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	<title>Le Panoptique &#187; Français</title>
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	<description>Perspectives sur les enjeux contemporains &#124; More Perspective on Current International Issues</description>
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		<title>Boucler la boucle</title>
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		<pubDate>Mon, 05 Sep 2011 21:50:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marc Ouimet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Éditoriaux / Editorials]]></category>
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		<description><![CDATA[Le Panoptique est mort, vive Le Panoptique! Alors voilà, notre revue bien aimée aura vécu cinq ans bien sonnés. L&#8217;équipe de rédaction a décidé de mettre un terme aux activités de publication, le rythme de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><strong>Le Panoptique</strong></em><strong> est mort, vive </strong><em><strong>Le Panoptique</strong></em><strong>! Alors voilà, notre revue bien aimée aura vécu cinq ans bien sonnés. L&#8217;équipe de rédaction a décidé de mettre un terme aux activités de publication, le rythme de celles-ci ayant grandement diminué au cours de la dernière année. Cinq ans d&#8217;activité, pour une revue d&#8217;idées comme </strong><em><strong>Le Panoptique</strong></em><strong>, c&#8217;est déjà énorme, même si la perspective de tout arrêter laisse un petit goût amer en bouche. </strong><em><strong>Post mortem </strong></em><strong>d&#8217;un projet intellectuel.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/lightsinthedark/4712901398/" target="new"><img title="Coronal Loops" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/aout2011/boucle2.jpg" alt="Coronal Loops" /></a><br />
Lights in the Dark, <em>Coronal Loops</em>, 2010<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Chronologie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mis sur pied en août 2006, <em>Le Panoptique</em> est d&#8217;abord l&#8217;œuvre de son premier directeur général, Frédéric Clermont, qui a porté sur ses épaules le projet pendant ses trois premières années d&#8217;existence. Il a su réunir un important bassin de gens de qualité autour du projet d&#8217;une revue d&#8217;actualité internationale proposant des ponts entre la culture et la production universitaires et le grand public. Soulignons à cet égard le travail des collaborateurs de la première heure, dont Jonathan Martineau qui a pondu bon nombre d&#8217;éditoriaux très justes, Simon Chavarie, Eveline Bousquet et bien d&#8217;autres encore qui ont contribué au projet.</p>
<p style="text-align: justify;">La revue est, dès ses début, structurée autour de six grands axes qui fondent autant de sections de rédaction, soit la politique et l&#8217;économie, la société, l&#8217;histoire, les sciences, l&#8217;environnement et les arts et la littérature. Fortement ancrée dans les départements universitaires, la revue y recrute la grande majorité de ses collaborateurs. Ainsi, la mixité francophone-anglophone du milieu universitaire montréalais gagne bientôt <em>Le Panoptique</em> qui, en 2007, met sur pied une version anglophone de la revue, tentant ainsi d&#8217;instaurer un dialogue entre ces mondes trop souvent ignorants l&#8217;un de l&#8217;autre.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est à cette époque que la revue connaît sa production la plus intense, alors qu&#8217;elle publie plus d&#8217;une vingtaine d&#8217;articles de fond par mois et regroupe pas moins de 80 collaborateurs. Le projet s&#8217;essouffle cependant au printemps 2009, alors que l&#8217;équipe de direction fait défection, laissant seulement un petit noyau de collaborateurs reprendre les rennes du projet.</p>
<p style="text-align: justify;">La dizaine de collaborateurs restants décide alors de donner un second souffle au projet, et aussi d&#8217;en changer les cadres de fonctionnement. Nous avons ainsi aboli les différentes sections qui, à notre sens, reproduisaient le cloisonnement du savoir universitaire duquel nous cherchions à nous distancier, invitant du même souffle artistes, professionnels et intervenants sociaux à investir les pages de la revue.  Nous avons alors également décidé de faire du <em>Panoptique</em> une revue authentiquement (du moins à notre sens) bilingue, c&#8217;est-à-dire publiant sans distinction (ni traduction) des articles en français et en anglais, un peu à la façon dont notre petite équipe travaillait alors. Finalement, nous avons voulu mettre de l&#8217;avant une approche participative, tant pour le fonctionnement de l&#8217;équipe que pour celui du site Web, en instaurant des postes rotatifs et en permettant la rétroaction avec les lecteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avions de grands projets pour ce <em>Panoptique</em> seconde mouture, et quiconque a suivi, même de loin, nos pérégrinations des deux dernières années sait bien que les résultats furent mitigés. Nous aurons tout de même réussi à mettre sur pied un nouveau site plus fonctionnel pour la revue et à publier des brochures thématiques qui sont en <a href="http://iris.banq.qc.ca/alswww2.dll/APS_PRESENT_BIB?Style=Portal3&amp;SubStyle=&amp;Lang=FRE&amp;ResponseEncoding=utf-8&amp;no=0003254889&amp;Via=Z3950&amp;View=ISBD&amp;Parent=Obj_718131317079976&amp;SearchBrowseList=Obj_718131317079976&amp;SearchBrowseListItem=90885&amp;BrowseList=Obj_718131317079976?Style=Portal3&amp;SubStyle=&amp;Lang=FRE&amp;ResponseEncoding=utf-8&amp;BrowseListItem=90885&amp;QueryObject=Obj_718121317079976" target="_blank">dépôt à la <em>Bibliothèque nationale du Québec</em></a>. Notre postérité est donc assurée&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Plus que tout, ou du moins de l&#8217;intérieur, ce sursaut de deux ans de la revue aura été l&#8217;occasion de rencontres et de discussions fécondes entre gens de qualité. Je remercierai particulièrement Baptiste Godrie pour son implication et sa rigueur aussi sérieuses qu&#8217;indéfectibles, de même que, entre autres membres de la garde rapprochée, Hugo Lafrance et Inbal Itzak, ainsi que tous les autres Panopticiens qui ont contribué, à un moment ou à un autre, au projet dans sa seconde vie.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/usfwsnortheast/5343061169/" target="new"><img title="Sea turtle crawl loop" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/aout2011/boucle1.jpg" alt="Sea turtle crawl loop" /></a><br />
U.S Fish and Wildlife Service Northeast Region,<br />
<em>Sea turtle crawl loop</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les enjeux d&#8217;une revue d&#8217;idées</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On nous a souvent posé la question du pourquoi du nom « Panoptique », dont la référence première est la prison de Bentham, ce qui a de quoi laisser songeur pour une revue d&#8217;actualité internationale se positionnant clairement à gauche&#8230; N&#8217;ayant pas fait partie de l&#8217;équipe fondatrice, je ne peux me prononcer avec certitude sur l&#8217;interprétation première du nom de la revue, d&#8217;autant que la réflexion détaillée qui se trouvait sur l&#8217;ancien site Web est maintenant, après un transfert de plate-forme et un autre de serveur, complètement perdue. À titre de webmestre, je m&#8217;en excuse et j&#8217;en prends la responsabilité, et tiens à souligner que cet oubli fut complètement accidentel&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que je peux dire en tant que directeur général du <em>Panoptique</em> nouvelle mouture, c&#8217;est que nous avons  puisé dans la racine étymologique grecque, soit « pan » et « optique », la perspective que nous avons voulu donner au projet, soit celle d&#8217;un regard embrassant la multiplicité des points de vue<sup><a href="#sdendnote1sym"><sup>i</sup></a></sup>. Ce regard est pour nous une posture intellectuelle refusant les étiquettes et les cadres explicatifs figés et contraignants; il appelle à une liberté d&#8217;interprétation et d&#8217;esprit qui ne se bâdre pas de catégories  académiques ou idéologiques. Nous en avons d&#8217;ailleurs tiré le nom et l&#8217;adjectif « panopticien », qui définit toute personne adhérant à l&#8217;idée d&#8217;appréhender le monde avec un esprit critique mais néanmoins ouvert à la multiplicité des interprétations et du sens qu&#8217;on peut donner à un phénomène et au réel dans sa globalité.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour enthousiasmant que le projet du <em>Panoptique</em> ait pu être, ou du moins que nous l&#8217;ayons imaginé tel, la réalité des trajectoires personnelles et des nécessités de la vie bassement matérielle nous aura finalement, malgré tout et malgré nous, rattrapés. Je prendrai donc quelques lignes pour décrier, une fois encore, le triste sort fait aux revues, culturelles en général et plus particulièrement d&#8217;idées, au Québec. Il est dérisoire de constater qu&#8217;on doive compter sur la seule bonne volonté et le dévouement bénévole et désintéressé pour mettre sur pied un projet intellectuel qui n&#8217;entre pas dans les cadres admis par le gouvernement et ses valets fonctionnaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a lieu de s&#8217;inquiéter de la place faite aux idées et à la liberté de penser en cette ère conservatrice majoritaire, qui donne malgré tout aux plus fous des utopistes la perspective d&#8217;un changement social et politique d&#8217;autant plus radical que s&#8217;épuise devant nos yeux le modèle que certains ont érigé en idole de la fin de l&#8217;Histoire. Seule la pensée gestionnaire connaît la finitude des redditions de comptes, alors que la pensée vive et critique est, par nature, désenclavée, ouverte et inépuisable. C&#8217;est de celle-là dont les Panopticiens de tout acabits s&#8217;abreuvent et, si notre revue a permis même à quelques-uns seulement de prendre et d&#8217;exiger du monde cette posture, nous aurons, au total et malgré tout, gagné notre pari intellectuel.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<div style="text-align: justify;">
<p><a href="#sdendnote1anc">1.</a> Je 	vous invite à cet égard à consulter la superbe réflexion de 	Danijel Matijevic (<a href="http://www.lepanoptique.com/a-propos/">la mission longue anglaise</a>), qui constitue la version longue et élaborée de 	notre mission, rédigée et reproduite en anglais.</p>
</div>
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		<title>Changer de logique pour réinventer le pays</title>
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		<pubDate>Mon, 05 Sep 2011 21:30:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marc Ouimet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Québec, comme la plupart des sociétés occidentales, est essoufflé et se cherche. Le cynisme de la population à l&#8217;endroit de la classe politique est indéniable et les agissements de nos représentants ne font rien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le Québec, comme la plupart des sociétés occidentales, est essoufflé et se cherche. Le cynisme de la population à l&#8217;endroit de la classe politique est indéniable et les agissements de nos représentants ne font rien pour améliorer la situation. À cet égard, les propos tenus par Pierre Curzi et Louise Beaudoin au moment de leur démission du caucus du Parti Québécois sont symptomatiques d&#8217;une césure de plus en plus évidente entre la population et nos politiciens ou, plus largement, entre les cercles de pouvoir et la société civile québécoise.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/jef_safi/3686058041/" target="new"><img title="badiousan conatus diƒƒerential" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/aout2011/changer1.jpg" alt="badiousan conatus diƒƒerential" /></a><br />
jef safi, <em>badiousan conatus diƒƒerential</em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Les gens cherchent de nouvelles voies, comme le démontre la marée orange des dernières élections fédérales ou encore la popularité de la <em>Coalition pour l&#8217;avenir du Québec</em> de François Legault qui, pourtant, ne propose rien de bien emballant ni révolutionnaire. Cette soif de renouveau politique est peut-être encore plus grande chez les plus jeunes, eux qui ne ressentent pas d&#8217;attachement disons « nostalgique » aux véhicules et idéologies du passé. Tout en reconnaissant les progrès qu&#8217;il a pu amener, plusieurs estiment que « l&#8217;héritage de la Révolution tranquille » pèse aujourd&#8217;hui bien plus lourd qu&#8217;il ne mobilise et constitue une force de changement social au Québec. Certains décrient cet état de fait en appelant à un « dégrisage » du Québec, une attaque à peine voilée contre la génération des Baby Boomers, qui a ses torts autant qu&#8217;elle a le dos large&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">À mon sens, le malaise est plus profond que le supposé échec d&#8217;une génération de personnes et de réformes. Il y a quelque chose comme l&#8217;essoufflement d&#8217;un modèle, d&#8217;une vision du monde. Les scandales politiques et financiers, les catastrophes écologiques de plus en plus nombreuses, tout cela donne l&#8217;impression profonde que notre façon de vivre et d&#8217;habiter le monde ne convient plus. Il faut changer de logique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le modèle libéral</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous vivons depuis près de deux siècles dans une société fondée sur un modèle qu&#8217;on pourrait qualifier de libéral. Certes, tant sur les plans politique qu&#8217;économique, il y a eu d&#8217;énormes évolutions, si bien que le monde actuel est très différent de celui du XIXe siècle. Malgré cela, fondamentalement, l&#8217;économie est toujours capitaliste, alors que la politique telle que nous la pratiquons est encore fondée sur le principe de représentation (par le biais du député), et plus particulièrement sur le parlementarisme britannique.</p>
<p style="text-align: justify;">En gros, les partis dirigent le monde politique comme les entreprises dirigent le monde économique. Ces organes, de plus en plus structurés à mesure qu&#8217;ils sont importants et puissants, imposent une logique verticale d&#8217;autorité aux gens qui en font partie et agissent principalement, voire en tout temps, en fonction de leurs propres intérêts. Dans un cas comme dans l&#8217;autre, le chef donne la direction et les troupes doivent ramer dans la direction indiquée sans trop contester, sous peine d&#8217;expulsion ou de congédiement, l&#8217;unité étant perçue comme garante du succès.</p>
<p style="text-align: justify;">Si la politique et l&#8217;économie ainsi conçues ont grandement contribué à construire le Québec d&#8217;aujourd&#8217;hui, elles constituent aussi le fondement de plusieurs des problèmes que nous vivons. À force de jouer de démagogie pour faire pencher en leur faveur l&#8217;opinion publique de la population, les partis se sont considérablement discrédités. En cherchant à maximiser leurs profits, les dirigeants et actionnaires d&#8217;entreprises ont largement contribué, depuis une trentaine d&#8217;année, à creuser le fossé économique et social entre les plus riches et les plus démunis et à appauvrir la classe moyenne. En exploitant de façon éhontée les « ressources naturelles » sans se soucier des répercussions sur les écosystèmes, nous avons mutilé le visage du Québec et, globalement, induit un processus de réchauffement climatique qui pourrait bien mettre l&#8217;existence de notre espèce en danger dans un avenir rapproché.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est à cet égard fascinant de voir notre Premier ministre présenter son Plan Nord comme un projet social porteur qui pourrait redonner confiance en la politique aux Québécois. Comme si, depuis le XIXe siècle, nous n&#8217;avions pas assez vu ce que ce genre de développement faisait, pour « durable » qu&#8217;on essaie de nous le présenter. Combien de villes et de villages fantômes ou moribonds peuvent témoigner du côté éphémère et socialement peu constructif de ce genre de développement économique? Est-ce que quelqu&#8217;un croit encore sérieusement que le fait de couper des arbres, de creuser des trous et d&#8217;en vendre le produit à des intérêts étrangers constitue un Grand Bond avant pour le Québec et, plus encore, pour les nations autochtones sur le territoire desquelles ces projets prendront place?</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/jef_safi/3864198455/" target="new"><img title="heteromoginoous vanishing lynes syntonia" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/aout2011/changer2.jpg" alt="heteromoginoous vanishing lynes syntonia" /></a><br />
jef safi, <em>heteromoginoous vanishing lynes<br />
syntonia</em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Associations, réseaux et démocratie participative</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis plusieurs années déjà, des modèles alternatifs ont commencé à émerger. À la logique de structure se greffe, voire se substitue, celle de la libre association et des réseaux d&#8217;entraide. L&#8217;idée de coopérative, qui connaît un souffle nouveau dans le mouvement de l&#8217;économie sociale, mène par exemple aujourd&#8217;hui à la création d&#8217;entreprises dont les activités se veulent aussi bénéfiques pour les membres que pour leur milieu. Ces organisations sont portées par des gens dont les valeurs de justice sociale priment sur le goût du profit et qui implantent des modes de gouvernance démocratique qui en changent complètement le fonctionnement. Il en résulte un sentiment d&#8217;appartenance et un dynamisme qui est non seulement bénéfique à l&#8217;interne, mais pour tout le tissu social.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi ne serait-il pas possible de repenser la politique en ces termes, de lui insuffler plus de démocratie pour restaurer la confiance et la participation active des citoyens? Certes, le système politique que nous avons empêche le véritable pluralisme, les partis qui en bénéficient refusant systématiquement d&#8217;instaurer la proportionnelle. Devant ce blocage, pourquoi ne pas tenter une subversion qui revaloriserait le rôle du député, indépendant des structures de partis et redevable de façon directe à la population de sa circonscription, où pourraient s&#8217;instaurer des mécanismes de consultation populaire et participative?</p>
<p style="text-align: justify;">Un lien beaucoup plus direct entre le représentant politique et la population pourrait ainsi se développer dans un dialogue qui ne se perdrait pas dans les jeux de pouvoir des partis. Sans chanter naïvement les vertus du Web pour une utopique « démocratie numérique », il reste qu&#8217;on est devant un potentiel mobilisateur complètement inédit, surtout chez les jeunes dont on décrie sans cesse le manque d&#8217;intérêt pour la chose politique. Le cas de l&#8217;Islande, qui réécrit présentement sa constitution en donnant voix à la population sur les médias sociaux, est à cet égard un véritable cas de figure de renouveau politique.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourrait-on penser qu&#8217;une coalition de députés indépendants pourrait faire avancer de grands dossiers nationaux aussi bien et sinon mieux que les partis actuels, en s&#8217;ancrant davantage dans la réalité et les besoins des communautés, et non des groupes d&#8217;intérêt? Il faudrait bien sûr changer nos façons de faire, changer nos valeurs, changer notre logique. C&#8217;est ce qu&#8217;il faudra faire pour changer le monde, qui en a vraiment besoin. Il faut se mouiller le nez dans le rêve et l&#8217;utopie pour sortir du cynisme. Il faut se donner l&#8217;espace de réfléchir, hors des nécessités du pouvoir et des discours actuels, pour réinventer et habiter mieux ce pays que par le passé.</p>
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		<title>La révolution tunisienne. Quand la dignité devient un instinct</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Feb 2011 01:56:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Chokri Hidri</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de fond / Long articles]]></category>
