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	<title>Le Panoptique &#187; guerre</title>
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	<description>Perspectives sur les enjeux contemporains &#124; More Perspective on Current International Issues</description>
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		<title>La guerre, la guerre, toujours la guerre&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Jun 2010 21:51:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Guillaume Marceau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voici comment David A. Bell qualifie la guerre dans on ouvrage qui vise à repenser notre vision du concept de guerre totale à travers la Révolution française et le règne de Napoléon : « It [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Voici comment David A. Bell qualifie la guerre dans on ouvrage qui vise à repenser notre vision du concept de guerre totale à travers la Révolution française et le règne de Napoléon  : « It is something ordinary, wheter we like it or not, and it is all too likely to remain so. What therefore matters above all is limiting the human damage, learning restraint, putting bounds on hatred. » (voir la notice à la fin de cette entrée)</p>
<p style="text-align: justify;">La grande force de l&#8217;ouvrage de Bell réside dans sa profonde compréhension de la dualité créée par la guerre moderne qui fait que pour l&#8217;avènement du pacifisme et le rejet même du principe guerrier de la civilisation, il y a tout un pan intellectuel qui va défendre la guerre comme étant salvatrice pour la nation, permettant même la régénération des corps et des esprits. Qu&#8217;en pensez-vous ?</p>
<p style="text-align: justify;">Tiré de David A. Bell, <em>The First Total War: Napoleon’s Europe and the Birth of Warfare as we know it</em>, Boston, Houghton Mifflin, 2007, p. 317</p>
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		<title>La guerre, la guerre&#8230;</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Jun 2010 14:18:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Guillaume Marceau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« But mankind’s relations with war are full of paradoxes and surprises. » Tiré de Geoffrey Best, War and Society in Revolutionary Europe, 1770-1870, London, Fontana, 1982, p. 106. Voilà une affirmation qui résume très [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">« But mankind’s relations with war are full of paradoxes and surprises. »</p>
<p style="text-align: justify;">Tiré de Geoffrey Best, <em>War and Society in Revolutionary Europe, 1770-1870</em>, London, Fontana, 1982, p. 106.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà une affirmation qui résume très efficacement l&#8217;expérience des guerres modernes, Best traitant ici des guerres révolutionnaires françaises de la fin du 18e siècle jusqu&#8217;à 1815. Mais son commentaire se veut beaucoup plus inclusif et démontre la complexité du principe guerrier en quelques mots simples. Qu&#8217;en pensez-vous ?</p>
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		<title>L&#8217;âge des ténèbres</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Jan 2010 18:20:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je m&#8217;imagine vêtu seulement de ma cotte de maille, en 1134, sous le soleil, au milieu des dunes d&#8217;un Irak à venir. Mon épée dans la main, la lame pleine du sang des Infidèles. Je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je m&#8217;imagine vêtu seulement de ma cotte de maille, en 1134, sous le soleil, au milieu des dunes d&#8217;un Irak à venir. Mon épée dans la main, la lame pleine du sang des Infidèles. Je rugis comme un débile dans un latin approximatif. Quid mouratru Islam infernus! Eh oui, je suis un croisé. Croisé égaré dois-je préciser, car relativement loin des collines de Jérusalem. Peu importe. On peut connaître la raison de ma présence là-bas, si loin de mes pénates bourguignonnes, en lisant l&#8217;inscription gravée sur le manche de mon épée: &laquo;&nbsp;Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie.&nbsp;&raquo; Moi et mes potes croisés on a trouvé ça dans la Bible, et on trouvait que ça en jetait pas pire.</p>
<p>Presque 1000 ans plus tard, dans le même sable maintenant devenu irakien, les Marines américains violent des chameaux. Leur arme en bandouillère. Sur le viseur, on peut lire &laquo;&nbsp;Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie.&nbsp;&raquo; Et voilà. Ma mémoire se perpétue. J&#8217;en chie d&#8217;excitation. On tient à remercier la compagnie Trijicon, qui depuis vingt ans agrémente ses armes de références bibliques.</p>
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		<title>Indice de corruption</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Oct 2009 01:57:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pour la première fois de ma vie, sobre du moins, je vais vous entretenir de politique municipale. Déjà, j&#8217;me sens petit journaliste avec chapeau, crayon à mine, pigiste au Montréal Matin. Quelle pourriture. Bande d&#8217;achevés-parvenus, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour la première fois de ma vie, sobre du moins, je vais vous entretenir de politique municipale. Déjà, j&#8217;me sens petit journaliste avec chapeau, crayon à mine, pigiste au Montréal Matin.</p>
<p>Quelle pourriture. Bande d&#8217;achevés-parvenus, à la botte d&#8217;une floppée d&#8217;crosseurs. J&#8217;vois d&#8217;ici leurs chaînes en or, toutes pognées dans leurs poils de torse. Comme dans le bon vieux temps, avant que le monde se réveille. Aujourd&#8217;hui le monde il s&#8217;est rendormi. Gazé au cynisme. Les politiciens nous prient de voter en grand nombre, qu&#8217;il en va de la survie de notre démocratie. Ils ont raison. Ils ont raison aussi de ne pas penser un mot de ce qu&#8217;ils racontent. Cette démocratie qui est la nôtre, elle carbure au sommeil. Plus on ronfle, plus ils ronronent. Quand en sursaut on se réveille, l&#8217;espace d&#8217;un instant, ils n&#8217;ont qu&#8217;à plaider l&#8217;ignorance. Et nous, tout plissés des yeux et de la peau, on s&#8217;offusque pas du fait que soit nos élus sont cons comme la lune, soit ils nous bourrent le mou à la sauvage. Ben c&#8217;est tant pis pour nos gueules.</p>
<p>Presque dans un autre ordre d&#8217;idée, je voudrais lever mon chapeau cette semaine aux soldats italiens, fiers dépositaires d&#8217;une longue tradition militaire qui ferait vomir de honte quiconque un tant soit peu attaché à la chose martiale. Eh bien ces braves, ils ont payé les Talibans pour qu&#8217;ils arrêtent de leur tirer dessus. Voilà, enfin, un vrai processus de paix. Je dis tout ça sans ironie, ni cynisme. J&#8217;y crois. Mais, à leur place, j&#8217;en aurais quand même glissé un mot aux Français arrivés en relève, et qui faute d&#8217;être au parfum, se sont pris la sauce.</p>
<p>Je vous aime.</p>
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		<title>Carrière au Musée canadien de la guerre</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Nov 2008 15:42:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Raymond Aubin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Devant soi, un imposant mur de béton brut parti à l’assaut du plafond. Derrière, un improbable tank de la Guerre froide. Sous les yeux, vingt-deux grandes épreuves numériques aux couleurs rompues. L’exposition de photographie Dieppe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Devant soi, un imposant mur de béton brut parti à l’assaut du plafond. Derrière, un improbable tank de la Guerre froide. Sous les yeux, vingt-deux grandes épreuves numériques aux couleurs rompues. L’exposition de photographie Dieppe de Bertrand Carrière au Musée canadien de la guerre à Ottawa conduit au cœur du temps qui passe.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title="Gray concrete wall" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/40/al.jpg" alt="Gray concrete wall" /><br />
Iwan Gabovitch, <em>Gray concrete wall</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Le raid des forces alliées sur le port de Dieppe en 1942 a marqué d’amertume, à tort ou à raison, l’imaginaire canadien et surtout québécois. Le Canada y a subi les plus lourdes pertes en un seul jour de toute la Seconde Guerre mondiale. La nostalgie qui imprègne les plages entourant Dieppe a frappé l’artiste et photographe Bertrand Carrière. Il livre au spectateur une réflexion sensible sur les vestiges des ouvrages défensifs construits par les Allemands et baptisés le Mur de l’Atlantique.</p>
<p style="text-align: justify;">Les photographies de Carrière s’alignent en chapelet sur la paroi de béton du musée. Vingt œuvres de 50 x 60 cm égrènent l’espace avec deux plus grandes de 120 x 100 cm. Les épreuves laissent paraître une bordure blanche et s’insèrent dans un cadre noir. Carrière a procédé à la prise de vue sur film moyen format. Par la suite, il a numérisé ses négatifs en vue du traitement et de l’impression. Le grain argentique encore présent confère un velouté aux images. Son choix de couleurs rompues et foncées souligne la mélancolie des lieux. Carrière a délibérément photographié en hiver, privilégiant les lumières diffuses qui aplatissent le paysage. Il a préféré les cadrages serrés qui montrent peu de ciel. Quand celui-ci se laisse voir, sa grisaille fait écho aux rochers de la plage et des falaises. L’approche frontale de Carrière présente une grande netteté et une grande rigueur de composition.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’y voit-on? Des blockhaus en béton, des positions de pièces d’artillerie, des centres de commandement souterrains, des obstacles, des voies de communication, autant d’artefacts incrustés dans le paysage. Devant le dilemme posé par le Mur de l’Atlantique, soit restaurer, soit détruire, les autorités françaises ont choisi de laisser les fortifications se dégrader d’elles-mêmes. Après plus de soixante ans, il en résulte un étrange mariage entre le naturel et le construit. Ce bloc usé est-il un rocher ou une casemate battue par la mer? Cette mare est-elle retenue par le fond rocheux ou par des fondations en ruine? Il ressort des photographies de Carrière un sentiment marqué de l’usure et du passage du temps. Chacune introduit un récit oublié que l’imagination du spectateur est appelée à combler. Qu’y a-t-il au bout de ce sentier, en haut de ces marches, au fond de ce tunnel? L’exposition de Carrière s’accompagne du sous-titre «Les photographies d&#8217;un paysage». En présentant le jeu entre les forces de la nature et la résistance fataliste des ouvrages, Carrière adopte un point de vue environnemental. Par l’étroitesse de ses cadrages, il s’éloigne du paysage classique et contemplatif tout en en conservant les bases esthétiques. À travers les ouvertures et les entraves qui jalonnent les environs de Dieppe (un chemin de fer, un blockhaus), il révèle l’aspect dynamique du paysage dans l’espace. À travers l’usure de ses composantes humaines, il en dévoile la dynamique dans le temps.</p>
