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Regard créatif sur le recueil de poésie résoudre ultérieurement – le présent comme signature temporelle du poète

Publié le 24 décembre, 2010 | 4 commentaires
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La poésie parle du temps fixe, du temps d’avant, du temps inquiet, du temps sans temps, du temps des géants et des mirages. Elle utilise tous les pouvoirs de la narration, elle peut se faufiler dans les veines, en sortir, aller en haut, regarder un arbre et son ombre et le manger si elle le veut bien, si cela sert à définir son état, et que cela soit utile ou pas. Le poète n’a pas à être pratique ou engagé. Ses yeux sont libres et les genres à exploiter sont multiples. Le poète qui écrit est situé quelque part sur la terre, dans un temps donné, entouré d’une réalité sociale qui colore son écriture et l’influence pour présenter les émotions qu’il écrit. Il a le présent comme référent initial, comme habitat, comme trampoline pour partir vers les sujets qui le font vibrer.

 Temporalité abstraite
alchymic666, Temporalité abstraite , 2009
Certains droits réservés.

Le poète a un regard personnel sur ce qui l’entoure, mais c’est le temps qui permet de situer la vie d’un poème et de son auteur. Dans résoudre ultérieurement[1], Marie-Pierre Sirois présente un univers sensible, fou, incrusté de différents états. En point d’appui, son présent, sa réalité contemporaine. En objet, un univers empreint de métaphores d’écriture actuelles pour décrire les images et la vie.

L’univers de Marie-Pierre Sirois est un « habitat » laïc, urbain et d’inox. Résolument poète, elle joue avec un espace et une matière faite de quotidien. Elle utilise et privilégie sans s’y fixer des poutres d’acier, des gicleurs, des congélateurs, des supermarchés ou des ordinateurs. Le cube et le carré sont aussi des éléments poétiques qui lui permettent d’encadrer l’humain, espèce étrange, vivant cloisonnée à l’intérieur d’elle-même, dans des règles d’espace et dans le temps : « j’habite un carré carmélite – où circule – sous les gicleurs et sous l’hélice – quelques frissons – d’estomac (…) ».

Les activités pratiquées dans les poèmes de Marie-Pierre Sirois sont résolument actuels. La poète jogge, fait de la randonnée, voyage et boit du thé. Même l’attente ne ressemble pas à celle d’autrefois. Sous sa plume, elle est « comme un bouquet de Mr Freeze bleu royal – qui ne changeraient pas de volume – ni de couleur – même après tant de bouches ».

 Reflets sur Don Quichotte
François Meehan, Reflets sur Don Quichotte, 2009
Certains droits réservés.

Les textes sont audacieux, l’auteure présentant la dichotomie et l’instabilité de ses états d’âme, de la condition humaine entre torpeur, vie burinée et douloureuse, besoin de mirages, de gigantesque, de bulles et de résonance. Elle présente les courts moments où passe, plus fort que le réel, un courant de vie harmonieuse. La vie décrite par Marie-Pierre Sirois est étrange, prudente et empreinte d’ondes obstruées, de souffrance et de bien être : « plus tard j’appellerai – sur une ligne trafiquée – quand je serai rieuse – paisible ou de conversation – la parole n’épousera pas – les modulations de l’onde – jusqu’à ton lobe ».

Elle écrit également un passé industriel qui n’est plus. Les bâtiments vides de l’industrie du textile sont des fenêtres d’un temps d’avant qui habitent toujours, par ses murs et murmures, la vie. Elle utilise ce moment d’histoire pour donner une teinte à notre condition. Son voyage aux pays baltes est empreint d’un passé pollué par l’industrialisation et les guerres, un passé qui a construit l’aujourd’hui, l’expression des visages et les rires enfouis.

Marie-Pierre Sirois utilise l’actuel pour nous présenter ce qu’elle vit, voit et imagine, et le fait avec subtilité. Habitée par Rabelais, St-Denis Garneau, Anne Hébert et les auteurs qui ont laissé leur sillage dans ses pores, elle nous présente un recueil[2] qui se lie et se relie aux beaux ouvrages qui traversent le temps.

Notes

[1] Marie-Pierre Sirois, résoudre ultérieurement, Montréal, L’Hexagone, 2010.

[2] Marie-Pierre Sirois a fait des études en littérature, dont une maîtrise en littérature française à l’Université Laval et une maîtrise en muséologie à l’Université du Québec à Montréal. Elle habite aujourd’hui Montréal et enseigne au Collège de Maisonneuve.

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Commentaires

4 Responses to “Regard créatif sur le recueil de poésie résoudre ultérieurement – le présent comme signature temporelle du poète”

  1. cLÉMENT tHIVIERGE
    janvier 17th, 2011 @ 20:45

    Bonjour

    Qui êtes-vous Janick Robert ? Vous écrivez tellement bien et je vous ai lue avec tant de plaisir.
    Répondez-moi , je vous en supplie.
    Clément Thivierge
    boursite@hotmail.com

  2. Janick Robert
    janvier 18th, 2011 @ 15:11

    Bonjour M. Thivierge,

    Je suis une personne privilégiée qui a eu la chance de rencontrer un des maîtres d’œuvre du Panoptique sur sa route. Il fut généreux et très ouvert à l’idée de me laisser produire une courte capsule littéraire pour sa revue virtuelle.

    J’ai une formation en littérature française de l’Université Laval. J’ai toujours eu un grand intérêt pour la poésie et les auteurs d’ici. La créativité me touche.

    Merci infiniment pour vos bons commentaires partagés.

    Janick Robert

  3. alchymic666
    septembre 20th, 2012 @ 06:44

    merci d’avoir illustré votre article par une de mes photographies. Pourriez-vous m’indiquer où je pourrai lire in des poèmes de Marie-Pierre SIROIS, je ne trouve en France aucun moyen de me procurer un recueil de ses œuvres?

    bien à vous

  4. admin
    septembre 20th, 2012 @ 08:01

    bonjour,

    voici la fiche de son dernier recueil paru aux édition de l’hexagone (très québécoise pourtant).

    http://www.edhexagone.com/resoudre-ulterieurement-/Marie-Pierre-Sirois/livre/9782890068377

    je ne pourrais pas vous dire si le livre est distribué chez vous, sans doute faudrait-il vérifier avec l’éditeur. bonne chance!

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