée par nos soins toutefois, du genre comme outil analytique : « My definition of gender has two parts and several subsets. […] gender is a constitutive element of social relationships based on perceived differences between the sexes, and gender is a primary way of signifying relationships of power. […] The point of new historical investigation is to disrupt the notion of fixity, to discover the nature of the debate or repression that leads to the appearance of timeless permanence in binary gender representation. This kind of analysis must include a notion of politics and reference to social institutions and organizations – the third aspect of gender relationships. »</p>
<p style="text-align: justify">Et vous, voyez-vous une différence entre histoire des femmes, histoire du féminisme et histoire des genres ? Et comment l&#8217;appliquer maintenant dans l&#8217;interprétation historique ?</p>
<p style="text-align: justify">Tiré de Joan Wallach Scott, &laquo;&nbsp;Gender: A Useful Category of Historical Analysis&nbsp;&raquo;, dans <em>Gender and the Politics of History, </em>New York, Columbia University Press, 1988, p. 28-50.</p>
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		<title>Présentation, essai, et erreur&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Jun 2010 19:11:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Guillaume Marceau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voilà… Je me lance dans l’écriture sous la forme du blogue, moi qui avait toujours honni ce type de diffusion médiatique, trop axé sur les opinions et l’égocentrisme. Ce que je propose donc ici sera [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Voilà…</p>
<p style="text-align: justify">Je me lance dans l’écriture sous la forme du blogue, moi qui avait toujours honni ce type de diffusion médiatique, trop axé sur les opinions et l’égocentrisme. Ce que je propose donc ici sera un peu différent des billets d’humeurs et de la ventilation d’ego trop souvent associée à cet exercice. Étant en pleine année d’examens de compréhension, qui implique la lecture de plus de 200 titres en 12 mois, j’ai ressenti le besoin d’expier le mal par le partage. Ce que je vais donc faire dans ce blogue est assez simple; une ou plusieurs citations, assorties de sa source et de quelques commentaires pour vous permettre d’apprécier certaines perles qui pimentent mes longues journées en solo à lire, lire, lire…</p>
<p style="text-align: justify">À vous de me nourrir et de me divertir par vos commentaires…</p>
<p style="text-align: justify">Voici, d’ailleurs, une citation qui me sert de mantra pour survivre au doctorat en Histoire :</p>
<p style="text-align: justify">« Mieux vaudrait apprendre à faire l&#8217;amour correctement que de s&#8217;abrutir sur un livre d&#8217;histoire ! » &#8211; Boris Vian</p>
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		<title>Molson et le Québec : bière, tradition et hockey</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Jan 2010 12:35:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marc Ouimet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Compte-rendus / Resumes]]></category>
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		<description><![CDATA[Le 4 décembre dernier, les Canadiens de Montréal célébraient leurs 100 ans bien sonnés, au terme d’une campagne de marketing qui en aura finalement lassé plusieurs tant elle fut longue. Quelques jours auparavant, les Molson [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le 4 décembre dernier, les Canadiens de Montréal célébraient leurs 100 ans bien sonnés, au terme d’une campagne de marketing qui en aura finalement lassé plusieurs tant elle fut longue. Quelques jours auparavant, les Molson – le jeune Geoffrey en tête – redevenaient officiellement propriétaires de l’équipe après une mise aux enchères quasi-surréaliste de celle-ci, en plein Centenaire, par l’ancien propriétaire George Gillett et qui lui aura rapporté près de 600 millions de dollars. Le contexte pouvait difficilement être plus favorable à l’historien Gilles Laporte, qui venait de publier, quelques semaines auparavant, une histoire de cette famille parmi les plus importantes, les plus implantées et les plus riches de Montréal et du Québec dans son ensemble.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/wallyg/3823553970/in/set-72157622122629426/" target="new"><img title=" Montréal - Downtown Montréal: Bell Centre - Place du Centenaire - Jean Béliveau " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/janvier2010/molson5.jpg" alt=" Montréal –  Downtown Montréal: Bell Centre –  Place du Centenaire –  Jean Béliveau " /></a><br />
Wally Gobetz, <em>Montréal -<br />
Downtown Montréal: Bell Centre -<br />
Place du Centenaire -<br />
Jean Béliveau </em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Professeur d’histoire au cégep du Vieux-Montréal, chargé de cours à l’UQÀM, bédéiste et développeur web, Gilles Laporte est également connu comme un animateur infatigable de l’histoire des Patriotes, lui qui gère le plus important site d’histoire sur le sujet et participe, à chaque année, à la tenue de la Journée des Patriotes. On ne se surprendra donc pas que Laporte ait, d’abord et avant tout, souhaité s’adresser au grand public à travers l’histoire d’une famille qui a fait fortune grâce à la consommation toute populaire d’une boisson – la bière, dont l’auteur retrace également l’histoire – solidement ancrée dans les mœurs québécoises.</p>
<p style="text-align: justify;">Organisé en une quarantaine de chapitres ne dépassant pas 6 pages, <em>Molson et le Québec</em><a href="#_edn1">[1]</a> est un livre d’une lecture facile et agréable qui restitue fort bien l’histoire de cette dynastie hors du commun et de son ancrage dans la société québécoise, et plus encore à Montréal. Chaque chapitre, qu’on peut lire « entre la deuxième et la troisième période » selon les dires de l’auteur, brosse ainsi un court portrait d’une facette de l’histoire des Molson, avec celle du Québec en trame de fond.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est ainsi fascinant de voir le parcours de John Molson, l’entrepreneur qui coupa dès son jeune âge les ponts avec son Angleterre natale pour s’installer à Montréal et fonder sa brasserie dans l’est de la ville, où elle se trouve toujours, à proximité des faubourgs francophones. Du développement des premières lignes de bateaux vapeurs aux premiers chemins de fer, en passant par la création de la Banque Molson et l’implication de la deuxième génération – particulièrement John jr. – dans la répression du soulèvement patriote, les Molson agissent comme des acteurs de premier plan du développement, et parfois aussi des tensions, du Québec du XIXe siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">Le tournant du XXe siècle voit, quant à lui, l’émergence des premiers athlètes de la famille, notamment Percival qui a donné son nom au stade de l’Université McGill qui héberge notamment les Alouettes de Montréal. L’éthique interne du clan Molson ne permettra cependant à aucun de ses membres de passer professionnel, à une époque où tout <em>gentlemen</em> ne pratique le sport que pour fortifier le corps et l’esprit. Reste que l’intérêt de la famille pour le sport, dont certains pour le hockey, s’affirme progressivement, alors que la publicité et le marketing deviennent bientôt indispensables pour assurer le succès de la brasserie, qui aura au passage fait une petite fortune en abreuvant les Américains assoiffés par la prohibition…</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/deniscollette/1960035724/" target="new"><img title=" Iced beer in my wild river!!!" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/janvier2010/molson1.jpg" alt=" Iced beer in my wild river!!!" /></a><br />
Denis Collette, <em>Iced beer in my wild river!!!</em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Voilà comment se mit en place, durant les années 1950, l’association entre les Molson et les Canadiens de Montréal, à une époque où le hockey devenait la passion des Canadiens français, notamment sous l’impulsion des exploits du Rocket – Maurice Richard – et du leadership du Roc de Gibraltar – Émile « Butch » Bouchard. C’est cependant Jean Béliveau que les Molson choisissent pour personnifier l’association entre le club de hockey et la compagnie, les Molson faisant d’ailleurs l’acquisition du Tricolore en 1957 et s’en servant dès lors comme plateforme promotionnelle, notamment grâce à la rediffusion des matchs lors de la<em> Soirée</em><em> du hockey Molson</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Il importe cependant de souligner que la relation des Molson aux francophones du Québec n’en fut pas toujours une d’amour et de fraternité. Ainsi, si les Molson participèrent à la répression des Patriotes, le Front de libération du Québec n’hésita pas à voir dans cette dynastie le visage de la domination anglo-saxonne, parlant du « chien à Molson » dans son célèbre manifeste.</p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs années plus tard, l’association renouvelée entre les Molson (et leur bière) et les Canadiens de Montréal (le club fut vendu puis racheté entre temps) allait se voir concurrencée par l’association entre O’Keefe et les Nordiques de Québec, les rivaux en affaires s’affrontant par adversaires interposés – et non moins rivaux – sur la glace, dans une métaphore toute québécoise.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que les Nordiques allaient déménager au Colorado en 1995 pour y devenir l’Avalanche et gagner la coupe Stanley à leur première année, les Molson allaient quant à eux se départir de 80 % des parts du Canadien au tournant des années 2000, George Gillett faisant l’acquisition du club grâce à un prêt gouvernemental et un investissement minime.</p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/givemenoise/2238164655/" target="new"><img title=" Beer in blue " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/janvier2010/molson2.jpg" alt=" Beer in blue " /></a><br />
Eric Michiels, <em>Beer in blue </em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Mis en vente en plein Centenaire, les Canadiens allaient finalement être rachetés par un consortium dirigé par les Molson de la nouvelle génération, leur retour à titre de propriétaires étant salué comme un retour à la tradition pour la Sainte-Flanelle. Signe révélateur de leur attachement à cette tradition, les nouveaux propriétaires allaient forcer le retrait du chandail d’Émile « Butch » Bouchard lors de la cérémonie du Centenaire (ainsi que celui d’Elmer Lach), un geste auquel s’était jusqu’alors refusée l’administration du Tricolore, et ce malgré la pression populaire en ce sens.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Histoire populaire et histoire savante</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au total, le livre de Gilles Laporte n’apprendra peut-être rien de « neuf » (d’un point de vue académique) à un historien spécialisé dans les XIXe et XXe siècles au Québec. Il sera cependant d’un intérêt certain pour toute autre personne (soit les 99 % restants de la population) désireuse d’en apprendre davantage sur l’histoire et la mentalité d’une famille des plus importantes et riches de Montréal et, plus largement encore, du Québec.</p>
<p style="text-align: justify;">En ce sens, <em>Molson et le Québec</em> remporte pleinement son pari de proposer au grand public une histoire fouillée et sérieuse, bien que parfois écrite avec un humour indéniable, d’un clan qui fascine et intrigue. Plus encore, il s’agit d’un des rares exemples d’une histoire écrite par un historien sans être nécessairement destinée aux cercles académiques. Ces derniers trouveront probablement inacceptable, selon leurs propres standards, l’absence de notes de bas de page, la brièveté des chapitres et le ton parfois ironique de Laporte.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’agit cependant de la force de l’auteur, qui a par ailleurs choisi de publier son livre chez un éditeur peu reconnu dans les milieux académiques. De fait, alors que les historiens académiques déplorent autant qu’ils peuvent la faible diffusion de l’histoire auprès du grand public et le fait que les livres qu’on retrouve généralement dans la section « Histoire » des librairies soient souvent écrits par des non-spécialistes (le plus souvent des journalistes), il s’avère extrêmement rare qu’un historien de métier daigne écrire ouvertement pour le grand public et dans un format qui lui soit accessible (tant par rapport à la structure de l’ouvrage qu’au niveau de langage utilisé).</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/wallyg/3872386305/ " target="new"><img title=" Montréal: Brasserie Molson and pont Jacques-Cartier " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/janvier2010/molson4.jpg" alt=" Montréal: Brasserie Molson and pont Jacques-Cartier " /></a><br />
Wally Gobetz, <em>Montréal: Brasserie Molson and<br />
pont Jacques-Cartier </em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Peut-être le fait que Gilles Laporte œuvre comme professeur de cégep et comme animateur lui donne-t-il une sensibilité et un intérêt en ce sens, et il ne peut qu’en être félicité. Il fait, à ce titre, partie des très rares historiens qui travaillent à rendre accessible une histoire trop souvent repliée sur elle-même dans le confort des départements universitaires<a href="#_edn2">[2]</a>. Si la recherche et le développement des connaissances comportent, certes, une valeur intrinsèque, l’histoire est cependant trop importante pour une société et pour sa mémoire pour n’être accessible qu’à un groupe restreint d’initiés.</p>
<p style="text-align: justify;">Le passé n’appartient pas qu’aux spécialistes et l’on ne peut que souhaiter que davantage d’historiens travaillent à le rendre accessible au plus grand nombre, sans pour autant perdre en rigueur (ce qui est souvent le cas des raccourcis que prennent les journalistes). Il s’agit, en un sens, d’un geste démocratique dont il importerait qu’il soit regardé avec davantage de respect par des spécialistes qui, s’ils font parfois avancer la connaissance (à coups de subventions gouvernementales, faut-il le mentionner), manquent souvent de l’humilité et de la générosité nécessaires pour redonner à la société le savoir dont ils sont les dépositaires érudits.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref1">[1]</a> Gilles LAPORTE, <em>Molson et le Québec</em>, Montréal, Michel Brûlé, 2009.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref2">[2]</a> Mis à part Gilles Laporte, mentionnons également Jacques Lacoursière et Denis Vaugeois dans le contexte de l’histoire du Québec. Sans rien enlever à la qualité de ces historiens, on voit qu’il s’agit d’un cercle des plus restreints.</p>
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		<title>Regards sur le 400e anniversaire de Québec</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Jun 2008 14:57:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marc Ouimet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’année 2008 marque le 400e anniversaire de la fondation de Québec et quiconque a suivi un tant soit peu l’actualité n’a certainement pas manqué de le remarquer. Les festivités sont multiformes, s’étendent sur la longueur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>L’année 2008 marque le 400e anniversaire de la fondation de Québec et quiconque a suivi un tant soit peu l’actualité n’a certainement pas manqué de le remarquer. Les festivités sont multiformes, s’étendent sur la longueur de l’année et ont par ailleurs alimenté de nombreuses controverses. Visiblement, les commémorations en disent au moins autant sur l’état actuel des tensions d’une société que sur son histoire. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" Primitive Memories" src=" http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/30/hist.jpg" alt=" Primitive Memories" /><br />
Steve Jurvetson, <em> Primitive Memories</em>, 2005<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Les commémorations ont ceci de particulièrement intéressant, pour quiconque cultive un regard historien et critique, qu’elles permettent d’entrevoir le rapport qu’une société entretient avec son passé, notamment ses mythes fondateurs. La commémoration d’une fondation est l’occasion de célébrer une représentation stylisée et partagée de l’histoire, une représentation touchant souvent davantage à la mémoire collective et aux dynamiques politiques contemporaines qu’au fait historique avéré. L’oubli est ici constitutif de la construction unitaire d’une mémoire<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#r1"><sup>1</sup></a><a name="t1"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Les fêtes du 400e anniversaire de Québec n’y font pas exception, bien au contraire. Elles présentent plutôt un portrait assez riche de tensions et de polémiques, le tout dans un contexte de relative crise identitaire et culturelle de la société québécoise (cf. la commission sur les accommodements raisonnables). Que célèbre-t-on exactement cette année? La fondation d’une ville, prenant de surcroît la place d’une autre (amérindienne donc «oubliable»)? La fondation d’une colonie? D’un pays? L’acte fondateur d’une nation?</p>