<p style="text-align: justify;">L’exposition Dieppe constitue une suite à l’installation Jubilee réalisée par Carrière en 2002 à l’occasion du 60e anniversaire du raid sur Dieppe. Carrière a planté 913 portraits noir et blanc sur la plage à marée basse, symbolisant les 913 victimes canadiennes. Pour la plupart, ces portraits représentaient des militaires contemporains de la base de Val-Cartier près de Québec. Cinq cents de ces images ont été rejetées par la mer et installées le lendemain dans un cimetière avoisinant. Voyant dans les paysages du Pays de Caux une ode à la mémoire et au passage du temps, Carrière est retourné en Normandie l’année suivante pour en saisir l’essentialité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Bibliographie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">CARRIÈRE, Bertrand. <em>Dieppe:  Paysages et installations</em>, Montréal, Les 400 coups, 2006.<br />
DAULT, Gary Michael. «Photographs  by Bertrand Carrière», <em>CV Ciel variable 68</em> (août 2005), p 16-23.</p>
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		<title>La Géorgie et la Russie: un cas d’ingérence humanitaire?</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Nov 2008 15:23:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alex Bernard</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le 8 août 2008 est passé à l’histoire comme la journée d’ouverture des Jeux olympiques de Beijing. Avec la décision du gouvernement géorgien d’utiliser la force contre la province séparatiste de l’Ossétie du Sud, cette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le 8 août 2008 est passé à l’histoire comme la journée d’ouverture des Jeux olympiques de Beijing. Avec la décision du gouvernement géorgien d’utiliser la force contre la province séparatiste de l’Ossétie du Sud, cette journée est également passée à l’histoire comme le début d’une nouvelle crise internationale. Plusieurs des questions alors soulevées sont demeurées sans réponse. L’Ossétie du Sud a-t-elle droit à l’indépendance? L’usage de la force par la Géorgie pour assurer sa souveraineté est-il légitime? Et l’ingérence militaire de la Russie afin de protéger les victimes civiles est-elle justifiée? </strong><strong>Dans tous les cas, il nous est permis d’exprimer des doutes quant aux intentions réelles des forces russes lorsqu’elles ont franchi la frontière géorgienne, ce samedi du mois d’août. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title="15 Bullet Holes" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/40/pol.jpg" alt="15 Bullet Holes" /><br />
Alan Levine, <em>15 Bullet Holes</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’Ossétie du Sud et son indépendance</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La Géorgie est née de l’éclatement de l’Union Soviétique au début des années 1990. Peu de temps après son accession à l’indépendance, des tensions ethniques entre Géorgiens et Ossètes ont commencé à émerger. En septembre 1990, le parlement ossète adopta une déclaration d’indépendance. En réponse, les autorités géorgiennes abolirent le statut autonome de l’Ossétie et, en janvier 1991, y déployèrent la garde nationale.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces actions déclenchèrent une guerre civile qui s’est conclue 15 mois plus tard par un cessez-le-feu et l’arrivée d’un contingent russe pour maintenir la paix. Depuis lors, l’Ossétie du Sud vit dans un statut de quasi indépendance, c’est-à-dire qu’elle est gouvernée comme un État moderne indépendant, mais sans reconnaissance internationale(1). Cet état de fait est inacceptable pour Tbilissi, la capitale de la Géorgie, et l’invasion militaire de l’Ossétie du Sud se veut ainsi l’aboutissement d’une escalade qui avait débuté quelques semaines plutôt.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’ingérence humanitaire, une norme internationale?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le système international est basé sur le principe de l’égalité formelle des États et du respect de la souveraineté de chacun. Le concept de souveraineté a deux volets: un interne et l’autre externe. Le volet interne se résume à «l’institutionnalisation des relations d’autorités formelles hiérarchisées où l’État exerce l’autorité suprême à l’intérieur d’un territoire délimité(2)». La souveraineté externe consiste, en quelque sorte, en la capacité d’action d’un État sur la scène internationale.</p>
<p style="text-align: justify;">Les États ont un devoir de non-ingérence envers les autres États. Autrement dit, ils ne doivent pas violer leur souveraineté et intervenir dans leurs champs de compétence internes. Par exemple, il est inacceptable qu’un État finance un parti politique chez son voisin afin de favoriser la mise en place d’un nouveau gouvernement plus conciliant à son égard. Ce principe de non-intervention est reconnu dans la charte de l’ONU, à l’article 2 aliéna 7. Mais comme le souligne le politologue Philippe M. Defarges, ce principe du respect de la souveraineté a certaines limites, et peut être ignoré à quelques occasions(3).</p>
<p style="text-align: justify;">Principalement, on peut invoquer deux raisons pour justifier une violation de la souveraineté d’un État. Premièrement, il y a la protection d’un État faible par rapport aux forts, comme dans le cas de l’invasion par un voisin plus fort d’un pays incapable de se défendre. C’est sur cette base qu’une coalition internationale, les États-Unis à sa tête, repoussa les forces irakiennes en dehors du Koweït au printemps 1991.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est aussi possible d’invoquer la volonté d’empêcher le massacre de populations civiles. C’est-à-dire qu’une intervention est légitime lorsqu’un État est incapable de remplir ses responsabilités de protecteur vis-à-vis l’ensemble de sa propre population. En 1998, les forces de l’OTAN ont invoqué le principe de l’ingérence humanitaire pour légitimer le bombardement de la Serbie, et mettre ainsi fin au massacre et à la déportation des Albanais du Kosovo.</p>
<p style="text-align: justify;">Par contre, l’OTAN n’avait pas agit avec l’assentiment des Nations Unies, puisque la Chine et la Russie avaient apposé leurs vetos contre la résolution présentée au Conseil de Sécurité. Ceci montre que l’ingérence humanitaire est loin de faire consensus et est fortement soumise à des jeux de pouvoir conjoncturels.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Intervention humanitaire ou logique de Guerre froide?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque les chars d’assaut russes ont franchi la frontière géorgienne cet été, ils ont invoqué le concept d’ingérence humanitaire. C’est-à-dire, dans ce cas, arrêter le massacre de la population civile ossète et supporter le contingent russe de maintien de la paix déjà en place en Ossétie du Sud. S’il est encore trop tôt pour être absolument sûr du nombre de victimes civiles chez la population ossète, quelques raisons nous amènent à soulever des doutes quant à la volonté réelle de Moscou lorsqu’elle fit le choix d’envahir le territoire géorgien.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un premier temps, ce serait une erreur de croire que l’ingérence moscovite débuta en août 2008, car depuis 1992, la plupart des Ossètes sont détenteurs d’un passeport russe, et la monnaie de prédilection dans cette province est le Rouble. Ce genre d’interventions s’arrime mal à des motifs humanitaires, mais tient plutôt de l’impérialisme en contrevenant à la souveraineté géorgienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis le démantèlement du bloc soviétique, la sphère d’influence de la Russie n’a cessé de se réduire. Plusieurs anciennes républiques se sont jointes au camp de l’Ouest par le biais de l’Union européenne ou de l’OTAN. De ce point de vue, les actions entreprises par Tbilissi pour mettre au pas sa province rebelle semblent n’être qu’un prétexte utilisé pas Moscou pour mettre son poing sur la table et tenter de mettre fin à l’hémorragie.</p>
<p style="text-align: justify;">L’ingérence humanitaire dans la région est issue des années 1990, une décennie où les préoccupations sécuritaires avaient laissé plus de place aux considérations humanitaires(4). Mais avec les attentats du 11 septembre et la «Guerre à la terreur», cette hiérarchie des priorités semble s’être inversée à nouveau(5). L’ingérence humanitaire semble avoir perdu son objectif antérieur, celui d’aider les populations dans le besoin. Elle est plutôt venue s’ajouter aux cordes de l’arc des puissants de ce monde pour leur permettre d’atteindre leurs objectifs.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En conclusion, l’intervention humanitaire se veut un moyen de limiter la souveraineté d’un État qui en abuserait aux dépends d’une population civile. Mais, il est important de rappeler que dans les faits, les États sont inégaux et que bien souvent les faibles font ainsi les frais de la politique des puissants. Et jusqu’à ce que l’on définisse clairement les critères d’intervention, on pourra donner à plusieurs ingérences des prétextes humanitaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais compte tenu du changement des priorités au niveau international, où les considérations de sécurité reprennent de l’importance par rapport aux enjeux humanitaires, la possibilité de voir une telle définition est pratiquement nulle.</p>