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		<description><![CDATA[Il y a 78 ans, le grand poète Tunisien Abou Alkacem Achebbi (1909-1934) exhortait le peuple Tunisien à la résistance face aux colonisateurs Français en chantant[i] : Lorsqu’un jour le peuple veut vivre, Force est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Il y a 78 ans, le grand poète Tunisien Abou Alkacem Achebbi (1909-1934) exhortait le peuple Tunisien à la résistance face aux colonisateurs Français en chantant<a href="#_edn1">[i]</a> :</strong></p>
<p style="text-align: center;">Lorsqu’un jour le peuple veut vivre,<br />
Force est pour le destin de répondre,<br />
Force est pour les ténèbres de se dissiper<br />
Force est pour les chaînes de se briser&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui les Tunisiens donnent à sa fantaisie poétique l’une des plus belles productions qu’elle peut avoir, la révolution de la dignité en Tunisie.</p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/44866093@N05/5457039815/" target="new"><img title="jasmine-revolution_022" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/fevrier2011/tunisie1.jpg" alt="jasmine-revolution_022" /></a><br />
Crethi Plethi, <em>jasmine-revolution_022</em>,<br />
19 février 2011<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Il y a trois mois, personne n’aurait cru que Ben Ali pourrait un jour ‘dégager’ de la Tunisie ou du pouvoir. Même les plus informés de l’establishment ou les plus illuminés des analystes n’auraient pas imaginé un tel scénario. On croyait que les fils du règne de ce dictateur affranchi étaient tellement bien noués et étendus que personne n’aurait s’aventurer dans une entreprise que l’on estimait perdue d’avance. La famille Trabelsi et, à moindre égard, la famille Ben Ali ont pu mettre sous leur tutelle et à leur service une bonne partie des ressources humaines et matérielles du pays. Ceci, bien sûr, sous le pouvoir protecteur du président déchu et avec la bienveillance de tous les services de sécurité et des membres des différents gouvernements qui se sont succédés au pouvoir, depuis 1987.</p>
<p style="text-align: justify;">Certains disaient, avec une ironie amère, que Ben Ali lui-même serait étonné de l’ampleur du dommage qu’il a pu causer à l’esprit des Tunisiens, et du degré d’asservissement que ces derniers sont devenus capables d’endurer. La situation serait pire pour les enfants du changement, ces jeunes qui ont grandi dans les cafés, les clubs et les stades de football. Mais, à la surprise générale, le miracle a eu lieu, et ce sont ces jeunes, que la Tunisie entière croyait conquis, à jamais, par le football et le désintérêt et acculés à la marge, qui l’ont créé. Ce sont ces jeunes que la majorité des Tunisiens trouvait insolents, ratés et têtes vides qui ont fait tomber l’un des régimes les plus sanguinaires de l’Afrique et du Moyen-Orient. Leur réalisation est d’une ampleur qui dépasse les limites de toute analyse sociopolitique qui la réduirait à une révolte contre la pauvreté, le chômage et l’absence de libertés politiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Il fallait voir, dans le manque de respect et l’indifférence attribués à ces jeunes, le signe d’une frustration qui, faute d’être dirigée contre le tyran, s’est dirigée contre des adultes que l’on voyait confinés dans la peur face à une éventuelle vengeance de Ben Ali et de ses hommes qui sont partout. Les jeunes Tunisiens nourrissaient un sentiment d’indignation qui s’est traduit en une révolte contre toute forme d’autorité, une révolte qui a trouvé dans la vulgarité du langage et la provocation sa meilleure expression<a href="#_edn2">[ii]</a>. Pendant ces dernières années, ces jeunes ont instinctivement craché, en plein visage de la société tunisienne, leur vérité de soumis, d’opportunistes et même de lâches. Au moment où leurs parents espéraient de Ben Ali l’aumône d’une ouverture politique, aussi pauvre qu’elle eut été, ces jeunes, qui n’ont pas intériorisé la peur de ce régime, ne comprenaient pas l’absurdité de l’état de siège que subissait toute la population et qui non seulement les étouffait, mais atteignait directement leur orgueil. La marge de liberté qu’ils ont arrachée à la société butait sur les aléas d’un régime policier fortement corrompu, et sur les excès d’un système socio-économique valorisant les forbans dont le président, sa femme et leurs familles forment le noyau<a href="#_edn3">[iii]</a>.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/wassimbenrhouma/5387503957/" target="new"><img title="Under tear gas" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/fevrier2011/tunisie2.jpg" alt="Under tear gas" /></a><br />
Wassim Ben Rhouma, <em>Under tear gas</em>, 14 janvier 2011<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Dans ce climat chaotique, la révolution des jeunes Tunisiens retentit comme un cri contre ces formes extrêmes de rabaissement et de dénigrement de leur humanité. Elle est le signe d’un refus absolu de sombrer dans l’aléatoire et de se convertir en trafiquants, arnaqueurs ou couards. C’est un sursaut spontané et instinctif d’une dignité blessée : insolents, grossiers, irrespectueux peut-être, mais dignes et libres, par nature. Il leur est définitivement inconcevable qu’une autorité les prive de leur fierté.</p>
<p style="text-align: justify;">La Tunisie que vivaient ces jeunes est, incontestablement, autre que celle qu’enduraient leurs parents. On les voyait parmi nous, mais ils étaient ailleurs dans le monde de leurs rêves, libres comme l’air et fiers comme des coqs. Le jour où leur territoire a été piétiné, leur réaction fut rapide et décisive. Ils n’ont pas attendu de mot d’ordre de l’extérieur ; c’est de l’intérieur qu’ils ont été propulsés, pour défendre leur droit incontestable au respect. C’est à l’appel de la dignité qu’ils ont répondu. Je les entendais dire : « vous pouvez malmener et écraser les autres, mais pas nous. » Par leur sursaut de dignité, ils ont offert  au peuple tunisien le plus beau cadeau auquel une nation peut aspirer : la fierté d’avoir vaincu la dictature et d’être enfin libre.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, le regard que posent les adultes Tunisiens sur ces jeunes n’a, dans le fond, pas changé. Toutefois, personne n’oserait leur manquer de respect ou nuire à leur orgueil et leur volonté de vivre dignement.</p>
<p style="text-align: left;"><strong>La volonté de vivre</strong></p>
<p style="text-align: center;">Lorsqu’un jour le peuple veut vivre,<br />
Force est pour le destin de répondre,<br />
Force est pour les ténèbres de se dissiper<br />
Force est pour les chaînes de se briser.</p>
<p style="text-align: center;">Avec fracas, le vent souffle dans les ravins,<br />
au sommet des montagnes et sous les arbres,<br />
disant :</p>
<p style="text-align: center;">« Lorsque je tends vers un but,<br />
je me fais porter par l’espoir<br />
et oublie toute prudence;<br />
Je n’évite pas les chemins escarpés<br />
et n’appréhende pas la chute<br />
dans un feu brûlant.<br />
Qui n’aime pas gravir la montagne,<br />
vivra éternellement au fond des vallées. »</p>
<p style="text-align: center;">Je sentis bouillonner dans mon cœur<br />
Le sang de la jeunesse.<br />
Des vents nouveaux se levèrent en moi<br />
Je me mis à écouter leur chant<br />
À écouter le tonnerre qui gronde<br />
La pluie qui tombe et la symphonie des vents.</p>
<p style="text-align: center;">Et lorsque je demande à la Terre :<br />
« Mère, détestes-tu les hommes? »<br />
Elle me répond :<br />
« Je bénis les ambitieux<br />
et ceux qui aiment affronter les dangers.<br />
Je maudis ceux qui ne s’adaptent pas<br />
aux aléas du temps et se contentent de mener<br />
une vie morne, comme les pierres.</p>
<p style="text-align: center;">Le monde est vivant.<br />
Il aime la vie et méprise les morts,<br />
aussi fameux qu’ils soient.<br />
Le ciel ne garde pas, en son sein,<br />
les oiseaux morts et les abeilles ne butinent pas<br />
les fleurs fanées.<br />
N’eût été ma tendresse maternelle,<br />
les tombeaux n’auraient pas gardé leurs morts. »</p>
<p style="text-align: right;"><em>Extraits</em><br />
Abou Alkacem Achebbi, 1933.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref1">[i]</a> Abou Alkacem Achebbi, extraits de son poème <em>La Volonté</em><em> de Vivre</em>, écrit à Tabarka, au nord de la  Tunisiem le 16 septembre 1933 et traduits par S. Masliah. Dans Abderrazek Chraït, <em>Abou el Kacem Chebbi</em>, éd. Appolonia, Tunis, 2002, p. 45.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref2">[ii]</a> Pendant les dix dernières années, l’usage de termes obscènes, dans les lieux publics et les établissements scolaires, est devenu tellement répandu parmi les jeunes que ce phénomène a fait l’objet de plusieurs programmes télévisés et de compagnes de sensibilisation. D’autres phénomènes, nouveaux et provocateurs pour la société tunisienne, ont pu également avoir lieu tels les baisers bouche-à-bouche et d’autres comportements à caractère sexuel que l’on ne voyait jamais à l’extérieur des murs des maisons.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref3">[iii]</a> La famille de Ben Ali détenait 40% de l’économie tunisienne. Voir Fabrice Amadeo, « Ben Ali-Trabelsi : les pillages d’une famille en or », <a href="http://www.lefigaro.fr/">www.lefigaro.fr</a>, 22/01/2011.</p>
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		<title>Regard créatif sur le recueil de poésie résoudre ultérieurement  &#8211; le présent comme signature temporelle du poète</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Dec 2010 17:51:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Janick Robert</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts et littérature / Arts and literature]]></category>
		<category><![CDATA[Compte-rendus / Resumes]]></category>
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		<category><![CDATA[Marie-Pierre Sirois]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>
		<category><![CDATA[présent]]></category>
		<category><![CDATA[regard]]></category>
		<category><![CDATA[résoudre ultérieuremen]]></category>
		<category><![CDATA[temps]]></category>

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		<description><![CDATA[La poésie parle du temps fixe, du temps d&#8217;avant, du temps inquiet, du temps sans temps, du temps des géants et des mirages. Elle utilise tous les pouvoirs de la narration, elle peut se faufiler [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>La poésie parle du temps fixe, du temps d&#8217;avant, du temps inquiet, du temps sans temps, du temps des géants et des mirages. Elle utilise tous les pouvoirs de la narration, elle peut se faufiler dans les veines, en sortir, aller en haut, regarder un arbre et son ombre et le manger si elle le veut bien, si cela sert à  définir son état, et que cela soit utile ou pas. Le poète n’a pas à être pratique ou engagé. Ses yeux sont libres et les genres à exploiter sont multiples. Le poète qui écrit est situé quelque part sur la terre, dans un temps donné, entouré d’une réalité sociale qui colore son écriture et l’influence pour présenter les émotions qu’il écrit. Il a le présent comme référent initial, comme habitat, comme trampoline pour partir vers les sujets qui le font vibrer.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/alchymic666/3392361157/" target="new"><img title="Temporalité abstraite" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/decembre2010/resoudre1.jpg" alt=" Temporalité abstraite " /></a><br />
alchymic666, <em>Temporalité abstraite </em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Le poète a un regard personnel sur ce qui l&#8217;entoure, mais c&#8217;est le temps qui permet de situer la vie d&#8217;un poème et de son auteur. Dans <em>résoudre ultérieurement</em><a href="#_ftn1">[1]</a>, Marie-Pierre Sirois présente un univers sensible, fou, incrusté de différents états. En point d&#8217;appui, son présent, sa réalité contemporaine. En objet, un univers empreint de métaphores d&#8217;écriture actuelles pour décrire les images et la vie.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;univers de Marie-Pierre Sirois est un « habitat » laïc, urbain et d&#8217;inox. Résolument poète, elle joue avec un espace et une matière faite de quotidien. Elle utilise et privilégie sans s&#8217;y fixer des poutres d&#8217;acier, des gicleurs, des congélateurs, des supermarchés ou des ordinateurs. Le cube et le carré sont aussi des éléments poétiques qui lui permettent d’encadrer l’humain, espèce étrange, vivant cloisonnée à l’intérieur d’elle-même, dans des règles d’espace et dans le temps : « j’habite un carré carmélite – où circule – sous les gicleurs et sous l’hélice – quelques frissons – d’estomac (…) ».</p>
<p style="text-align: justify;">Les activités pratiquées dans les poèmes de Marie-Pierre Sirois sont résolument actuels. La poète jogge, fait de la randonnée, voyage et boit du thé. Même l&#8217;attente ne ressemble pas à celle d’autrefois. Sous sa plume, elle est « comme un bouquet de Mr Freeze bleu royal &#8211; qui ne changeraient pas de volume &#8211; ni de couleur &#8211; même après tant de bouches ».</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href="http http://www.flickr.com/photos/12149783@N04/4118991340/ " target="new"><img title="Reflets sur Don Quichotte" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/decembre2010/resoudre2.jpg" alt=" Reflets sur Don Quichotte " /></a><br />
François Meehan, <em> Reflets sur Don Quichotte</em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Les textes sont audacieux, l’auteure présentant la dichotomie et l&#8217;instabilité de ses états d&#8217;âme, de la condition humaine entre torpeur, vie burinée et douloureuse, besoin de mirages, de gigantesque, de bulles et de résonance. Elle présente les courts moments où passe, plus fort que le réel, un courant de vie harmonieuse. La vie décrite par Marie-Pierre Sirois est étrange, prudente et empreinte d&#8217;ondes obstruées, de souffrance et de bien être : «  plus tard j’appellerai – sur une ligne trafiquée – quand je serai rieuse – paisible ou de conversation – la parole n’épousera pas – les modulations de l’onde – jusqu’à ton lobe ».</p>
<p style="text-align: justify;">Elle écrit également un passé industriel qui n&#8217;est plus. Les bâtiments vides de l&#8217;industrie du textile sont des fenêtres d’un temps d&#8217;avant qui habitent toujours, par ses murs et murmures, la vie. Elle utilise ce moment d&#8217;histoire pour donner une teinte à notre condition. Son voyage aux pays baltes est empreint d’un passé pollué par l’industrialisation et les guerres, un passé qui a construit l’aujourd’hui, l’expression des visages et les rires enfouis.</p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Pierre Sirois utilise l’actuel pour nous présenter ce qu&#8217;elle vit, voit et imagine, et le fait avec subtilité. Habitée par Rabelais, St-Denis Garneau, Anne Hébert et les auteurs qui ont laissé leur sillage dans ses pores, elle nous présente un recueil<a href="#_ftn2">[2]</a> qui se lie et se relie aux beaux ouvrages qui traversent le temps.</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Marie-Pierre Sirois, r<em>ésoudre ultérieurement</em>, Montréal, L&#8217;Hexagone, 2010.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Marie-Pierre Sirois a fait des études en littérature, dont une maîtrise en littérature française à l&#8217;Université Laval et une maîtrise en muséologie à l&#8217;Université du Québec à Montréal. Elle habite aujourd&#8217;hui Montréal et enseigne au Collège de Maisonneuve.</p>
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		<title>Les péripéties d’une cinquantaine de frigos « cubains »</title>
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		<pubDate>Mon, 29 Nov 2010 00:47:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Analays Alvarez Hernandez</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de fond / Long articles]]></category>
		<category><![CDATA[Arts et littérature / Arts and literature]]></category>
		<category><![CDATA[Formats]]></category>
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		<category><![CDATA[détournement]]></category>
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		<category><![CDATA[réception]]></category>

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		<description><![CDATA[L’année 2006 fut déclarée « année de la révolution énergétique » par le gouvernement cubain. Depuis lors, de vieux réfrigérateurs datant principalement de la période 1940 à 1980 sont remplacés dans chaque ménage par de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>L’année 2006 fut déclarée « année de la révolution énergétique » par le gouvernement cubain. Depuis lors, de vieux réfrigérateurs datant principalement de la période 1940 à 1980 sont remplacés dans chaque ménage par de nouveaux équipements chinois consommant moins d’énergie. Condamnés, quelques-uns de ces vétustes appareils ont réussis à prolonger leur séjour caribéen dans le domaine des arts visuels. Leur sauvetage a lieu lorsque cinquante-cinq artistes (peintres, sculpteurs, photographes, artistes de l’installation et de la vidéo) s’en sont emparés pour les « informer » avec des histoires individuelles et collectives.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/savage_stills/4268320763/" target="new"><img title=" Wall Art " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/novembre2010/cuba1.jpg" alt=" Wall Art " /></a><br />
James Savage, <em>Wall Art</em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>La Havane, 2006. <em>Manuel d’instructions</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans un quartier de la banlieue havanaise, un projet hors du commun démarre environ un an avant l’ouverture de la 9<sup>e</sup> Biennale de La Havane au CENCREM (Centro Nacional de Conservación, Restauración y Museología). Hebdomadairement, les artistes cubains engagés dans cette aventure se rencontrent chez Mario Miguel Gonzalez (Mayito), concepteur et commissaire de l’exposition, pour recycler des réfrigérateurs. La particularité de ce recyclage réside dans le caractère dual du <em>ready-made</em> obtenu qui nous<em> </em>place<em> </em>simultanément en présence de l’objet-frigo (l&#8217;artefact en soi) et de l’image-frigo (ce que ces appareils représentent dans la conscience populaire). La plupart de ces spécimens, de marque <em>Westinghouse</em>, <em>Frigidaire, General Electric, Philco, Gibson, Crosley </em>et<em> Kelvinator, </em>réactivent, en deçà de leur « personalisation », autant de souvenirs de l’époque dorée de l’économie cubaine (des années 1940 et 1950 et de la  « collaboration » avec l’ex-URSS) que de celle des deux dernières décennies (marquées quant à elles par la pire crise financière que le pays ait jamais connue).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’exposition collective <em>Manuel d’instructions</em>, présentée en primeur dans le cadre de la 9<sup>e</sup> Biennale de La Havane en 2006, démontre que le recyclage d’ordures (une cinquantaine de réfrigérateurs) peut tenir lieu d’archive. Dans une large acception, nous envisageons les archives comme des traces de toute nature, conservées en vue d’une utilisation éventuelle. Elles découlent autant de l’activité d’une institution que de celle d’un individu ou d’un groupe<a href="#_edn1">[i]</a>. Le recyclage et la mise en exposition des réfrigérateurs permettent leur lecture comme des archives du ménage cubain et participent d&#8217;une réflexion sur les mythes et épisodes jalonnant les expériences quotidiennes des leurs propriétaires.</p>
<p style="text-align: justify;">L’utilisation de l’ordure dans le domaine artistique ne date pas d’hier. Plusieurs mouvements artistiques, dont l’<em>arte povera</em> et l’<em>art trash</em>, ont amplement<em> </em>pioché dans ses potentialités. Depuis plusieurs décennies, des œuvres emblématiques telles que <em>Open House</em> (1972) — un conteneur transformé en habitation par l’artiste new-yorkais Gordon Matta-Clark à l’aide de matériaux recyclés — revendiquent le statut de matériau artistique officiel pour le déchet.</p>