<p style="text-align: justify;">Comprendre une commémoration implique de se plonger dans l’imaginaire collectif qui l’alimente, dans des dynamiques mémorielles plurielles et contradictoires qui sont plus souvent qu’à leur tour instrumentalisées. La démarche historienne ne sert pas tant ici à restituer un événement qu’à déchiffrer une toile de fond.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La  mémoire collective: constructions et déclinaisons</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La commémoration se pose comme un moment de la vie sociale où est mobilisé l’espace public d’une société afin de célébrer un événement participant de l’identité collective. En ce sens, l’événement fondateur en question relève d’une mémoire collective constituée à la fois d’une construction officielle<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#r2"><sup>2</sup></a><a name="t2"></a> et d’une conscience partagée de façon individuelle par l’ensemble des membres  de cette collectivité.</p>
<p style="text-align: justify;">La mémoire se pose ainsi comme un continuum entre passé, présent et futur. Elle structure le rapport au monde de l’individu comme elle définit l’identité d’un groupe et, <em>a fortiori</em>, d’une nation. En ce sens, la mémoire comporte une fonction auto-légitimante pour une collectivité: elle produit un récit commun auquel les individus peuvent se rattacher, à partir duquel ils peuvent se concevoir et se positionner face aux autres collectivités. De fait, elle est indissociable de l’identité culturelle et du lien social:</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p>La mémoire collective devient ainsi une forme essentielle du lien social, elle instaure un dialogue entre [sic] individus et les générations: elle est un lieu symbolique de rassemblement où les membres du groupe se réunissent pour reconnaître leur appartenance commune à une histoire, à un récit commun, celui des origines<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#r3"><sup>3</sup></a><a name="t3"></a>.</p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Bien qu’elle découle de l’histoire, la mémoire s’en démarque par sa portée et sa signification sociales. Une mémoire est transmise autant que construite et touche intimement à tous les membres d’une collectivité. Elle est souvent émotive, voire patriotique, et est en ce sens entretenue par différents acteurs politiques qui l’instrumentalisent en fonction de leurs intérêts particuliers. Plus encore, la mémoire collective comporte son lot d’oubli, somme toute nécessaire à l’élaboration d’une construction identitaire unitaire.</p>
<p style="text-align: justify;">La commémoration se pose donc comme un lieu par excellence de transmission et de construction de la mémoire collective, et participe ainsi «d’un processus parallèle d’invention du politique, de la nation en l’occurrence<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#r4"><sup>4</sup></a><a name="t4"></a>».</p>
<p style="text-align: justify;">En tant que rite, la commémoration comporte une fonction communautaire, cherchant à émettre et à faire valoir un consensus autour des représentations véhiculées. Elle comporte également une fonction performative qui cherche à imposer une vision du passé et de l’identité, sinon de l’ordre social, par sa mise en scène.</p>
<p style="text-align: justify;">Devant ce «théâtre du politique», le rôle de l’histoire apparaît comme en étant un de mise en perspective du passé, de restitution critique vis-à-vis de sa mise en abyme mémorielle. L’histoire sert ici à décoder la construction commémorative, à restituer les tensions inhérentes du passé qui sont laminées dans la constitution unitaire d’une mémoire commune.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Regards  sur Québec 2008 </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le spectacle qu’offrent les festivités du 400e anniversaire de la fondation de Québec a, au vu de ces considérations, de quoi laisser perplexe. Leur organisation a d’abord été marquée par un certain fouillis au niveau de l’administration, la direction prenant parfois des airs de chaise musicale. Puis est venue l’histoire de la fresque que le fédéral a voulu ériger en l’honneur des capitales canadiennes, dont Québec, ce qui n’a pas manqué de susciter une levée de boucliers dans les milieux nationalistes. Le comité organisateur a aussi refusé, avant de se raviser plus tard sous une nouvelle slave de critiques, de financer les fêtes de la Saint-Jean-Baptiste, qu’il jugeait trop politisées. Autre tuile, le premier ministre Harper a refusé aux organisateurs de faire passer une invitation à la reine, une initiative qui avait également suscité une critique nationaliste aiguisée. Dernier refus: celui du Pape de faire une visite en juin à l’occasion du Congrès eucharistique.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
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<p style="text-align: justify;">Comme pouvaient le laisser présager ces signaux, les festivités entourant la fondation de Québec s’avèrent non seulement dépolitisées, mais on peine même à y trouver un lien assumé avec l’histoire. Tout d’abord, c’est bien la ville de Québec et elle seule qui est fêtée, oblitérant de la sorte l’importance symbolique que peut représenter la fondation de la capitale nationale du seul État francophone d’Amérique pour le peuple qui l’habite.</p>
<p style="text-align: justify;">L’histoire de Québec portant d’autre part l’odieux de la Conquête, son côté conflictuel est lui-même évacué, des «tableaux» et «fresques» suggérant au spectateur une vision consensuelle et édulcorée d’une «ville lieu de rencontres et de métissages»<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#r5"><sup>5</sup></a><a name="t5"></a>. Même Samuel de Champlain, pourtant le fondateur officiel et révéré, se trouve pratiquement absent du programme, sinon que dans un rare atelier animé par des historiens, dont on a d’ailleurs peu sollicité le travail dans tout le processus<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#r6"><sup>6</sup></a><a name="t6"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Les festivités s’étendent ainsi sur dix mois, ce qui tranche d’autant avec celles du 300e de 1908 ou, encore, celles entourant le 450e anniversaire de la première traversée de Jacques Cartier en 1984, qui se concentrèrent chacune dans les deux semaines entourant la fête de la Saint-Jean et celle du Canada. La volonté affichée d’éviter toute politisation du discours tranche encore davantage avec le ton de celles de 1908, dont c’était la raison d’être<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#r7"><sup>7</sup></a><a name="t7"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Autant le contexte politique de 2008 peut paraître baigné d’un certain malaise identitaire et d’une certaine lassitude politique<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#r8"><sup>8</sup></a><a name="t8"></a>, autant celui de 1908 fut marqué d’un impérialisme britannique triomphant, illustré par la visite du Prince de Galles et de nombreux navires de la Marine. Conséquemment, le recours à l’histoire au sein de la commémoration s’y fait selon des modes quasi opposés.</p>
<p style="text-align: justify;">Les festivités du 300e offrent un portrait de Québec reposant sur la continuité historique de la construction d’une capitale fondatrice du Canada<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#r9"><sup>9</sup></a><a name="t9"></a>. Cette vision s’illustre par exemple sur la médaille-souvenir des fêtes qui met en scène deux muses (l’une tenant un écusson de lys et l’autre un écusson de roses) et portant l’inscription suivante: «Dieu aidant l’œuvre de Champlain, née sous les lys a grandi sous les roses».</p>
<p style="text-align: justify;">Le Canada est alors encore un Dominion de l’empire britannique qui n’a pas encore connu la Guerre mondiale. Il est un jeune pays en pleine expansion et l’anniversaire de la fondation de Québec apparaît comme une occasion unique de faire valoir l’unité et la force de sa construction politique. Chaque acteur de l’histoire, autochtone, français ou anglais, participe de l’harmonieuse construction du pays. Le passé y est alors rejoué sous forme de fresques monumentales, regroupant des milliers de figurants faisant revivre différents épisodes de l’histoire et participant de l’identité collective. Une intense production de documents et d’objets commémoratifs vient appuyer la mise en scène de l’histoire, qui démontre la grandeur et la vaillance du pays. Afin de ménager la susceptibilité des Canadiens français, une large place est laissée au Régime français, en prenant soin cependant d’évacuer tout aspect de conflit avec le Régime anglais, la Conquête devenant alors une étape du <em>nation building</em> canadien.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien qu’il soit difficile de porter un regard d’ensemble sur des festivités dont plusieurs manifestations restent encore à venir, il est tout de même notable de constater la perspective très différente offerte par le 400e en regard du 300e. Pas de <em>nation building</em> en vue, ni même de filiation assumée avec un passé clairement défini. Plutôt une volonté de dépolitisation complète, une vision axée sur le patrimoine, mais évitant les tensions du contexte historique l’ayant constitué.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi l’empressement unanime des acteurs politiques du Québec à appeler à la reconstruction presque immédiate du manège militaire après son incendie, invoquant la perte d’un important morceau de patrimoine. Et quelques observateurs de se réjouir, en contrepartie, de la disparition d’un symbole de la domination militaire anglo-saxonne, les canons dudit manège étant pointés symboliquement vers le Parlement<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#r10"><sup>10</sup></a><a name="t10"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est que, la commémoration étant un exercice à la fois collectif et participant du politique au sens large, il est inévitable qu’une telle occasion suscite une réflexion critique qui défie parfois le discours officiel, alors que peuvent également survenir des revirements au sein même des acteurs politiques traditionnels.</p>
<p style="text-align: justify;">À cet égard, il est intéressant de constater que le président Sarkozy ait annoncé qu’il profitera de son voyage au Québec dans le cadre des festivités pour mettre de l’avant une nouvelle approche vis-à-vis du Québec et du Canada, au profit de ce dernier<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#r11"><sup>11</sup></a><a name="t11"></a>. Dans le même ordre d’idées, le refus du Pape de visiter le Québec illustre également le peu de place que celui-ci occupe maintenant dans les préoccupations vaticanes, ce qui tranche d’avec la situation de 1908, alors que le Pape avait officialisé le patronage de saint Jean-Baptiste pour les Canadiens français, et représente bien le désintéressement religieux de la société québécoise depuis plus de 40 ans<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#r12"><sup>12</sup></a><a name="t12"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">La suite des choses reste à voir et l’approche de la fête nationale laisse présager une appropriation davantage nationaliste et critique de cet anniversaire de Québec. Même si la Saint-Jean tend elle-même à une dépolitisation croissante depuis plus de 10 ans, elle comporte cependant un vieux fond de subversion et un visage politique irréductibles à la volonté <em>nivelante</em> des comités organisateurs. Peut-être sera-t-elle l’occasion de réfléchir de façon plus probante le rapport de la société québécoise à son histoire. Dans le cas contraire, ce sera une fête de plus, car au fond, que reste-t-il à faire d’autre que fêter pour fêter quand on ne possède plus la capacité de se réfléchir dans le temps et face à autrui?   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#t1">1.</a><a name="r1"></a> Dans la même veine, voir l’article de Simon Chavarie, «L’anti-histoire des minutes Historica», dans l’édition d’avril 2008 du <em>Panoptique</em>.  Pour une réflexion des plus monumentales sur la question de la mémoire et de  l’oubli, voir Paul RICOEUR, <em>La mémoire,  l’histoire, l’oubli</em>, Paris, Seuil, 2000.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#t2">2.</a><a name="r2"></a> Principalement  par les instances politiques, relayées ensuite par le système d’éducation.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#t3">3.</a><a name="r3"></a> Kathia  MALAUSSENA, <em>Essai d’archéologie comparée  des commémorations nationales anglaises, françaises et québécoises (1980-2000)</em>,  thèse de doctorat, Université Laval et Université de Paris XIII, 2000, p. 59.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#t4">4.</a><a name="r4"></a> <em>Ibid</em>., p. 59.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#t5">5.</a><a name="r5"></a> Par exemple, lors du spectacle d’ouverture des festivités qui prit place le 31 décembre 2007 au soir.  Cf. isabelle PORTER et Patrick CAUX, «Coup d’envoi du 400e de Québec: un ratage historique», <em>Le Devoir</em>, 3 janvier  2008. Voir également le document de présentation du comité organisateur,  disponible à l’adresse suivante: &lt;<a href="http://monquebec2008.sympatico.msn.ca/UserFiles/File/Brochure%20histoire%20400e.pdf">http://monquebec2008.sympatico.msn.ca/UserFiles/File/Brochure%20histoire%20400e.pdf</a>&gt;<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#t6">6.</a><a name="r6"></a> Isabelle  PORTER, «400e: la fête d’abord», <em>Le  Devoir</em>, 29-30 décembre 2007.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#t7">7.</a><a name="r7"></a> Cf. H. V.  NELLES, <em>L’histoire spectacle. Le cas du  tricentenaire de Québec</em>, traduit de l’anglais par Hélène Paré, Montréal,  Boréal, 2003 (1999 pour l’édition originale).<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#t8">8.</a><a name="r8"></a> L’affaire de la commission sur les accommodements raisonnables a déjà été évoquée, à laquelle s’ajoute, entre autres exemples, la grogne de la frange la plus campée du mouvement indépendantiste envers la réorientation du Parti Québécois sous la gouverne de Pauline Marois et qui a mené à la création du Parti Indépendantiste au cours des derniers mois.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#t9">9.</a><a name="r9"></a> Cette vision n’a pas vraiment évolué à Ottawa, alors que le premier ministre Harper clame tout haut que la fondation du Canada remonte non seulement à la fondation de Québec, mais également aux premières explorations anglaises et françaises, Henri VIII et François 1er devenant soudainement les pères de la Confédération. On nage alors en plein processus permanent de fondation. Sans aller aussi loin, le premier ministre Charest endosse cependant lui aussi cette idée que la fondation de Québec fut l’acte fondateur du Canada. Au moins, nous savons maintenant pourquoi personne parmi la classe politique ne parle de la fondation <em>du</em> Québec, qui est pourtant maintenant officiellement reconnu comme une nation, mais semble cependant tombée des nues. Cf. Robert DUTRISAC et Isabelle PORTER, «Le 400e de Québec en France – Le gouvernement Charest joue les seconds rôles sans se plaindre», <em>Le Devoir</em>, 6 mai 2008, et  Robert DUTRISAC et Christian   RIOUX, «Jean Charest récrit l’histoire», <em>Le Devoir</em>, 8 mai 2008.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#t10">10.</a><a name="r10"></a> Voir par  exemple les articles et lettres suivants, tirés du journal <em>Le Devoir</em>:, Renald TREMBLAY, «Un symbole de domination», 11 avril 2008, Jacques SAINT-CYR, «Manège militaire: choisir la vie, pas la conservation», 9 avril 2008, BIZ (membre du groupe Loco Locass), «400e anniversaire de Québec &#8211; La célébration de l&#8217;aliénation québécoise», 22-23 décembre 2007.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#t11">11.</a><a name="r11"></a> Cf. Antoine ROBITAILLE, «2008 La doctrine du &laquo;&nbsp;ni-ni&nbsp;&raquo; n&#8217;est plus &#8211; La France préfère parler de &laquo;&nbsp;relations directes et privilégiées&nbsp;&raquo;», <em>Le Devoir</em>, 17 avril 2008. Sarkozy entretenant des liens avec Paul Desmarais, lui-même très proche du Parti libéral du Canada, il est clair que ce changement d’attitude (envers la doctrine de non-ingérence, non-indifférence) de la France ira dans le sens d’un éloignement des aspirations nationalistes du Québec. Rappelons que le général De Gaulle avait lui-même profité d’une telle occasion pour poser un geste politique d’importance (quoique dans le sens inverse) dans une scène qui marqua la mémoire collective des Québécois.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=396&amp;theme=histoire#t12">12.</a><a name="r12"></a> Il est indéniable que ce désintéressement se double d’un inconfort persistant qu’illustre très bien le sentiment répandu d’aversion envers l’Église, ainsi que le rapport parfois difficile aux pratiques d’autres religions comme l’islam. De même, bien que des efforts soient fais dans le sens de l’éducation à la diversité religieuse, ce programme suscite lui-même de nombreuses critiques et prend place dans un contexte marqué par la polémique sur les accommodements raisonnables, qui connut son lot de débordements xénophobes.</p>
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		<title>La démesure amoureuse: à propos de O Révolutions de Mark Z. Danieleweski</title>
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		<pubDate>Thu, 01 May 2008 15:10:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrice Vibert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de fond / Long articles]]></category>
		<category><![CDATA[Arts et littérature / Arts and literature]]></category>