<p style="text-align: justify;">Il semble plutôt évident à l’observateur extérieur que la Russie avait d’autres motifs que ceux relevant de considérations humanitaires lorsqu’elle a décidé d’envahir la Géorgie. Mais l’on peut difficilement blâmer exclusivement Moscou d’agir ainsi, puisque les Américains ont donné l’exemple en invoquant des raisons humanitaires pour justifier l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak. Ainsi est pavée la voie à la perversion d’un principe qui se voulait au départ apolitique et pour le bénéfice de tous.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) KOLSTO, Pal et Helge, BLAKKISRUD, «Living with Non-recognition: State and Nation-building in South Caucasian Quasi-state»<em>, Europe-Aisa Studies</em>, vol. 60, no. 3, (mai  2008), p. 483-509.<br />
(2) LAPOINTE, Thierry,  «Souveraineté», dans MACLEOD, Alex et <em>al.</em>, <em>Relations internationales: théories et  concepts</em>, Athéna éditions, Outremont, 2004, p. 230.<br />
(3) DEFARGES, Philippe  M., <em>L’ordre mondial,</em> Armand Colin,  Paris, 2003, p. 168.<br />
(4) WHEELER, Nicholas J. et Alex J. BELLAMY, «Humanitarian intervention in world politics», dans BAYLIS, John et Steve, SMITH, <em>The Globalization of World Politics: An Introduction to International  Relations</em>, Oxford University Press, Oxford,  2005, p. 556.<br />
(5) <em>Ibid.</em>, p. 572.</p>
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		<title>L’occupation et le «néo-talibanisme»</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Jul 2008 21:07:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le 13 juin dernier, dans une prison de Kandahar, près d’un millier de détenus dits «talibans» se sont évadés. De l’extérieur, des complices ont propulsé un camion piégé sur la porte principale, tuant du coup [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le 13 juin dernier, dans une prison de Kandahar, près d’un millier de détenus dits «talibans» se sont évadés. De l’extérieur, des complices ont propulsé un camion piégé sur la porte principale, tuant du coup la majorité des gardiens. La résurgence du mouvement taliban en Afghanistan est un phénomène qui met bien en lumière les pièges et les erreurs fondamentales d’un projet d’imposition exogène d’un régime politique par les forces internationales. Devant la crise sociale qui fait rage dans le pays et en réaction au fait que le régime en place à Kaboul ne gouverne pas pour les Afghans mais bien pour les forces étrangères, le «néo-talibanisme» fait le plein de nouvelles recrues. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" urban_data " src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/32/edito.jpg" alt=" urban_data " /><br />
<em> urban_data </em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Depuis 2004, au moment où les choses ont véritablement tourné à la catastrophe en Irak, l’Afghanistan fait figure de «bonne guerre». Entérinée par l’ONU, menée par l’OTAN, l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan avaient d’ailleurs joui dès le départ d’un appui quasi universel. Tous les gouvernements et partis majeurs occidentaux ont claironné soit l’ode civilisationnel ou le chant revanchard, les grands médias comme la BBC et CNN ont entonné le refrain, la Russie a offert aux Américains de disperser des bases militaires le long de sa frontière méridionale, l’Iran semblait bien heureux de voir son ennemi wahhabite taliban rayé de la carte. Délaissé suite à l’invasion de l’Irak, l’Afghanistan est tout de même resté au cœur des débats dans les pays dont les soldats y ont été envoyés, comme le Canada. La course à l’investiture démocrate a achevé de ramener la situation afghane à l’avant-plan, Obama et Clinton la présentant comme le véritable front de la guerre au terrorisme, marquant ainsi leur distance avec l’administration actuelle. Politiquement, en Occident, il est devenu payant de s’afficher pro-Afghanistan plutôt que pro-Irak. Tour à tour, Zapatero, Prodi et Rudd l’ont compris, et leurs gouvernements de centre-gauche ont retiré leurs troupes d’Irak pour les acheminer vers Kaboul <a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=413&amp;theme=editorial#r1"><sup>1</sup></a><a name="t1"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré cette belle unanimité, l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan sont un échec. Mais quel était donc le projet de départ ? Capturer Ousama Ben Laden ! Passons. Si le projet des Occidentaux était de bâtir un État-nation solide, d’instaurer une économie de marché capitaliste qui serait liée à l’économie régionale voire globale et qui serait en mesure de sortir l’économie afghane de sa dépendance au pavot, force est de constater que l’échec est encore plus lamentable. Si le projet était d’occuper une zone géopolitique cruciale en faisant peu de cas des questions économiques et sociales, peut-être y a-t-il l’ombre d’un succès. Selon les plus récents chiffres, le taux de chômage frise les 60% et le taux de mortalité infantile est l’un des plus élevés au monde. Le trafic d’opium est beaucoup plus répandu qu’au temps des talibans ; on estime maintenant à 53% la part des narcotiques dans le PIB afghan, et 90% de l’approvisionnement global d’opium provient de l’Afghanistan. L’aide financière internationale, perdue dans des réseaux corrompus de patronage local et international, ne se rend pas aux Afghans. Les inégalités se creusent. L’électricité se fait plus rare qu’il y a cinq ans. Les combats militaires sont plutôt des échauffourées sans véritable avancée ni véritable recul. Certains estiment le nombre de civils afghans tués par les forces d’occupation à plus de 27 000, et le ressentiment envers la brutalité des forces d’occupation et la corruption de la nouvelle police afghane est, selon plusieurs rapports, de plus en plus palpable. Finalement, le président Karzaï ne réussit pas à faire fonctionner son gouvernement, qui lui ne contrôle même pas la capitale, et encore moins le reste du pays <a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=413&amp;theme=editorial#r2"><sup>2</sup></a><a name="t2"></a>.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
          var axel = Math.random() + "";
            var randomnumber = axel * 10000000000000000;
            randomnumber = Math.round(randomnumber);
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      document.write ("<scr" + "ipt language=Jav" + "aScript src=http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&#038;dim=148898&#038;pos=2&#038;pv="+randomnumber + "></scr"+"ipt>");
// ]]&gt;</script><script src="http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&amp;dim=148898&amp;pos=2&amp;pv=8648739775967978"></script></div>
<p style="text-align: justify;">Karzaï, ce président fantoche, a vu se développer autour de lui une nouvelle élite afghane qui profite de la situation. Lui-même selon certaines sources un pion de la CIA, il aura réussi à se faire parachuter à la tête du pays suite à l’assassinat de Ahmed Shah Massoud le 9 septembre 2001 et de Abdul Haq en octobre de la même année. Protégé de Zalmay Khalilzad, le proconsul américain à Kaboul chargé de former un gouvernement afghan après l’invasion américaine, Karzaï poursuit un itinéraire tout sauf trivial. Il est passé de ministre suite à la prise de pouvoir des moudjahidines en 1992, à un appui aux talibans plus tard dans les années 90. Puis, il a quitté le pays pour un poste important au sein de UNOCAL, qui tentait d’acquérir les droits pour la construction d’un pipeline qui aurait acheminé le gaz turkmène vers le Pakistan et l’Inde. Le voilà maintenant chef d’un État qui ne représente malheureusement pas les intérêts de ses citoyens. Malgré ses origines pashtounes, Karzaï ne trouve pas sa base politique dans ce groupe majoritaire : ses gardes du corps et son entourage rapproché sont plutôt constitués de marines et de mercenaires  américains. À sa décharge, son laxisme n’a d’égal que son manque de moyens, mais lorsqu’il accuse certains pays de ne pas faire assez d’efforts pour l’Afghanistan, son véritable rôle apparaît. Il symbolise l’unité afghane aux yeux des étrangers, alors que sur le terrain, la donne politique est aussi bigarrée qu’avant l’imposition par l’Empire britannique des frontières actuelles. Autour et entre les garnisons de soldats occidentaux, une immense partie du territoire afghan échappe au contrôle du régime de Kaboul. Au nord, le seigneur de guerre ouzbek Rashid Dostum possède une influence politique et militaire immense. Au nord-est, les anciens supporters d’Ahmed Shia Massoud contrôle la majeure partie du territoire. Au sud, le gangstérisme et les barons de l’opium continuent d’échapper à toute pression venant de Kaboul. D’ailleurs, lorsque Karzaï blâme le Pakistan pour l’instabilité afghane, Musharraf lui rappelle qu’il devrait peut-être intervenir au près de son propre frère, Ahmad Wali Karzaï, l’un des barons de la drogue les plus riches du pays <a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=413&amp;theme=editorial#r3"><sup>3</sup></a><a name="t3"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">La résurgence du mouvement taliban semble donc liée au ressentiment populaire envers une occupation, parfois brutale, qui n’en finit plus, et envers un gouvernement fantoche qui semble davantage profiter de la situation pour créer une nouvelle élite afghane légitimée et entretenue par l’occupation plutôt que de rebâtir un pays dont l’histoire récente n’est qu’une suite de guerres et d’occupations. Ce n’est pas une question de popularité des idées et du mode de vie talibane, mais plutôt de l’absence d’autre forme d’opposition au <em>statu quo</em> ; le néo-talibanisme semble trouver son élan dans des enjeux locaux et dans un ressentiment contre l’occupation. Après l’occupation britannique, soviétique, le conservatisme social dément du premier régime taliban et l’occupation américaine, le jour viendra peut-être où les Afghans et les Afghanes pourront eux-mêmes tenir les rênes de leur pays.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=413&amp;theme=editorial#t1">1.</a><a name="r1"></a> Sur la «bonne guerre» en Afghanistan, voir ALI, Tariq,  «Afghanistan : Mirage of the Good War», in <em>NLR</em>, n.50, Mars-Avril 2008, pp.5-22.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=413&amp;theme=editorial#t2">2.</a><a name="r2"></a> Les données proviennent entre autres de «Failing State»,  in <em>Guardian</em>, 1 février 2008 ;  «Must they be wars without end», <em>The  Economist</em>, 13 décembre 2007, et ALI, <em>op.cit</em>.,  p.6.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=413&amp;theme=editorial#t3">3.</a><a name="r3"></a> Voir ALI, <em>op.cit.</em>,  p.13.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Quadriller, regrouper, contrôler, sédentariser</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Jan 2008 13:46:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[«On comprendra toujours mieux un fait humain, quel qu’il soit, si on possède déjà l’intelligence d’autres faits de même sorte.» Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, 1941. Entre 1954 et 1962, en pleine [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">«On comprendra toujours mieux un fait humain, quel qu’il soit,  si on possède déjà l’intelligence d’autres faits de même sorte.»</p>