<p style="text-align: justify;">Le critique d’art français Nicolas Bourriaud applique le terme « postproduction » &#8211; emprunté au monde de l’audiovisuel &#8211;  au domaine artistique et le redéfinit comme l’ensemble des activités qui visent à « s’emparer de tous les codes de la culture, de toutes les mises en forme de la vie quotidienne, de toutes les œuvres du patrimoine mondial, et de les faire fonctionner »<a href="#_edn2">[ii]</a>. La postproduction « autorise » ainsi les artistes à employer des formes préexistantes comme matériaux de création. Le déchet, qui désigne tout ce qui dans nos sociétés est dépourvu d’une fonction quelconque, se taille une place de choix dans le catalogue des produits réutilisables :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">À partir de ce qui est rejeté comme sans utilité, sans intérêt, sans valeur économique, affirme Gérard Bertolini, l’enjeu consiste à découvrir et à produire d’autres ou de nouvelles richesses. L’artiste prend l’ordure à rebours, à contre-courant, pour la magnifier, la sublimer, en extraire la poésie et l’ironie<a href="#_edn3">[iii]</a>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Manuel d&#8217;instructions</em>, les artistes ont choisi d’habiller les frigos pour individualiser davantage la réflexion et étendre, en conséquence, son champ de signification. La dimension utilitaire de cet objet de la vie quotidienne, de conservation et préservation des aliments, a été en général sauvegardée par les artistes. Le travail acharné des mois durant a finalement abouti à <em>Manuel d’instructions</em>, une exposition unique offrant un panorama du Cuba d’aujourd’hui. Les angoisses, les attentes, les légendes et les croyances du peuple cubain sont présentes implicitement dans les <em>re</em>-créations de ces réfrigérateurs.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Détournements</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Confronté à cette archive « culturelle », le public est mis au défi de<strong> </strong>décoder le cumule d’informations proposées par les cinquante-cinq « objecteurs »<a href="#_edn4">[iv]</a> cubains. D’après le philosophe français Paul Ricœur, la constitution d’une archive place, « au premier plan, l’initiative d’une personne physique ou morale visant à préserver les traces de sa propre activité ; cette initiative inaugure l’acte de faire de l’histoire »<a href="#_edn5">[v]</a>. L’initiative de collecter une partie des électroménagers, bannis par le gouvernement cubain, et qui a précédé l&#8217;exposition de <em>Manuel d’instructions, </em>correspond à cette étape. D&#8217;autres étapes décrites par Ricoeur dans son propre « manuel d&#8217;instructions » illustrent également la mise sur pied de l&#8217;exposition :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Vient ensuite l’organisation plus ou moins systématique du fonds ainsi mis à part. Elle consiste en mesures physiques de préservation et en opérations logiques de classification relevant au besoin d’une technique élevée au rang archivistique. Les unes et les autres procédures sont mises au service du troisième moment, celui de la consultation du fond dans les limites de règles en autorisant l’accès<a href="#_edn6">[vi]</a>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">À la lumière de ces directives, <em>Manuel d’instructions</em> se déploie en trois catégories. Une dizaine d&#8217;artistes transfèrent des fragments de leurs œuvres bidimensionnelles et/ou tridimensionnelles sur la surface des artefacts récupérés. Dans les faits, les artistes de cette catégorie n’offrent pas mieux que des frigos repeints, qui remplacent alors les supports traditionnels tels que la toile, le papier ou le bloc de marbre. Cette section accueille les prestations de Zaida del Rio et de Roberto Fabelo, deux peintres des plus renommés et institutionnalisés de la scène artistique cubaine. Ceux-ci ratent, en reproduisant leurs univers visuels lassants, une opportunité de rafraîchir leur pratique artistique dans le cadre de cette exposition. Cependant, grâce aux photographies de René Peña, cette première catégorie échappe, de justesse, à la catastrophe. Les photographies de Peña recouvrent les quatre côtés d’un réfrigérateur et dévoilent, à tour de rôle, la silhouette d’un homme nu visible de face, de dos et de profil. Ici, la figure humaine se fusionne au corps de l’appareil pour en faire une seule chair ou un homme-frigo. De plus, la nudité renvoie ici à la nudité du frigo cubain, à son vide causé par une crise économique qui frappe le pays depuis deux décennies.</p>
<p style="text-align: justify;">Quoiqu’un certain nombre d’artistes ait ignoré les potentialités du matériau, le reste des participants en a saisi les enjeux. La plupart des frigos ont été déguisés en voiture, en canette de bière, en valise, en confessionnal, en librairie, en cercueil, en sac à main, en monument commémoratif ou encore en cheval de Troie. Dans cette deuxième catégorie de l&#8217;exposition, le détournement de l’objet-frigo évoque des personnages, des événements voire des lieux. D’après Jacques Dürrenmatt, une métaphore <em>in proesentia </em>contient dans l’énoncé métaphorique les deux termes comparés<a href="#_edn7">[vii]</a>. Dans ce deuxième lot d’œuvres, les constituants de l’énoncé métaphorique, à savoir l’objet-frigo (élément comparé) et l’objet recherché (comparant), sont parfaitement détachables. L’objet-frigo est investi d&#8217;une fonction symbolique, qui s&#8217;ajoute à sa condition première d’appareil destiné à la conservation des aliments. Alejandro Leyva, entre autres, emprunte ce chemin. Pour créer la « sculpture » <em>General Eléctrico</em>, cet artiste a peint son réfrigérateur en vert kaki et l’a orné de décorations militaires. En regardant cette œuvre, la figure de Fidel Castro, qui affectionne  la tenue militaire, surgit devant nos yeux. De plus, l&#8217;une des trois médailles est munie d’une résistance électrique, ce qui pointe la durée du mandat et la longévité du <em>Leader</em> <em>Maximo</em>. D’autres métaphores présentes dans cette section sont tout aussi réussies. Mentionnons à ce titre le frigo-chaîne stéréo de Carlos Omar Estrada, le frigo-librairie marxiste d’Antonio Espinosa, rempli de livres dits « autorisés », ainsi que le frigo-monument commémoratif de Vicente Bonachea, habillé d’une peau en gazon parsemée de rubans rouges (symboles de la solidarité envers les personnes porteuses du VIH/SIDA) tout en affichant l’épitaphe suivante : « À ceux qui sont tombés dans l’accomplissement sacré du plaisir »<a href="#_edn8">[viii]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Toujours sur une note réussie, certaines métaphores recèlent un profond désir de mémoire. Le  frigo-<em>Malecon </em>de Mario Gonzalez (Mayito) remémore (« congèle » pour ne pas l’oublier) un événement funeste des années 1990 à Cuba : la tragédie des <em>balseros<a href="#_edn9"><strong>[ix]</strong></a></em>. Ce frigo déguisé en morceau de <em>Malecon </em>— bout de promenade longeant la baie de La Havane — nous ramène à l&#8217;été<em> </em>1994 où près de 30 000 personnes se sont jetées à la mer sur des embarcations de fortune dans l’espoir d’atteindre la Floride. D’autres sujets fétiches du peuple cubain, bien qu’aussi dramatiques, sont abordés avec une pincée d’humour (noir) par plusieurs artistes. Pour concevoir son frigo-cage, l’artiste Neils Moleiro s’est inspiré de la légende urbaine qui raconte que de nombreuses familles mettaient des cadenas sur leurs frigos pendant les pires années de la « période spéciale »<a href="#_edn10">[x]</a> afin de rationner les denrées. Sur la même trame humoristique, on retrouve l&#8217;œuvre de Luis Enrique Camejo : son frigo-<em>Fast Food, </em>fruit du croisement entre un réfrigérateur et une Chevrolet des années 50.</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, le détournement fait perdre aux frigos leur valeur d’usage. Les artistes de cette catégorie anéantissent la fonction originale de ces appareils. En se servant de ces artefacts comme simples matériaux de création, ils obtiennent des métaphores <em>in absentia</em>, où <em>« le comparé peut aller jusqu’à disparaître »<a href="#_edn11"><strong>[xi]</strong></a></em> pour laisser la place au comparant<em>.</em> Ainsi, José Antonio Hechavarria transforme un des frigos en réservoir d’eau déguisé en cheval de Troie, supprimant du coup les empreintes de l’appareil électroménager. Ce détournement reflète la réalité des ménages cubains qui se retrouvent fréquemment privés d’eau courante pendant des semaines en raison du fonctionnement instable des aqueducs.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Paris, 2007. <em>Monstres dévoreurs d’énergie</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’« insularité » de cette exposition n’a pas empêché qu’elle accapare l’attention de maintes institutions culturelles outre-mer. Après Madrid et Milan, les frigos se sont rendus en vedettes à Paris. Ils y ont débarqué dans le cadre de l’événement <em>Les Étés de la danse,</em> auquel participait le Ballet national de Cuba, en juillet 2007. Sous le titre peu aimable de <em>Monstres dévoreurs d’énergie</em>, les réfrigérateurs de <em>Manuel d’instructions</em> furent logés pêle-mêle dans l&#8217;immense nef du Grand Palais. Malheureusement, l’engouement que cette exposition a suscité en sol cubain n&#8217;a pas trouvé d’écho à Paris, où elle n&#8217;a soulevé que des critiques détractrices voire furibondes. De surcroît, les frigos, aménagés à proximité de gradins, semblaient décorer la grande nef et préparer l’ambiance pour les prestations de la prestigieuse compagnie cubaine de ballet. Égarés dans cet immense espace et éloignés de leur « chez eux », ils se sont retrouvés incompris. Dépourvus de leur valeur symbolique et de leur public cible, l’interprétation des spectateurs parisiens les a réduits au rang d&#8217;objets beaux, drôles, troublants, <em>sexy </em>et kitsch<a href="#_edn12">[xii]</a>. Ces adjectifs confirment l’accès restreint à cette archive constituée de documents qui interpellent la mémoire, de déclencheurs de récits voire de passeurs intraculturels.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette inaccessibilité interpelle : les récits sont-ils inscrits dans l’œuvre ou dans le spectateur ? François Dagognet propose une négation fâcheuse de la subjectivité du spectateur dans son livre <em>Éloge de l’objet </em>(1989) où il écrit : « N’importe quel objet, même le plus ordinaire, enferme de l’ingéniosité, des choix, une culture. Mieux vaut donc chercher l’humain dans cette direction et éviter justement l’impasse noire de la subjectivité qui ne mène nulle part »<a href="#_edn13">[xiii]</a>. Or, on l’a répété <em>ad nauseam </em>: le sens de l’œuvre éclot d&#8217;une collaboration active entre celle-ci et le spectateur. Par conséquent, ces frigos habillés constituent une archive consultable seulement par ceux qui en possèdent les codes culturels. L’archive, comme dispositif d’accumulation, comme gardien de la mémoire (et des mémoires), comme metteur en scène des preuves du passé renferme, de la sorte, une dimension culturelle.</p>
<p style="text-align: justify;">À Paris, le facteur de l’expérience a joué un rôle déterminant en ce qui concerne la saisie du caractère métaphorique de cette exposition. Cela corrobore ce que l’on connaît et que l’on oublie parfois : les consommateurs de l’œuvre d’art participent également à sa production ; ceux-ci amorcent les récits en fonction de leur expérience. Ainsi, si les spectateurs parisiens ne lisent rien dans les monstres dévoreurs d’énergie, c’est parce que nulle part ailleurs que dans un ménage cubain les réfrigérateurs deviennent autant des membres de la famille.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour voir des images des oeuvres tirées de l&#8217;exposition: <a href="http://www.havana-cultura.com/html/FR/arts-plastiques/los-frios/montruos-devoradores-de-energia.html" target="_blank">http://www.havana-cultura.com/html/FR/arts-plastiques/los-frios/montruos-devoradores-de-energia.html</a></strong></p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref1">[i]</a> Voir Merewether, C. (2006) (dir.). <em>The Archive</em>, London : Whitechapel ; Cambridge, Mass. : MIT Press.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref2">[ii]</a> Voir Bourriaud, Né (2003). <em>Postproduction. La culture comme scénario : comment l’art reprogramme le monde contemporain, </em>Dijon : Presses du réel, p. 10.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref3">[iii]</a> Bertolini, G. (2002). <em>Art et déchet: le déchet, matière d’artistes</em>, Angers: Polygraphe, p. 26.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref4">[iv]</a> Les <em>objecteurs</em> sont des producteurs d’objets qui s’opposent (posent une objection) à la nature de ces derniers. En détournant un fragment de la réalité, les objecteurs s’opposent à cette dernière, porteuse du modèle « original ». En conséquence, la réalité devient un lieu d’extraction de symboles, lesquels sont ordonnés <em>a posteriori </em>dans la production d&#8217;œuvres d&#8217;art, engendrant une autre réalité. Voir Somoza, A. et F. Suazo (2002). « El objeto esculturado », dans <em>Déjame que te cuente. Antologia de la critica en los 80</em>, Gonzalez M., Parson T. et J. Veigas (dir.). La Havane: Ediciones Arte Cubano.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref5">[v]</a> Ricoeur, P. (2000). <em>La mémoire, l&#8217;histoire, l&#8217;oubli</em>, Paris : Éditions du Seuil, p. 212.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref6">[vi]</a> Ricœur, <em>op. cit</em>., p. 212.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref7">[vii]</a> Voir Dürrenmatt, J. (2002).<em> La métaphore</em>, Paris : H. Champion.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref8">[viii]</a> Traduction de l&#8217;espagnol par l&#8217;auteur.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref9">[ix]</a> Nom sous lequel sont connus les milliers de Cubains qui ont tenté d’atteindre la Floride en 1994 sur des embarcations précaires.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref10">[x]</a> Après l’effondrement du camp soviétique, le gouvernement cubain décrète en 1991 une « période spéciale en temps de paix ». Celle-ci marque le début de plusieurs années de rationnements sévères, en particulier des denrées alimentaires.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref11">[xi]</a> Dürrenmatt, <em>op. cit.</em>, p. 15-16.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref12">[xii]</a> Pour lire des réactions sur cette exposition parisienne, consulter le lien suivant : <a href="http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2007/07/29/des-monstres-devoreurs-denergie/">http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2007/07/29/des-monstres-devoreurs-denergie/</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref13">[xiii]</a> Dagognet F. (1989). <em>Éloge de l&#8217;objet, pour une philosophie de la marchandise</em>, Paris : Vrin, p. 12.</p>
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		<title>Libre-échange canado-européen : le temps presse !</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Oct 2010 14:56:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Frantz Gheller</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En mai 2009, le gouvernement canadien a entamé des négociations avec l’Union européenne en vue de la conclusion d’un accord de libre-échange canado-européen. Partie prenante de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), le Canada forme avec [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>En mai 2009, le gouvernement canadien a entamé des négociations avec l’Union européenne en vue de la conclusion d’un accord de libre-échange canado-européen. Partie prenante de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), le Canada forme avec les États-Unis et le Mexique la plus grande zone de libre-échange du monde. Selon l’échéancier prévu, il sera également, en 2011, le premier pays de l’OCDE à signer une entente de libre-échange avec l’Union européenne : l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’union européenne (AÉCG).</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/david_reverchon/2244550449/#/" target="new"><img title="La Faucheuse Versaillaise" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/octobre2010/libre1.jpg" alt="La Faucheuse Versaillaise<br />
" /></a><br />
David_Reverchon, <em>La Faucheuse Versaillaise</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un accord inquiétant</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au cours de la dernière décennie, les milieux militants se sont réjouis de l’abandon de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA) et des échecs répétés du Cycle de Doha tenu sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le libre-échange, pièce maîtresse de la mondialisation capitaliste, n’a pas pour autant été relégué aux oubliettes. Seulement, la formule multilatérale de négociation des traités de libre-échange a laissé place à la multiplication de traités bilatéraux.</p>
<p style="text-align: justify;">L’objet de ces traités demeure le même : ils permettent aux corporations qui en ont les moyens de s’installer là où bon leur semble, préférablement là où les impôts, les salaires, les normes environnementales et la réglementation du travail sont les plus bas. Ils ouvrent également à la privatisation et à la déréglementation de nouveaux pans de notre patrimoine collectif, notamment la culture, les soins de santé et l’eau.</p>
<p style="text-align: justify;">Grâce aux traités de libre-échange, les corporations et leurs représentants mettent en compétition les États les uns contre les autres en brandissant la menace des délocalisations et des pertes d’emplois. Dans ce contexte, offrir un environnement d’affaires « attrayant » pour les investisseurs entraîne un coût élevé : octrois de subventions gouvernementales et de crédits d’impôts à des corporations qui font déjà des profits de plusieurs milliards ; pressions à la baisse sur les salaires ; redevances ridicules sur l’exploitation des ressources naturelles ; passe-droits sur les dégâts environnementaux causés par l’activité économique privée. Voilà autant d’exemples de la nature de l’« avantage stratégique » conféré par les traités de libre-échange aux pays signataires<a href="#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Les travailleurs et les travailleuses subissent directement un chantage de même nature. Il n’est ainsi pas rare qu’au sein d’une même entreprise multinationale, les syndicats locaux soient mis en compétition les uns avec les autres lors du choix de l’emplacement d’une nouvelle unité de production ou lors de la renégociation des conventions collectives. Coupures dans les salaires, abandon de pans complets de la couverture d’assurance, atteintes aux normes du travail, diminution du temps des vacances : voilà autant de « bénéfices » concrets pour les travailleurs et les travailleuses qui espèrent conserver leurs emplois dans un contexte de libre-échange<a href="#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Atteintes à la démocratie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’enjeu des traités de libre-échange apparaît largement « économique ». Il est aussi éminemment politique. Ces traités favorisent en effet une redistribution inéquitable des ressources en faveur des grandes corporations et des élites économiques mondiales avec, pour conséquence, une concentration encore plus grande des richesses entre les mains d’une minorité déjà bien nantie<a href="#_ftn3">[3]</a>. Négociés à huis clos, les traités de libre-échange contiennent également des clauses qui éloignent les citoyens des décisions concernant l’avenir de leur collectivité.</p>
<p style="text-align: justify;">Les traités de libre-échange lient les mains des gouvernements et permettent aux corporations de poursuivre ces derniers devant des tribunaux spéciaux si elles jugent que des programmes sociaux, des subventions ou des réglementations gouvernementales entravent leur quête de profit. La capacité des États à financer des services publics accessibles et de qualité est ainsi menacée. Il en est de même de leur capacité à réglementer l’exploitation des ressources naturelles, à protéger le patrimoine culturel et à soutenir les entreprises locales.</p>