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		<description><![CDATA[O Révolutions, paru en 2007, est le deuxième ouvrage de l&#8217;écrivain américain Mark Z. Danieleweski, après La maison des feuilles, paru en 2002. Dans les deux cas, le traducteur Claro et la maison d&#8217;édition Denoël [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>O Révolutions</em><strong>, paru en 2007, est le deuxième ouvrage de  l&#8217;écrivain américain Mark Z. Danieleweski, après <em>La maison des feuilles</em>, paru en 2002. Dans les deux cas, le traducteur Claro et la maison d&#8217;édition Denoël se sont soumis à un défi à la fois stylistique et typographique. Le dernier roman se présente sous la forme de deux monologues versifiés qui ne cessent de se compléter et de se séparer. L&#8217;auteur s&#8217;inspire explicitement du couple shakespearien Roméo et Juliette afin d&#8217;élaborer un composé de récit de voyage et de roman d&#8217;initiation. Par ce mélange et par la démesure de la composition formelle de l&#8217;ouvrage, Danieleweski réussit à exprimer le caractère excessif de l&#8217;amour que se portent les deux personnages. Le lecteur est mis devant l&#8217;impossibilité d&#8217;appréhender l&#8217;ensemble des contraintes formelles imposées à la narration, à moins d&#8217;oublier cette dernière. Le texte fascine par la correspondance entre l&#8217;excès des exigences matérielles imposées au livre, l&#8217;excès de la passion amoureuse des deux personnages et de la violence du monde qu&#8217;ils traversent, et l&#8217;excès de formalisme qui structure le récit.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" Love Hunt" src=" http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/28/al_revolution.jpg" alt=" Love Hunt" /><br />
Madmetal, <em> Love Hunt</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Si une première lecture de <em>O Révolutions</em> est nécessairement déroutante, c&#8217;est que ce livre semble obéir à deux exigences contradictoires. Il est soumis à une mise en forme, à une structure rigide, imposante en tant qu&#8217;elle s&#8217;impose à la fois au texte et au lecteur qui regarde le texte avant même de le lire. Pourtant, l&#8217;acte de lecture ouvre le torrent de l&#8217;histoire du couple Sam-Hailey et de l&#8217;histoire collective. La démesure formelle de l&#8217;ouvrage donne un cadre d&#8217;expression à la démesure de ces histoires. À moins de considérer la réunion de ces contraintes (l&#8217;imposition de la forme et le flux narratif) comme un défi purement technique que se serait lancé l&#8217;écrivain Mark Z. Danieleweski, il faut supposer que chacune d&#8217;entre elles est la condition de l&#8217;autre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un formalisme démesuré</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La structure de <em>O Révolutions</em> est tout d&#8217;abord visuelle. L&#8217;ouvrage est composé de deux fois 360 pages. En effet, on peut le lire des deux côtés, chaque page comportant deux textes inversés l&#8217;un par rapport à l&#8217;autre. Un côté contient le monologue de Sam et l&#8217;autre, celui de Hailey. Cependant, si les deux textes se répondent, ils ne se complètent pas. Il s&#8217;agit bien d&#8217;histoires différentes, malgré toutes leurs similitudes. Cependant, chaque chapitre étant composé de huit pages, l&#8217;auteur lui-même nous conseille de retourner le livre à la fin de chaque chapitre pour lire dans l&#8217;autre histoire le chapitre correspondant. De plus, pour chaque moitié de page, il y a deux colonnes distinctes. L&#8217;une est celle du récit en lui-même, alors que l&#8217;autre nous livre des faits historiques en suivant une chronologie relative à notre modernité (de 1863 à 2063). Ainsi, la lecture de l&#8217;ouvrage est en elle-même une gymnastique visuelle et une manipulation régulière.</p>
<p style="text-align: justify;">En réalité, il est tentant de fragmenter la lecture de l&#8217;ouvrage, c&#8217;est-à-dire d&#8217;abandonner très vite le va-et-vient entre le récit et la chronologie, celle-ci n&#8217;ayant pas de liens manifestes avec la narration elle-même, et de lire en continu l&#8217;une des deux histoires puis l&#8217;autre. Cette déconstruction de la structure voulue par l&#8217;auteur aboutit à une conséquence paradoxale: elle détruit, en partie, le caractère chaotique, foisonnant, excessif du texte. C&#8217;est sous l&#8217;effet de la contrainte structurelle que le récit implose. Cependant, la quasi-impossibilité pour le lecteur de prendre en compte toutes les contraintes de lecture lui assure une certaine liberté. À condition de lire au moins un des deux monologues qui se correspondent par chapitre, il peut suivre le déroulement de l&#8217;histoire et choisir les autres éléments auxquels il va s&#8217;intéresser.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette implosion, ce flux du récit ne peut être détaché de l&#8217;écriture elle-même. Elle utilise toutes les découvertes de la littérature moderne: destruction de la grammaticalité de la phrase, néologismes, mise en avant de la matérialité du mot&#8230; Cette écriture participe aux deux thèmes de <em>O  Révolutions </em>puisqu&#8217;il s&#8217;agit à la fois d&#8217;une guerre et d&#8217;un rapport amoureux avec la langue. Elle est ici en guerre contre une parole esclave du «service des biens», parole qualifiée par Mallarmé d&#8217;«universel <em>reportage</em><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#r1"><sup>1</sup></a><a name="t1"></a>» et comparée à l&#8217;acte «de mettre dans  la main d&#8217;autrui en silence une pièce de monnaie<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#r2"><sup>2</sup></a><a name="t2"></a>». Il faut donc détruire cette langue pour la rendre homogène à la démesure de l&#8217;amour et de la guerre, bien que l&#8217;écriture de <em>O Révolutions</em> révèle un rapport amoureux, charnel avec elle. Si la langue est détruite en tant que norme, la structure sonore et visuelle de l&#8217;ouvrage en constitue une véritable re-création: elle est devenue la langue de Sam et Hailey. C&#8217;est ce qui les unit malgré leur séparation irréductible à la fois dans la narration et dans la matérialité de l&#8217;ouvrage.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une passion amoureuse confrontée à l&#8217;Histoire</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;amour de Sam envers Hailey. L&#8217;amour de Hailey envers Sam. Il est impossible de parler de l&#8217;amour de Sam et de Hailey. La structure même du livre nous indique qu&#8217;ils sont séparés à jamais. Ils se situent par un siècle d&#8217;intervalle puisque le récit centré sur Sam commence en 1863 pour finir en 1963, alors que l&#8217;autre va de 1963 à 2063. Les événements historiques indiqués dans l&#8217;ouvrage s&#8217;arrêtent en 2004, durant la guerre contre l&#8217;Irak. 1863: guerre de Sécession. 1963: guerre froide, guerre du Vietnam. La révolution ici n&#8217;est pas un re-commencement mais un retour à l&#8217;étape initiale. La démocratie Sam-Hailey<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#r3"><sup>3</sup></a><a name="t3"></a> ne survivra pas à la tempête de l&#8217;Histoire. Les deux personnages voudront vivre dans une égalité et une fraternité absolues. Pourtant, leur parcours les sépare l&#8217;un de l&#8217;autre, de la même manière que la composition de l&#8217;ouvrage sépare leur monologue respectif. Leur démocratie se termine donc par un échec. Ce dernier transparaît lui aussi dans l&#8217;aspect visuel du texte. En effet, la taille des caractères diminue avec le passage des chapitres, comme si l&#8217;exaltation du début cédait peu à peu la place à l&#8217;épuisement, à la désillusion et finalement au silence.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce double récit de voyage<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#r4"><sup>4</sup></a><a name="t4"></a> à travers les États-Unis symbolise à la fois le flux de l&#8217;Histoire et le flux de la passion amoureuse dans tout ce qu&#8217;ils ont d&#8217;excessif. Le monde traversé par Sam et Hailey est cruel. Ils doivent tout endurer pour leur amour. Les guerres et les crimes ne finissent jamais. Mais leur amour est la condition de leur liberté. L&#8217;extrême dépendance qu&#8217;ils ressentent l&#8217;un par rapport à l&#8217;autre est ce qui leur permet une totale indifférence à ce qu&#8217;ils vivent. Pourtant, c&#8217;est d&#8217;une certaine manière à cause de leur amour qu&#8217;ils vont mourir. Cette cruauté et cet amour excèdent le «service des biens<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#r5"><sup>5</sup></a><a name="t5"></a>»  qui définit la morale utilitaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Si le récit d&#8217;un couple d&#8217;amoureux brisé par l&#8217;Histoire est un stéréotype qui participe à l&#8217;aspect formel de l&#8217;ouvrage, il n&#8217;est pas instrumentalisé par l&#8217;auteur à des fins purement techniques. Au contraire, l&#8217;amour qui jaillit simultanément de Sam et de Hailey a en même temps une dimension cosmique, leur permettant de communier avec la nature, et une dimension purement égotiste, puisque cet amour est pour chacun une réalisation de soi. Cette double dimension correspond à la structure même du livre. La dimension cosmique doit être mise en parallèle avec l&#8217;articulation du monologue de chaque personnage avec l&#8217;Histoire collective, alors que la dimension égotiste répond à la séparation matérielle entre les deux monologues. L&#8217;Histoire collective ne sert pas simplement de toile de fond objective aux monologues des deux subjectivités. S&#8217;il s&#8217;agit ici d&#8217;un récit de voyage, la chronologie indique que ce  dernier est autant un voyage dans le temps, dans l&#8217;Histoire, que dans l&#8217;espace. Dans sa dimension cosmique, l&#8217;amourpermet aux deux personnages de communier avec la nature et dans le même mouvement de communier avec un nouveau langage.</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p>«La scission d&#8217;Avril  mijote combes arides &amp;<br />
bassins sauvages de<br />
<strong>Réglisses &amp; Lilas.</strong><br />
<em>-Tu es notre fin</em>, grince le <strong>Cirse</strong>.<br />
Mes doits claquent<br />
<strong>Menthes &amp; Cataires</strong>. Les<br />
glaciers flaquent.<br />
C&#8217;est un début.<br />
Les <strong>Lis</strong> jubilent mon  printemps.<br />
Les <strong>Pavots</strong> jouissent en fleur.<br />
Je suis un nouvel  effroi<br />
ici-bas: pluie  d&#8217;éboulis, terribles torrents<br />
Tranquille.<br />
Moi.<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#r6"><sup>6</sup></a><a name="t6"></a></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Le flot des néologismes et des mots-valises conduit à privilégier la lecture à haute voix. C&#8217;est en effet de la répétition des sonorités, dans leur structuration que le sens réapparaît. Il faut donc redonner corps au récit grâce à la voix pour que celui-ci nous ouvre un accès jusqu&#8217;à lui. Si Sam et Hailey peuvent communiquer avec le monde animal et végétal, c&#8217;est parce que le langage, leur langage s&#8217;est étendu hors de la sphère de l&#8217;humain. Pourtant, il ne s&#8217;agit pas ici d&#8217;une dépersonnalisation. Dans les deux cas, les personnages doivent aller au terme de leur amour même si l&#8217;autre doit en mourir. Si, à la fin de <em>O Révolutions</em>, les deux personnages perdent l&#8217;être aimé, ils ne renoncent pas à leur amour. C&#8217;est justement leur amour qui constitue maintenant leur rapport à soi et leur rapport au monde.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La trajectoire des deux personnages</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est donc bien en termes de trajectoire existentielle qu&#8217;il faut  lire <em>O  Révolutions</em>. Si chaque personnage commence et finit seul son aventure, son amour pour l&#8217;autre doit être considéré comme la révélation de sa jeunesse. Le premier chapitre de chaque récit s&#8217;ouvre par l&#8217;affirmation de l&#8217;unité de la jeunesse, de la toute-puissance et de la liberté et s&#8217;achève par la rencontre avec l&#8217;autre. La trajectoire, l&#8217;expérience de soi de Sam et Hailey, peut être décrite à partir de l&#8217;éthique définie par Jacques Lacan: «La seule chose dont on puisse être coupable, c&#8217;est d&#8217;avoir cédé sur son désir<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#r7"><sup>7</sup></a><a name="t7"></a>». L&#8217;éthique définie ici est celle qui convient au sujet moderne qui ne peut plus s&#8217;appuyer sur une morale transcendante, fondée sur un principe extérieur et supérieur à l&#8217;humanité (Dieu, la nature, etc.). Elle est la conséquence de la découverte révélée par la psychanalyse: ce qui angoisse le plus l&#8217;être humain, c&#8217;est son propre désir, c&#8217;est pourquoi il définit son bonheur à partir d&#8217;une somme de plaisirs. Ce calcul de plaisirs et de douleurs est ce que Lacan appelle le «service des biens». C&#8217;est notre esclavage à ce service des biens qui contraint à nous arrêter devant tout obstacle qui barre l&#8217;accès à notre désir.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
          var axel = Math.random() + "";
            var randomnumber = axel * 10000000000000000;
            randomnumber = Math.round(randomnumber);
       }
      document.write ("<scr" + "ipt language=Jav" + "aScript src=http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&#038;dim=148898&#038;pos=2&#038;pv="+randomnumber + "></scr"+"ipt>");
// ]]&gt;</script><script src="http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&amp;dim=148898&amp;pos=2&amp;pv=5577567190346574"></script></div>
<p style="text-align: justify;">Au contraire, Sam et Hailey échappent à tous ceux qui voudraient les immobiliser car ils ont déjà abandonné le service des biens, grâce à leur amour mutuel. L&#8217;impulsion conférée par le désir les porte toujours au-delà de l&#8217;obstacle, vers l&#8217;autre côté de l&#8217;ouvrage. Elle les rend capables de franchir une barrière qui se situe en dehors de l&#8217;histoire elle-même dans le livre matériel lui-même. Cette tension vers l&#8217;autre, cette inquiétude s&#8217;apaisera finalement lorsque, quittant le monde de l&#8217;humain, ce «service des biens», Sam et Hailey se réconcilient avec le Monde. Cette réconciliation est manifeste si on compare le premier et le dernier chapitre de chaque récit. En effet, dans le premier chapitre, Sam et Hailey découvrent la force de leur liberté («Je vais anéantir le Monde. [...] Seize ans tout-puissant et liiiiiibre.<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#r8"><sup>8</sup></a><a name="t8"></a>»). C&#8217;est cette expérience de leur liberté qui leur permet de vivre leur amour comme un rêve. Pourtant, ce rêve a été trahi par la société, il est fondamentalement utopique, hors du monde. Mais, au terme de leur trajectoire, dans le dernier chapitre, les deux personnages n&#8217;éprouvent aucun ressentiment. Paradoxalement, la mort de l&#8217;autre sauve le cosmos<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#r9"><sup>9</sup></a><a name="t9"></a>. Maintenant, l&#8217;autre en fait partie et on ne peut plus renoncer à l&#8217;un sans renoncer à l&#8217;autre. La démesure de leur amour et, dans le même temps,  du récit, en est donc apaisée. En conservant en soi le souvenir de l&#8217;aimé, l&#8217;autre donne une stabilité au monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce final méditatif contraste fortement avec la fresque à la fois géographique et historique que présente l&#8217;ouvrage. Alors que tout le reste du récit se présente comme une traversée du cadre sociohistorique par Sam et Hailey, le terme de leur parcours nous montre un retour sur soi. <em>O  Révolutions</em> est en fait le parcours d&#8217;une désillusion. Sam et Hailey voulaient affronter le monde grâce à leur passion amoureuse. Mais peu à peu, la violence de celui-ci les conduit à la fuite et à la perte de l&#8217;aimé. Il est illusoire de croire que la jeunesse, la liberté et la passion peuvent rivaliser avec le «service des biens».</p>
<p style="text-align: justify;">Démesure de la jeunesse et de la passion, démesure de la guerre,  démesure du commerce (le <em>voyage</em> des deux amants est arrêté par le «service des biens», par la nécessité de gagner de l&#8217;argent). Ces trois formes de démesure sont liées à l&#8217;absence d&#8217;attache. Celle-ci fait de l&#8217;errance l&#8217;un des paradigmes essentiels pour penser la subjectivité moderne. Au contraire, l&#8217;attachement mutuel des deux personnages les livrera à l&#8217;inquiétude, et l&#8217;attachement au «Monde» où demeure la dépouille de l&#8217;aimé leur permettra de veiller sur la mémoire de ce dernier. La double exigence qui compose l&#8217;ouvrage soutient ainsi un double rapport à l&#8217;existence.</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p>«À toi, toujours seize ans, ce  Monde réservé.<br />
À toi, ce Monde ayant encore tout à  perdre.<br />
Moi, ta sentinelle gelée, je  protégerai toujours.<br />