<p style="text-align: right;">Marc Bloch,<em> Apologie pour l’histoire ou métier d’historien</em>, 1941.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Entre 1954 et 1962, en pleine guerre d’Algérie, près de 2,5 millions d’Algériens sont chassés de leurs villages pour être parqués dans des camps de regroupement par l’armée française. L’objectif est simple: puisque les «rebelles» du Front de libération nationale (FLN) semblent vouloir appliquer les préceptes de Mao en matière de guerre révolutionnaire, soit d’évoluer dans la population comme «des poissons dans l’eau», il n’y a qu’à vider le bocal. Or, cette politique de déracinement aura des conséquences sociales incalculables. En particulier, les populations nomades se voient dénier le droit à un mode de vie millénaire. Sédentarisées, elles sont arrachées à elles-mêmes.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title="Knytan" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/20/hist_sahara.jpg" alt="Knytan" width="294" height="214" /><br />
<em>Knytan</em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Le 18 avril 1959, Le Monde publie des extraits d’un rapport gouvernemental accablant. Michel Rocard, alors jeune militant socialiste et futur Premier ministre sous Mitterrand de 1988 à 1991, y évoque les conditions inhumaines régnant dans les «villages» de regroupés, pour reprendre l’euphémisme alors en usage au sein de l’État<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#r1">1</a><a name="t1"></a></sup>. Originellement destiné à une lecture interne, le rapport échappe au pouvoir et révèle à l’opinion publique française toute l’ampleur de la politique de regroupement. Quinze ans seulement après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, on ne manquera pas de souligner le parallèle avec les camps de concentration nazis. Bien qu’il s’agisse d’une analogie abusive, il y eut bien une sorte de parenté dans le mépris de la dignité humaine. Or, si le rapport de Michel Rocard et les débats qui s’ensuivent contribuent largement à mettre au jour les conditions dans lesquelles vivent les regroupés, il faudra attendre encore un peu avant d’en mesurer pleinement les conséquences sociales, culturelles, démographiques, etc. Évidemment, ces répercussions furent particulièrement dramatiques pour les quelques 400 000 nomades devenus sédentaires du jour au lendemain<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#r2">2</a><a name="t2"></a></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une institution coloniale: les regroupements de populations </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le déplacement et le recasement de populations dans le but d’en faciliter le contrôle apparaissent presque comme des constantes historiques au Maghreb, bien qu’ils n’y soient pas limités. Déjà au temps des Romains, on s’appropria les meilleures terres en refoulant les autochtones dans des régions prédéterminées et fixes, sortes de réserves avant le mot. Les nomades du Sud furent quant à eux contraints à la sédentarisation, rendant plus aisé l’exercice de l’autorité par les forces occupantes. Cependant, les mailles du pouvoir impérial furent suffisamment lâches pour qu’y subsistent les modes d’organisation sociale traditionnels: «profitant de l’agonie du colosse romain, un monde qui n’avait jamais cessé d’être tribal submergera le monde romanisé<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#r3">3</a><a name="t3"></a></sup>.»</p>
<p style="text-align: justify;">Dès la conquête d’Alger en 1830, les autorités françaises mettent en place toute une série de lois qui organisent et encadrent la superposition des institutions administratives et politiques coloniales aux structures sociales préexistantes. Les Bureaux arabes sont créés en 1844. L’objectif avoué est simple: organiser une population locale auparavant dispersée afin de la «protéger» et d’en faciliter le contrôle. Or, à l’époque un capitaine français présenta la chose d’une manière autrement plus totalisante: «Il s’est agi d’abord de s’emparer de l’esprit du peuple algérien, après s’être emparé de son corps<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#r4">4</a><a name="t4"></a></sup>.» Des villages sont crées de toutes pièces pour «accueillir» ceux dont les terres ont été confisquées au profit des colons. À travers ces villages, les conquérants sont à même de pénétrer au cœur des colonisés et d’y laisser entrer les lumières de la civilisation européenne. Aux structures traditionnelles on substitue un nouvel ordre duquel le colonisé est d’emblée exclu. Toutefois, la conquête et le découpage de l’Algérie prendront plusieurs décennies avant d’être achevés, et les tribus nomades du Sud, une région inculte qui n’est pas – encore – l’objet de la convoitise française, jouissent d’une relative autonomie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1954-1962: explosion des violences coloniales</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le déclenchement de la guerre va étendre le domaine de la violence coloniale, tant horizontalement que verticalement, c’est-à-dire à l’ensemble du territoire et jusqu’aux profondeurs du colonisé. Le quadrillage du pays, la création de zones interdites et la multiplication des camps de regroupement en seront les outils privilégiés. Cette fois-ci, le Sud du pays et les nomades qui y vivent ne seront pas épargnés, puisque la découverte de gisements de pétrole va y attirer l’attention d’une France avide d’indépendance énergétique. Au départ, les opérations de regroupement demeurent modestes et on estime à quelques 40 000 le nombre des personnes visées en 1955. Cependant, l’armée française intensifie rapidement ces mesures et le million de regroupés est atteint dès l’été 1957<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#r5">5</a><a name="t5"></a></sup>. En 1959, suite à la publication et au retentissement du rapport de Michel Rocard, le gouvernement français met en place la politique des «milles villages», qui vise à chapeauter et à uniformiser les regroupements. Si les conditions de vie dans les camps tendent à s’améliorer, le principe même demeure. D’ici la fin de la guerre, c’est plus du quart de la population musulmane qui sera ainsi déplacée. Mais au-delà du nombre, qui laisse déjà entrevoir l’intensité du choc qu’a pu causer l’opération sur l’Algérie, c’est ce qui attend les regroupés dans ces camps qui donne la pleine mesure du traumatisme social encouru. Car si ces camps ont pour objectif principal de priver le FLN d’un environnement où il se terre et obtient un soutien logistique et humain, ils permettent également aux autorités françaises de «porter la violence dans les maisons et les cerveaux du colonisé<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#r6">6</a><a name="t6"></a></sup>.»</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, l’armée française y met en place toute une série de programmes et d’institutions qui, sous le couvert d’une rhétorique humanitaire, visent à conquérir le cœur et l’esprit des Algériens. Selon les principes de la guerre psychologique, élaborés au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale et mis à l’épreuve – avec les résultats que l’on sait – durant la guerre d’Indochine (1946-1954), l’humain est le nouveau et principal champ de bataille. La victoire sur le terrain importe peu si l’on ne peut obtenir le ralliement de ceux qui l’habitent. En conséquence, l’encadrement de la population, jusque dans ses moindres activités, devient une condition primordiale de la victoire<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#r7">7</a><a name="t7"></a></sup>. Les structures traditionnelles s’en trouvent grandement et durablement affectées.</p>
<p style="text-align: justify;">L’architecture même d’un camp relève d’une logique de contrôle et de surveillance. Ceinturé de barbelés et de miradors, d’où il est possible de balayer du regard toutes les allées et toutes les habitations, le camp de regroupement typique réduit à néant tout espoir de vie privée et d’intimité. Ensuite, puisqu’ils ne peuvent plus accéder à leurs champs et à leurs troupeaux, les regroupés sont immédiatement placés en situation de totale dépendance à l’égard des autorités militaires françaises. Cette dépendance se trouve encore aggravée par l’absence de toute perspective d’emploi pour la majorité des regroupés, qui se voient ainsi obligés de collaborer aux initiatives mises en place par l’armée.</p>
<p style="text-align: justify;">À ce dénuement presque total viennent se rattacher les Sections administratives spécialisées (SAS). Créées en 1955 par le Gouverneur général Jacques Soustelle, les SAS ont d’abord comme objectif de renouer le lien avec la population et d’assurer son ralliement à la France. Pour ce faire, elles tenteront de s’immiscer dans toutes les sphères de la vie du colonisé<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#r8">8</a><a name="t8"></a></sup>. Présentes dans les camps de regroupement, elles facilitent grandement la pénétration des valeurs françaises en assurant les services de scolarisation, de santé, d’emploi, d’aide sociale et de financement. Si ultimement les SAS ont pu améliorer sensiblement le sort des regroupés, elles demeurent de formidables outils de restructuration de la société autochtone. Sous le couvert de la modernisation, c’est tout un mode de vie qui se trouve ébranlé, parfois violenté. En définitive, à la contrainte physique et géographique, imposée par la politique des regroupements, vient s’ajouter une sorte de contrainte culturelle et morale, aux conséquences autrement plus profondes.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