<p style="text-align: justify;">Sous le régime juridique de l’ALÉNA, les exemples concrets de telles poursuites sont nombreux. En 1997, la corporation Metalclad poursuit le gouvernement mexicain en justice à hauteur de 90 millions de dollars parce que les autorités locales avaient refusé les permis nécessaires à l’exploitation d’un dépotoir sur un terrain contaminé par des produits toxiques, par crainte de polluer les nappes phréatiques avoisinantes. La même année, Ethyl Corporation intente un procès contre le gouvernement canadien pour 251 millions de dollars : celui-ci avait interdit l’ajout d’un additif chimique démontré toxique, le MMT, dans l’essence destinée aux automobiles.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les deux cas, les tribunaux de l’ALÉNA ont contraint les gouvernements à payer des sommes considérables aux entreprises « lésées », tout en leur permettant de poursuivre leurs activités comme avant. Les nappes phréatiques et les réseaux d’aqueduc pollués par Metalclad empoisonnent toujours des communautés. Les Canadiens, pour leur part, respirent encore le MMT contenu dans l’essence<a href="#_ftn4">[4]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un accord « plus englobant » </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Aux dires du ministre canadien du Commerce international, Peter Van Loan, l’AÉCG « ira plus loin et sera plus englobant » que l’ALÉNA<a href="#_ftn5">[5]</a>. Suivant les demandes des représentants de l’Union européenne, il est probable que l’AÉCG englobe les services d’eau potable et garantisse aux multinationales européennes un accès à nos réseaux publics d’aqueducs. L’AÉCG poussera également plus loin les contraintes qui pèsent sur l’agriculture québécoise et canadienne. Selon le Réseau pour le commerce juste, il y a de fortes chances que l’accord élimine « le droit des agriculteurs de conserver, de réutiliser et de vendre leurs semences », un précédent en matière d’attaque contre la souveraineté alimentaire<a href="#_ftn6">[6]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Le temps presse. Les négociations, en effet, vont « étonnement bien »<a href="#_ftn7">[7]</a>. Il faut dire qu’en plus des quatre rondes de négociation déjà accomplies en douce, les discussions entourant l’AÉCG ont bénéficié de la tenue du G20 à Toronto en juin dernier. Les dirigeants politiques hésitent désormais à se proposer comme hôtes de ce genre de sommets. Ceux-ci sont coûteux, font scandales car ils sont tenus à huis clos et sont souvent l’occasion de violations des droits humains par les forces policières. À contre-courant, Stephen Harper a démontré un empressement rarement égalé à vouloir être l’hôte du G20.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet enthousiasme s’explique largement par l’opportunité que le sommet représentait de pousser plus en avant l’agenda du Canada en matière de libre-échange<a href="#_ftn8">[8]</a>. Profitant de la tribune internationale offerte par la réunion au sein d’une même enceinte des dirigeants politiques des pays les plus industrialisés, de même que des représentants non élus du milieu des affaires et de la finance, le Canada a martelé, pendant toute la durée de l’évènement, l’importance du libre-échange.</p>
<p style="text-align: justify;">Le message, bien sûr, s’adressait largement aux États-Unis, tentés depuis la dernière crise économique par des mesures protectionnistes du type « Buy American Act ». Il visait également à conforter la collusion canado-européenne sur l’AÉCG. Deux semaines seulement avant la quatrième et avant-dernière ronde de négociation prévue, le Canada ne pouvait choisir un meilleur moment pour se proposer comme hôte du G20.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Catalyser les forces populaires</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la rue lors du G20, peu de banderoles, de communiqués et de discours ont ciblé spécifiquement l’AÉCG. Rien à voir avec l’ampleur et la saillance de l’opposition à la ZLÉA lors du Sommet des Amériques à Québec en 2001. L’enjeu avait catalysé les forces populaires des deux Amériques pendant plusieurs années, contribuant à donner aux contestations altermondialistes du tournant du millénaire sa force et son ampleur. L’entrée en vigueur de l’ALÉNA le 1<sup>er</sup> janvier 1994 avait, elle aussi, marqué une recrudescence de la résistance populaire avec, entre autres, le soulèvement du mouvement zapatiste au Chiapas, considéré depuis comme l’un des principaux symboles de la lutte contre le néolibéralisme.</p>
<p style="text-align: justify;">L’occasion de regrouper les luttes autour de la dénonciation de l’AÉCG a été en partie manquée lors du dernier G20. Il n’est cependant pas trop tard pour mettre la main à la pâte : du 18 au 22 octobre 2010 se tiendra la cinquième et, possiblement, la dernière des rondes des négociations. Celle-ci aura lieu à Ottawa. Elle sera d’autant plus importante que les parties discuteront « des questions plus sensibles, comme les questions agricoles et l&#8217;ouverture des marchés publics »<a href="#_ftn9">[9]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’événement ne doit pas passer inaperçu : en renforçant le pouvoir des entreprises au détriment de celui des citoyenNEs, c’est au prix d’une diminution de notre capacité collective à décider de l’avenir de nos services publics, de nos conditions de travail et de nos institutions démocratiques que l’AÉCG sera signé en 2011. Les conséquences de cet accord seront d’autant plus dévastatrices pour les QuébécoisEs que le gouvernement de Jean Charest exerce déjà une pression soutenue pour la privatisation des ressources naturelles ainsi que des systèmes de santé et d’éducation québécois.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre autres événements auxquels les citoyens sont invités, une soirée d’information est organisée par ATTAC le 20 octobre au Bar populaire (à Montréal) et une manifestation d’envergure est prévue le 22 octobre à Ottawa<a href="#_ftn10">[10]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Voir Charles-Albert Michalet (2004). <em>Qu’est-ce que la mondialisation?</em>, Paris : La Découverte.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Voir Dan Crow et Greg Albo (2005). « Nafta, Neoliberalism, and the State of the North American Labour Movement », <em>Just Labor</em>, vol. 6 et 7, p. 12-22. <cite><a href="http://www.justlabour.yorku.ca/volume67/pdfs/02%20Albo%20Press.pdf">www.justlabour.yorku.ca/volume67/pdfs/02%20Albo%20Press.pdf</a> </cite></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a><sup> </sup>Voir Simon Granovsky-Larsen (2010). « Upsetting Neoliberalism: The End of an Era in Latin America », <em>Problématique</em>, vol. 12, no. 3, p. 42-63. <a href="http://www.yorku.ca/problema/issues.html">http://www.yorku.ca/problema/issues.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Pour en savoir plus, consultez Rémi Bachand (2001). « Les poursuites intentées en vertu du Chapitre 11 de l’ALÉNA », <em>Cahier de recherche</em>, vol. 1, no. 11, octobre. <cite><a href="https://depot.erudit.org/retrieve/589/000201pp.pdf">https://depot.erudit.org/retrieve/589/000201pp.pdf</a> </cite></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Propos rapportés par l’agence Reuters, le 23 avril 2010. <a href="http://www.reuters.com/article/idUSN2318779620100423">http://www.reuters.com/article/idUSN2318779620100423</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Publié par le <em>Réseau pour le commerce juste</em>, un feuillet présentant les 10 principales raisons pour lesquelles l’AÉCG est dommageable pour le Québec et le Canada est disponible en ligne : <a href="http://www.alternatives.ca/fra/journal-alternatives/publications/dossiers/alternatives/article/les-10-principales-raisons-pour?lang=fr&amp;var_mode=calcul">http://www.alternatives.ca/fra/journal-alternatives/publications/dossiers/alternatives/article/les-10-principales-raisons-pour?lang=fr&amp;var_mode=calcul</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a><sup> </sup>Propos rapportés dans l’article « Libre-échange Canada-Europe : Un traité qui ira plus loin que l’ALÉNA », <em>La Presse</em>, 25 septembre 2010, cahier des affaires, p. 1.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a><sup> </sup>En ligne avec son idéologie conservatrice, l’un des objectifs manifestes du gouvernement lors de ce sommet a également été de consolider l’appareil répressif de l’État canadien. Le Premier ministre s’est en effet servi de la tenue du G20 pour légitimer des investissements massifs dans les corps policiers et les agences de renseignement ainsi que pour arrêter 1090 manifestants, journalistes et citoyens (un record dans l’histoire du Canada) sans motif, la très grande majorité ayant été relâchée sans accusation. La répression de certains organisateurs communautaires se poursuit encore à l’heure actuelle. Pour plus d’informations sur les événements récents, consultez : <a href="http://g20.torontomobilize.org/node/522">http://g20.torontomobilize.org/node/522</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a><sup> </sup>Québec@Europe : Bulletin d’information stratégique sur les relations Québec-Union européenne. <a href="http://www.monnet.umontreal.ca/bulletin/bulletin_39.htm#enjeux">http://www.monnet.umontreal.ca/bulletin/bulletin_39.htm#enjeux</a> site consulté le 28 septembre 2010.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a><sup> </sup>Pour plus d’informations, consultez le site d’ATTAC : <a href="http://www.quebec.attac.org/">http://www.quebec.attac.org</a></p>
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		<title>Le « sauvage besoin de libération ». Hommage à Paul-Émile Borduas</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Sep 2010 15:01:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Simard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de fond / Long articles]]></category>
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		<description><![CDATA[Paul-Émile Borduas est mort le 22 février 1960 à Paris, après une longue carrière artistique parsemée d’embûches politiques et professionnelles. Les présentes rétrospectives autour de son décès soulignent avec force le coup d’éclat de 1949 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Paul-Émile Borduas est mort le 22 février 1960 à Paris, après une longue carrière artistique parsemée d’embûches politiques et professionnelles. Les présentes rétrospectives autour de son décès soulignent avec force le coup d’éclat de 1949 : la publication du manifeste du <em>Refus global</em>, avec 15 cosignataires. Dans les jours qui suivirent, Borduas fut renvoyé de l’École du meuble où il était engagé. On retient souvent le caractère anti-clérical du manifeste et sa qualité de premier jalon intellectuel de la Révolution tranquille, en oubliant parfois que le peintre a produit, dans ce texte, mais aussi dans bien d’autres, des réflexions pertinentes et complémentaires sur l’enseignement, l’art, l’individu et le politique. Le ton général de sa production écrite flirte avec l’irrévérence et l’anarchisme. Il propose une vision de l’art intégrée dans une conception de l’homme où il fait la part belle à la liberté et à l’inconscient, héritier en cela du dadaïsme et du surréalisme.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/0742/2630407127" target="new"><img title="apocalypse had visited" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/septembre2010/borduas.jpg" alt=" apocalypse had visited " /></a><br />
Subterranean Tourist Board,<br />
<em> apocalypse had visited </em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Peintre reconnu, Borduas était également professeur, métier qu’il exerça dès sa jeune vingtaine dans les écoles primaires de Montréal, à Paris et chez lui à St-Hilaire. Il désapprouvait ouvertement l’enseignement de la peinture axé sur la seule maîtrise technique; l’important était de « permettre aux expressions plastiques imprévisibles de naître » et au dessinateur « de créer son propre style » comme il l’écrivit dans ses <em>Projections libérantes </em>(1949). C’est ce programme qu’il essaya de mettre de l’avant à l’École du meuble, malgré certaines incompréhensions de la part de ses élèves et collègues, habitués à une approche plus « classique ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’enseignement, contrôlé par les religieux, s’avérait pour Borduas un asservissement : « un petit peuple […] tenu à l’écart de l’évolution universelle de la pensée pleine de risques et de dangers […] » (<em>Refus global</em>). Il ira jusqu’à affirmer que « notre enseignement est sans amour : il est intéressé à fabriquer des esclaves pour les détenteurs des pouvoirs économiques » (<em>Projections libérantes)</em>. Ces irrévérences pédagogiques ne plairont ni à la direction de l’École du meuble, ni au gouvernement Duplessis qui faisait à l’époque la chasse aux idées subversives de tout acabit. Optant pour la ligne dure, le ministre Paul Sauvé n’a pas répondu à la tentative de Borduas d’expliquer son enseignement et sa pensée suite à son renvoi…</p>
<p style="text-align: justify;">L’enseignement de Borduas était lié de près à un nouveau rapport à l’art. Son groupe, les automatistes, s’inspire fortement du surréalisme sans en être à la traîne. L’automatisme surrationnel, comme le nomment ses créateurs, espère accéder à une connaissance de l’homme et de l’univers à travers un processus créatif qui abolirait l’intention. Le créateur suit ses formes, dans une « conscience plastique au cours de l’écriture » (<em>Commentaires sur des mots courants</em>), jusqu’à l’émergence d’une certaine unité de l’œuvre. Claude Gauvreau, poète et dramaturge signataire du <em>Refus</em>, dira en entrevue radiophonique en 1970 : « Parce que nous rejetions l’intention, tout <em>a priori</em> rationnel […] nous sommes allés quelques degrés plus avant dans l’exploration du monde intérieur de l’Homme ». Borduas et son égrégore rêvaient d’un art où l’être se révèle à la fois dans l’acte de création et dans l’acte d’appréciation des oeuvres (<em>Manières de goûter une œuvre d’art)</em>. Les automatistes travaillaient ainsi à un changement de paradigme dans l’art québécois, voire dans l’art moderne.</p>
<p style="text-align: justify;">Sous-tendant ce projet créateur et la construction d’une nouvelle pédagogie, un « sauvage besoin de libération » gronde chez Borduas (<em>Refus global)</em>. Sans être communiste – il reproche aux « rouges » de ne pas faire assez de place au côté irrationnel dans leur conception de l’Homme – il n’en demeure pas moins qu’il croit en la nécessité d’une transformation radicale de la société. Dans son texte le plus politique, <em>La transformation continuelle</em>, il écrit :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">« À l’occident de l’histoire, se dresse l’anarchie, comme la seule forme sociale ouverte à la multitude des possibilités des réalisations individuelles. Nous croyons la conscience sociale susceptible d’un développement suffisant pour qu’un jour l’homme puisse se gouverner sans police, sans gouvernement ».</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Dans la tentative de faire émerger « la complète réalisation des possibilités humaines », les réalités institutionnelles (l’État et le clergé), intellectuelles (la censure), académiques (l’obsession technique) et sociales (le travail aliénant) sont des entraves à éliminer. Il faut voir Borduas comme un radical, comme quelqu’un qui pense les problèmes du monde (artistiques comme politiques) à leur racine et qui envisage une solution intégrée qui prenne la forme d’une révolution sociale. Il met ainsi le bout du pied dans la pensée anarchiste, sans toutefois se réclamer d’un auteur ou d’un courant. Son approche politique est intuitive, assez loin d’une pensée versée dans les grands textes révolutionnaires de son époque, mais vient néanmoins lier toute sa pensée : il faut libérer l’individu dans la création, dans le collectif et dans la transformation des formes plastiques et sociales.</p>
<p style="text-align: justify;">Après un demi-siècle, les réflexions de Borduas restent toujours aussi pertinentes, même si l’environnement sociopolitique québécois a énormément changé. Même si la sacro-sainte Révolution tranquille a eu lieu, les problèmes qu’il a soulevés restent entiers. Les techniques pédagogiques ont certes été modifiées en éducation, mais celles-ci cherchent toujours à s’arrimer au marché du travail. L’art a beau s’être décloisonné, il est parfois difficile de le différencier de la publicité, du divertissement ou du spectacle. Le climat politique québécois, entre corruption, cynisme et manque de vision, est d’un pathétique qui n’a d’égal que la passion des politiciens pour l’économie néo-libérale. Borduas écrivait dans le <em>Refus global</em> que « les frontières de nos rêves ne sont plus les mêmes ». Il faudrait se demander si les frontières d’aujourd’hui ne sont pas malheureusement celles du <em>Spectacle</em>, tel que l’évoque Guy Debord.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a peu, la France a été témoin d’une tentative de récupération et de révision de l’œuvre et de la vie d’Albert Camus. Au cinquantenaire de la mort de l’écrivain, le gouvernement français a décidé de le hisser au rang de héros national. Camus s’est battu toute sa vie contre ces réifications étatiques en s’attaquant au nationalisme, au colonialisme ou au racisme sur tous les fronts. Le processus qui se déroule au Québec dans le cas de Borduas est similaire : on retient officiellement son rôle de pionnier de la laïcisation de l’État et de la pensée intellectuelle québécoise, en oubliant trop souvent le caractère subversif de son œuvre écrite et artistique. Ses questionnements, comme ceux de Camus, sont peut-être trop angoissants et radicaux pour ne pas être récupérés par l’histoire nationale officielle.</p>
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		<title>The Empire Within, ou le Montréal des mouvances sociales et politiques des années 1960</title>
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		<pubDate>Fri, 13 Aug 2010 15:04:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marc Ouimet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Compte-rendus / Resumes]]></category>
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		<description><![CDATA[Il y a longtemps qu’on attendait un tel livre. De fait, l’ouvrage de Sean Mills, The Empire Within[1], propose un panorama inédit des mouvances sociales et politiques qui animèrent le Montréal des années 1960 jusqu’au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Il y a longtemps qu’on attendait un tel livre. De fait, l’ouvrage de Sean Mills, <em>The Empire Within<a href="#_edn1"><strong>[1]</strong></a></em>, propose un panorama inédit des mouvances sociales et politiques qui animèrent le Montréal des années 1960 jusqu’au début des 1970. Cette démarche permet à la fois de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre durant ces années mouvementées, et aussi de pluraliser le portrait d’une Révolution tranquille trop souvent comprise uniquement au travers de l’action de l’État, voire d’une question nationale appréhendée seulement en soi et pour soi.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/seeminglee/3969048682/" target="new"><img title=" Continental Divide lr by James Cospito " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/aout2010/empire1.jpg" alt=" Continental Divide lr by James Cospito " /></a><br />
See-ming Lee, <em> Continental Divide lr<br />