Ce que ta Joie excède  si terriblement.<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#r10"><sup>10</sup></a><a name="t10"></a>»</p></blockquote>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#t1">1.</a><a name="r1"></a> Stéphane MALLARMÉ. «Crise de  vers». <em>Variations sur un sujet.</em> <em>Oeuvres complètes</em>. Paris,  Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1945, p. 368.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#t2">2.</a><a name="r2"></a> <em> Ibid.</em>, p. 368.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#t3">3.</a><a name="r3"></a> Le sous-titre de <em>O  Révolutions </em>est <em>La démocratie des deux, exposée &amp; chronologiquement  disposée</em>. Ce sous-titre donne une véritable dimension politique à la  communauté formée par Sam et Hailey.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#t4">4.</a><a name="r4"></a> Danieleweski compose son ouvrage en empruntant à différentes traditions. Au niveau romanesque, il fait converger le récit de voyage et le roman d&#8217;initiation. Au niveau poétique, on ne peut ignorer la proximité de <em>O Révolutions</em> avec <em>Les  feuilles d&#8217;herbe</em> du poète Walt Whitman. On y retrouve le même recours au vers libre, le même usage de la répétition, la même énergie, le même éloge de la création, et enfin la même évocation de l&#8217;Amérique moderne. De plus, l&#8217;insistance du titre sur le trajet (circulaire) effectué par les deux personnages rapproche l&#8217;ouvrage du <em>road-movie </em>cinématographique (par  exemple <em>Pierrot le fou</em> de Jean-Luc Godard, qui raconte le voyage à la  fois amoureux et mortifère de Ferdinand et Marianne).<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#t5">5.</a><a name="r5"></a> Jacques  LACAN. <em>Séminaire VII: L&#8217;éthique de la psychanalyse. Paris, Le Seuil, 1986. Ce «service des biens» est lié à une conception utilitariste de la réalité. Le sujet doit calculer le plaisir et la douleur procurés par chaque «bien» afin d&#8217;augmenter au maximum son plaisir, ou même celui des autres. La vie morale se réduit alors à un pur commerce des plaisirs.</em><br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#t6">6.</a><a name="r6"></a> Mark Z. DANIELEWESKI. <em>O Révolutions. </em>Paris,  Denoël, 2007, p. 2, section Hailey.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#t7">7.</a><a name="r7"></a> Jacques  LACAN. <em>Séminaire VII: L&#8217;éthique de la psychanalyse. Paris, Le Seuil, 1986, p. 370.</em><br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#t8">8.</a><a name="r8"></a> Mark Z. DANIELEWESKI. <em>O Révolutions. </em>Paris,  Denoël, 2007, p. 1, section Hailey.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#t9">9.</a><a name="r9"></a> «Et je ne peux détruire  davantage. Car je ne peux le détruire. Jamais.», Mark Z. DANIELEWESKI. <em>O Révolutions. </em>Paris,  Denoël, 2007, p. 355,  section Hailey<em>.</em><br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=379&amp;theme=arts#t10">10.</a><a name="r10"></a> Mark Z. DANIELEWESKI. <em>O Révolutions. </em>Paris, Denoël, 2007, p. 360, section  Hailey<em>.</em></p>
]]></content:encoded>
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		<title>L&#8217;anti-histoire des Minutes Historica</title>
		<link>http://www.lepanoptique.com/sections/histoire/lanti-histoire-des-minutes-historica/</link>
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		<pubDate>Tue, 15 Apr 2008 14:55:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de fond / Long articles]]></category>
		<category><![CDATA[Formats]]></category>
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		<category><![CDATA[Histoire/History]]></category>
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		<description><![CDATA[Il y a dix ans, elles étaient regardées par 23 millions de Canadiens. On les connaissait, à l’époque, sous une autre appellation: les Minutes du patrimoine. Ces capsules de 60 secondes relatant les «grands» moments [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Il y a dix ans, elles étaient regardées par 23 millions de Canadiens. On les connaissait, à l’époque, sous une autre appellation: les Minutes du patrimoine. Ces capsules de 60 secondes relatant les «grands» moments de notre passé ont, en leur temps, fait couler beaucoup d’encre. Or si elles ont depuis quitté nos écrans de télévision et de cinéma, les Minutes Historica demeurent, principalement au Canada anglais, utilisées dans plusieurs écoles. Vaste entreprise –privée- de construction identitaire, les Minutes posent plusieurs problèmes reliés notamment à une confusion sans cesse grandissante entre histoire et patrimoine. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title="Television" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/27/hist_minute.jpg" alt="Television" /><br />
Adam B, <em>Television</em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">En 1812, Laura Secord, que l’on connaît mieux ici sur le dessus des boîtes de chocolat du même nom, surprend des officiers américains discutant de l’invasion du Haut-Canada. En parvenant, au péril de sa vie, à transmettre l’information aux autorités compétentes, elle sauve la jeune colonie d’un sort funeste<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=376&amp;theme=histoire#r1"><sup>1</sup></a><a name="t1"></a>. De quelle guerre s’agit-il? Qu’est-ce que les Américains font dans la colonie britannique? Ne cherchez pas la réponse dans cette Minute, vous ne la trouverez pas. En fait, vous n’y trouverez qu’une héroïne, canadienne avant l’heure, une sorte de Joan of Arc réincarnée.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1944, le hockeyeur Maurice Richard lutte de toutes ses forces afin de dégager un canapé coincé dans un escalier en colimaçon. Le soir même, malgré une douleur persistante à l’épaule, le «Rocket» chausse les patins et mène les Canadiens de Montréal à une victoire sur les Red Wings de Détroit. Une légende est née. Une légende pour qui, et pourquoi? Pour les Québécois qui en feront un héros national et le symbole de leur lutte contre l’oppression anglo-canadienne? Non, répond implicitement la Minute qui lui est dédiée: juste une légende.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces deux exemples, qui auraient pu être accompagnés de dizaines d’autres, soulèvent plusieurs problèmes quant aux objectifs avoués ou non de la fondation qui les produits<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=376&amp;theme=histoire#r2"><sup>2</sup></a><a name="t2"></a>. Principalement, les Minutes évacuent toute forme de conflit interne à la nation canadienne, pourtant partie intégrante de l’histoire du pays et composante essentielle à toute tentative de compréhension de certaines tensions qui, encore aujourd’hui, dessinent le paysage politique, culturel et social canadien. Ainsi se construit un discours qui renvoie aux Canadiens une vision consensuelle et unitaire de la nation<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=376&amp;theme=histoire#r3"><sup>3</sup></a><a name="t3"></a>. Dans un contexte où plusieurs appréhendent l’écartèlement de la nation sous les effets conjugués de la mondialisation, de l’américanisation et de l’affirmation des particularismes locaux, les Minutes proposent une «histoire» commune à tous les Canadiens. Or cette démarche a un prix, et c’est l’histoire même. C’est sur ce paradoxe inhérent à la démarche de la fondation que nous voulons fixer notre attention: en voulant sensibiliser la jeunesse canadienne à son histoire, les Minutes ont construit un discours anhistorique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’histoire sans  l’histoire: le patrimoine</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans sa <em>Généalogie  de la morale</em>, Friedrich Nietzsche écrit que «nulle sérénité, nulle  espérance, nulle fierté […] ne pourraient exister sans faculté d’oubli»<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=376&amp;theme=histoire#r4"><sup>4</sup></a><a name="t4"></a>. Le philosophe allemand considérait effectivement l’oubli comme essentiel dans la mesure où il permet à l’humain de libérer sa conscience d’un passé souvent écrasant et inhibiteur. Il est peu probable que les dirigeants de la fondation se soient, à un moment ou à un autre, référés aux travaux de Nietzsche dans l’élaboration des Minutes. Il demeure néanmoins que c’est bien l’oubli, davantage que l’histoire, que ces dernières mettent de l’avant. Plus précisément, les Minutes sacrifient l’histoire sur l’autel du patrimoine.</p>
<p style="text-align: justify;">La sauvegarde et la promotion d’un patrimoine commun, de même que le sentiment qui s’y rattache, la nostalgie, trahissent souvent une sorte d’anxiété collective face au futur. Outre les inquiétudes déjà mentionnées plus haut (désintégration du tissu national sous l’effet de la mondialisation, etc.), l’impression à la fois plus vague et plus profonde d’une accélération du temps, d’une fuite sans cesse plus frénétique vers l’avenir, est également perçue comme potentiellement attentatoire à notre identité collective. Ensemble, ces angoisses, que plusieurs perçoivent comme inhérentes à la modernité<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=376&amp;theme=histoire#r5"><sup>5</sup></a><a name="t5"></a>,  provoquent un vif désir de retour en arrière, de s’accrocher «aux derniers  vestiges de stabilité<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=376&amp;theme=histoire#r6"><sup>6</sup></a><a name="t6"></a>». Ainsi, si l’histoire peut être définie comme une enquête raisonnée sur le passé, la nostalgie et l’obsession du patrimoine relèvent davantage d’une recherche irraisonnée de repères identitaires situés dans le passé. En d’autres termes, et en poussant un peu la note, si l’histoire est une science, le patrimoine s’apparente à une religion.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
          var axel = Math.random() + "";
            var randomnumber = axel * 10000000000000000;
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      document.write ("<scr" + "ipt language=Jav" + "aScript src=http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&#038;dim=148898&#038;pos=2&#038;pv="+randomnumber + "></scr"+"ipt>");
// ]]&gt;</script><script src="http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&amp;dim=148898&amp;pos=2&amp;pv=8413708933972090"></script></div>
<p style="text-align: justify;">La démarche proposée par les Minutes Historica qui, rappelons-le, portaient autrefois le nom de Minutes du patrimoine, relève de cette seconde catégorie. Il ne s’agit pas, en effet, de comprendre le passé, ce que propose généralement l’historien, mais bien de fournir à ceux qui consultent ces capsules un patrimoine autour duquel peut se constituer un sentiment d’appartenance, à la nation canadienne dans ce cas-ci. Elles proposent l’oubli d’une vision plus globale et cohérente de notre passé, potentiellement porteuse de division, au profit d’une hyper-valorisation d’éléments épars tirés de ce même passé. La compréhension historique n’est pas l’objectif visé, on cherche plutôt à conserver, consolider, voire construire des repères identitaires. Laura Secord se trouve ainsi extraite de son contexte, enlevée à l’histoire en quelque sorte, et investie une nouvelle fois d’une mission vitale: sauver le Canada.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, les Minutes, qui n’aident en rien à la diffusion de la connaissance historique, feraient mieux de revenir à leur ancienne appellation, qui avait au moins le mérite d’être claire quant à leur véritable nature. Plus fondamentalement encore, émettons le souhait qu’elles reviennent aussi à leur ancien auditoire, le monde adulte qui, accordons-lui le bénéfice du doute, pourra toujours recourir à son esprit critique afin de relativiser la valeur des Minutes. Ce n’est certainement pas le cas des enfants du primaire et du secondaire, à qui les Minutes sont désormais destinées. À l’instar de la religion, les leçons de patrimoine n’ont rien à faire à l’école. Renvoyez Laura Secord à ses chocolats, et expliquez à ces enfants pourquoi l’histoire canadienne se comprend mieux quand on regarde les lignes de fractures qui la parcourent plutôt que les rares et épisodiques moments d’unanimité nationale qui la ponctuent.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=376&amp;theme=histoire#t1">1.</a><a name="r1"></a> Toutes les Minutes produites à ce jour  sont disponibles en ligne à l’adresse suivante: &lt;<a href="http://www.histori.ca/minutes/section.do?className=ca.histori.minutes.entity.ClassicMinute">http://www.histori.ca/minutes/section.do?className=ca.histori.minutes.entity.ClassicMinute</a>&gt;.  Consulté le 25 février 2008.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=376&amp;theme=histoire#t2">2.</a><a name="r2"></a> Sur la fondation Historica, ses partenaires, la nature de ses activités et son historique, voir le texte de LANOIX, Alexandre, «La fondation Historica, l&#8217;enseignement de l&#8217;histoire et le nation building», <em>Le Devoir</em>, 8 mai  2006, disponible en ligne: &lt;<a href="http://www.ledevoir.com/2006/05/08/108617.html">http://www.ledevoir.com/2006/05/08/108617.html</a>&gt; Consulté le 25 février 2008. L’article, bien que très court, offre une analyse d’aspects des Minutes qui ne seront pas abordés ici.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=376&amp;theme=histoire#t3">3.</a><a name="r3"></a> L’étude la plus sérieuse consacrée à cet aspect des Minutes Historica, quoique difficilement accessible, est la thèse de doctorat de HODGINS, Peter, <em>The  Canadian Dream-Work: History, Myth and Nostalgia in the Heritage Minutes</em>,  Thèse de doctorat, Ottawa, Université de Carleton, 2003, 388 p.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=376&amp;theme=histoire#t4">4.</a><a name="r4"></a> NIETZSCHE, Friedrich, <em>La généalogie de la morale</em>, Paris,  Fernand Nathan, 1981, p. 112.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=376&amp;theme=histoire#t5">5.</a><a name="r5"></a> Voir notamment  LOWENTHAL, David, <em>The Heritage Crusade  and the Spoils of History</em>, Cambridge,  Cambridge University Press, 1998 (2nd ed.), 356 p.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=376&amp;theme=histoire#t6">6.</a><a name="r6"></a> «Cling to remnants  of stability». <em>Ibid</em>. p. 6.</p>
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		<title>Jodhaa Akbar. Une alliance politique, culturelle, amoureuse ?</title>
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		<pubDate>Sat, 15 Mar 2008 12:49:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Houle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts et littérature / Arts and literature]]></category>
		<category><![CDATA[Compte-rendus / Resumes]]></category>
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		<category><![CDATA[Histoire/History]]></category>
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		<description><![CDATA[Le film indien Jodhaa Akbar évoque une période historique particulière: la rencontre d’un empereur moghol au XVIe siècle, Jalaluddin Mohammad Akbar, et d’une princesse rajpoute, Jodhaa. Le premier est musulman et la seconde, hindoue. L’alliance [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le film  indien <em>Jodhaa Akbar</em> évoque une période historique particulière: la rencontre d’un empereur moghol au XVIe siècle, Jalaluddin Mohammad Akbar, et d’une princesse rajpoute, Jodhaa. Le premier est musulman et la seconde, hindoue. L’alliance entre deux cultures et deux religions très différentes marquera-t-elle la fin des guerres sanglantes entre celles-ci? </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title="Amour, compassion et musique" src=" http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/25/art_jodhaa.jpg" alt=" Amour, compassion et musique " /><br />
Réalisé à partir de l’image<br />
de Rosa y Dani, <em> Amour, compassion<br />
et musique </em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La  visibilité de <em>Jodhaa Akbar </em>dans le  monde</em></strong><em></em></p>
<p style="text-align: justify;">Le plus récent film du réalisateur  indien Ashutosh Gowariker, <em>Jodhaa Akbar</em> (en hindi ???? ???? et en ourdou <strong>?????????</strong>), est à l’affiche depuis peu dans pas moins de 26 pays à travers le monde, dont le Canada. D’ailleurs, au Canada, c’est la première fois qu’un film indien en langue originale hindi est présenté simultanément dans six provinces: la Colombie-Britannique, l’Ontario, le Québec, le Manitoba, la Nouvelle-Écosse et l’Alberta<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#r1"><sup>1</sup></a><a name="t1"></a>. S’agit-il d’un signe d’ouverture de la part des propriétaires canadiens de salles de cinéma envers l’industrie cinématographique indienne, communément appelée <em>Bollywood</em><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#r2"><sup>2</sup></a><a name="t2"></a>? Nous pouvons croire qu’il y a un intérêt pour la culture indienne dans divers pays. Avec un taux de croissance économique dépassant les 7%<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#r3"><sup>3</sup></a><a name="t3"></a> et une classe moyenne grandissante, il y a une effervescence «bollywoodienne» et l’Inde tente de profiter de cette conjoncture pour faire connaître ses films ailleurs dans le monde. Le Canada n’y échappe pas et ces films romantiques comprenant plusieurs scènes musicales et racontant des amours impossibles s’adressent principalement aux 700 000 ressortissants indiens vivant principalement à Toronto, Vancouver et Montréal<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#r4"><sup>4</sup></a><a name="t4"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Controverse en Inde</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Même si Jodhaa Akbar est sorti dans une  vingtaine de pays dans le monde et sur 1500 écrans, il ne fait pas que des  heureux<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#r5"><sup>5</sup></a><a name="t5"></a>. Dans un État du nord de l’Inde, le Rajasthan, des groupes  rajpoutes<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#r6"><sup>6</sup></a><a name="t6"></a> ont envoyé des lettres écrites avec du sang aux propriétaires des salles de cinéma pour empêcher la sortie de ce film. Un porte-parole d’un des groupes de défense des Rajpoutes, Lokendra Kalvi, affirme que «[les] Rajpoutes ne peuvent tolérer aucune erreur dans les faits historiques, en particulier dans la relation entre l’empereur moghol Akbar et Jodhabai [Jodhaa]<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#r7"><sup>7</sup></a><a name="t7"></a>». Pourtant, Gowariker, qui a aussi participé à l’écriture du scénario, affirme qu’il avait consulté plusieurs historiens indiens ainsi que la famille royale du Rajasthan et obtenu leur approbation concernant le contexte historique de ce film. De plus, au début du long métrage, Gowariker prend la peine d’indiquer qu’il existe différentes versions de l’histoire de l’empereur Akbar et qu’il s’agit d’une version parmi d’autres<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#r8"><sup>8</sup></a><a name="t8"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><img src="http://lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/25/al_text_img.jpg" alt="" hspace="10" vspace="5" width="138" height="201" align="left" />Les grandes lignes de Jodhaa  Akbar</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce film historique et romantique nous replonge au XVIe siècle au moment où le territoire actuel de l’Inde est plus vaste et porte le nom d’Hindoustan, The Land of Hindus. Pendant le premier tiers du film, Gowariker nous présente quelques guerres entre l’Empire moghol musulman et des provinces contrôlées par des royautés hindoues. Pour étendre son territoire, l’Empire moghol tente d’éliminer la culture et la religion hindoues et de forcer les populations à se convertir à une toute autre religion, l’Islam. Le reste du film est consacré essentiellement à la vie de l’empereur Akbar qui accède au trône très jeune. Il est petit-fils de Babur, le premier empereur de la «dynastie des Grands Moghols<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#r9"><sup>9</sup></a><a name="t9"></a>». Après avoir sécurisé l’Hindu  Kush, une chaîne de montagnes en Afghanistan et au Pakistan, il souhaite étendre son empire davantage d’est en ouest, de l’Afghanistan jusqu’à la Baie du Bengale, et du nord au sud, des montagnes himalayennes jusqu’au fleuve Godâvarî. Dans ce territoire, il veut prendre le contrôle de l’État du Rajputana, l’actuel État du Rajasthan.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une alliance et sa portée …</strong></p>