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// ]]&gt;</script><script src="http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&amp;dim=148898&amp;pos=2&amp;pv=8977347083810746"></script></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le sort des nomades</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les territoires fréquentés par les nomades du Sud algérien et leurs troupeaux répondent à un impératif fondamental, soit d’aller là où se trouve la nourriture. En bordure du Sahara, ces zones de pâturage sont extrêmement rares, sans compter qu’elles changent de localisation au gré des pluies. Les distances parcourues sont immenses, géographiquement irrégulières, et donc ne peuvent tenir compte des divisions politiques du territoire imposées par le colonisateur, par exemple les frontières entre l’Algérie et les pays voisins, le Maroc et la Tunisie. Or, lorsqu’au plus fort de la guerre les autorités françaises décident de boucler les frontières d’où afflue l’aide au FLN et qu’elles procèdent au quadrillage du territoire, le maintien du mode de vie des tribus nomades devient pour le moins secondaire. Ceux qui tombent sous le coup d’un ordre de regroupement peuvent continuer à mener leurs troupeaux vers des zones de pâturage spécialement aménagées. Cependant, ces zones ne correspondent que rarement à la réalité du terrain, et les bergers qui osent s’aventurer au-delà de celles-ci voient leurs troupeaux mitraillés par l’aviation. Complètement subordonnée aux impératifs de la guerre, la transhumance devient vite impossible et les nomades se rabattent sur les camps de regroupement où ils sont «pris en charge» par les SAS. Bien qu’il serait abusif de prétendre que la sédentarisation des nomades ait correspondu à une intention explicite de la France, comme en témoigne la recherche de solutions palliatives rarement appliquées, telles les SAS nomades, il demeure qu’elle fut un corollaire de la politique de regroupement étendue à toute l’Algérie.</p>
<p style="text-align: justify;">Les conséquences de la sédentarisation des nomades se déclinent à plusieurs niveaux. D’abord, c’est tout le système économique des tribus qui vole en éclat. Selon Michel Cornaton, pendant les huit années de guerre, les nomades ont perdu 90% du cheptel total<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#r9">9</a><a name="t9"></a></sup>. Ruinés, ils n’ont plus qu’à s’en remettre aux SAS des camps de regroupement qui les poussent encore un peu vers une sédentarité définitive. Ensuite, les conditions de vie à l’intérieur des camps n’épargnent pas plus les nomades que les autres. Coupés de leurs sources d’alimentation traditionnelles, comme le lait et le beurre du mouton, nombreux sont ceux qui succombent à la maladie et à la malnutrition. Enfin, leur fixation à l’intérieur des camps permet la prolifération de parasites qui auparavant étaient tenus à l’écart par de constants déplacements.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, c’est bien au niveau psychologique que la blessure est la plus profonde. Habitués aux grands espaces et à la solitude, les nomades se retrouvent entassés sous des tentes avec des milliers d’autres; à un pays ouvert et vaste succède un village improvisé, étroit et entouré de barbelés. Autrefois libres, les voilà soumis à une armée qui veut tout contrôler, des règles de déplacement aux règles d’hygiène. Mais surtout, la disparition du troupeau rompt la relation symbiotique du nomade avec celui-ci. Cornaton insiste sur le caractère traumatique de cette rupture en soulignant la centralité du troupeau dans l’univers physique et mental du nomade<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#r10">10</a><a name="t10"></a></sup>. Parallèlement à la nourriture et aux vêtements que lui fournit le mouton, le berger perd simultanément sa raison d’être, ce qu’aucune mesure palliative ne saurait restituer. Paradoxalement, l’enracinement du nomade est ressenti par lui comme un déracinement, sa fixation équivaut à la perte de tous ses repères.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque la première bombe atomique française explose à Reggane dans le Sahara, en février 1960, un nomade regroupé s’exclame: «que ne l’avez-vous fait exploser ici [dans le camp], cela aurait simplifié nos problèmes!<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#r11">11</a><a name="t11"></a></sup> ». Ces problèmes, on l’a vu, furent multiples et profonds et ne peuvent être dissociés de la logique dominatrice de la colonisation. La relation entre le mode de vie nomade et la volonté coloniale de contrôle du sol et des êtres qui y vivent est de nature parfaitement antinomique. Or, on eut pu croire qu’avec la décolonisation de l’Algérie les blessures infligées aux nomades allaient pouvoir guérir. Il n’en fut rien. La substitution d’un nouvel État fortement centralisé aux structures coloniales antérieures empêcha cette guérison. La révolution agraire préconisée par le nouveau régime et mise en place dans les décennies qui ont suivi l’indépendance a imposé des structures dont le caractère rationnel et productiviste ne pouvait qu’entrer en conflit avec le mode de vie traditionnel des nomades<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#r12">12</a><a name="t12"></a></sup>. En fin de compte, le regroupement et la sédentarisation des nomades par les autorités françaises ont marqué leur entrée définitive dans la «modernité», ce monstre froid qui n’aspire qu’à quadriller, encadrer, contrôler, surveiller.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#t1">1.</a><a name="r1"></a> Voir ROCARD, Michel, Rapport sur les camps de regroupement et autres textes sur la guerre d&#8217;Algérie, Édition critique établie sous la direction de Vincent Duclert and Pierre Encrevé, Paris, Mille et une nuits, 2003, 332 p.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#t2">2.</a><a name="r2"></a> Ce nombre, de même que celui de 2,5 millions évoqué plus haut, sont tirés de CORNATON, Michel, Les camps de regroupement de la guerre d’Algérie, Préface de Germaine Tillion, postface de Bruno Étienne, Paris, L’Harmattan, 1998 (Les Éditions ouvrières, 1967), p. III et 103.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#t3">3.</a><a name="r3"></a> Ibid., p. 26.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#t4">4.</a><a name="r4"></a> Cité dans Ibid., p. 42.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#t5">5.</a><a name="r5"></a> ELSENHANS, Hartmut, La guerre d&#8217;Algérie 1954-1962. La transition d&#8217;une France à une autre. Le passage de la IVe à la Ve République, Traduit de l’allemand par Vincent Goupy avec une préface de Gilbert Meynier, Paris, Publisud, 1999 (Munich, 1974), p. 497.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#t6">6.</a><a name="r6"></a> FANON, Frantz, Les damnés de la terre, Paris, François Maspero, 1968 (1961), p. 8.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#t7">7.</a><a name="r7"></a> Sur le développement et les particularités de l’arme psychologique en France, voir VILLATOUX, Paul et Marie-Catherine, La République et son armée face au “péril subversif” : Guerre et action psychologiques, 1945-1960, Paris, Les Indes savantes, 2005, 694 p.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#t8">8.</a><a name="r8"></a> L’étude la plus complète des SAS est celle de MATHIAS, Grégor, Les sections administratives spécialisées en Algérie: entre idéal et réalité (1955-1962), Paris, L’Harmattan, 1998, 256 p.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#t9">9.</a><a name="r9"></a> CORNATON, Op. cit., p. 112.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#t10">10.</a><a name="r10"></a> Ibid., p. 114.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#t11">11.</a><a name="r11"></a> Cité dans Ibid., p. 115.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=327&amp;theme=histoire#t12">12.</a><a name="r12"></a> BOUKHOBZA, M’Hamed, «Société nomade et État en Algérie», Politique africaine, p. 7-18, disponible en ligne : , (consulté le 30 décembre 2007)</p>
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		<title>Sons et images de Beyrouth: entre résistance, mémoire et mélancolie</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Oct 2007 20:38:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nayla Naoufal</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Mosaïque de 19 communautés religieuses, espace de tension politique et religieuse, le Liban a connu les affres d’une longue guerre civile de 15 ans. En outre, en juillet 2006, ce pays a été l’objet d’une offensive militaire dévastatrice d’Israël, en riposte à la capture de deux soldats israéliens par le Hezbollah. L’effervescente scène artistique libanaise s’est appropriée les thématiques de la guerre et de la mémoire dans sa production récente. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title="34  days de Munma" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/15/arts-munma.jpg" alt="34  days de Munma" width="216" height="278" /><br />
Caroline Tabet,<br />
<em>34  days de Munma</em>, 2006<br />
Tous droits réservés.</div>
<p style="text-align: justify;">Les événements de l’été 2006 transparaissent dans les travaux récents de la jeune et bouillonnante scène artistique libanaise, notamment dans la musique de <em>Munma</em>,  la photographie de Caroline Tabet et les dessins de Mazen Kerbaj.</p>