by James Cospito </em>, s.d.<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Alors qu’on fête cette année les 50 ans de l’élection du gouvernement de Jean Lesage et des débuts de la Révolution tranquille, il est rafraîchissant de voir se pluraliser la lecture de cette période déterminante de l’évolution du Québec contemporain. Longtemps déterminée par la dichotomie rupture/continuité instaurée par les tenants de l’histoire sociale et ceux de l’histoire politique, l’étude de la Révolution tranquille consista, pour la génération de chercheurs issus du baby-boom, à y voir ou non le passage à la modernité de la société québécoise<a href="#_edn2">[2]</a>. Alors que les tenants de l’histoire politique voyaient dans les réformes du gouvernement Lesage un moment de rupture avec l’ordre « traditionnel » ayant marqué l’époque duplessiste, les tenants de l’histoire sociale replaçaient plutôt des dynamiques modernisatrices de la société québécoise dans un continuum reculant dans certains cas jusqu’au XIXe siècle<a href="#_edn3">[3]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Il fallut attendre les années 1990 pour voir l’émergence de perspectives analytiques nouvelles, les travaux de Gilles Bourque, Jules Duchastel et Jacques Beauchemin restituant d’abord la complexité du discours politique duplessiste dans le cadre d’un État libéral conservateur, expliquant du même souffle la teneur de la « rupture » de la Révolution tranquille comme relevant d’un passage à un État de type providentialiste<a href="#_edn4">[4]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Délaissant de leur côté une approche de cette période centrée uniquement sur la scène politique et la forme de l’État, les travaux de É.-Martin Meunier et Jean-Philippe Warren soulevèrent plutôt le rôle du personnalisme chrétien dans la formation de la pensée de nombreux acteurs de la Révolution tranquille<a href="#_edn5">[5]</a>. Le livre de Meunier et Warren instaura ainsi une vague d’études qui cherchèrent à repositionner l’héritage de l’Église dans l’évolution du Québec contemporain, Michael Gauvreau allant jusqu’à voir, de façon outrancière dirons certains, des racines catholiques à la Révolution tranquille<a href="#_edn6">[6]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Poursuivant ses travaux inspirés de la « nouvelle sensibilité historique » mettant l’accent sur les idées et la culture politique dans l’évolution de la société québécoise, Jean-Philippe Warren étudia également, au cours des dernières années, les mouvements étudiants ayant marqué l’année 1968, ainsi que les mouvements marxistes-léninistes des années 1970, des territoires encore pratiquement vierges au sein de l’historiographie<a href="#_edn7">[7]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Décolonisation et activisme politique dans le Montréal des années 1960</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Voilà donc le contexte historiographique dans lequel s’inscrit l’ouvrage de Sean Mills, qui découle de sa thèse de doctorat et propose une étude fascinante des mouvements sociaux ayant agité la scène politique des années 1960. L’intérêt de ce livre est multiple, proposant un panorama des idéologies et mouvements de gauche s’étant déployés auprès des intellectuels et militants de l’époque, voire même au sein d’importants acteurs sociaux tels les syndicats.</p>
<p style="text-align: justify;">Dépassant ainsi une analyse du champ politique ne tenant compte que de l’action des gouvernements et de l’État, <em>The Empire Within</em> propose une analyse de la situation minorisée des Canadiens-français de même que des influences multiples ayant conditionné l’appréhension de la question nationale au sein de la gauche. Alors que l’émergence d’un nationalisme québécois à cette époque n’est souvent considéré qu’en regard de la dynamique particulière du Québec, l’étude de l’influence des idées de décolonisation, de socialisme et même de révolution permet plutôt à Mills de restituer un échiquier idéologique complexe aux ramifications internationales.</p>
<p style="text-align: justify;">Montréal s’avère ainsi un véritable laboratoire idéologique croisant des influences et des militants et intellectuels d’origines diverses, dont les luttes s’influencent réciproquement. Le parti pris méthodologique de l&#8217;auteur de concentrer son étude sur Montréal en tant que microcosme lui aura sans doute permis de sortir de la dynamique nationale classique, non pas tant pour évacuer cette question que pour l’articuler à la diversité idéologique, sociale et politique (voire même raciale) de la métropole<a href="#_edn8">[8]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Après avoir exposé la situation d’infériorité criante des Canadiens-français, l’auteur retrace les fondements de l’analyse qui se développe alors dans certains cercles de gauche, comme par exemple la revue <em>Parti Pris</em>, et qui marie la situation de colonisation des francophones avec le socialisme révolutionnaire, la question nationale étant pour plusieurs intriquée à la question sociale dans une critique de l’impérialisme anglo-saxon. Cette critique mena d’ailleurs certains groupes, notamment le Front de libération du Québec (FLQ), à verser carrément dans l’action violente et révolutionnaire, alors que certains idéologues (dont Pierre Vallières et Charles Gagnon) se rangeaient du côté du marxisme comme seule voie d’émancipation des classes ouvrières québécoises.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/8078381@N03/2389552314/" target="new"><img title="* Red Paint Dripping On Cement *" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/aout2010/empire2.jpg" alt="* Red Paint Dripping On Cement *" /></a><br />
Parée, <em>* Red Paint Dripping On Cement *</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Le langage de la décolonisation et l’analyse de l’oppression n’allaient d’ailleurs pas qu’éveiller des militants canadiens-français. Bientôt, plusieurs immigrants Noirs de la métropole allaient se rassembler pour dénoncer la discrimination dont ils faisaient l’objet, une de leurs actions menant d’ailleurs au saccage de plus de 2 M$ de matériel informatique à l’Université Sir George Williams en 1969. Quelques semaines plus tard se tenait d’ailleurs l’Opération McGill français, qui regroupait syndicats, groupes étudiants et militants politiques (anglophones et francophones) dans la dénonciation de l’impérialisme anglo-saxon incarné par l’institution universitaire.</p>
<p style="text-align: justify;">De leur côté, les femmes allaient bientôt remettre en cause le langage même de la décolonisation, fortement masculin sinon macho et qui les excluait de la lutte active. Voilà d’ailleurs comment émergea un féminisme de gauche au sein de ces mouvements, revendiquant la libération des femmes de concert avec la libération nationale et sociale, mettant de l’avant l’infériorisation dont elles faisaient l’objet au sein même des mouvements luttant pour cette libération.</p>
<p style="text-align: justify;">Revenant ensuite sur la crise d’Octobre 1970 et tissant sa généalogie idéologique ainsi que son impact social et politique sur le Québec, Mills en propose une analyse d’une rigueur et d’une richesse qui, loin d’en faire un épisode incompréhensible, la restituent plutôt dans le continuum révolutionnaire s’étant dessiné dès le début des années 1960.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme l’auteur le montre ensuite, Octobre aura néanmoins marqué un changement profond dans l’appréhension de la lutte nationale. Alors que celle-ci fut alors pratiquement complètement cooptée par l’unique véhicule légitime représenté par le PQ de René Lévesque, on assista également à un glissement généralisé de la gauche vers le marxisme. Cette radicalisation affecta  de nombreux groupes dont les syndicats, dont Mills retrace le discours social et politique au tournant des années 1970, et plus particulièrement lors de l’épisode du Front commun de 1972.</p>
<p style="text-align: justify;">Ouvrage incontournable, <em>The Empire Within</em> participe donc d’une pluralisation de l’historiographie des années 1960 au Québec qui, délaissant le seul cadre de la Révolution tranquille comprise dans ses dynamiques étatiques, restitue la diversité et la mixité idéologique de l’époque et réinscrit les mouvements de la gauche québécoise (et surtout montréalaise) dans le cadre de mouvances internationales ayant grandement influencé l’engagement intellectuel et militant de plusieurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Cinquante ans après le début de la Révolution tranquille et au vu de l’état actuel de la société québécoise, la lecture de l’ouvrage de Sean Mills, pour stimulante qu’elle puisse être, laisse également un léger goût amer. La société québécoise n’a certes pas triomphé de l’ensemble des tares dénoncées à l’époque; seulement les dénonciations n’ont-elles clairement plus aujourd’hui le mordant qu’elles avaient alors. Absence d’idéologie de rechange au libéralisme et à la gestion technocratique prévalant présentement, repli de l’engagement intellectuel dans un confinement académique souvent stérile, les conditions d’émergence d’une pensée critique investissant la praxis et offrant une alternative au monde actuel semblent bien minces. Certes, plusieurs critiques savantes s’élèvent contre les abus du néolibéralisme et de la mondialisation, mais on cherche toujours une véritable alternative au modèle économique et social actuel qui soit tournée vers l’avenir et non le passé. Devant le caractère implacable de la logique de marché, l’étude des mouvements politiques et sociaux des années 1960 nous rappelle l’importance de l’utopie pour penser le monde autrement. Comme le disait jadis Friedrich Hölderlin, « là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref1">[1]</a> Sean Mills, <em>The Empire Within.  Postcolonial Thought and Political Activism in Sixties Montreal</em>, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2010, 303p.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref2">[2]</a> Voir à cet égard la synthèse de l’historiographie québécoise proposée par Ronald Rudin dans <em>Making History in Twentieth-Century Quebec,</em> Toronto, University of Toronto Press, 1997, 294 p.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref3">[3]</a> L’ouvrage par excellence proposant une synthèse de cette approche est <em>L’histoire du Québec contemporain</em> de Paul-André Linteau, Jean-Claude Robert et René Durocher (Montréal, Boréal Express, 1979, 2 vol.).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref4">[4]</a> Gilles Bourque, Jules Duchastel et Jacques Beauchemin, <em>La société libérale duplessiste 1944-1960</em>, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1994, 435p.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref5">[5]</a> E-Martin Meunier et Jean-Philippe Warren, <em>Sortir de la « Grande Noirceur » : l’horizon « personnaliste » de la Révolution tranquille</em>, Sillery, Septentrion, 2002, 207p.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref6">[6]</a> Voir entre autres Louise Bienvenue, <em>Quand la jeunesse entre en scène. L’Action catholique avant la Révolution tranquille,</em> Montréal, Boréal, 2003, 291p., ainsi que Michael Gauvreau, <em>Les origines catholiques de la Révolution tranquille</em>, trad. par Richard Dubois, Montréal, Fides, 2008 (2005), 457p.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref7">[7]</a> Cf. Jean-Philippe Warren, <em>Une douce anarchie : les années 1968 au Québec</em>, Montréal, Boréal, 2008, 309p., et  <em>Ils voulaient changer le monde : le militantisme marxiste-léniniste au Québec</em>, Montréal, VLB, 2007, 252p.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref8">[8]</a> L’accent mis sur les dynamiques montréalaises n’est certes pas étranger à une historiographie en partie (ou même majoritairement) anglophone et s’articulant notamment autour du Montreal History Group de l’Université McGill. <a href="http://www.mcgill.ca/ghm-mhg/">http://www.mcgill.ca/ghm-mhg/</a></p>
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		<title>Au-delà de l’évitement fiscal : Offshore (Alain Deneault)</title>
		<link>http://www.lepanoptique.com/sections/environnement/au-dela-de-levitement-fiscal-offshore-alain-deneault/</link>
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		<pubDate>Mon, 28 Jun 2010 02:50:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>François Décary Gilardeau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pour ceux qui suivent le travail d’Alain Deneault depuis quelques années, le thème ne sera pas nouveau. Au contraire, son parcours mène tout droit vers ce nouveau livre. Chercheur universitaire atypique, Alain Deneault est un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Pour ceux qui suivent le travail d’Alain Deneault depuis quelques années, le thème ne sera pas nouveau. Au contraire, son parcours mène tout droit vers ce nouveau livre. Chercheur universitaire atypique, Alain Deneault est un libre-penseur à la plume parfois vive et incisive, parfois posée et sentie. <em>Offshore</em></strong><a href="#_ftn1"><sup><sup>[1]</sup></sup></a><strong> est un heureux mélange de cette dualité, mariant réflexion philosophique profonde et légèreté flagrante, sur un sujet qui ne manque pas de sérieux.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/31465441@N03/3311333128/" target="new"><img title="The Croopier #18 Money Paradise Tour" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/mai2010/offshore1.jpg" alt="The Croopier #18 Money Paradise Tour" /></a><br />
The Croopier, <em>The Croopier #18<br />
Money Paradise Tour</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Alors qu’il poursuivait un doctorat sur la philosophie de l’argent à Paris, Alain Deneault publie le brûlant <em>Paul Martin et compagnies</em> (VLB – 2004) en pleine campagne électorale fédérale. Il y dénonce &#8211; à coup d’anecdotes et d’informations méticuleusement réunies &#8211; un ministre des Finances, qui deviendra Premier ministre, privant l’État des impôts de sa compagnie, la <em>Canadian Steamship Line,</em> en la camouflant à la Barbade. Suivra en 2006 une sélection de textes choisis et commentés du philosophe allemand Georg Simmel<em>, L’argent dans la culture moderne </em>(PUL – 2006). Puis, <em>Noir Canada – Pillage, corruption et criminalité en Afrique </em>(Écosociété – 2008) qui a valu aux auteurs et à la maison d’édition Écosociété une double poursuite pour diffamation de la part de <em>Banro</em> en Ontario et de <em>Barrick Gold</em> au Québec.<a href="#_ftn1"><sup><sup>[2]</sup></sup></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Paradis fiscaux et souveraineté criminelle</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce petit livre d’un peu plus d’une centaine de pages, Alain Deneault décrit minutieusement les paradis fiscaux. De la perte de souveraineté des États au secret bancaire en passant par l’argent illicite, l’auteur explique la forme et la raison d’être de ces structures financières particulières. Il dénonce l’absence de représentation et de débat dans les médias sur ce phénomène, mis à part dans le 7<sup>e</sup> art où il est présenté de manière idyllique sous forme d’une île paradisiaque.</p>
<p style="text-align: justify;">D’entrée de jeu, l’auteur dénonce la critique de l’association facile de la question des paradis fiscaux avec celle de l’évasion fiscale. Certes, cette évasion se fait au détriment des citoyens et amoindrit les capacités financières de l’État, mais se concentrer sur cet aspect, c’est s’interdire « de penser la chose <em>offshore</em> dans son ampleur et son envergure. »<a href="#_ftn2">[3]</a> Projet auquel Deneault s’attaque précisément dans son ouvrage.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour y parvenir, il s’attarde à expliquer l’histoire de l’argent, son apparition, ses fonctions et ses transformations successives de l’argent sonnant en argent écrit jusqu’à une financiarisation presque totale de l’économie. Pour Deneault, la portée sociale de l’argent dépasse la « stricte propriété intime » de celui-ci et agit comme un « élément même de la dépersonnalisation des rapports » sociaux.<a href="#_ftn3">[4]</a> Cette caractéristique de l’argent appelle selon lui, une transparence sur la détention et le contrôle des capitaux. Pourtant, à l’heure des nouvelles technologies, l’argent virtuel, à l’inverse de l’argent papier, se transige à une vitesse phénoménale et s’avère difficile à retracer. Dans le même temps, « l’existence absolue » du secret bancaire, présentée par l’élite financière « comme un attribut de la civilisation »<a href="#_ftn4">[5]</a> et légalement reconnu dans plusieurs pays, concourt à ce que l’argent perde rapidement son odeur.</p>
<p style="text-align: justify;">Si, comme l’affirme Alain Deneault, les paradis fiscaux « concentrent [aujourd’hui] la moitié du stock mondial d’argent »<a href="#_ftn5">[6]</a>, on comprend mieux l’ampleur de la confrontation entre contrôle public et démocratique de l’information sur les mouvements du capital et le secret bancaire.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/david_reverchon/2938845928/" target="new"><img title="Marathon bancaire" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/mai2010/offshore2.jpg" alt="Marathon bancaire" /></a><br />
David Reverchon, <em>Marathon bancaire</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">L’auteur constate que les échanges se sont transformés et l’argent, virtualisé, mais également que les États souverains ont évolué également vers une diversité de formes. En fait, la notion même d’État de droit se trouve affectée par le phénomène <em>offshore</em><a href="#_ftn6">[7]</a>. Certains États ont multiplié les contraintes pour, selon la formule de Sarkozy, « humaniser le capitalisme » tandis que d’autres ont choisi d’abolir ces contraintes. Ces différents types d’État de droit mènent les détenteurs de capitaux à faire ce que Deneault décrit comme du « shopping fiscal »<a href="#_ftn7">[8]</a>, pendant que les États mènent une course vers le bas pour attirer ces capitaux. Dans cet espace propice à la grande finance internationale, deux systèmes de droit se côtoient, et ce qui est illégal d’un côté est légal de l’autre. Les États s’inspirent de plus en plus des paradis fiscaux, ne serait-ce que pour rester « compétitifs » et maintenir une part de capitaux chez soi. Dans ce contexte, l’État traditionnel au service de sa population semble ne plus être un modèle poursuivi.</p>
<p style="text-align: justify;">Le détour par l’histoire est intéressant afin d’expliquer la genèse de ces paradis fiscaux. Deneault parle de la « généalogie coloniale des paradis fiscaux »<a href="#_ftn8">[9]</a>, faisant à la fois référence au statut d’anciennes colonies de plusieurs paradis fiscaux, mais également à la colonisation du Sud qui transforma « un espace public en un paradis du commerce. »<a href="#_ftn9">[10]</a> Pourquoi ces États offrent-ils des terrains de jeu adaptés à l’économie <em>offshore</em>, monde sans loi, hors de la portée de la justice des pays occidentaux ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Qui mène ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, Deneault s’interroge sur l’absence de  traitement de l’enjeu de l’économie <em>offshore</em> dans les médias. Si certains de ces enjeux sont complexes, l’auteur argue que plusieurs aspects sont largement compris et acceptés. Il s’évertue dans son chapitre intitulé « une esthétique <em>offshore</em> de masse » à en faire la démonstration en analysant les représentations des paradis fiscaux dans le 7<sup>e</sup> art. On retrouve, dans le cinéma hollywoodien notamment, de fréquentes représentations de ces paradis au point que le public soit devenu familier avec son vocabulaire et ses enjeux. Selon Deneault, il ne manque « qu’un pas » pour que celui-ci adhère à l’idée que ces centres financiers « sont une nuisance pour lui et pour le bien public »<a href="#_ftn10">[11]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec un peu de recul, on ne peut qu’être impressionné par la cohérence des ouvrages d’Alain Denault. Déjà, en 2004, avec son ouvrage sur Paul Martin, il dénonçait l’« a-légalité » des paradis fiscaux ; suivra <em>Noir Canada</em>, qui constitue une gigantesque étude de cas sur les impacts de l’argent obscur sur l’économie réelle. <em>Offshore</em> vient finalement préciser la pensée de l’auteur sur les paradis fiscaux, la souveraineté financière ainsi que la souveraineté de complaisance. On en vient ainsi à se s’interroger avec l’auteur : « Qui mène ? Qui décide ? » et se dire que c’est bien la « la question politique de l’époque »<a href="#_ftn11">[12]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Montréal, Éditions Écosociété, 2010.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[2]</a> Nul doute que nous assistons ici à une  poursuite-bâillon définie comme  « une poursuite intentée parce qu&#8217;une  personne ou un groupe a exercé  son droit de participer au débat public »  (Lucie Lemonde, professeure  au département des sciences juridiques à  l’UQAM <a href="http://www.uqam.ca/entrevues/2008/e2008-074.htm">http://www.uqam.ca/entrevues/2008/e2008-074.htm</a>).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[3]</a> p.8.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[4]</a> p.14.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[5]</a> p.15.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[6]</a> p.8.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[7]</a> Pour Deneault, le sens des notions généralement utilisées en pensée politique (État de droit, souveraineté politique, justice, loi, crime, classes sociales, rationalité économique) est devenu obsolète. Par exemple, il mentionne que : « Le “crime” et “l’illégalité” sont des termes de peu de portée lorsque tout ce qu’ils recouvraient antérieurement se trouve autorisé, et même encouragé, dans des juridictions <em>offshore</em> dont on reconnaît par ailleurs la pleine souveraineté » (p. 9).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[8]</a> p.29.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[9]</a> p.19.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[10]</a> p.20.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[11]</a> p.112.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[12]</a> p.7.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Du poète au militant. L’avenir dégagé de Miron</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Jun 2010 14:40:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Daniel Poitras</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts et littérature / Arts and literature]]></category>