<p style="text-align: justify;">À la demande du roi Bharmal, le mariage entre sa fille Jodhaa, une Rajpoute, et l’empereur Akbar, un musulman, est conclu pour permettre d’éviter une guerre sanglante entre l’armée des Rajpoutes et celle de l’Empire moghol puisque le roi Bharmal cédera à Akbar tout son territoire. Toutefois, Jodhaa surprend tout le monde lorsqu’elle insiste pour rencontrer en privé son futur mari avant la cérémonie et lui soumet deux conditions sine qua  non pour l’acceptation de cette alliance maritale: 1) le droit de pratiquer sa religion, l’hindouisme, à l’intérieur des murs de la résidence de l’empereur Akbar, un fort musulman, et 2) se faire construire un temple hindou pour être libre de pratiquer sa religion. Akbar accepte ces deux conditions et le mariage a lieu. Cette alliance paraît rompre avec les traditions puisqu’au XVIe siècle les Rajpoutes appartiennent à une des castes hindoues les plus conservatrices. Il est impossible, voire impensable, qu’une Rajpoute puisse se marier avec un homme n’appartenant à aucune caste et ayant une religion différente, l’Islam. Ainsi, nous pouvons parler d’une alliance qui, en apparence, semble culturelle et religieuse, mais qui dans les faits est avant tout politique.</p>
<p style="text-align: justify;">L’alliance souligne la cohabitation entre deux cultures et deux religions très différentes, l’Islam et l’hindouisme. Le film suggère notamment l’ouverture face aux autres religions et le respect de l’autre dans sa différence à l’instar d’un empereur qui, comparativement à ces prédécesseurs, ne souhaite pas tout raser sur son chemin et forcer les populations hindoues survivantes à se convertir à sa religion qui n’est pas du tout la leur. En d’autres mots, quiconque habite en Hindoustan a tout à fait le droit de conserver sa culture, ses valeurs, ses coutumes et sa religion. D’ailleurs, au moins deux scènes de ce film nous le montrent bien. À l’occasion d’une fête hindoue, la princesse Jodhaa se porte volontaire pour préparer un festin rajpoute. Une femme très proche de l’Empereur, considérée comme «une mère» par Akbar, vient signifier son désaccord en prétextant que la princesse d’un empereur moghol ne peut exercer cette tâche selon les traditions musulmanes. Néanmoins, Jodhaa  participe à la préparation du repas qui est réalisé selon les traditions rajpoutes. Lors de la présentation du festin à l’empereur Akbar, Jodhaa goûte d’abord à tous les plats afin de vérifier si la nourriture est de bonne qualité et n’est pas empoisonnée. Pour montrer son ouverture face à la religion et à la culture hindoue de sa femme et la confiance qu’il lui porte, Akbar exigera par la suite de manger dans la même assiette que Jodhaa, une attitude qui prendra tout le monde par surprise, y compris Jodhaa.</p>
<p style="text-align: justify;">La tolérance envers une religion et une culture différentes ainsi que les sentiments que l’empereur a pour Jodhaa l’amènent personnellement, sans tenir compte de ses conseillers, notamment un Omar<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#r10"><sup>10</sup></a><a name="t10"></a> influent, à abolir une taxe qui pèse lourd sur la vie quotidienne des commerçants hindous et servant à enrichir le trésor de l’Empire moghol. La nouvelle se répand très rapidement à travers tous les États dirigés par des royautés hindoues et Akbar est adulé un peu partout en Hindoustan. Cependant, cette décision personnelle de la part d’Akbar crée un grand malaise chez certaines familles royales mogholes musulmanes. Ainsi une alliance politique d’une autre nature et contre Akbar cette fois-ci se dessine, essentiellement entre le gendre de l’empereur, Sharifuddin, et le frère de Jodhaa, Sujamal. Sharifuddin tente par tous les moyens de briser cet équilibre politique, culturel, religieux et amoureux entre Akbar, le symbole de l’Empire moghol musulman, et Jodhaa, la princesse rajpoute hindoue. Sharifuddin réussira-t-il à déstabiliser Akbar et son empire?</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
          var axel = Math.random() + "";
            var randomnumber = axel * 10000000000000000;
            randomnumber = Math.round(randomnumber);
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      document.write ("<scr" + "ipt language=Jav" + "aScript src=http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&#038;dim=148898&#038;pos=2&#038;pv="+randomnumber + "></scr"+"ipt>");
// ]]&gt;</script><script src="http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&amp;dim=148898&amp;pos=2&amp;pv=7205840578987526"></script></div>
<p style="text-align: justify;">Dans Jodhaa Akbar, Gowariker fait intervenir la question du rapport à l’autre et nous montre comment cette ouverture peut se faire. D’un côté, nous pouvons parler d’une alliance politique au départ (entente entre le roi Bharmal et l’empereur Akbar) qui débouche non seulement sur une alliance culturelle et religieuse (le mariage), mais également sur une alliance amoureuse dans laquelle Akbar doit jouer d’audace pour tenter de séduire Jodhaa alors qu’elle reste très froide devant ses avances. De l’autre, une alliance politique d’une autre nature entre le gendre de l’empereur, Sharifuddin, et le frère à Jodhaa, Sujamal, vient brouiller les cartes. Bien que cette histoire se déroule au XVIe siècle, les questions qu’elle pose sont toujours actuelles. Les conflits religieux sont encore d’actualité dans le monde, notamment en Inde. En 2002, des massacres dans l’État du Gujarat entre Hindous et Musulmans ont fait de nombreuses victimes<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#r11"><sup>11</sup></a><a name="t11"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Retour  sur le réalisateur et les principaux acteurs</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le réalisateur d’origine indienne Ashutosh Gowariker est né dans l’État du Maharashtra. Il s’est d’abord fait connaître comme acteur en 1984 dans le film Holi. Il a ensuite joué dans plusieurs films et séries télévisées avant d’écrire, de produire et de réaliser plusieurs longs métrages. Concernant Hrithik Roshan, celui qui personnifie l’empereur Akbar, il est aussi originaire de l’état du Maharashtra et a débuté sa carrière au cinéma alors qu’il était encore enfant, dans Aasha. Il a été aperçu dans  plusieurs films indiens, notamment Om  Shanti Om, sorti en novembre dernier. Quant à la princesse Jodhaa incarnée par la ravissante Aishwarya Rai, née dans l’État du Karnataka, elle est de plus en plus connue à travers le monde. Elle a non seulement interprété des rôles dans plusieurs films indiens comme Devdas en 2002 et Guru en  2007, mais a également été vue dans quelques longs métrages comme Bridge &amp; Prejudice en 2004 et Mistress of Spices en 2006, tournés tous les deux en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Cette actrice est aussi polyglotte. Elle parle tulu, tamoul, hindi, marathi et anglais.</p>
<p style="text-align: justify;">Ironiquement, ce film a été tourné principalement dans l’État du Rajasthan, où la controverse entourant la sortie de ce film a éclaté et des groupes rajpoutes ont empêché sa projection dans les salles de cinéma. Le jeu des alliances politiques, culturelles et religieuses présentes dans cette production cinématographique nous montre qu’il y a déjà eu par le passé des rapprochements importants entre Hindous et Musulmans. Toutefois, présentement, les tensions entre ces deux groupes sont toujours palpables et la question du pouvoir de l’un contre l’autre reste au cœur de cette dispute.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#t1">1.</a><a name="r1"></a> Indo-Asian News Service (13 février 2008) UTV  to release Jodhaa Akbar in 26 countries. Hindustan Times [en  ligne] 2 pages. &lt;<a href="http://www.hindustantimes.com/StoryPage/FullcoverageStoryPage.aspx?id=b77e2140-7454-48ee-88f6-9d3916cbc87bjodhaaakbarmoviespecial_Special&amp;&amp;Headline=UTV+to+release+EMJodhaa+Akbar%2fEM+in+26+countries">http://www.hindustantimes.com/StoryPage/FullcoverageStoryPage.aspx?id=b77e2140-7454-48ee-88f6-9d3916cbc87bjodhaaakbarmoviespecial_Special&amp;&amp;Headline=UTV+to+release+EMJodhaa+Akbar%2fEM+in+26+countries</a>&gt;. Consulté le 19 février 2008.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#t2">2.</a><a name="r2"></a> Ce nom fait référence à la mégalopole indienne anciennement appelée Bombay, mais dorénavant baptisée Mumbai où nous retrouvons de nombreuses maisons de production de cinéma. Seulement dans cette ville, plus de 200 longs métrages y sont produits chaque année.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#t3">3.</a><a name="r3"></a> PERREAULT, Laura-Julie et CHAMBERLAND, Martin (12 janvier 2008) «L’Inde superstar. La mecque du cinéma indien est autosuffisante», La Presse,  Plus Samedi, p. 2.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#t4">4.</a><a name="r4"></a> Statistique Canada  (25 janvier 2005) Population selon  certaines origines ethniques, par province et territoires (Recensement de 2001) [en ligne] 1 page. &lt;<a href="http://www40.statcan.ca/l02/cst01/demo26a_f.htm?sdi=inde">http://www40.statcan.ca/l02/cst01/demo26a_f.htm?sdi=inde</a>&gt;. Consulté le 19 février 2008.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#t5">5.</a><a name="r5"></a> Indo-Asian News Service (13 février 2008) UTV  to release Jodhaa Akbar in 26 countries. Hindustan Times [en  ligne] 2 pages. &lt;<a href="http://www.hindustantimes.com/StoryPage/FullcoverageStoryPage.aspx?id=b77e2140-7454-48ee-88f6-9d3916cbc87bjodhaaakbarmoviespecial_Special&amp;&amp;Headline=UTV+to+release+EMJodhaa+Akbar%2fEM+in+26+countries">http://www.hindustantimes.com/StoryPage/FullcoverageStoryPage.aspx?id=b77e2140-7454-48ee-88f6-9d3916cbc87bjodhaaakbarmoviespecial_Special&amp;&amp;Headline=UTV+to+release+EMJodhaa+Akbar%2fEM+in+26+countries</a>&gt;. Consulté le 19 février 2008.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#t6">6.</a><a name="r6"></a> Les Rajpoutes  habitent la province du Rajputana, l’actuel État du Rajasthan.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#t7">7.</a><a name="r7"></a> Press Trust of India  (15 février 2008) Jodhaa Akbar not  released in Rajasthan. The Times of India [en ligne] 1 page. &lt;<a href="http://timesofindia.indiatimes.com/articleshow/2785073.cms">http://timesofindia.indiatimes.com/articleshow/2785073.cms</a>&gt; Consulté le 21 février 2008, traduction  libre.<br />
«The Rajputs cannot tolerate any distorsion of historical facts, especially in relations between the Mughal emperor Akbar and Jodhabai [...]».<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#t8">8.</a><a name="r8"></a> Pendant le film, l’empereur moghol porte le nom de Jalaluddin Mohammad et ce n’est que dans la dernière partie du film qu’il sera appelé par ses proches Jalaluddin Mohammad Akbar. Pour ne pas alourdir cet article, nous avons décidé de ne garder que le troisième nom, Akbar.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#t9">9.</a><a name="r9"></a> ROUX, Jean-Paul  (2000) Akbar et Fatehpur Sikri. [en  ligne] 4 pages. &lt;<a href="http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/akbar_et_fatehpur_sikri.asp">http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/akbar_et_fatehpur_sikri.asp</a>&gt; Consulté le 21 février 2008.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#t10">10.</a><a name="r10"></a> Omar est un prénom arabe signifiant « longévité ». Dans ce film, l’Omar est un haut-placé qu’Akbar consulte pour différentes questions.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=359&amp;theme=arts#t11">11.</a><a name="r11"></a> BIDWAI, Praful  (2004) Les massacres de 2002 ? C’était un  génocide. [en ligne] 1 page. &lt;<a href="http://www.biblio.eureka.cc/WebPages/Search/Result.aspx">http://www.biblio.eureka.cc/WebPages/Search/Result.aspx</a>&gt;. Consulté le 10 mars 2008.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Filmographie</strong><br />
GOWARIKER, Ashutosh.  (2008) Jodhaa Akbar. 213 min. Inde.<br />
GOWARIKER, Ashutosh.  (2004) Swades. 210 min. Inde.<br />
GOWARIKER, Ashutosh.  (2001) Lagaan. 224 min. Inde.<br />
GOWARIKER, Ashutosh. (1995) Baazi. 183 min. Inde.</p>
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		</item>
		<item>
		<title>La sédentarité: «brève parenthèse dans l’histoire humaine». Entretien avec Jacques Attali</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Jan 2008 13:03:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Baptiste Godrie</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entrevues / Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Formats]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
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		<description><![CDATA[Au cours de cet entretien, Jacques Attali revient sur le concept de nomadisme comme outil de compréhension du monde contemporain. Ce concept permet, d’après lui, de redonner une profondeur historique à l’analyse de nos sociétés [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Au cours de cet entretien, Jacques Attali revient sur le concept de nomadisme comme outil de compréhension du monde contemporain. Ce concept permet, d’après lui, de redonner une profondeur historique à l’analyse de nos sociétés et d’inscrire leur devenir dans un horizon probable de développement. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/20/soc_attali.jpg" alt="" width="294" height="214" /><br />