<p style="text-align: justify;">Que la production artistique au Liban soit imprégnée des thématiques de la guerre et de ses conséquences ne constitue pas quelque chose de nouveau. Ces problématiques très présentes dans l’imaginaire collectif et individuel libanais apparaissent souvent, implicitement ou explicitement, dans le cinéma, le théâtre, la musique, la littérature, etc.<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r1">(1)</a><a name="t1"></a>. Après la guerre de juillet 2006, au moment de tensions extrêmes entre les différentes communautés, Jawad Nawfal, un compositeur de musique électronique et électroacoustique basé à Beyrouth, narrait l’extrême effervescence de la scène culturelle: «Il y a des vernissages, des installations, des concerts partout. C’est comme si tout le monde se dépêchait de produire et de montrer son travail tant que c’est encore possible<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r2">(2)</a><a name="t2"></a>.»</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Sons  électroniques, oppressants et limpides de <em>Munma</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Beyrouth a vécu, ces dernières années, une éclosion de sa scène musicale, particulièrement riche et diversifiée. Parmi les productions récentes, figure un album de six titres de la formation <em>Munma</em>. Cet album nommé <em>34 days </em>en référence à l’offensive israélienne sur le Liban en  juillet 2006 est sorti chez le label libanais <em>Incognito</em>. Derrière <em>Munma</em>, se trouve Jawad Nawfal, fondateur d’un laboratoire de recherche et de composition sonores mis sur pied en 2001 avec Victor Bresse. Basé sur le souci d’explorer et de combiner plusieurs modes de composition musicale assistés par ordinateur, ce laboratoire appelé <em>Altered  Ear</em> s’est ramifié depuis sa création. Il a donné naissance à deux  formations différant par leurs styles de musique: <em>Aequo</em> et <em>AEX</em>. <em>Aequo</em> aborde la composition sonore sous un angle expérimental et détourne de leur usage habituel plusieurs courants musicaux (electronica, glitch, breaks, techno, electro et ambient). Quant à <em>AEX</em>, cette formation réalise des performances musicales pour le grand public. Ses influences musicales proviennent de l’electro, la techno, l’electronica, le hip-hop et le breakbeat.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant la guerre de 2006, Jawad Nawfal et Victor  Bresse faisaient danser les Libanais dans la célèbre boîte de nuit <em>Basement</em>, sur les sons techno de la formation <em>AEX</em>. Ou alors ils sortaient sous le nom d’<em>Aequo </em>un album plus expérimental et plus  confidentiel, <em>Mitclan</em> (en 2006), chez  un label indépendant américain: <em>Isolate  Records</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis les rues et les pistes de danse ont été désertées en juillet 2006, et Jawad s’est retrouvé coincé chez lui, privé de son partenaire bloqué à l’étranger, à pianoter sur son ordinateur, sourd au désordre ambiant. En est sorti <em>34 days</em>, un album à la fois oppressant et limpide, sombre et lumineux, douloureux mais sans désespoir, puisant dans les harmonies et les rythmiques orientales, mélangeant sons réels et synthétiques. Cette dualité est retrouvée dans tout l’album. Par exemple, le morceau <em>Judas</em> est construit sur une mélodie de violon où s’intègrent progressivement des interférences et des rythmiques électroniques syncopées. Le morceau <em>Yaqin</em> (en arabe: «certitude», souvent en relation avec la foi) correspond à une boucle orientalisante très mélodique sur laquelle est échafaudée une montée de masses sonores synthétiques. Quant au morceau <em>Munma</em>, il rassemble des éléments très différents: extraits de nouvelles radiophoniques en arabe, violon oriental réel, sons de guitares traités et rythmiques orientalisantes électroniques. Cette mosaïque de sons semble refléter le profond chaos et le désespoir dans lequel fut plongé le pays en juillet 2006 de même que l’éclatement de la réalité libanaise, sur les plans politique et socioculturel.</p>
<p style="text-align: justify;">Contrairement à d’autres créations ayant émergé depuis la dernière guerre, cet album est plus abstrait, ne contenant pas de sons de déflagrations. Sa seule concession à la mention concrète de la guerre consiste en des extraits de radio dans l’avant-dernier morceau <em>Munma</em>. On devine les bombes à  arrière-plan mais sans les entendre.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant au nom <em>Munma</em>,  il possède plusieurs significations, figurant notamment dans le manga de  science-fiction <em>Appleseed</em>, où la «république sacrée de Munma» est un état imaginaire formé à partir de l’Iran et du Pakistan, à la suite d’une troisième Guerre mondiale. Pour le compositeur, il s’agit surtout d’une république de résistance dans le futur, empruntant aux écrits de George Orwell (<em>1984</em>) et d’Aldous Huxley (<em>Le Meilleur des mondes</em>).</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, Jawad considère cet album comme son acte de résistance et comme sa participation politique. Selon lui, en matière de politique, les artistes ont la responsabilité d’exprimer ce qu’ils ressentent pendant des conflits et leurs créations devraient refléter la réalité dans laquelle elles se situent. D’ailleurs, Jawad insère toujours dans ses morceaux musicaux des extraits de nouvelles à la radio ou de discours politiques en relation avec la situation politique du Liban. Dans son prochain album qui doit sortir fin 2007 chez Incognito, <em>Black  Tuesday</em>, le morceau <em>Finem Respice</em> contient un fragment d’un discours prononcé par Nasrallah, le leader du  Hezbollah.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une telle approche, l’art et la vie semblent inextricablement liés. La démarche de création est contextuelle et ancrée dans un lieu, traduisant toutes ses dimensions: politique, sociale, géographique, culturelle&#8230; L’artiste ne vit pas dans une bulle hermétique au monde qui l’entoure, mais situe son travail dans le milieu de vie, un travail essentiellement politique dans le sens d’une participation, mais pas forcément d’une prise de position.</p>
<p style="text-align: justify;">Première composition en solo <a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r3">(3)</a><a name="t3"></a>, 34 days est aussi une collaboration familiale, puisque c’est le frère de Jawad, Ziad Nawfal, qui a produit l’album et la femme de Jawad, Caroline Tabet, qui a réalisé les photographies de la pochette. En 2000, ces derniers avaient d’ailleurs créé avec d’autres artistes libanais un collectif intitulé Art-Core et organisé des performances dans des lieux désaffectés, appelés à être démolis, les réanimant l’espace d’une nuit.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La mémoire photographique de Caroline Tabet</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le travail de la photographe Caroline Tabet est imprégné des thématiques de l’absence et de la destruction. L’artiste explique sa démarche par «le besoin de garder des traces, traces de ce qui a été à un moment donné, traces de Beyrouth qui s’efface et se reconstruit sans cesse<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r4">(4)</a><a name="t4"></a>». En effet, le paysage beyrouthin change constamment, non seulement à cause des destructions et des reconstructions occasionnées par les guerres depuis 1975, mais aussi en raison de l’urbanisation accélérée et mal planifiée. Ainsi, mémoire et destruction sont les thématiques premières de <em>290, rue du Liban</em>, deux séries de photographies réalisées par Caroline Tabet et une autre photographe beyrouthine, Joanna Andraos, dans le cadre de leur collectif <em>Engram</em>. «290, rue du Liban» correspond à l’adresse d’une maison traditionnelle libanaise datant de 1900, où Caroline Tabet a habité dans le passé et qui a été démolie en 2005 pour être remplacée par un immeuble moderne. Cependant, la construction a été ralentie par la découverte de tombes romaines sous la maison.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la première série, l’approche mise en œuvre par les photographes a été de matérialiser, grâce à un procédé photographique, des «flux imperceptibles de personnes disparues<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r4">(4)</a><a name="t4"></a>», créant dans l’espace  l’illusion de présences. Quant à la deuxième série de <em>290, rue du Liban</em>, elle constitue une retranscription fidèle du processus de démolition de la maison par les entrepreneurs. Ce travail a été exposé à Beyrouth, à Paris et à Arles, dans l’événement «Off du Off» des rencontres d’Arles Photographie 2007.</p>
<p style="text-align: justify;">Comptant à son actif plusieurs expositions, installations et collaborations, explorant par ailleurs la relation entre le son et les images, Caroline Tabet a photographié les traces des destructions occasionnées par la guerre de 2006 au Liban, de même que les habitants du Sud réfugiés par milliers dans la capitale et dormant à la belle étoile dans le jardin public – Sanayeh – ou dans les établissements publics transformés en dortoirs de fortune. Ici aussi transparaît le désir de l’artiste de constituer une mémoire photographique des destructions et de la transformation irréversible et inexorable des lieux. Cette démarche se situe au cœur du contexte beyrouthin, le reflétant et soulevant des interrogations par rapport à la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le  témoignage pictural de Mazen Kerbaj: résister aux bombes et à la morosité grâce  à son crayon</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les bruits des projectiles, Mazen Kerbaj, un musicien et illustrateur libanais, se les est appropriés le temps d’enregistrer une improvisation sur son balcon la nuit du 15 au 16 juillet 2006. Selon Mazen, le morceau était joué par lui-même, à la trompette, et les forces aériennes israéliennes, aux bombes. Surtout, au début de l’offensive israélienne de juillet 2006 sur le Liban, Mazen Kerbaj a créé un blogue<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r5">(5)</a><a name="t5"></a> où il «<em>postait</em>» tous les jours, lorsque les conditions sécuritaires et matérielles le lui permettaient, des dessins dépeignant la guerre ainsi que son vécu et celui de son entourage<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r6">(6)</a><a name="t6"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces témoignages quotidiens, caustiques, tour à tour mélancoliques et furieux sur la vie au Liban par temps de guerre rappellent la démarche de Marjane Satrapi, qui se met également elle-même en scène dans son travail. Cette dessinatrice iranienne a dressé, à travers une bande dessinée autobiographique intitulée <em>Persepolis</em><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r7">(7)</a><a name="t7"></a> et évoquant le trait ciselé de l’encre de Chine, un portrait tout en sensibilité et en humour de l’Iran, depuis la révolution islamique en 1979 à la guerre avec l’Irak. Mais contrairement à <em>Persepolis</em>, le travail de Mazen Kerbaj constitue un témoignage à vif de la réalité, livré dans des conditions difficiles, souvent à la lumière d’une bougie et sous les bombes, et mis en ligne au retour de l’électricité. Il se démarque donc par son caractère plus saccadé (ce n’est pas une histoire), urgent et furieux. Ainsi, pour certains, l’approche de Mazen s’apparente à celle d’Aleksandar Zograf en ex-Yougoslavie en 1999, qui racontait la vie quotidienne en Serbie pendant la guerre par le biais de la bande dessinée.</p>