		<category><![CDATA[Compte-rendus / Resumes]]></category>
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		<description><![CDATA[L’avenir dégagé[1] : les éditeurs ont donné un beau titre, tout à fait approprié, au recueil d’entretiens du poète et militant Gaston Miron, publié aux Éditions de l’Hexagone. S’échelonnant de 1959 à 1993, ceux-ci constituent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em>L’avenir dégagé<a href="#_ftn1">[1]</a> </em>: les éditeurs ont donné un beau titre, tout à fait approprié, au recueil d’entretiens du poète et militant Gaston Miron, publié aux Éditions de l’Hexagone. S’échelonnant de 1959 à 1993, ceux-ci constituent une immersion dans le Québec-en-devenir, vécu et porté par toute une génération déchirée entre le passé et l’avenir et précédant celle des baby-boomers.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/onirique/251926982/ " target="new"><img title=" Hommage à Gaston Miron " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/juin2010/miron1.jpg" alt=" Hommage à Gaston Miron " /></a><br />
Prof-B, <em>Hommage à Gaston Miron</em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs lectures sont possibles de ce recueil, à la mesure des nombreuses « voix » incarnées par Miron. Celle du poète, d’abord, aux prises avec les muselières d’avant-1960 et le lourd silence des pères, qui raconte le scandale provoqué par la publication du premier poème québécois mettant en scène l’acte sexuel. Qui s’identifie à l’aliénation d’un peuple à travers le langage et le silence, et révèle sa recherche tâtonnante et grisante d’une identité. La poésie renvoie toujours à autre chose pour Gaston Miron ; elle est solidaire d’un parcours qui dépasse celui du poète, qui devient à la fois l’interprète de sa collectivité et le déblayeur de ses potentialités.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est pourtant pas le poète qui est en évidence dans ce recueil, mais le militant, le jeune Miron qui rêvait des sciences sociales à 20 ans à Montréal,  qui se fit l’homme de mille métiers, se présenta contre P.-E. Trudeau pour le R.I.N., se rapprocha du FLQ et s’engageât dans les luttes de son temps : la culture, la langue et l’indépendance. Ce recueil est une invitation à revivre les combats de l’époque, ceux des années 1960 surtout, dont l’ampleur nous étonnent aujourd’hui. Injustices sociales, domination anglophone, colonialisme, littérature populaire, forces politiques, éveil des consciences ; tout s’imbriquait et faisait sens. L’avenir dégagé, c’était d’abord l’occasion d’effectuer un tri magistral dans le passé, afin d’inventer de nouvelles formes du vivre-ensemble. Miron n’était pourtant pas un utopiste ; « terre-à-terre », nous avertit-il, il prête sa voix à la collectivité et s’amuse des écrivains qui suscitent des émotions en « se grattant l’âme comme une guitare ». N’y a-t-il pas déjà suffisamment de périls et de promesses au sein de sa société pour inspirer le poète ? C’est pourquoi Miron, éditeur et co-fondateur des Éditions de l’Hexagone, prend de plus en plus de place au fil des entretiens et des années.</p>
<div class="photo2 style="><a href="http://www.flickr.com/photos/jody_art/2001426151/" target="new"><img title="Le parole son come le foglie... " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/juin2010/miron2.jpg" alt="Le parole son come le foglie... " /></a><br />
Jody Art, <em>Le parole son<br />
come le foglie&#8230;</em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Les recueils d’entretiens sont souvent inégaux, et celui-ci ne fait pas exception. Les redites sont fatalement nombreuses, notamment à propos de son enfance sur laquelle Miron s’attarde volontiers. Le lecteur peut toutefois naviguer librement entre les entretiens, divisés en quatre parties par les éditeurs : « l’homme, son parcours, son œuvre », « les Éditions de l’Hexagone : projet, histoire », « témoignages sur des écrivains » et « traduire <em>L’homme rapaillé</em> ». Cette dernière partie a un caractère inédit : Miron y mène avec son traducteur, Flavio Aguiar, un dialogue qui nous porte au cœur de la composition littéraire et de la traductibilité des différentes expressions et symboles d’une culture à une autre. Moment d’étonnement réciproque et de connivence issu du travail sur le langage et du langage au travail.</p>
<p style="text-align: justify;">Chaque entretien est marqué par la personnalité des différents intervieweurs, ce qui donne lieu à des tandems et à des confrontations intéressantes. Les éditeurs ont fait un bon travail en situant chaque entretien et en dosant les informations nécessaires au lecteur. Celui mettant en scène Miron, Gérald Godin et le français Hugues Desalle à Paris en 1967 est particulièrement savoureux. Il combine de longs extraits de poèmes, occasion pour le lecteur néophyte d’une immersion dans le corpus de Miron – notamment <em>L’homme rapaillé</em> –, avec un débat linguistique sur le joual et l’avenir du français québécois. Puisque c’est bien l’<em>avenir</em> qui pointe au bout de chaque entretien.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Gaston Miron, <em>L’avenir dégagé. Entretiens 1959-1993, </em>Montréal, Éditions de l’Hexagone, 2010, 420 pages.</p>
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		<title>Compte-rendu du Manuel de l’antitourisme, de Rodolphe Christin</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Jun 2010 23:56:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Carl Rocray</dc:creator>
				<category><![CDATA[Compte-rendus / Resumes]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement / Environment]]></category>
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		<category><![CDATA[tourisme]]></category>

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		<description><![CDATA[D’emblée, il convient de préciser que le Manuel de l’antitourisme[1] est moins un manuel qu’un pamphlet où l’auteur expose et dénonce les travers du tourisme. Reléguées essentiellement en fin d’ouvrage, les pistes sur la manière [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>D’emblée, il convient de préciser que le <em>Manuel de l’antitourisme<a href="#_ftn1">[1]</a></em> est moins un manuel qu’un pamphlet où l’auteur expose et dénonce les travers du tourisme. Reléguées essentiellement en fin d’ouvrage, les pistes sur la manière d’être «anti-touriste» baignent en effet dans une critique amère du développement touristique.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/yersinia/2065981303/" target="new"><img title="three" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/mai2010/tourisme1.jpg" alt="three" /></a><br />
Yersinia, <em>three</em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Le but visé par cette critique est clair : initier une distanciation qui nous amène à remettre en question nos habitudes occidentales. La thèse de Rodolphe Christin transcende en cela le seul tourisme pour s’appliquer à un phénomène bien plus vaste et profond, celui de la mondialisation dont le tourisme n’est en fait qu’un épiphénomène. Selon l’auteur, le tourisme actuel nous éloignerait à la fois de notre environnement et de nous-mêmes. Comment ? En favorisant un développement qui se soucie peu des impacts écologiques, en privilégiant les rapports économiques aux rapports humains et en soutenant une occidentalisation des différentes cultures.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces trois grandes dimensions écologique, économique et culturelle s’entremêlent au fil de l’ouvrage, si bien que les différents chapitres se font écho. Ainsi, les deux chapitres intitulés <em>Le productivisme des vacances</em> et <em>La planète bocalisée</em> discutent d’un même sujet, bien que Christin lui attribue divers noms : « mythologie productiviste », « idéologie développementiste » ou encore « management du monde »<a href="#_ftn2">[2]</a>. Ce même sujet sera repris plus loin sous le nom de « standardisation du monde »<a href="#_ftn3">[3]</a>. Si cette redondance ne favorise pas la clarté du propos (aussi juste et lucide soit-il), elle démontre néanmoins à quel point le tourisme conjugue à lui seul plusieurs aspects de la mondialisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le plan de l’écologie, Christin s’interroge sur les conséquences d’un développement touristique en croissance. Élevée au rang de première activité économique mondiale, l’industrie touristique repose sur la démocratisation du transport aérien et contribuerait ainsi à l’augmentation des gaz à effet de serre. Le tourisme entraîne également sur une standardisation des aménagements (hôtels, plages, visite guidée), ce qui entraîne une perte d’exotisme au profit de décors artificiels pour cartes-postales. Même le versant «durable» du tourisme s’inscrit dans une logique de marketing qui renvoie à la dimension économique. En bref, Christin dénonce le fait que les lieux touristiques soient devenus des espaces de consommation : l’environnement est sacrifié au nom d’un présumé progrès.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce constat demeure pourtant superficiel : comment l’enrayement du tourisme pourrait-il régler à lui seul les problèmes de pollution ou de mutilation de paysages (pour ne citer que ceux-là) ? Pareille question démontre combien Christin s’attaque en fait à un phénomène plus profond, soit celui de la mondialisation dont le tourisme n’est qu’un épiphénomène. En ce sens, ne faudrait-il pas plutôt voir le verre à moitié plein et considérer des efforts mercantiles tel que l’ajout d’un «Green Index» dans les guides de voyage <em>Lonely Planet</em> (une seule page pourtant, publicisée en couverture des guides) comme autant d’exemples d’un changement des mentalités ? L’industrie touristique et les touristes eux-mêmes commenceraient-ils à partager les critiques de Christin ? Qui sait ce que sera le tourisme en 2060 ? Et pourra-t-on encore l’appeler « tourisme » ? Le cri d’alarme lancé par Christin reste néanmoins pertinent en ce qu’il contribue à conscientiser le lecteur sur les manières dont le tourisme actuel modifie et uniformise l’environnement au prix d’une perte de la diversité et de l’exotisme.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/visserligen/2581671938/" target="new"><img title="life is elsewhere" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/mai2010/tourisme2.jpg" alt="life is elsewhere" /></a><br />
Visserligen, <em>life is elsewhere</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Son propos conserve une pertinence lorsqu’il porte sur les liens entre le tourisme et les deux autres dimensions, soit l’économie et la culture. Selon Christin, le caractère industriel du tourisme fait en sorte que les rapports économiques avec l’Autre l’emportent sur les rapports humains. Finies les relations authentiques ; tout est maintenant calculé, planifié, voire balisé. Encore une fois, la faute n’incombe pas au tourisme lui-même, mais bien à cette mondialisation qui a pour conséquence une standardisation à l’occidentale. Le développement économique devient alors le modèle à suivre pour devenir semblable à l’Occident et ainsi profiter de son présumé bien-être lié au capitalisme. Christin dénonce cette mentalité de zombie où les masses ne questionnent pas le confort dont elles bénéficient depuis l’avènement de l’<em>American Way of Life</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est pourtant pas ce confort qui pose problème, mais bien la manière dont nous l’utilisons. Rien de mal à vouloir se développer économiquement, tout est dans la façon de le faire, et si Christin paraît le percevoir, il semble toutefois frapper à côté du clou. Dans le même esprit, Christin chasse des fantômes en critiquant le « management du monde » et l’« idéologie développementiste » selon laquelle il faut tout gérer et tout prévoir « au nom du profit, de l’efficacité, de la rentabilité, de la rationalisation et même de la préservation de la vie. »<a href="#_ftn4"><sup><sup>[4]</sup></sup></a> Ce qu’oublie l’auteur, c’est que ce « management du monde » a toujours existé chez l’être humain selon les moyens offerts à chaque époque (par exemple, le développement des systèmes économiques, du troc préhistorique aux bourses de Wall Street). De fait, les neurosciences conçoivent le cerveau comme un instrument de simulation et de prédiction. Il n’y a donc rien d’anormal à optimiser notre propre développement. Il s’agit plutôt de s’objectiver nous-mêmes (entre autres à travers une autocritique comme celle faite ici par Christin) afin de mieux ajuster notre développement environnemental, économique et culturel. Même si son propos s’attarde à critiquer un épiphénomène de la mondialisation, le pamphlet de Christin reste en cela un effort louable de conscientisation.</p>
<p style="text-align: justify;">La critique articulée par Christin souffre malgré tout d’une argumentation émotive et fondée sur des jugements de valeurs. À titre d’exemple, il écrit que le développement « paraît aller de lui-même, presque naturellement, sans susciter d’interrogations et encore moins de contestations, hormis, bien évidemment, chez quelques écologistes irréalistes, « khmers verts », utopistes libertaires et autres marginaux sans influence. »<a href="#_ftn5">[5]</a> Mis à part quelques statistiques, les références y sont trop souvent littéraires, et peu d’entre elles donnent du souffle à cette « utopie libertaire ». Parsemé d’exagérations telles que « le tourisme est partout ! », le texte ne contient malheureusement aucun commentaire ni aucun apport de ceux qui subissent le tourisme. Il en résulte une critique adressée par un Blanc à d’autres Blancs, alors qu’une participation critique de l’Autre profiterait justement au débat. De plus, Christin semble oublier que cet Autre a lui aussi le droit de se moderniser, même si cela doit se faire à l’intérieur d’un cadre touristique bancal et imparfait. En dépit de ces quelques reproches, le livre de Christin demeure superbement écrit tout en constituant une autocritique salutaire de nos pratiques touristiques occidentales.</p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Montréal, Éditions Écosociété, 2010 (2008), 106 p.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Pages 46, 49 et 59.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Page 70.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Pages 59-60.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Page 43.</p>
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		<title>Derrière l’œuvre d’art. De l’atelier au musée</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Jun 2010 00:51:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Baptiste Godrie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Cet article est un compte-rendu critique de l’ouvrage de Nathalie Heinich[1] intitulé Faire voir. L’art à l’épreuve de ses médiations, paru en 2009 (Paris, Impressions nouvelles). Au fil des articles[2] qui composent ce recueil, l’auteur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Cet article est un compte-rendu critique de l’ouvrage de Nathalie Heinich<a href="#_ftn1">[1]</a> intitulé <em>Faire voir. L’art à l’épreuve de ses médiations</em>, paru en 2009 (Paris, Impressions nouvelles). Au fil des articles<a href="#_ftn2">[2]</a> qui composent ce recueil, l’auteur analyse les actions des « intermédiaires » qui conduisent une œuvre d’art contemporain de l’atelier au musée.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/phillipo/3573706635/" target="new"><img title="Musée d’Art moderne et contemporain, Strasbourg, France " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/mai2010/art1.jpg" alt="Musée d’Art moderne et contemporain, Strasbourg, France " /></a><br />
phillipo, <em>Musée d’Art moderne et<br />
contemporain, Strasbourg, France</em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Comment juger de la valeur d’une œuvre en art contemporain, puisque ce genre repose précisément sur la transgression des cadres ?<a href="#_ftn3">[3]</a> Cette question posée par l’auteur nous conduit au cœur de son objet d’étude, qui n’est pas l’art en tant que tel, mais les valeurs et représentations mentales qui guident les acquisitions et jugements d’un ensemble d’acteurs qui « font voir » les œuvres, contribuent à les faire exister au terme d’un processus de sélection qui comprend des opérations telles que la critique, l’achat et l’exposition des œuvres : « Il s’agit simplement d’expliciter les logiques sous-jacentes aux représentations de l’art et de la valeur artistique qui gouverne les choix en situation d’expertise »<a href="#_ftn4">[4]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">D’après le sens commun, il suffirait à un artiste contemporain de faire une tâche noire sur un tableau blanc pour en faire une œuvre exposable dans musée. <em>Faire voir </em>révèle le travail exercé par les intermédiaires « invisibles » &#8211; commissaires d’expositions, conservateurs de musées, critiques d’art &#8211; qui travaillent à permettre la rencontre des œuvres avec le public dans le domaine de l’art contemporain subventionné par l’État. Accompagnés par une préface et une postface inédites, les articles réunis dans ce volume apportent un démenti éclatant à l’idée de face à face du spectateur avec des œuvres d’art qui sortiraient directement de l’atelier pour atterrir de manière arbitraire dans les galeries et musées.</p>