Chris Gladis, <em></em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Baptiste Godrie: </strong><em>Jacques Attali, bonjour.  Au nom de la section   Société de la revue en ligne </em>Le Panoptique<em>, je vous remercie d’accepter cet entretien sur la thématique du nomadisme. Écrivain, président de l’ONG PlaNetfinances – une ONG de lutte contre la pauvreté par le développement de la microfinance – et plus récemment président de la Commission sur la libération de la croissance en France, vous travaillez depuis plusieurs années le concept de nomadisme. Concept polysémique par excellence, qui croise une multitude de domaines, le nomadisme est avant tout une expérience subjective. On sait que vous êtes né en Algérie et que vous êtes arrivé avec vos parents à Paris à l’âge de 14 ans. Pouvez-vous revenir sur l’expérience du nomadisme comme expérience subjective, comme fil directeur de votre propre trajectoire de vie?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jacques Attali:</strong> Non. Je n’ai jamais voulu mêler ma vie personnelle à mon travail intellectuel. Je pense que les deux choses sont très différentes. Ce n’est pas parce que j’ai dû quitter mon pays natal très jeune que j’étudie l’importance du nomadisme. Je pense qu’un intellectuel n’est pas quelqu’un qui fait de l’autobiographie subjective.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.:</strong> <em>Vous en avez fait un concept. Comment en êtes-vous venu à l’utiliser de manière systématique dans vos analyses? Selon vous, quelle est la pertinence analytique d’un tel terme?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.:</strong> J’y suis venu progressivement. Le mot apparaît dans mes livres à partir de 1985 où j’invente le mot d’objet-nomade pour désigner les nouveaux objets qui vont caractériser notre vie quotidienne, même si, dès 1976, j’avais parlé de l’ordinateur portable bien avant même qu’il soit créé parce que je pense que depuis longtemps on va vers la miniaturisation, la possibilité d’avoir des objets portables. Le mot nomade s’est imposé à moi et j’ai sans doute été un de ceux, sinon celui, qui a réussi à en imposer l’usage à l’échelle globale, puisqu’en même temps ce concept retrouvait des choses fondamentales qui sont le retour au mode de vie principal de l’humanité avant la parenthèse sédentaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>Oui, dans votre essai  intitulé </em>L’homme nomade<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=326&amp;theme=societe#r1">1</a><a name="t1"></a></sup><em> paru en 2003, vous tentez de démontrer que «la sédentarité n’est qu’une brève parenthèse dans l’histoire humaine». L’homme selon vous redevient voyageur. Par ailleurs, on observe d’importants enjeux de fixation des populations, de contrôle des frontières ou encore de mouvements de repli communautaires à grande échelle. Comment, selon vous, ces deux mouvements s’articulent-ils?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>Disons qu’il y a toujours eu des crispations. L’important est de savoir quelle est la plus forte. Nous sommes dans des sociétés dont l’idéologie dominante est celle de la liberté individuelle. Or, la première liberté individuelle, c’est la liberté du mouvement. Beaucoup de gens vont être de plus en plus tentés de faire du mouvement leur principale revendication et, donc, les mouvements des marchands, des touristes, des investissements, des travailleurs. C’est une exigence nouvelle et irremplaçable.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>Ce concept vous amène à une nouvelle lecture des inégalités. Dans notre époque de nomadisme généralisé, il y a des personnes qui adhèrent, qui définissent ces valeurs – et que vous appelez les hypernomades – et d’autres qui les suivent ou qui les subissent – les infranomades. Est-ce que vous pouvez préciser votre lecture des inégalités sociales contemporaines?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.:</strong> Il y a trois catégories. Les hypernomades, qui sont les gens qui ont tous les moyens d’être véritablement les moteurs de la société, d’avoir les outils qui leur permettent d’être nomades tout en étant créateurs, indépendants, riches, protégés et en relation avec les autres. Et, à l’autre bout, quelques milliards de personnes qui sont nomades de misère, obligés de bouger pour trouver de quoi vivre à l’intérieur des pays pauvres de la campagne à la ville, d’un pays pauvre à un autre et d’un pays pauvre à un pays riche. Et cette immense multitude qui représente plus de quatre milliards de personnes représente l’autre face du nomadisme. Avec au milieu les nomades virtuels qui sont ceux qui regardent le spectacle des riches et le spectacle des pauvres dans des objets nomades et par des spectacles de ce nomadisme et qui espèrent éviter de basculer dans le nomadisme réel. Naturellement, il reste aussi sans doute à peine plus de quelques dizaines de millions de gens qui sont véritablement des nomades au sens des peuples premiers.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>Quel avenir dessinez-vous  à ces «vrais» nomades?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>Le nomadisme des peuples anciens sera de plus en plus menacé par leur demande même d’accès à la modernité qui fait qu’ils vont vouloir passer de ce nomadisme traditionnel à une intégration dans la société, évidemment très différente.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.:</strong> <em>Vous avez évoqué rapidement le nomadisme virtuel et le rapport aux nouvelles technologies. D’instrument de liberté, ces objets nomades se font progressivement instruments de surveillance puis d’autosurveillance. Comment expliquez-vous ce retournement?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>Nos sociétés sont de plus en plus des sociétés où la mise en relation sera aussi une mise en réseau et cette mise en réseau sera aussi un instrument qui va permettre et conduire les gens à être de plus en plus suivis, connectés, surveillés par les entreprises économiques marchandes qui auront besoin de tout savoir sur leurs consommateurs, sur leurs travailleurs, mais aussi et surtout par les compagnies d’assurances qui vont, plus que certaines autres, être en situation de tout contrôler, de tout suivre et avoir besoin de connaître les comportements de gens dans une transparence qui n’est en fait qu’une forme d’organisation d’une maîtrise sociale.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>Dans votre livre, </em>Une brève histoire de l’avenir<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=326&amp;theme=societe#r2">2</a><a name="t2"></a></sup><em>, vous faites un pari sur la démocratie plutôt que sur la domination du marché et sur le contrôle? Quelles seraient selon vous les conséquences d’un tel avènement de la démocratie planétaire sur les rapports sociaux, sur les rapports entre les États et les ensembles régionaux?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>Ce serait d’abord le retour à la gratuité, la généralisation de la gratuité qui sera sans aucun doute la plus essentielle de toutes les formes de la démocratie. La gratuité sous forme de choses qui sont totalement gratuites comme celles que l’on trouve sur l’Internet. Mais aussi la gratuité sous la forme de ce qui est financé par l’État ou l’impôt, de ce qui est décidé par l’institution démocratique. Ce nouvel équilibre entre marché et gratuité va être une réforme absolument fondamentale.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>Vous pensez que face aux  grands mouvements de privatisation et de retrait de l’État, il va y avoir à un  moment un basculement?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>Il y aura à un moment un basculement, une mutation vers une demande d’ordre collectif, de gouvernance collective. Mais aussi une mutation sous forme de recherche d’autres formes d’organisation, en particulier, l’organisation sous la forme du rôle que joueront de plus en plus les ONG.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>Sous quelles pressions ce  retournement va-t-il arriver? </em></p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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            var randomnumber = axel * 10000000000000000;
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<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>Les ONG vont jouer un rôle très important parce qu’elles sont  structurantes d’un intérêt pour le service public planétaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>En quoi l’ONU se  distingue-t-elle des institutions mondiales que vous évoquez?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.:</strong> L’ONU n’est pas une organisation supranationale, c’est une organisation multilatérale où les nations sont représentées en tant que telles mais où les individus ne sont pas représentés en tant qu’acteurs véritables.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.:</strong> <em>Elle n’a pas assez de pouvoir?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>Elle n’a aucune légitimité des gens qui la composent. C’est simplement un rassemblement des nations où chacun défend les intérêts de ces nations.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>Dans un entretien récent</em><sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=326&amp;theme=societe#r3">3</a><a name="t3"></a></sup><em>, vous avez déclaré que «Développer PlaNetFinance, en faire une grande institution internationale, utile au monde, [était votre] seule ambition». Qu’en est-il aujourd’hui?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>Oui, ça reste vrai. C’est ma seule ambition en dehors de mon ambition  littéraire bien sûr.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>Vous êtes beaucoup  influencé par les romanciers, vous êtes vous-même écrivain et romancier. Dans  votre dernier essai intitulé </em>Une brève histoire de l’avenir<em>,  vous ne parlez pas de fiction mais bien de tendances à l’œuvre. Qu’espérez-vous  en les exposant?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>On ne peut pas évoquer les tendances à l’œuvre sans voir également ce que nous appelons la science-fiction. Moi-même, je suis nourri de science-fiction et j’y apprends beaucoup. D’autre part, la réalité sera sans doute bien plus imaginative que la plupart des fictions que l’on peut connaître. Donc, pour comprendre le monde de demain il faut certainement avoir une capacité à comprendre les contradictions et à tirer de ces contradictions, grâce à un esprit romanesque, une tendance vers des avenirs aujourd’hui totalement improbables.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>Diriez-vous que vous  travaillez vous-même à établir des conditions propres au développement d’un  nomadisme plus égalitaire?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>Oui, bien sûr. D’abord, je participe, de par ce que je fais, au développement d’un nomadisme qui permet à un maximum de gens d’être en situation de dignité et de sortir de la précarité. Ensuite, je considère que mon rôle est aussi d’aider à cette mise en œuvre d’une démocratie planétaire. L’hyperdémocratie est, par nature, un rassemblement de nomades, puisque s’il y a démocratie, il y a nomadisme.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>Si on revient un peu en arrière, vous aviez évoqué dans un article intitulé «Géopolitique de l’immigration» paru dans le quotidien </em>Le Monde<em> en 1997, les bienfaits de l’immigration sur l’économie française. Que pensez-vous de l’actuelle politique du gouvernement français sur ces questions?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>Qu’il va falloir assez profondément changer et qu’il va falloir accueillir des immigrés. À la fois des immigrés de talent, en faisant attention à ne pas faire comme certains pays, dont le Canada, qui privent, par leurs besoins de talents, les pays du Sud des talents rares dont ils peuvent disposer. Mais nous avons intérêt à avoir de nombreux talents de l’extérieur en leur permettant d’aller et de venir, de retourner chez eux et aller vers une immigration qui ne soit plus une immigration définitive, mais plutôt une mobilité internationale, qui ne soit pas une immigration qui retourne vers une sédentarité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>Vous évoquez les accords  bilatéraux entre les États par exemple?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>Oui, qui permettent d’imaginer que les gens puissent venir mais  repartir aussi.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>Dernière question sur les universités françaises. Vous avez parlé, lors des débats sur le CPE (Contrat première embauche), d’un échec de la méritocratie à la française dans la mesure où elle ne permettait pas à la majorité des jeunes de s’épanouir. Que pensez-vous de l’actuelle réforme des universités? Pensez-vous qu’elle permettra à chaque étudiant de réduire l’écart entre les grandes écoles et les universités?</em><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>Elle est insuffisante et le rapport de la commission sur laquelle je  travaille fera des propositions en ce sens.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>B.G.: </strong><em>Vous misez beaucoup sur  l’éducation et la recherche?</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J.A.: </strong>Comme un facteur essentiel du développement, évidemment, nous sommes  dans une économie de savoir.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=326&amp;theme=societe#t1">1.</a><a name="r1"></a> ATTALI, Jacques, <em>L’homme nomade</em>, Paris, Fayard, 2003.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=326&amp;theme=societe#t2">2.</a><a name="r2"></a> ATTALI, Jacques, <em>Une brève histoire de l’avenir</em>, Paris,  Fayard, 2006.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=326&amp;theme=societe#t3">3.</a><a name="r3"></a> Entretien avec Jacques Attali: «La presse quotidienne payante  est morte», <em>Le blog médias</em>, no 9, [En ligne], &lt;<a href="http://revue-medias.org/www/article.php3?id_article=239">http://revue-medias.org/www/article.php3?id_article=239</a>&gt;</p>
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		<title>Développement durable: quel rôle pour l’histoire?</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Aug 2007 19:01:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de fond / Long articles]]></category>
		<category><![CDATA[Formats]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire/History]]></category>
		<category><![CDATA[Langue / Language]]></category>
		<category><![CDATA[Sections]]></category>
		<category><![CDATA[développement durable]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement / Environment]]></category>

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		<description><![CDATA[Si nous ramenions l&#8217;histoire de l&#8217;humanité à l&#8217;échelle d&#8217;une journée de 24 heures, on verrait poindre les premières réflexions sur le concept de développement durable autour de 23 heures 59 minutes et 59 secondes. Après [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Si nous ramenions l&#8217;histoire de l&#8217;humanité à l&#8217;échelle d&#8217;une journée de 24 heures, on verrait poindre les premières réflexions sur le concept de développement durable autour de 23 heures 59 minutes et 59 secondes. Après une longue et harassante journée consacrée à la conquête – ou à la subjugation? – de notre environnement, un constat vient troubler notre sommeil: ce fut une victoire à la Pyrrhus. Un coup d&#8217;œil au champ de bataille suffit pour s&#8217;en convaincre, et c&#8217;est principalement ce que font la plupart des spécialistes du réchauffement climatique. Or les défis à venir appellent une relecture du passé. L&#8217;histoire s&#8217;y met, lentement. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title=" 1453748-1ae2c1119ae2889a" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/12/hist-glob.jpg" alt=" 1453748-1ae2c1119ae2889a" width="216" height="278" /><br />
$h3ll|r00t,<br />
<em> 1453748-1ae2c1119ae2889a</em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">C’est un truisme de dire que l’étude de l’histoire contribue à tirer les leçons du passé. Encore faut-il, autre truisme, que cette histoire existe. Dans quelle mesure la discipline historique peut-elle contribuer à la refonte des politiques nationales et internationales de développement qui ne prennent plus seulement en compte la sacro-sainte croissance économique? C’est autour de cette question que nous voulons articuler notre réflexion, en offrant une brève présentation des champs d’investigation émergents qui, s’ils ne s’inscrivent explicitement que très rarement dans les débats environnementaux, accumulent une somme de savoirs dont l’utilité pour l’avenir est indéniable.<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’histoire globale</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Jusqu’à très récemment, et à bien des égards encore aujourd’hui, l’écriture de l’histoire s’est presque toujours inscrite dans le cadre national ou, tout au plus, à l’intérieur des frontières d’une «civilisation» donnée(1). Sans remettre en question la pertinence de telles approches, l’émergence d’une conscience mondialisée dans les dernières décennies du XXe siècle appelait implicitement à un désenclavement géographique de la discipline historique. Ainsi s’est lentement constitué ce que nous avons coutume de désigner comme l’histoire globale(2).</p>
<p style="text-align: justify;">Si, en tout premier lieu, ce champ nouveau de la recherche a voulu reconstituer l’évolution de la mondialisation en tant que réalité historique, elle abrite aujourd’hui des chercheurs dont la vision même est «globalisée». Évidemment, puisque «la recherche historique reflète inévitablement une certaine influence politique et idéologique(3)», et puisque la mondialisation constitue, jusqu’à un certain degré, une idéologie, nombreux sont les ouvrages d’histoire globale qui trahissent une prise de position – néolibérale, altermondialiste, etc. – de l’auteur. Cependant, il est tout aussi vrai que la mondialisation demeure une réalité tangible et observable, hors de tout présupposé idéologique. C’est bien à l’étude de cette réalité que la plupart des historiens «globalistes» se consacrent. En définitive, l’histoire globale propose un recadrage qui prend en considération cette nouvelle réalité. Le 9 juin dernier a eu lieu à Paris, sous l’égide de la célèbre Société d’histoire moderne et contemporaine, une conférence sur la question. Le titre résumait à merveille ce que l’histoire globale cherche à accomplir: «Un changement d’échelle historiographique».</p>