<p style="text-align: justify;">Mazen Kerbaj continue à publier régulièrement sur son blogue des dessins qui parlent de son vécu de la réalité libanaise, marquée par des tensions politiques et intercommunautaires inquiétantes. Il insiste sur le fait que sa démarche n’est pas politique mais artistique et parle de la «métaphore de résistance aux bombes par un crayon<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r8">(8)</a><a name="t8"></a>». Son intention est clairement de témoigner d’une réalité extrêmement difficile et révoltante durant l’été 2006, mais semble être aussi, notamment depuis la fin de cette guerre, de regarder la réalité à travers ces multiples facettes et de faire émerger chez son lectorat une pensée critique et un recul par rapport à leurs opinions. Du point de vue de Mazen, son travail n’est pas politique, car il ne prend position pour aucun parti. Cependant, ses dessins sont politiques dans le sens d’une participation au monde et d’une contribution à la capacité des personnes à vivre ensemble car la politique vise à «découvrir ce que les personnes ont en commun ainsi que le terrain (littéralement) des affiliations [...] et des intérêts partagés<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r9">(9)</a><a name="t9"></a>».</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
          var axel = Math.random() + "";
            var randomnumber = axel * 10000000000000000;
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      document.write ("<scr" + "ipt language=Jav" + "aScript src=http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&#038;dim=148898&#038;pos=2&#038;pv="+randomnumber + "></scr"+"ipt>");
// ]]&gt;</script><script src="http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&amp;dim=148898&amp;pos=2&amp;pv=9372043337609618"></script></div>
<p style="text-align: justify;">Mélange des genres, des médias, des techniques: plus que de narrer les ravages de la guerre, certains artistes libanais souhaitent lutter contre l’oubli et formuler à travers leur travail de création une ode d’amour à Beyrouth, cette ville «mille fois morte, mille fois revécue<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r10">(10)</a><a name="t10"></a>», pour emprunter les mots de Nadia Tuéni, cette ville caractérisée par son métissage, sa diversité de paysages, de sons, de personnes et d’opinions, son hospitalité et sa fête permanente. Leurs œuvres artistiques tentent ainsi de construire une mémoire des événements douloureux et des lieux et personnes disparus, mais aussi de ce qu’est le paysage historique, géographique, sociopolitique et culturel libanais. Confrontés à la crise politique locale, à la situation épineuse au Moyen-Orient, à l’avenir incertain, au chômage, aux nombreuses coupures d’électricité, à l’impossibilité de vivre de leur pratique artistique, bref, à la difficulté d’exister, les travaux des artistes libanais semblent rejeter cet état des choses et constituer une revendication politique à travers leur refus d’uniformisation et leur valorisation de la diversité des visions, des croyances et des opinions. Face à la mémoire des lieux effacés, des destructions et des conflits, il semble que les artistes libanais dont les démarches de création sont imprégnées de la guerre désirent avant tout donner corps à leur désarroi et montrer l’importance de la pluralité de leur société et du monde, tout en affirmant l’urgence de vivre et de produire.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquer sur le numéro de la référence pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a name="r1"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t1">(1)</a> Par exemple, le travail des cinéastes Maroun Bagdadi, Ghassan Salhab, Danielle Arbid, Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige, des auteurs de théâtre et des metteurs en scène Roger Assaf, Rabih Mroueh et Lina Saleh, du poète Abbas Beydoun, de la poétesse Nadia Tuéni, du rappeur Wael Kodeih, des groupes de musique <em>Scrambled Eggs</em> et <em>Lumi</em>, parmi de nombreux autres, touche à  la question de la guerre ou de ses conséquences.<br />
<a name="r2"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t2">(2)</a> Tous les propos de Jawad Nawfal cités dans cet article ont été pris en note au cours d’un entretien téléphonique en août 2007.<br />
<a name="r3"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t3">(3)</a> Avec des arrangements additionnels par Wadji Elian sur le morceau <em>Mind over matter</em> et par Victor Bresse  sur le morceau <em>Qana</em>.<br />
<a name="r4"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t4">(4)</a> Propos pris en note au cours d’un entretien téléphonique avec Caroline Tabet en  août 2007.<br />
<a name="r5"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t5">(5)</a> Mazen Kerbaj, [en ligne] &lt;<a href="http://mazenkerblog.blogspot.com/">http://mazenkerblog.blogspot.com</a>&gt; (consulté le 15 septembre 2007).<br />
<a name="r6"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t6">(6)</a> Les dessins et les textes explicatifs de Mazen Kerbaj  ont été publiés sous le nom <em>Beyrouth  Juillet-Août 2006 </em>en février 2007 par l’Association, éditeur français  indépendant de bandes dessinées.<br />
<a name="r7"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t7">(7)</a> Publié également chez l’Association, en quatre tomes.<br />
<a name="r8"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t8">(8)</a> Dans une note intitulée «Message aux gens d’Israël qui lisent ce blog» (traduction libre) publiée sur son blogue le 19 juillet 2006, [en ligne], &lt;<a href="http://mazenkerblog.blogspot.com/2006/07/message-to-people-of-israel-who-are.html#links">http://mazenkerblog.blogspot.com/2006/07/message-to-people-of-israel-who-are.html#links</a>&gt; (consulté le 15 septembre 2007).<br />
<a name="r9"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t9">(9)</a> Traduction libre, Thomashow,  M., <em>Ecological Identity: Becoming a Reflective Environmentalist</em>, Cambridge, The MIT Press,  1995, p. 134.<br />
<a name="r10"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t10">(10)</a> Tuéni, N., <em>Liban,  vingt poèmes pour un amour</em>, Liban, [s.n.], 1979.</p>
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		<title>Vers la fin de la guerre d’Algérie?</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Jun 2007 15:08:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de fond / Long articles]]></category>
		<category><![CDATA[Formats]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire/History]]></category>
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		<description><![CDATA[«Le passé n’est jamais mort, il n’est même jamais passé.» - William Faulkner Depuis 2004, et jusqu’en 2012, nous vivons sous le signe du cinquantenaire de la guerre d’Algérie. Colloques, conférences, témoignages et publications universitaires [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">«Le passé n’est jamais mort, il n’est même jamais passé.»<br />
- William Faulkner</p>
<div style="text-align: justify;"><strong>Depuis 2004, et jusqu’en 2012, nous vivons sous le signe du cinquantenaire de la guerre d’Algérie. Colloques, conférences, témoignages et publications universitaires se succèdent presque sans interruption. Or, ces efforts de compréhension ne doivent pas masquer la prégnance et la permanence de la guerre hors des cercles académiques. De part et d’autre de la Méditerranée, les événements qui s’échelonnèrent de 1954 à 1962 continuent de façonner les esprits et de provoquer les polémiques, ce dont pourra témoigner quiconque suit l’actualité française ou algérienne. Plus fondamentalement, l’existence même des acteurs de cette guerre implique une survivance du conflit dans la mémoire.</strong></div>
<div style="text-align: justify;"><strong><br />
</strong></div>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title="Rootless (Sans racines)" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/11/hist-alge.jpg" alt="Rootless (Sans racines)" width="216" height="278" /><br />
!anaughty!, <em>Rootless (Sans racines)</em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, comme notre titre le suggère, la guerre d’Algérie ne s’est pas terminée avec les Accords d’Évian de mars 1962. Elle a plutôt migré dans les mémoires diverses et souvent antagonistes de l’événement qui continuent aujourd’hui à lutter pour leur reconnaissance et leur légitimité. On peut, à ce titre, parler «de véritable guerre civile des mémoires incompatibles(1)» dans laquelle l’histoire commence tout juste à vouloir – et à pouvoir – instiller ne serait-ce qu’une infime dose de froide analyse. En France, on émerge à peine de l’amnésie générale. En Algérie, les premières fissures apparaissent à la surface du mythe unanimiste de la révolution forgé par le Front de libération nationale (FLN) pour légitimer ses prétentions hégémoniques au pouvoir. Entre l’oubli et la surexposition du passé, c’est une histoire plus consensuelle qui se profile. Du moins nous est-il permis de l’espérer&#8230;<strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Côté français, faire  l’histoire</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette volonté d’oubli, rien ne l’a illustrée avec autant de clarté que le refus de la part des autorités de reconnaître aux «événements» d’Algérie le statut de guerre. Il a fallu, en effet, attendre 1999 pour voir le gouvernement voter une loi établissant formellement qu’il ne s’agissait pas «d’opérations de maintien de l’ordre», selon la formule bureaucratique consacrée, mais bien d’une véritable guerre. Pendant le conflit à proprement parler, l’emploi de tels euphémismes cachait une raison fort simple, quoique contestable: admettre que l’état de guerre revenait à détruire l’image d’une République «une et indivisible» dont l’Algérie, répartie en trois départements, faisait partie intégrante. Il importe, ici, de bien saisir la nature particulière de l’Algérie dans l’empire colonial français. Contrairement aux colonies d’«Afrique noire» ou d’«Extrême-orient», l’Algérie constituait une région à part entière du territoire métropolitain, au même titre que la Corse, comme en témoigne la gestion de ses affaires par le ministre de l’Intérieur. Selon une expression répandue chez les pieds-noirs(2), «La Méditerranée traverse la France comme la Seine traverse Paris(3)».</p>