<p style="text-align: justify;">L’art contemporain est caractérisé, d’après Heinich, par un brouillage des critères de valeur et par une difficulté pour le sens commun de définir ce qui relève de l’art ou du n’importe quoi. « Le consensus académique a volé en éclats »<a href="#_ftn5">[5]</a> et il n’y a plus de canons auxquels se fier comme c’était le cas dans l’art moderne. Dans le premier article, elle analyse les conséquences de ce changement sur le métier de conservateur de musée, qui devient dès lors plus difficile. Désormais, l’appréciation d’une œuvre d’art repose sur la démarche de l’artiste (sa position sur le marché de l’art, ses travaux antérieurs, sa vision du monde) dans un mouvement qu’elle nomme la « personnalisation de la valeur artistique ». Le conservateur se retrouve alors dans une situation de « porte-à-faux » et doit être « à la fois objectif et partial, soucieux d’enregistrer l’histoire et apte à sélectionner les tendances de l’avenir, capable d’opérer des choix représentatifs (…) »<a href="#_ftn6">[6]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette même impression d’arbitraire dans le choix des œuvres peut dérouter le public profane qui se demande sur quels critères reposent l’acquisition d’œuvres et la constitution d’une collection. L’observation et l’analyse des délibérations d’une commission d’un FRAC (Fonds régionaux d’art contemporain créés en France en 1981 pour constituer des collections d’art contemporain en région) et d’une commission municipale qui alloue des subventions pour des projets artistiques sont à cet égard éclairants. À l’issue de son travail d’enquête, Heinich révèle les enjeux et les valeurs qui sous-tendent les discussions des commissions chargées de nouvelles acquisitions ou d’attribuer des subventions.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le cas de la commission du FRAC, les achats d’œuvres sont structurés par des valeurs et des critères tant explicites qu’implicite tels que la qualité, les aspects techniques (l’exposabilité, le souci de ne pas effectuer deux achats dans une même galerie), le prix (qui joue d’autant plus lorsqu’il y a des doutes sur la valeur artistique) ou encore la cohérence institutionnelle dans la constitution de la collection (équilibre parmi les tendances par exemple). Son analyse des débats détaille le souci de cohérence entre les contraintes de différents types sur lesquelles reposent les décisions : cohérence personnelle dans le choix des personnes de la commission et contrainte de cohérence collective par rapport à l’ensemble des choix de la commission<a href="#_ftn7">[7]</a>. Elle met ainsi en lumière l’importance de l’implicite &#8211; il n’y a pas de débat sur la majorité des œuvres qui sont rejetées par la commission &#8211; et de ce qui n’est pas dit dans les délibérations.</p>
<p style="text-align: justify;">On trouve des stratégies argumentaires complexes similaires dans les discussions entre critiques d’art, président et rapporteur des commissions municipales. Dans celles-ci, l’œuvre est évaluée du point de vue des critères officiels d’attribution de la subvention, auxquels s’ajoute un double jugement sur la singularité de l’œuvre et l’« impératif de constance », qui désigne ce qui relie une œuvre d’art aux autres œuvres existantes et connues, permettant ainsi son évaluation : « L’œuvre doit pouvoir manifester un compromis entre l’extrême singularité, susceptible de basculer dans l’inauthenticité du « n’importe quoi », et son inscription dans des cadres suffisamment communs, reconnaissables pour autoriser sa perception et son évaluation »<a href="#_ftn8">[8]</a>.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/frf_kmeron/4346030371/" target="new"><img title="Beaubourg Art Contemporain @ Paris-0560 " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/mai2010/art2.jpg" alt="Beaubourg Art Contemporain @ Paris-0560 " /></a><br />
Kmeron, <em>Beaubourg Art Contemporain<br />
@ Paris-0560</em>, 2010<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Le ton change dans le dernier article du volume intitulé « Pouvoirs publics, art contemporain » où l’auteur quitte sa tribune de sociologue pour adopter une position politique engagée et critique des effets pervers des politiques françaises actuelles dans le domaine de l’art. La question qu’elle pose interroge l’action de l’État : doit-elle compenser les déficiences du marché privé ou viser le pluralisme au travers du versement de prestations égales aux artistes talentueux (qu’ils soient ou non reconnus et appuyés par le marché privé) ? La politique actuelle est d’après elle « massivement compensatoire »<a href="#_ftn9">[9]</a> dans les faits, alors que les critères officiels de subvention demeurent ceux de la qualité des propositions. En subventionnant des projets qui ne sont pas appuyés par le marché, cette politique risque, à ses yeux, de « créer artificiellement des activités non connectées à une demande, [de] dissocier les créateurs de leurs éventuels publics, déséquilibrer le système en faisant de l’État un concurrent (suréquipé) des autres acteurs, engendrer un sentiment d’injustice »<a href="#_ftn10">[10]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce surinvestissement de l’État dans l’art contemporain repose sur un postulat implicite qui consacre celui-ci comme l’art le plus avancé et non comme un genre artistique au même titre que l’art moderne, qui se situe quant à lui au plus bas dans la hiérarchie artistique et qui ne bénéficie (presque) d’aucune subvention. Heinich critique au passage l’opacité des critères d’attribution des subventions et le fonctionnement des FRAC dont elle a précisément démonté les rouages au fil des articles du recueil.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les dernières pages de l’ouvrage (« Lettre à un commissaire »), elle prend position sur l’art contemporain qu’elle décrit avant tout comme un réseau d’initiés : « Ce qui fait l’art contemporain, c’est l’insertion dans le réseau de l’art contemporain »<a href="#_ftn11">[11]</a>. L’idée qui traverse ces quelques pages est que si l’on n’est pas introduit aux œuvres, on passe à côté d’elle, ou pire, on croit naïvement en saisir le sens<a href="#_ftn12">[12]</a>. Dans un passage, Heinich se met en scène dans un musée d’art contemporain face à une œuvre qu’elle regarde, accompagnée du commissaire de l’exposition :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>« Mon cher J., tu me prends par la main, tu m’emmènes dans le grand escalier de l’École des Beaux-Arts, jusqu’au palier d’où partent les longs tuyaux jaunes. « Tu as vu ? Ça marche » ! Je ne dis rien, car je sais que je n’ai rien vu, sinon un cartel « It works », avec le nom de l’artiste, et ces tuyaux qui courent partout dans l’exposition, sans que j’en aie rien pensé, strictement rien. Donc sans rien dire je te regarde t’asseoir à la table (…) »<a href="#_ftn13"><strong>[13]</strong></a>. </em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, selon Heinich, lorsque l’on pénètre dans un musée d’art et que nous sommes mis en contact avec une œuvre d’art, tout se passe comme si nous étions des êtres aveugles et muets, comme des enfants à qui l’on aurait retiré l’imagination et l’intelligence et qu’il faudrait prendre par la main. Sans être des initiés en art contemporain, certains d’entre vous auront peut-être eu l’opportunité de visiter un musée d’art contemporain, parfois exaltés, parfois dubitatifs, parfois en ayant le sentiment d’être passés à côté de certaines œuvres. N’avez-vous pourtant pas hasardé des explications et des hypothèses ? Votre imagination, frappée par une œuvre, ne s’est-elle pas mise à tourner à toute vitesse ? Était-ce LA bonne interprétation ? Impossible à dire. Mais existe-t-il seulement une bonne interprétation, et du point de vue de qui ? L’idée qu’il faut des explications pour comprendre les œuvres d’art et rentrer dans l’intention de l’artiste est répandue. Qu’il soit important de faire tout ce qui est possible pour démocratiser l’art contemporain, cela n’est pas à négliger, mais faut-il pour autant sous-estimer la capacité des gens à donner leur propre interprétation et laisser aller leur imagination ?Dans la perspective de Heinich, l’art contemporain semble hautement intellectualisé et dépouillé de sa capacité à produire un choc esthétique en dehors de toute explication. L’élitisme ne commence-t-il pas quand on suppose que les gens ne peuvent que rien comprendre à l’art contemporain ?<strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au travers de ces contributions, l’auteure réussit brillamment le pari énoncé dans son introduction de réaliser une sociologie de la médiation avec pour objectif de passer d’une analyse substantielle à une analyse relationnelle de l’art. Ce faisant, elle brise au passage trois postulats de la sociologie de l’art énoncés en introduction : il n’existe pas deux pôles distincts, l’art et le social, mais ces deux entités sont inextricablement liées. L’art ne se limite pas à l’étude des œuvres d’art ; le statut des producteurs, les modalités de réception et l’action des intermédiaires doivent constituer les principaux objets de la sociologie de l’art. Enfin, « le sociologue n’a pas à substituer ses propres explications à celles des acteurs, et à expliquer « l’art » autrement qu’eux »<a href="#_ftn14">[14]</a>. L’auteur adjoint à cette analyse sociologique une prise de position dans la tradition des intellectuels engagés qui, pour aussi critiquable qu’elle soit, est d’autant plus crédible qu’elle s’appuie sur un minutieux travail d’enquête.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> L’auteur est actuellement directrice de recherche au CNRS. Sociologue de l’art, elle a notamment publié <em>La Gloire</em><em> de Van Gogh. Essai d&#8217;anthropologie de l&#8217;admiration</em>, Paris, Éditions de Minuit, 1991 et <em>Le triple jeu de l&#8217;art contemporain. Sociologie des arts plastiques</em>, Paris, Éditions de Minuit, 1998.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Ces articles s’échelonnent sur la période 1989 – 2003.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> p. 160.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> p. 26.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> p. 47.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> p. 126.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> p. 172.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> p. 180.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> <em>Ibid</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11">[11]</a> p. 196.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12">[12]</a> p. 197.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13">[13]</a> p. 193. Nous soulignons.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14">[14]</a> p. 30.</p>
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		<title>L’incitation ou pourquoi l’écrivain écrit-il ?</title>
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		<pubDate>Sat, 08 May 2010 12:02:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julia Chiron</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Au commencement d’une œuvre est le désir d’écrire. Comment l’inspiration vient-elle à un écrivain ? Quel événement déclenche le processus de création ? L’incitation à l’écriture, passage du rien à l’excès, est étudiée à la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Au commencement d’une œuvre est le désir d’écrire. Comment l’inspiration vient-elle à un écrivain ? Quel événement déclenche le processus de création ? L’incitation à l’écriture, passage du rien à l’excès, est étudiée à la lumière d’exemples empruntés à de grands auteurs du XX<sup>e</sup> siècle.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/deniscollette/2525921160/" target="new"><img title=" reflet de ma rivière sauvage " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/mai2010/riviere.jpg" alt=" reflet de ma rivière sauvage " /></a><br />
Denis Collette, <em> reflet de ma rivière sauvage </em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Dans l’Antiquité, les poètes disaient recevoir un souffle divin, ils étaient inspirés, animés d’une puissance extérieure. L’art était un don, ils se dédouanaient en quelque sorte de tout effort créateur, comme si leur œuvre leur parvenait toute faite. L’écrivain est un artisan du verbe : il travaille sa matière et crée à partir d’elle. Le maniement du verbe est le fondement de l’acte d’écrire. Écrire ne va pas de soi et n’est pas facile. Comment passer du rien à l’excès, à la profusion d’idées et de mots ? Qu’est-ce qui mène à l’écriture ?  Comment et pourquoi franchit-on le pas ?</p>
<p style="text-align: justify;">« Cherchez la raison qui, au fond, vous commande d’écrire (…). Vous faudrait-il mourir s’il vous était interdit d’écrire ?<a href="#_ftn1">[1]</a> » Ce conseil émit par Rilke communique bien le caractère impérieux que peut prendre la volonté d’écriture dans l’existence spirituelle, et même physique, d’un auteur. L’incitation que ressent l’écrivain peut être violente, certains la perçoivent  comme un impératif à rédiger. Personnelles ou non, les raisons d’écrire sont multiples et peuvent souvent être associées à des éléments biographiques. Ces raisons peuvent être évoquées dans les métadiscours, c’est-à-dire les écrits qu’un auteur produit sur sa propre œuvre, qui nous renseignent alors sur sa relation à l’écriture, souffrance ou plaisir.</p>
<p style="text-align: justify;">L’étymologie du terme incitation nous apprend qu’en latin, <em>incitatio</em> signifie mouvement rapide, excitation, action de mettre en mouvement. Le préfixe <em>in</em>- indique une direction, « aller vers » quelque chose. Il s’agit donc initialement d’une action physique, d’un déplacement dans un espace. On pense à la main qui glisse sur le papier, ou aux doigts qui pianotent sur un clavier, à tous ces gestes qui rythment l’écriture. Mise en marche, mise en branle qui appelle l’inspiration. L’incitation provoque un changement dans l’état des choses, qui fait passer du dedans au dehors. C’est cette impulsion vive qui pousse un écrivain à s’ex-primer, c’est-à-dire à ex-térioriser, ex-pulser ce qu’il contient. Du in- subjectif, représentant l’intériorité de chacun, au ex- qui éjecte hors de l’esprit les pensées. L’incitation apparaît comme une sorte de maïeutique : l’écrivain enfante son œuvre, grâce à une confrontation avec lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle peut toutefois (souvent) émaner de l’extérieur, l’écrivain, quel qu’il soit, étudiant, journaliste… peut devenir l’agent passif de l’incitation : il peut être incité (c’est un euphémisme) par une instance quelconque à produire un texte. Barthes ne pouvait écrire sans commande, et l’étudiant sait bien qu’il n’y a rien qui motive plus la rédaction qu’une échéance imminente. Il est alors intéressant de rapprocher ce terme d’un de ses synonymes : l’exhortation, qui peut prendre la tonalité d’un ordre. La « sommation », l’<em>incitamentum</em> est selon chacun de nature différente : « noctambulisme, alcool, voyage, promenade » comme l’énonce Leiris ; on pense également à la stimulation intellectuelle que certains auteurs semblent apprécier dans l’usage de drogues. Le terme englobe donc cette ambivalence, l’écoute de l’autre et de soi.</p>
<p style="text-align: justify;">Bon nombre d’auteurs se sont adonnés à décrire ce mouvement de l’âme. Ils portent alors un discours sur l’origine de leur texte. Certains expliquent leur passage à l’écriture, <em>topos</em> de l’autobiographie, et décrivent parfois l’événement déclencheur qui a mis leur main au travail. Les rédactions de préfaces, journaux, notes personnelles sont propices à ce type de confessions métadiscursives. L’aspect autoritaire, le caractère irrépressible que peut prendre le désir d’écriture revient souvent sous leur plume. En effet, beaucoup évoquent la notion de besoin, voire de contrainte. L’écriture s’impose alors à eux, comme s’ils n’en avaient pas vraiment le choix. Ils répondent à l’injonction d’une « exigence intérieure » comme le suggère Günter Grass. Ils <em>doivent</em> alors écrire, cela relève d’une véritable nécessité. Ce qui, pour Rilke, est d’ailleurs un gage de qualité : « Une œuvre d’art est bonne, si elle provient de la nécessité. » Le poète entend par là qu’il y a une sorte de fatalité à l’écriture et que l’on ne peut s’y soustraire sans aller à l’encontre d’une puissance quasi mystique, péremptoire, qui influerait sur tous les autres pans de son existence.</p>
<p style="text-align: justify;">S’agit-il là de la preuve d’une vocation créatrice ? Cette notion a quelque peu vieilli, il n’y a plus aujourd’hui d’auteurs qui se vantent d’avoir été élus. Le passage à l’écriture peut également avoir été <em>suscité</em>. Le mouvement est différent, presque indépendant de toute velléité artistique : c’est un événement extérieur qui vient provoquer la mise en marche de l’écriture. Il s’agit d’une variante externe de l’<em>incitamentum</em> dont parle Baudelaire, ce stimulant, cet élément déclencheur originel. Celui-ci varie bien entendu selon les personnes, et peut-être surtout, selon leur biographie. Prenons l’exemple de la littérature issue de l’expérience concentrationnaire : la nécessité d’écrire est inhérente à la volonté de laisser une trace, de témoigner. On sait que certains détenus (il faut notamment lire <em>Les beaux jours de ma jeunesse</em> d’Ana Novac) tenaient des journaux intimes dans les camps.  Ce précieux soutien moral s’est avéré indispensable à leur survie. Beaucoup ont également transmis leur histoire à leur retour, ou bien des années plus tard. Des survivants ont souhaité témoigner pour leurs proches, dans la sphère intime, d’autres ont diffusé leurs propos à une plus grande échelle. Parmi ces derniers, quelques uns ont fait de la littérature leur mode d’expression. Leur œuvre est enrichie de leur expérience, certes, mais ne s’en contente pas : ainsi les livres d’Elie Wiesel sont imprégnés de son passé, sans s’y limiter. Dans ces cas de littérature nés après une expérience traumatique, l’élément déclencheur ne doit pas pour autant voiler la « manière propre » de l’auteur, cette notion chère à Rilke qui désigne sa visée suprême : la recherche d’une littérature qui naît des profondeurs subjectives de l’âme, de  la personnalité qui s’exprime à travers des mots.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/vietninjaxtc/2435479026/" target="new"><img title=" Invitation " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/mai2010/invitation.jpg" alt=" Invitation " /></a><br />
VietNinjaXTC, <em> Invitation </em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Fouiller son intimité, « rentrer en soi-même », apprendre à se connaître et à entendre sa sensibilité, pour beaucoup, c’est cela qui excite le désir d’écriture. Cependant, s’interroger sur soi, c’est aussi risquer de se confronter à la part sombre que chacun recèle. Certains peuvent trouver cela effrayant, mais pour d’autres, la prise de conscience de ses névroses, loin d’être un obstacle à la création, peut très bien l’engendrer. Barthes désigne la névrose comme un « pis-aller (…) par rapport à l’impossible dont parle Bataille (« la névrose est l’appréhension timorée d’un fond d’impossible ») mais ce pis-aller est le seul qui permet d’écrire (et de lire)<a href="#_ftn2">[2]</a>. » Barthes ne dit pas que seule la névrose ouvre à la littérature, mais qu’en nous donnant conscience d’un impossible (l’inatteignable, l’insurmontable, l’indicible), elle nous libère en partie de son joug et autorise ainsi la création. Elle peut aussi briser les barrières morales, reliquat d’éducation plus ou moins stricte. Cela, Bataille l’a bien saisi. Quand il déclare  « j’écris pour ne pas être fou », on peut penser qu’il utilise la folie comme catalyseur de sa littérature et inversement. Ses troubles sont une condition à son écriture, comme il l’évoque dans sa préface au <em>Bleu du Ciel </em>: « (…) un tourment qui me ravageait est seul à l’origine des monstrueuses anomalies du <em>Bleu du Ciel </em><a href="#_ftn3">[3]</a>». Le champ lexical de la désolation qui alimente cette phrase fait comprendre le désarroi dans lequel Bataille peut se trouver et qui est, à l’en croire, à l’origine de son roman. Précédemment, dans ce court texte, il révèle « l’épreuve suffocante, impossible » corrélative à la conception d’un livre. Convoquer la souffrance dans la genèse d’une œuvre n’est pas nouveau. C’est d’ailleurs quasiment devenu un lieu commun de considérer le malheur comme générateur de littérature. Ce mythe trouve en partie ses sources dans la figure de l’artiste mélancolique, qui arrive à son apogée durant le Romantisme : le mal-être est alors une vocation, indispensable au génie.</p>