<p style="text-align: justify;">Une telle reconfiguration de l’angle duquel certains historiens abordent leur objet d’étude pourrait potentiellement contribuer à une meilleure compréhension des tenants et des aboutissants du débat autour du développement durable. En se hissant à l’échelle globale, l’histoire se place à un niveau d’appréhension qui rend davantage visibles les dynamiques ayant conduit à l’état actuel de la planète. Si l’histoire globale n’est pas habilitée à se prononcer sur les moyens adéquats à mettre en œuvre afin d’amenuiser les impacts de l’activité humaine sur l’environnement, elle demeure un observateur privilégié en ce qui concerne les dynamiques qui nous ont conduits à l’urgence de telles réformes. Cette aptitude devient d’autant plus évidente lorsque nous y greffons un second champ émergent de la recherche historique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’histoire de  l’environnement</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme son appellation le suggère, ce champ de la recherche s’intéresse principalement à l’espace, ou au milieu, dans lequel l’activité humaine prend place. Comme l’a écrit Robert M. Schwartz, professeur d’histoire de l’environnement au Mount Holyoke College (É-U), cette discipline s’articule à deux niveaux distincts, quoiqu’étroitement liés. Premièrement, il s’agit d’étudier, à travers le temps, l’évolution des différentes conceptions que se fait l’humain de la nature. Selon l’auteur, celles-ci peuvent être «impérialistes et mécanistes», c’est-à-dire qu’elles font de la nature un système de ressources mises à la disposition de l’être humain, ou «holistiques», en ceci qu’elles tendent à faire de nous une partie intégrante de la nature(4). Deuxièmement, l’histoire de l’environnement étudie l’empreinte humaine laissée sur la nature, c’est-à-dire les «changements environnementaux produits par l’entreprise humaine et les nouvelles technologies(5)».</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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<p style="text-align: justify;">Nul besoin d’aller plus loin pour prendre la pleine mesure de la précieuse contribution que peut apporter ce champ particulier de la discipline historique à la question du développement durable. En cherchant à comprendre l’évolution des mentalités et des dynamiques qui nous lient à notre environnement, ou plutôt, jusqu’ici qui le lie à nous, cette branche de l’histoire semble en mesure de révéler la profondeur et l’enracinement de nos habitudes, de mettre à jour les conceptions qui président à nos rapports avec notre milieu. La plupart des travaux relevant de l’histoire de l’environnement permettent également d’avancer que, loin de représenter de simples réformes, l’implantation de politiques dites de développement durable exige des sociétés qui y souscriront une refonte plus ou moins radicale de l’idée que nous nous faisons de notre place dans la nature.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un article paru l’année dernière, le professeur Stephen Mosley, de l’Université de Leeds, a reproché aux tenants de l’histoire sociale de ne pas intégrer les recherches de leurs pairs œuvrant en histoire environnementale, particulièrement en ce qui a trait aux impacts de l’activité humaine sur l’environnement(6). Ce reproche s’applique en fait à tous les champs de la recherche historique, dont on s’efforce d’imperméabiliser les cloisons, alors qu’il faudrait les enfoncer. Nous avons voulu souligner ici la grande pertinence de deux approches historiques qui, lorsqu’elles fusionnent, procurent à l’observateur des outils indispensables à une compréhension plus profonde des réalités nées – et à naître – du réchauffement climatique. En définitive, elles permettent une sorte d’actualisation de l’histoire afin que cette dernière soit en mesure de fournir ne serait-ce qu’une partie de réponse aux défis à venir.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) Un coup d&#8217;œil à mes articles publiés dans ce journal suffira au lecteur pour se convaincre de la prégnance de l&#8217;approche nationale en histoire!<br />
(2) Dans le monde anglo-saxon, on parle de <em>World history </em> et de <em>Global history </em>, chacune possédant sa propre revue scientifique. Si certains chercheurs insistent pour différencier les deux approches, nous nous abstiendrons d&#8217;en faire de même, car cela ne ferait qu&#8217;ajouter à la confusion.<br />
(3) «Historical scholarship inevitably reflects some set of political and ideological influences». BENTLEY, Jerry H., «Myths, Wagers and Some Moral Implications of World History», <em>Journal of World History </em>, n o 1 (vol. 16, 2005), p. 53.<br />
(4) «environmental change created by human endeavour and new technology.» SCHWARTZ, Robert M., «Teaching Environmental History: Environmental Thinking and Practice in Europe , 1500 to Present», <em>The History Teacher </em>, n o 3 (vol. 39, mai 2006), p. 325. On soulignera au passage la continentalité de l&#8217;approche de l&#8217;auteur.<br />
(5) <em>Idem </em>.<br />
(6) MOSLEY, Stephen, «Common Ground: Integrating Social and Environmental History», <em>Journal of Social History </em>, n o 3 (vol. 39, printemps 2006), p. 915-933.</p>
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		<title>Vers une civilisation universelle?</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Aug 2007 14:44:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raoul Tamekou</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le dernier sommet du G8 à Heiligendamm en juin dernier a occasionné, comme de coutume, la mobilisation des groupes altermondialistes. L’élan de conscience et la force d’objection de ces protagonistes d’un «autre monde» amènent avant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le dernier sommet du G8 à Heiligendamm en juin dernier a occasionné, comme de coutume, la mobilisation des groupes altermondialistes. L’élan de conscience et la force d’objection de ces protagonistes d’un «autre monde» amènent avant tout à constater la présence d’un «certain monde». Le grand combat des altermondialistes est d’empêcher la «fin de l’histoire», qui consacrerait la primauté des rapports d’inégalité et de domination entre les sociétés humaines. Cependant, indirectement, ces forces alternatives contribuent à cette fin de l’histoire. En effet, leur nature, leurs moyens et leur légitimité ne constituent-t-ils pas autant de signes de l’émergence d’une «civilisation universelle»? Telle est la piste d’interrogation que nous  nous proposons de suivre dans cet article. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title="Ball of mice’s detail- Darling Harbour (Détail de la boule des souris)" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/13/pol-civ.jpg" alt="Ball of mice’s detail- Darling Harbour (Détail de la boule des souris)" width="294" height="214" /><br />
Charlie Brewer, <em>Ball of mice’s detail- Darling Harbour<br />
(Détail de la boule des souris)</em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">La trajectoire historique des pays du monde a été analysée principalement, jusqu’ici, en termes de continuum clos et de dialectique de confrontation. Sous ce prisme, l’Histoire apparaît comme une histoire étonnamment répétitive, caractérisée par le «choc» de grands groupes homogènes, se succédant sur le trône de la domination ponctuelle de l’ordre du monde, porteurs – et revendicateurs – d’éléments de spécificité immiscibles.Cette lecture cyclique présente quelque intérêt pour comprendre la configuration du monde au cours des périodes ou des siècles précédents. En revanche, elle nous paraît insuffisante pour expliquer les récentes évolutions et mutations qui ont affecté les sociétés contemporaines. Ces dernières donnent à penser que, loin d’une structuration en grands groupes homogènes mais distinguables, on assiste au phénomène contraire: l’humanité serait en voie vers une «civilisation universelle»(1). On semble assister à l’uniformisation de la trajectoire de développement historique des sociétés humaines. Cette circonscription du champ des possibles du devenir de l’humanité rappelle la thèse de Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire(2).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>De quelle trajectoire  parle-t-on?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Reprenant à son compte la thèse d’apogée civilisationnelle de Hegel et d’Alexandre Kojeve, Fukuyama présente la fin de l’histoire comme l’horizon indépassable vers lequel s’achemineraient les sociétés humaines et qu’ont déjà atteint certaines sociétés. Cet horizon est défini par l’économie et la démocratie libérales. Cette hypothèse lui est inspirée, au sortir de la guerre froide, par le triomphe du capitalisme et de l’idéologie libérale sur le communisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la perspective de Fukuyama, nous pensons que la trajectoire que tendrait à adopter l’ensemble des sociétés humaines, à des rythmes différents et selon des combinaisons diverses, repose sur la triade suivante: économie de marché, inflation technologique, démocratie libérale ou dans une perspective plus large, <em>égalitarisation</em> et <em>libéralisation</em> des rapports sociohumains. La présence partielle de l’un de ces trois éléments, dans une société donnée, ne devrait pas autoriser à conclure à l’absence <em>ad vitam aeternam </em>des autres. Ces trois piliers apparaissent comme  les nouveaux indicateurs communs que partagent nombre de pays du monde.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Des civilisations  géoculturelles à la civilisation universelle</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Notre propos ne vise pas à dessiner le profil d’un monde où les sociétés seraient des clones, des reproductions identiques (Fukuyama s’en était également défendu). Nous voulons seulement présenter l’émergence d’une civilisation universelle où le sens du mot <em>développement</em> est appréhendé par une perception commune à laquelle se référeraient toutes les sociétés(3). Le mouvement altermondialiste, apatride, et regroupant des individus venant de divers pays et de différentes couches sociales, illustre justement cette mondialisation des préoccupations humaines. La religion ou la localisation géographique ne semblent plus constituer des repères pertinents pour expliquer et repérer les grands conflits à l’ordre du monde. Encore moins pour identifier les  anciens grands groupes civilisationnels(4) ou en décrire les «chocs»(5). La grande dispersion géographique des sympathisants, militants et combattants de l’islamisme, version idéologique et intégriste de l’Islam, l’atteste vigoureusement. Il est important de ne pas se méprendre sur la nature du conflit qui oppose ces derniers aux intérêts occidentaux. En effet, ce dernier est surtout et avant tout éloigné des sphères religieuses. L’islamisme ne combat pas le catholicisme ou le protestantisme. Il combat le globalisme, un ordre mondial marqué par le triomphe du capitalisme néolibéral, le développement technologique et la suprématie des droits de l’homme. Ces trois idéaux ne peuvent être enfermés, à l’état actuel des choses, dans une aire géoculturelle particulière (l’Occident) car ils sont pratiquement étendus à l’ensemble du monde. La civilisation universelle est  1)technologique, 2)économique, au sens d’une prégnance de la logique économique et 3)démocratique, quoique très timidement. Examinons rapidement les éléments de ce triptyque.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une civilisation de technologie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La civilisation universelle est celle de la découverte, de la révolution et de l’explosion des sciences technologiques. En ce XXIe siècle, cette dominance prend une ampleur particulière. Les outils technologiques acquièrent leur plus haut sens, de nos jours, de prolongement de la main humaine. Dans cet ordre, les sociétés dites «développées» sont celles où les conditions de vie matérielles sont rendues meilleures ou plus agréables du fait de l’adaptation de la technologie à toutes les situations de la vie sociale, et de la désimplication physique ou manuelle de l’Homme (non pas totale, mais élevée).</p>
<p style="text-align: justify;">La dynamique d’universalisation de la civilisation technologique dominante trouve, actuellement, un formidable catalyseur dans les technologies de l’information, de la communication et des réseaux s’y rattachant. Internet en est le symbole le plus frappant. Le modèle de «la société du savoir», dans lequel la valeur de l’information est consacrée,tend à être adopté par la plupart, sinon l’ensemble des pays de la planète. Nombre d’exemples peuvent être évoqués pour souligner cette tendance.</p>
<p style="text-align: justify;">Premièrement, la création d’une chaîne télévisée arabe, promouvant et défendant les intérêts des pays musulmans et fonctionnant sur le modèle de CNN, apparaît d’abord comme une concession implicite d’un point de vue culturel. En effet, elle constitue une reconnaissance certaine de la valeur des moyens déployés par le paradigme occidental d’expansion, faisant la promotion des valeurs de vitesse, de concurrence, de liberté. Ces valeurs sont opposées à celles prônées par l’islamisme, qui sont plutôt traditionnelles et conservatrices (modération, contrôle). Les grandes cotes d’écoute de cette chaîne enregistrées en Grande-Bretagne illustrent justement la dispersion géographique de la réception du discours «islamiste». Les exemples récents de l’actualité nous montrent que les terroristes sont parfaitement intégrés à la société occidentale et à son mode de vie. Les individus impliqués dans les récentes tentatives d’attentat en Grande-Bretagne sont des citoyens britanniques comme les autres, jouissant des mêmes droits et obligations. Dans cette veine, on peut souligner l’utilisation par le mouvement transnational Al-Qaida des mêmes circuits financiers de transfert de capitaux que leurs adversaires (bien que de façon de plus en plus limitée) ou, encore, le recours aux technologies les plus avancées de communication.</p>
<p style="text-align: justify;">Deuxième exemple, le transfert de technologie des pays développés vers les pays pauvres peut être analysé, en dernier ressort, comme l’exportation d’un modèle et un idéal de développement. Leur réception, sans contention, ne fait que confirmer notre hypothèse de constitution d’une civilisation universelle marquée par une culture du technologique(5). Qu’on soit musulman ou chrétien, animiste ou bouddhiste, Africain ou Européen, la facilitation des conditions matérielles de vie, proposée par le modèle technologique, reste un objectif unanime (en dehors de quelques rêveurs «régressistes»).</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, on peut relever l’utilisation, par les groupes altermondialistes et autres mouvements partisans, d’un «autre monde» (à l’instar de Green Peace) des médias de communication et d’information ayant contribué, entre autres, à asseoir l’ordre du monde, qu’ils combattent.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne faut cependant pas se méprendre sur le caractère supposé essentiellement instrumental des technologies. En effet, elles ont un grand impact sur les comportements humains en leur imprimant le sens (et les valeurs?) de leurs fonctionnalités. Ainsi peut-on en mesurer l’importance et le potentiel d’action dans les sociétés du Sud, dont les catégories culturelles ont connu des changements à la suite de la facilitation d’accès et de l’introduction de nouveaux moyens de communication (transport, media).</p>
<p style="text-align: justify;">En bref, il est indéniable que l’un des lieux communs des sociétés humaines soit, de nos jours, la culture du technologique. Son idéal et sa finalité ultime étant de faciliter les conditions matérielles de vie et de satisfaire la «partie désirante»de l’être humain.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une civilisation de marché</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le deuxième pilier fondamental de la civilisation universelle est la généralisation de l’économie de marché et de sa logique. Il est difficile de ne pas reconnaître le triomphe de l’économie de marché sur les autres projets de production et de distribution des ressources et des richesses, notamment les projets socialistes et communistes. À l’exception de rares pays, derniers bastions de l’onirisme communiste (Cuba, Vietnam, etc.), les États et gouvernements se déclamant officiellement socialistes ou hybrides, sont tenus d’adopter <em>nolens volens</em> un modèle économique libéral, principalement dans la phase de production des richesses. Deux raisons peuvent expliquer cette contrainte.</p>
<p style="text-align: justify;">Premièrement, l’absence de contre-modèle historique de performance et d’efficacité, alternatif au modèle libéral, et la contribution de ce dernier au processus de développement matériel des sociétés avancées en font une référence qui à défaut d’être sûre est vivante et concrète.</p>
<p style="text-align: justify;">Le deuxième facteur d’embrigadement consiste en la texture particulière de la communauté internationale et en la nature des rapports interétatiques. Le champ international est marqué par  une grande interdépendance entre États et par le pouvoir d’imposition de grands organismes internationaux. Ces derniers, censés jouer le rôle d’arbitre et s’engageant à garantir la stabilité économique et politique des États du monde, apparaissent surtout comme des jouets pilotés par les grandes puissances. Il en résulte que les rapports entre les acteurs de la scène internationale sont essentiellement des rapports de domination, les moins puissants devant se plier aux injonctions des plus puissants avec l’accord des institutions financières et politiques tutélaires internationales, sous peine de sanction.</p>