<p style="text-align: justify;">Immédiatement après la fin des hostilités, les autorités n’ont pas jugé bon de revenir sur la nature du conflit, et ce, jusqu’en 1999. Deux raisons expliquent ce silence. D’abord, sur un plan pragmatique, la reconnaissance d’une guerre implique le paiement de rentes aux anciens combattants, qui furent plus de 2 700 000 à servir en Algérie(4). Plus fondamentalement, par contre, il apparut aux autorités que l’amnésie constituait le moyen le plus infaillible de mettre un terme aux résurgences épisodiques de conflits de mémoires auxquelles ces mêmes autorités se trouvaient inextricablement mêlées. Un exemple de ces luttes s’articule autour du recours à la torture et aux exécutions sommaires pendant la guerre. Entre la mémoire des victimes de ces exactions, celle des exécuteurs et celle des hommes d’État qui avalisèrent ces pratiques, les chocs furent répétitifs et violents. Ces antagonismes ne facilitèrent en rien le travail des historiens, et il aura fallu attendre 2001 pour voir paraître le premier ouvrage «scientifique» exclusivement consacré à la question(5). Un autre exemple, peut-être plus significatif en ce qui concerne la société française elle-même: la présence de groupes ou de communautés dont l’existence est intimement liée à la guerre. Anciens combattants, travailleurs algériens immigrés pendant la guerre, pieds-noirs et harkis(6) constituent autant de mémoires particulières refoulées par l’État dans la sphère privée.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette parcellisation de la mémoire en multiples fractions antagonistes a rendu difficile une historicisation de la guerre d’Algérie, préalable essentiel à son incorporation dans la conscience collective. Cependant, les passions s’estompent peu à peu, et les témoins que la proximité des événements a longtemps contraints – ou encouragés – au silence s’ouvrent lentement. Dans ce contexte, le chercheur peut progressivement chercher à combler les lacunes laissées par plus de 40 ans d’atomisation de la guerre en mémoires particulières. Comme le mentionne Guy Pervillé, historien particulièrement sensible à cette évolution, «la relève de la mémoire par l’histoire est désormais commencée(7)».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Côté algérien, défaire  l’histoire </strong></p>
<p style="text-align: justify;">À bien des égards, la situation en Algérie est diamétralement opposée à celle qui se dessine dans l’Hexagone. À l’image de la pluralisation du paysage politique algérien des dernières années, on assiste à la constitution d’histoires concurrentes qui viennent remettre en question la version officielle forgée par le FLN afin de justifier ses velléités à incarner seul la nation algérienne. En effet, derrière «l’hyper-commémoration» de la guerre de libération nationale reprenant presque littéralement la propagande du FLN au temps de la guerre, les mythes fondateurs se fissurent. Principalement, ce sont les agissements du FLN lui-même et de sa branche militaire, l’Armée de libération nationale (ALN), qui sont touchés par ce vent de «révisionnisme».</p>
<p style="text-align: justify;">Par exemple, on voit de plus en plus souvent questionnée l’unanimité du ralliement populaire au FLN pendant la guerre. Sans s’engager à fond dans les différents processus qui entrent dans la construction d’une nation, il est clair que l’adhésion, ou l’invention de l’adhésion, d’une majorité de la population au projet national en constitue une condition <em>sine qua non</em>. En d’autres mots, il est impératif que la population, nonobstant ses repères identitaires traditionnels (famille, région, religion, etc.), souscrive également, même prioritairement, à cette «communauté imaginée»(8) qu’est la nation afin que cette dernière puisse éventuellement constituer une réalité politique. C’est bien sur cette adhésion que s’est fondée la légitimité du FLN, non seulement en tant que seul interlocuteur valable lors des négociations avec la France en vue de l’indépendance, mais aussi en tant qu’acteur unique de la révolution et qu’architecte de l’Algérie nouvellement émancipée.</p>
<p style="text-align: justify;">Or ce que l’histoire officielle ne dit pas mais qui commence à transpirer au travers des fissures évoquées plus haut, c’est bien la manière par laquelle fut accomplie cette adhésion. À ce titre, le massacre par l’ALN de dizaines de milliers de harkis, ces «collaborateurs» de la puissance coloniale, est un exemple probant. En effet, leur seule présence, mais surtout leur nombre, soit environ 265 000(9), tendent à remettre en question la version officielle voulant que les opposants à l’indépendance n’eurent été qu’une poignée d’individus isolés et égarés.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
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            var randomnumber = axel * 10000000000000000;
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// ]]&gt;</script><script src="http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&amp;dim=148898&amp;pos=2&amp;pv=507852614909314"></script></div>
<p style="text-align: justify;">Évidemment, il est compréhensible, pour les raisons que nous venons d’évoquer, que les propagandistes du FLN aient voulu minimiser le nombre des Algériens pro-français, comme ils ont dissimulé les divisions à l’intérieur du FLN. Par contre, ce discours unanimiste postulant l’adhésion volontaire de tous les Algériens à la cause nationale s’est rapidement transposé, après la guerre, dans la construction d’une histoire officielle vis-à-vis de laquelle aucune remise en cause ne fut permise. Or, de plus en plus nombreux sont ceux qui, à l’instar de l’ancien haut fonctionnaire Boualem Sansal, croient que «l’histoire n’est pas l’histoire quand les criminels fabriquent son encre et se passent la plume(10)». Sans remettre en question la légitimité absolue de l’indépendance algérienne, plusieurs intellectuels se sont mis à la tâche de déboulonner certains mythes de l’histoire de la guerre afin de rendre à cette dernière sa nature plurielle et complexe.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vers une histoire  consensuelle de la guerre d’Algérie?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne saurions prétendre rendre justice à la complexité des mécanismes en jeu dans les dynamiques mémorielles et historiques en cours de part et d’autre de la Méditerranée. Par contre, nous croyons avoir montré comment celles-ci suivent des trajectoires dont les points d’origine sont diamétralement opposés. En France, à la faveur d’un refroidissement relatif des conflits opposant les mémoires antagonistes de la guerre, les historiens ont entamé le défrichage systématique d’une guerre longtemps abandonnée à l’amnésie collective. En Algérie, on voit apparaître à la surface lisse de l’histoire officielle les premiers remous causés par la volonté de certains Algériens de prendre en compte les multiples facettes de la guerre de libération nationale, non plus seulement la version hégémonique telle qu’élaborée par le FLN au lendemain de l’indépendance. Or, puisqu’elles sont parties de points opposés, il est permis de croire que ces trajectoires sont appelées à se rencontrer, pavant la voie à une histoire de la guerre d’Algérie qui réconcilierait non seulement les antagonismes intérieurs, mais aussi ceux qui ont toujours cours entre les deux pays. Ainsi, il serait «enfin possible d’en finir avec la guerre d’Algérie(11)».   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) BRUCKNER, Pascal, <em>La tyrannie de la pénitence. Essai sur le  masochisme occidental</em>, Paris, Grasset, 2006, p. 167.<br />
(2) Après avoir désigné pendant longtemps les populations indigènes (sans plus de précisions) vivant sur le sol algérien, le terme <em>pieds-noirs</em> en vint après la Seconde Guerre mondiale à référer aux Européens nés en Algérie, et dont la majorité provenait de France, d’Espagne et de Malte. Sur les pieds-noirs, on lira, notamment, JORDI, Jean-Jacques, <em>De l’exode à l’exil, rapatriés et pieds-noirs en France</em>, Paris,  L’Harmattan, 1993, 250 p.<br />
(3) Cité dans KEDWARD, Rod, <em>La Vie en Bleu : France and the French  since 1900</em>, Londres, Penguin Books, 2006, p. 329.<br />
(4) MANCERON, Gilles et Hassan  REMAOUN, <em>D’une rive à l’autre. La guerre  d’Algérie, de la mémoire à l’histoire</em>, Paris, Syros, 1993, p. 31.<br />
(5) BRANCHE, Raphaëlle, <em>La torture et l’armée pendant la guerre  d’Algérie, 1954-1962</em>, Paris, Gallimard, 2001, 474 p.<br />
(6) Les harkis sont des musulmans ralliés à la cause française et qui combattirent sous ce drapeau lors de la guerre. Au terme de celle-ci, ils fuirent en masse l’Algérie et les représailles organisées par le FLN, desquelles résultèrent entre 10 000 et 150 000 morts parmi les harkis. Le flou des estimations reflète le manque de sources fiables. Le lecteur consultera avec profit, sur le drame des harkis, entre autre, ROUX, Michel, <em>Les harkis,  les oubliés de l’histoire, 1954-1991</em>, Paris, La Découverte, 1993, 419 p.</p>
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