<p style="text-align: justify;">De ce qui précède se dégage le fait que, pour des motifs d’efficacité et de performance économique ou de contrainte politique, les sociétés humaines, dans leur vaste majorité, se rangent à l’école de l’économie libérale ou néolibérale. Les exemples de la Chine et de la Russie, dont les économies sont en transition vers des modèles plus libéraux, constituent, à cet égard, d’excellentes illustrations du succès de l’expansion de l’économie libérale.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une civilisation de liberté et d’égalité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce troisième aspect de la trajectoire de convergence des sociétés humaines est celui dont la réception et l’implantation sont les plus difficiles. Il revêt deux formes principales. La première, dont traite Fukuyama, est celle du triomphe de la démocratie libérale. La deuxième, dont les partisans altermondialistes se font les défenseurs, est le combat pour le respect des droits de l’Homme qui signe la promotion de la justice et de l’égalité sociales.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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<p style="text-align: justify;">L’explication de Fukuyama (que nous reprenons) de la percée de la démocratie libérale repose sur la thèse du «désir de reconnaissance» (empruntée à Hegel et à Platon), qui exprime l’aspiration d’un être humain à la reconnaissance de sa dignité. Ce désir fait écho à la volonté des individus de sublimer leur condition et leurs intérêts matériels, pour réclamer une valorisation «supérieure». Cet argument peut être utilisé de façon prophétique pour anticiper la transition des pays économiquement libéraux (ou en transition) mais politiquement autoritaires. Ainsi, leurs populations, au-delà et après la prospérité matérielle, en arriveraient à demander une reconnaissance de leur <em>dignité</em> d’êtres supérieurs et, par conséquent, leur liberté, du moins politique et  sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette position demande cependant à être relativisée car les concepts de liberté et d’égalité sont des constructions intellectuelles dont l’opérationnalisation peut prendre un contenu variable.</p>
<p style="text-align: justify;">De même, le combat altermondialiste est manifestement celui des Droits de l’Homme. Ces droits sont bien différents des droits nés et proclamés dans le sillage de la révolution des Lumières. Ce sont des droits d’une autre «génération». Ils couvrent toutes les dimensions de la vie humaine (environnement, liberté sous toutes ses formes légitimes, etc.). Ces droits sont censés être universels, sans frontières, revendicables par tout être humain. Le culte des droits de l’Homme semble être la nouvelle religion de l’humanité, une religion du moins qui pourrait en rassembler une grande tranche.</p>
<p style="text-align: justify;">Il convient une fois de plus de relativiser et d’atténuer notre position. Le respect des droits humains, malgré leur séduisant potentiel de «valorisation» de la «dignité humaine», n’obtient pas (encore) le plébiscite de la majorité des pays. La raison tient d’abord à la connotation occidentale de sa mise en sens actuelle, qui lui donne un aspect idéologique et entraîne <em>ipso facto</em> une levée de boucliers. Une autre raison est la promotion d’un «relativisme culturel» par certains pays, définissant un sens et un contenu adaptés des droits de l’Homme.</p>
<p style="text-align: justify;">En conclusion, on peut sans ambages affirmer que les anciens repères géoculturels sont aujourd’hui insuffisants pour expliquer le monde actuel. Dans cet article, nous avons esquissé, à partir des revendications des mouvements altermondialistes, des pistes de compréhension de la trajectoire historique des sociétés humaines contemporaines. Il s’en dégage qu’une civilisation universelle est en train d’émerger. Civilisation dont les traits sont le développement technologique, le triomphe de l’économie de marché de même que l’égalitarisation et la libéralisation des rapports sociaux. Dès lors, si tel est l’horizon final de l’évolution de l’humanité, le grand défi des êtres humains revient alors à donner à leur histoire la plus belle fin possible. L’histoire étant dessinée, il s’agit à présent de lui donner corps.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) Par civilisation, il faut entendre ici le plus haut niveau de regroupement et d’identification de peuples. C’est une «métaculture» transversale et caractérisant plusieurs peuples au-delà de leurs particularités historiques. Une civilisation peut donc regrouper des peuples de culture différente. Ainsi, l’ancienne civilisation africaine, bien que rassemblant des sociétés présentant des différences aussi importantes que la langue, la religion, le mode de vie, présentait des traits structurels et pouvant être stabilisés sur le plan formel. Ce sont par exemple le caractère traditionnel des sociétés, le mode de vie collectif, etc. Le même exercice peut être reproduit pour les civilisations occidentale ou asiatique.<br />
(2) Fukuyama, Francis, <em>La fin de l’histoire et le dernier homme</em>,  Paris, Flammarion, 1992.<br />
(3) Il est intéressant de noter la généralisation et l’universalisation, de nos jours, du concept de développement durable comme paradigme de développement de la majorité des sociétés humaines.<br />
(4) Pour un aperçu de ces  civilisations, V. Braudel, Fernand, <em>La  grammaire des civilisations</em>, Paris, Flammarion, 1999.<br />
(5) Huntington, P Samuel, <em>Le choc des civilisations</em>, Paris, Odile  Jacob, 2000.<br />
(6) L’absence de contention fait référence, ici, à la grande perméabilité des sociétés du Sud aux technologies et aux produits de consommation en provenance de l’Occident.</p>
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		<title>Fritz Stern : le parcours d’un témoin éclairé</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Feb 2007 23:44:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marie-Eve Chagnon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Compte-rendus / Resumes]]></category>
		<category><![CDATA[Formats]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire/History]]></category>
		<category><![CDATA[Langue / Language]]></category>
		<category><![CDATA[Sections]]></category>
		<category><![CDATA[Allemagne]]></category>
		<category><![CDATA[autobiographie]]></category>
		<category><![CDATA[Five Germanys I Have Known]]></category>
		<category><![CDATA[Fritz Stern]]></category>

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		<description><![CDATA[«Qui veut se souvenir doit se confier à l’oubli, à ce risque qu’est l’oubli absolu et à ce beau hasard que devient alors le souvenir». - Maurice Blanchot Cité dans Jorgen Semprun, L’écriture ou la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">«Qui veut se souvenir doit se confier à l’oubli, à ce risque qu’est l’oubli absolu   et à ce beau hasard que devient alors le souvenir».<br />
- Maurice Blanchot<br />
Cité dans Jorgen Semprun, <em>L’écriture ou la vie</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>À l’automne 2006, l’historien Fritz Stern, professeur émérite de l’Université Columbia, a publié un ouvrage qui contribue à plusieurs égards à une réflexion approfondie sur la politique étrangère actuelle de Washington et de ses dérives autoritaires. Au tournant de l’année 2005, quelques mois avant la publication de <em> Five Germanys I Have Known</em>, Stern a reçu une mention de l’Institut Leo Baeck, présentée par Joschka Fischer, alors ministre Allemand des Affaires étrangères, pour sa carrière sur l’histoire de l’Allemagne, la question juive et les origines du national socialisme.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title=" La mémoire du vide vs. l'entropie du vide (Vacuum memory vs. vacuum entropy) " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/hist-ern.jpg" alt=" La mémoire du vide vs. l'entropie du vide (Vacuum memory vs. vacuum entropy) " width="294" height="214" /><br />
Joël-Evelyñ-François Dézafit-Keltz, <em> La mémoire<br />
du vide vs. l&#8217;entropie du vide<br />
(Vacuum memory vs. vacuum entropy) </em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">La nature du discours de Stern a fait grande impression sur les membres de   l’auditoire. De fait, le chercheur a reconnu avec franchise le péril   de l’union de la religion et de la politique pour les sociétés   démocratiques. Au préalable, il a laissé sous-entendre   son appréhension face à la voie prise par les États-Unis,   la nation qui avait à l’époque sauvé sa famille   de l’ombre du régime hitlérien. L’historien a également   fait référence à un groupe d’intellectuels, conservateurs   et révolutionnaires, qui s’étaient positionnés dans   les années 1920 en faveur d’un nouvel autoritarisme, le Troisième   Reich(1). Ces prophètes du régime avaient dénoncé la   nature rationnelle, tolérante et cosmopolite du libéralisme.   En plus d’attribuer l’attrait du national-socialisme à la   figure d’Hitler, un brillant manipulateur selon lui, Stern a enfin explicité dans   quelle mesure la fusion entre les dogmes raciaux et la chrétienté allemande   avait joué un rôle de premier plan dans le succès de la   campagne électorale échafaudée par le futur Führer.   Si certains ont ensuite reproché à l’historien d’avoir   délibérément associé le régime hitlérien   au gouvernement républicain de George W. Bush, d’autres y ont   pertinemment décelé une critique beaucoup plus subtile de la politique américaine contemporaine(2).En janvier 2005, lors d’une entrevue avec le quotidien allemand <em>Frankfurter     Allgemeine Zeitung</em>, l’historien américain a exposé à nouveau     et de façon beaucoup plus explicite sa position face à la politique     du gouvernement américain. À propos de la passivité,     de l’apathie politique et du manque de lucidité en Amérique,     l’historien a dit ne pas vouloir faire de parallèle entre la     conjoncture américaine actuelle et la République de Weimar,     ou même le fascisme allemand. Selon lui, bien qu’il soit improbable     que l’histoire puisse se répéter, il est en revanche     beaucoup plus vraisemblable que les Américains puissent être     confrontés à un tout nouveau type d’autoritarisme. Offensé par     l’unilatéralisme et l’arrogance de l’administration     Bush à Washington(3), Stern a finalement révélé au     quotidien allemand que «ce pays se rapproche d’une ploutocratie     chrétienne et fondamentaliste(4).»</p>
<p style="text-align: justify;">Le parcours professionnel de Fritz Stern dévoile la carrière   d’un chercheur qui s’est toujours appliqué à fidèlement   appréhender le vivant. Conscient du pouvoir politique de la discipline   historique, l’érudit a constamment cherché à reconstituer   les événements du passé «<em>wie es eigentlich gewesen   ist</em>(5)», pour reprendre l’expression de l’historien   allemand Leopold von Ranke. Les changements tragiques de son pays sous la République   de Weimar, sa rencontre avec le national-socialisme et son expérience   de l’exil aux États-Unis ont forcément contribué à faire   de Stern l’un des observateurs les plus critiques et les plus éclairés   de l’histoire et des débats politiques contemporains des nations   américaine et allemande.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Five Germanys I Have Known </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Avec son dernier ouvrage <em>Five Germanys I Have Known</em>,Fritz Stern signe   une autobiographie qui retrace d’abord le parcours de son enfance, celui   d’un jeune garçon né en 1926 et ayant évolué avec   l’ascension du parti national-socialiste en Allemagne. Descendant d’une   famille juive, convertie depuis déjà près d’une   génération au christianisme, le jeune Stern quitte Breslau (Wroclaw)   quelques semaines avant les actes de violence perpétrés contre   les juifs dans la nuit du 9 novembre 1938. L’auteur décrit ainsi   son parcours en tant que citoyen américain et représente, à partir   de cette perspective, l’évolution de son Allemagne natale depuis   la république de Weimar. L’approche autobiographique du professeur   Stern lui permet d’insérer et de réunir habilement les   souvenirs familiaux et l’anecdotique dans une perspective historique   beaucoup plus large, voire dans le contexte des sociétés allemande   et étasunienne contemporaines. L’ouvrage est largement soutenu   par un nombre incomparable de sources, telles les journaux personnels, les   lettres de famille, les photographies et les témoignages oraux. L’historien   nous expose ainsi les cinq Allemagne qu’il a connues : la République   de Weimar, le Troisième Reich, la République démocratique   allemande, la République fédérale allemande et l’Allemagne   réunifiée.</p>
<p style="text-align: justify;">Stern nous plonge tout d’abord dans l’univers romantique de ses   ancêtres, provenant de l’Allemagne ancestrale. Un contexte qui   n’est pas sans rappeler l’œuvre de l’écrivain   autrichien Stefan Zweig intitulé <em>Le monde d’hier</em>(6),   un livre qui offre encore aujourd’hui au lecteur un portrait remarquable   de la Vienne intellectuelle et artistique d’avant-guerre<em>.</em> Nous   découvrons ensuite la vie familiale du jeune Stern dans le contexte   de la montée du nazisme en Allemagne. Né d’un père   médecin et d’une mère physicienne et mathématicienne,   le jeune Stern voit les droits de ses proches se détériorer à partir   de 1933. Bien que son grand-père paternel se soit converti au christianisme   dans les années 1890 et que les parents juifs de sa mère aient   baptisé Stern à la naissance, le parti Nazi ne tenait pas compte   de ces conversions dans son dessein d’aryanisation du peuple allemand.   Avec les yeux d’un jeune garçon, nous suivons les événements   sombres liés à la prise de pouvoir du national socialisme. Rapidement   mis à l’écart à l’intérieur même   de leur nation, les Stern exploreront les possibilités d’exil.   Leurs efforts se solderont finalement par l’émigration de la petite   famille en terres américaines, à l’automne 1938.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
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<p style="text-align: justify;">Ensuite l’auteur nous transporte dans le cadre académique et   politique des États-Unis d’après-guerre. Si Stern avait   d’abord cru que l’exil l’éloignerait à jamais   de son pays natal, sa profession allait plutôt le rapprocher tout particulièrement   des thématiques liées au contexte historiographique allemand.   Malgré les conseils du physicien Albert Einstein de perpétuer   la tradition familiale en poursuivant des études en médecine,   Stern suivra ses instincts et choisira l’histoire «qui après   tout recèle un aspect scientifique(7).» Après des études   en histoire européenne à l’Université Columbia,   Fritz Stern débute sa carrière historienne et livre ses réflexions   sur la question du nazisme en Allemagne. Sa pensée est en rupture avec   la thèse du <em>Sonderweg</em>, soit le passage inévitable de   l’Allemagne nazie de Luther à Hitler. Selon lui, la voie de l’Allemagne   vers le national socialisme n’était pas un accident et aurait   pu être évitée, et ce, malgré les origines profondes   de cette idéologie politique. La fragilité de la paix et de la   liberté incarne la leçon la plus simple et la plus profonde de   sa carrière historienne et de sa vie(8). Conscient qu’aucune démocratie   n’est à l’abri des tentations de mouvements pseudo religieux   et répressifs, Stern s’engage dans de nombreux débats liés à la   discipline historique et aux crises politiques aux États-Unis et en   Allemagne. Nous découvrons ainsi le rôle personnel qu’il   a joué dans de grands moments de l’histoire. Nous apprenons notamment   qu’il a incité Margaret Thatcher à donner son accord au   mouvement de réunification en 1990 et qu’il a également   travaillé en tant que conseiller auprès de l’ambassadeur   américain à Bonn Richard Holbrooke en 1993. Son érudition   et ses nombreuses expériences permettent à Fritz Stern d’enrichir   son parcours et son récit de personnages clés de la civilisation   occidentale contemporaine. Il dresse ainsi de façon toute personnelle,   parfois même anecdotique, le portrait d’hommes et de femmes, tels   que le politicien démocrate Walther Rathenau, le physicien Fritz Haber,   le parrain de Stern et sa grande amie et fondatrice de l’hebdomadaire <em>die   Zeit</em>, la comtesse Marion Dönhoff.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce riche mémoire favorise sans contredit notre compréhension   du parcours historique particulier de l’Allemagne moderne et de ses relations   avec les États-Unis. Il réitère aussi toute l’importance   de servir le présent et la vie, afin de contribuer à l’avenir.   L’œuvre de l’historien ouvre ainsi la voie à des pistes   de réflexions pertinentes liées à la responsabilité des   citoyens et à leur devoir de mémoire.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) FISCHER, Joschka. (novembre 2004) Acceptance speech delivred by Fritz   Stern upon receiving the Leo Baeck Medal at the 10th Annual Dinner of the Leo   Baeck Institut. [en ligne] 23 pages.  &lt; <a href="http://lbi.cjh.org/dbtn-wpd/exec/dbtwpub.dll">http://lbi.cjh.org/dbtn-wpd/exec/dbtwpub.dll</a>&gt;.   Consulté le 24 novembre 2006.<br />
(2) REISS, Tom. (8 octobre 2006) « Can it Happen Here? ».   Dans The New York Times, [en ligne] 3 pages. &lt;<a href="http://www.nytimes.com/2006/10/083books/review/Reissthtml2ei=5088&amp;en=869706">http://www.nytimes.com/2006/10/083books/review/Reissthtml2ei=5088&amp;en=869706</a>&gt;.   Consulté le 24 novembre 2006.<br />
(3) Fritz STERN. Five Germanys I have known, New York, Farrar, Strauss and Giroux, 2006, p. 500.<br />
(4) Frankfurter Allgemeine FAZ.net. (janvier 2005) Amerika unter Bush: die Leni-Riefenstahlisierung. [en ligne] 4 pages. <a href="http://www.faz.net/s/Rub117C535CDF414415BB243B181B8B60AE/Doc%7EE442A4421BB514732A8659D451A81D433%7EATpl%7EEcommon%7EScontent.html">http://www.faz.net/s/Rub117C535CDF414415BB243B181B8B60AE/Doc~<br />
E442A4421BB514732A8659D451A81D433~ATpl~Ecommon~Scontent.html</a>.   Consulté le 24 novembre 2006. (Traduction libre de l’auteure).<br />
(5) « Tel qu’ils se sont véritablement déroulés ».   (Traduction libre de l’auteure).<br />
(6) Stefan ZWEIG. Le monde d’hier. Souvenirs d’un Européen,   Paris, Belfond, 1993, 506 p.<br />
(7) Fritz STERN. op. cit., p. 164.<br />
(8) Ibid. p.  4.</p>
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