<p style="text-align: justify;">Barthes relie pourtant l’écriture au plaisir, et perçoit même cela comme un éventuel moteur. Ce « contentement » n’est pas selon lui « en contradiction avec les plaintes de l’écrivain ». Peut-être entend-t-il par là que l’écriture est composée de deux phases : la souffrance initiale, qui précède la mise en route, puis le plaisir de l’accomplissement ? Il est vrai qu’une fois passé le sentiment de ne pas se faire comprendre, de ne pas choisir les mots adéquats, d’être abscond ; frustrations qui rongent l’écrivant (« La littérature va du moi confus et aphasique au moi informé par l’intermédiaire des mots » dit admirablement Julien Gracq), la fluidité de l’écriture est une belle et agréable récompense. Ce plaisir est en partie lié à l’autre, celui qui lira le texte. On cherche toujours à séduire&#8230; Mais, rien n’assure l’auteur du plaisir du lecteur, il lui est totalement étranger, et lui échappe. « Écrire dans le plaisir » n’assure nullement celui du lecteur. Plaisir pour soi ne signifiant pas plaisir pour l’autre. Pour qui écrit-on ? À qui cherche-t-on à faire plaisir ? À soi, sans doute, avant tout. Le plaisir diffère de la jouissance, le contentement de « l’évanouissement ». Selon Barthes, la jouissance à la lecture ne peut être provoquée que par le « nouveau absolu, car seul le nouveau ébranle (infirme) la conscience<a href="#_ftn4">[4]</a> ». La jouissance de l’écriture peut être envisagée, si l’on considère avant tout sa dimension (toute relative néanmoins) mortifère : à la fois plaisir intense et souffrance. L’écriture possède cette ambivalence.</p>
<p style="text-align: justify;">Le plus grand malheur de l’écrivain n’est-ce pas, finalement, de perdre, même provisoirement, son statut ? La hantise de la page blanche paraît être un mal répandu. L’auteur appréhende toujours cette potentielle incapacité à rédiger, le « comment commencer ? » peut poser problème. Dans ce cas, c’est le manque d’inspiration, de créativité… rien n’incite, ni ne suscite l’écriture. Le blocage est d’ordre intellectuel, rien ne vient, en tout cas, rien d’intéressant, etc., on n’arrive pas à se lancer, à se projeter dans le récit. C’est l’inverse du mouvement incitatif, c’est la stagnation. Rien de plus angoissant que cette immobilité. Quand l’inspiration revient, c’est le contraire : profusion d’idées, celles que l’on écrit vite de peur qu’elles disparaissent aussitôt. Ne pas écrire, c’est par conséquent ne pas être lu. De cette absence de réception peut se nourrir l’angoisse de l’écrivain. L’ultime mouvement de l’écriture ne serait-il pas, alors, la transmission ? L’écriture de l’un peut inspirer celle de l’autre, comme le souligne Proust : « et c’est là, en effet, un des grands et merveilleux caractères des beaux livres (et qui nous fera comprendre le rôle à la fois essentiel et limité que la lecture peut jouer dans notre vie spirituelle) que pour l’auteur ils pourraient s’appeler « Conclusions » et pour le lecteur « Incitations »<a href="#_ftn5">[5]</a>. Les vocations naissent d’influences.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> R. M.  Rilke, <em>Lettres à un jeune poète</em>, Livre de Poche, p. 36</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> R. Barthes, <em>Le Plaisir du texte</em>, Seuil, coll. Points, p. 12.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Georges Bataille, <em>Le </em><em>Bleu</em><em> du </em><em>ciel</em>, Édition 10-18, quatrième de couverture.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> <em>Op. Cit., </em>p. 55</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Marcel Proust, <em>Sur la lecture</em>, Paris, Actes Sud, p. 32-34.</p>
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		<title>Des jeunes et l’avenir du Québec : restaurer la démocratie</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Apr 2010 02:04:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marc Ouimet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Compte-rendus / Resumes]]></category>
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		<category><![CDATA[Paul St-Pierre Plamondon]]></category>
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		<description><![CDATA[Alors que les scandales de collusion, voire même de corruption, font les manchettes de façon répétée au Québec depuis plusieurs mois, il est permis de se questionner sur la santé de notre démocratie. Cette problématique, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Alors que les scandales de collusion, voire même de corruption, font les manchettes de façon répétée au Québec depuis plusieurs mois, il est permis de se questionner sur la santé de notre démocratie. Cette problématique, qui forme la trame de fond de la plaquette intitulée <em>Des jeunes et l’avenir du Québec. Les réflexions d’un promeneur solitaire<a href="#_ftn1"><strong>[1]</strong></a></em>, écrite par Paul St-Pierre Plamondon, est au centre des préoccupations du groupe de réflexion <em>Génération d’idées (GEDI)</em>.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/erwan/2878941510/" target="new"><img title=" Paris,  7e arrondissement " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/avril2010/arrondissement.jpg" alt=" Paris, 7e arrondissement " /></a><br />
mainblanche, <em> Paris,<br />
7e arrondissement </em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Fondé il y a un an et demi environ par Paul St-Pierre Plamondon, Stéphanie Raymond-Bougie  et Mélanie Joly (tous trois avocats), GEDI se veut un espace de débats et d’action pour la génération des 25-35 ans. Organisme à but non lucratif et non partisan, GEDI désire stimuler la participation des jeunes aux affaires de la Cité, en leur proposant de se prononcer sur différents enjeux de société.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est d’ailleurs l’optique dans laquelle fut lancée <em>Génération d’idées</em> à l’automne 2008, une revue qui regroupe de courts textes d’opinions sur différents sujets, eux-mêmes présentés par un « mentor », spécialiste du domaine ou personnage public. Il est par ailleurs étonnant, pour une revue comme <em>Le Panoptique</em>, de constater la facilité avec laquelle les artisans de GEDI mirent leur projet sur les rails et se réseautèrent dans différents milieux (professionnels, médias, politique, etc.)<a href="#_ftn2">[2]</a>. De fait, le caractère « professionnel » de GEDI transparaît quelque peu dans les réflexions proposées, qui sont souvent davantage orientées sur les solutions que sur une considération large des problématiques traitées. Chacun son créneau, pourrait-on dire, et c’est très bien ainsi.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors même qu’on entend souvent décrier l’apolitisme et l’individualisme de la jeunesse, un projet comme GEDI, et surtout, l’intérêt certain qu’il suscite, est là pour rappeler que les jeunes ont beaucoup à dire pour peu qu’on leur donne une tribune. Par ailleurs, si GEDI est sans doute le groupe ayant le mieux fait parler de lui dans les médias, il importe de souligner que de nombreuses initiatives – de tout horizons politiques – travaillent, malgré le climat malsain qui caractérise présentement les affaires publiques, à instaurer plus de débat et de démocratie dans notre société<a href="#_ftn3">[3]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Des jeunes et l’avenir du Québec</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le livre de Paul St-Pierre Plamondon s’inscrit dans la démarche de GEDI et propose un compte-rendu synthétique d’une tournée du Québec effectuée par l’auteur dans 19 villes afin d’y rencontrer des jeunes de 20 à 35 ans. Le point de départ de l’auteur relève d’un constat, celui de la faible participation des jeunes au sein des institutions politiques existantes, à commencer par les partis, alors même qu’ils s’investissent dans d’autres causes, notamment dans l’humanitaire et l’altermondialisme.</p>
<p style="text-align: justify;">St-Pierre Plamondon émet l’hypothèse, devant le cynisme dont il est témoin envers la classe politique et les scandales qui, depuis près d’un an maintenant, tombent les uns après les autres, d’un bris de confiance au sein de la population envers les institutions publiques, et particulièrement auprès des jeunes. Faisant référence au contrat social de Rousseau (d’où le clin d’œil peut-être de son sous-titre), St-Pierre Plamondon allègue que la corruption des cercles politiques, particulièrement en ce qui a trait au financement, compte pour beaucoup dans le désintérêt qu’on observe.</p>
<p style="text-align: justify;">De fait, l’indépendance des politiciens peut difficilement être garantie s’ils doivent, dans les conditions actuelles du financement politique, avoir recours aux dons privés afin de pouvoir mener campagne. En comparaison, l’indépendance financière des magistrats les désintéresserait des tentatives de corruption du processus judiciaire, une pratique dont St-Pierre Plamondon a été témoin en Amérique du Sud lors d’un stage.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, les allégations récentes quant au trafic d’influence dans la nomination des juges viennent quelque peu refroidir la sympathie envers le système judiciaire que porte la réflexion de St-Pierre Plamondon. Nous apprenons tous, avec un désarroi certain, l’omniprésence des réseaux d’influence et d’intérêts qui affectent manifestement un nombre effarant d’institutions publiques. Comme l’indiquait récemment le chroniqueur Jean-Claude Leclerc dans <em>Le Devoir</em>,</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">À maints égards, plus grave que ce scandale est la corruption mise au jour ces années-ci dans les médias du Québec. Ce n&#8217;est pas seulement l&#8217;attribution des contrats publics ni le financement des élections qui est en cause. Et probablement pas la sélection des juges non plus. C&#8217;est l&#8217;effondrement de l&#8217;éthique et du sens de l&#8217;intérêt public au sein de classes dirigeantes, de milieux d&#8217;affaires, d&#8217;organisations syndicales et d&#8217;institutions vouées à la formation des cadres de la collectivité.</p>
<p style="text-align: justify;">Même une enquête sur le milieu de la construction et ses rapports avec les partis ne suffirait pas à enrayer le cancer qui émerge des officines proches de l&#8217;État. Ce mal a un nom qui est pire que l&#8217;influence indue: c&#8217;est l&#8217;enrichissement effréné d&#8217;une minorité aux dépens des ressources de la collectivité. Quand même des bureaux d&#8217;avocats mesurent la performance de leurs juristes aux «heures» qu&#8217;ils facturent, et non aux progrès de la justice, faut-il s&#8217;étonner de cette déroute?<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">À cet égard, St-Pierre Plamondon rappelle que la prise du pouvoir par « l’équipe du tonnerre » de Jean Lesage en 1960 se fit justement en réaction à la corruption et au patronage ayant caractérisé le pouvoir duplessiste. Pour l’auteur, la Révolution tranquille fut marquée, au-delà des différentes réformes de l’État, par la tentative d’instaurer un nouveau contrat social : la social-démocratie. Afin de restaurer l’intérêt des jeunes pour la politique, il importerait donc non seulement d’assainir ses pratiques, mais aussi de mettre de l’avant un projet de société, dont St-Pierre Plamondon souhaiterait qu’il s’inspire des idéaux de la social-démocratie.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/hublera/3392205202/" target="new"><img title=" Et la démocratie, bordel !" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/avril2010/democratie.jpg" alt=" Et la démocratie, bordel !" /></a><br />
Alain Hubler, <em> Et la démocratie,<br />
bordel !</em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Cette réflexion rejoint d’ailleurs le discours d’une bonne partie de la gauche, quelque peu nostalgique des années sociale-démocrates de la période 1960-1980, initiées par la Révolution tranquille, et dont on ne questionne que très rarement les effets pervers. Or, il appert que cette période, au demeurant marquée par une prospérité économique exceptionnelle qui permit les importantes dépenses nécessaires aux réformes sociales, ne profita pas à l’ensemble de la population. S’il est vrai qu’une classe de technocrates fit massivement son entrée dans la fonction publique, la reconfiguration de l’économie et des modes de production entraîna de son côté une forte hausse du chômage chez les travailleurs non qualifiés<a href="#_ftn5">[5]</a>. Également, il est difficile de regarder l’état actuel des systèmes d’éducation et de santé, ainsi que leurs problèmes récurrents depuis des décennies, et de parler de complètes réussites<a href="#_ftn6">[6]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">De fait, si l’État-Providence a bel et bien été porté par une éthique du vivre-ensemble plus solidaire et même humaniste que le néolibéralisme actuel, il importe de se rappeler qu’il ne fut pas parfait et qu’il ne fut possible que grâce à un contexte économique particulier. Si ce contexte est chose du passé, comme les « lucides » se plaisent à le rappeler, alors peut-être faut-il cesser de regarder en arrière en tentant de restaurer ce qui était, et tenter d’inventer ce qui sera au lieu de se le faire imposer.</p>
<p style="text-align: justify;">Il apparaît clairement que, dans l’ordre des démocraties libérales instauré à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle en Occident, pouvoir politique et intérêts économiques ont toujours été intimement liés, bien que selon des modalités différentes. Devant ce constat et devant la persistance du patronage et de la corruption, il importe peut-être de pousser plus loin la réflexion sur la démocratie, plutôt que de se contenter de vouloir en restaurer sous une modalité plus « acceptable ». Il y a certainement des valeurs de la social-démocratie et même du socialisme avec lesquelles il importe de renouer, mais sans doute le XXIe siècle appelle-t-il une refondation plus profonde de la démocratie libérale qui semble, de scandales en crises économiques, de plus en plus essoufflée, et peut-être aussi de moins en moins démocratique.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Génération d’idées</em> et l’ouvrage de Paul St-Pierre Plamondon proposent des pistes intéressantes et pragmatiques, applicables dans le court terme, pour assainir au moins partiellement le fonctionnement de la politique au Québec<a href="#_ftn7">[7]</a>. Or, le fond du problème est peut-être plus profond que le fonctionnement des structures et réside plutôt dans les structures elles-mêmes. Le contrat social ne serait alors pas tant à restaurer qu’à instaurer et la démocratie, à faire progresser dans une phase encore inédite.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour cela, il faut se donner l’espace de penser et d’agir comme le fait GEDI – et également, à sa façon, <em>Le Panoptique</em> – et comme les partis ne le permettront sans doute jamais, peu importe les sources de financement. La Révolution tranquille a eu <em>Pour une politique</em>, de Georges-Émile Lapalme. Il nous faudra aussi un livre blanc, et surtout des gens pour le mettre en œuvre. Il nous faut repenser le pays pour pouvoir l’habiter de nouveau et mieux que par le passé.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Montréal, Éditions Les Malins, 2010.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Mélanie Joly était ainsi reçue à l’émission <em>Tout le monde en parle</em> en novembre 2008, quelques mois à peine après le lancement de la revue. Son entrevue, fort intéressante par ailleurs, peut être trouvée sur les sites de partage vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Parmi ces initiatives, au sein desquelles <em>Le Panoptique</em> a aussi sa place, notons le projet d’une <em>Université populaire </em>à Montréal, issu lui-même du projet de la <em>Nuit de la Philosophie</em>, ainsi que les <em>Nouveaux cahiers</em> <em>du socialisme</em>, édités par les éditions <em>Écosociété</em>, sur lesquels nous reviendrons dans de futures contributions.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> Jean-Claude Leclerc, « Le naufrage d’un parti, mais aussi d’une société », <em>Le Devoir</em>, 19 avril 2010.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> Voir à ce sujet l’ouvrage de Dorval Brunelle, <em>La désillusion tranquille</em>, Montréal, Hurtubise HMH, 1975, qui comporte peut-être certaines lacunes ainsi qu’une lourdeur conceptuelle, mais propose néanmoins une analyse froide et rigoureuse des données socioéconomiques du Québec de l’après-guerre jusqu’aux années 1970 faisant ressortir des tendances objectives dépassant la mythologie dont cette période fait trop souvent l’objet. Le syndicaliste Michel Chartrand, mort récemment, rappelait justement dans une entrevue rediffusée à Radio-Canada que le taux de chômage n’avait cessé de croître durant les années 1960, tout comme le nombre de conflits de travail. Sur l’émergence des technocrates dans la fonction publique, voir Jean-Jacques Simard, <em>La longue marche des technocrates</em>, Montréal, Éditions Saint-Martin, 1979.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> Ce constat de l’échec de plusieurs réformes de la Révolution tranquille fut particulièrement aigu chez certains des acteurs les plus impliqués dans celle-ci. Entre autres exemples, voir les <em>Raisons communes</em> du sociologue Fernand Dumont (Montréal, Boréal, 1997) qui, devant les nombreuses crises sociales marquant la société québécoise contemporaine, voyait la nécessité impérieuse de se redonner les bases d’une culture et d’une éthique communes du vivre-ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Mentionnons que ce livre sert également de prélude au Sommet de <em>Génération d’idées</em>, qui se tiendra à l’automne 2010 et qui se veut un symposium de réflexion sur l’avenir de la politique et de la société québécoises.</p>
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		<title>Chez les Nahuas du Mexique : 30 années de terrain pour Pierre Beaucage</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Apr 2010 21:57:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Simard</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Cet article est un compte-rendu d’un ouvrage[1] issu d’une collaboration entre Pierre Beaucage, un anthropologue québécois, et le Taller de Tradicion Oral, un organisme mexicain dont le but est de permettre aux Autochtones de se [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Cet article est un compte-rendu d’un ouvrage</strong><strong><a href="#_ftn1">[1]</a> issu d’une collaboration entre Pierre Beaucage, un anthropologue québécois, et le <em>Taller de Tradicion Oral</em>, un organisme mexicain dont le but est de permettre aux Autochtones de se réapproprier leur culture dans une perspective d’autonomie socio-politique. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://3.bp.blogspot.com/_QQSvX8MZ8fg/S8-EkQh4gzI/AAAAAAAAABQ/FxGQpSauKiw/s1600/17aout_24aout+228.jpg" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/avril2010/antrhopo.jpg" alt="" /></a><br />
<em>photo originale de l’auteur</em><br />
Tous droits réservés.</div>
<p style="text-align: justify;"><em><strong><a href="http://petitemusiquedecrise.blogspot.com/2010/04/compte-rendu-beaucage-pierre-et-le.html" target="_blank"> </a></strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Corps, cosmos et environnement</em> est le fruit d’une collaboration entre Pierre Beaucage et le <em>Taller de Tradicion Oral</em>, un organisme composé de Nahuas et de quelques non-Autochtones et voué à la revitalisation de la culture locale nahuas (langue, agriculture, cosmologie et légendes). Le livre nous donne accès à ce que Beaucage nomme « une manière toute particulière de conduire les rapports avec les humains et les êtres de la nature », en somme l’ « être-au-monde » des Nahuas.</p>
<p style="text-align: justify;">L’ouvrage semble, à première vue, n’être qu’une monographie comme une autre dans la littérature anthropologique. Il en est tout autrement : la densité de <em>Corps, cosmos et environnement</em> est telle qu’on peut presque y voir une nouvelle forme d’écriture, et surtout, de pratique anthropologique. Densité temporelle, d’abord, en raison des décennies de travail entre l’anthropologue et les Nahuas de la Sierre Norte de Puebla (Mexique). Densité humaine, ensuite, car derrière la présentation des conceptions autochtones sur le corps, l’environnement et le cosmos, le lecteur trouve des hommes de chair et d’os, des amitiés et de profonds liens d’humanité. On est bien loin de Malinowski et de ses ethnographies colonialistes, alors que l’anthropologue ne s’investissait pas humainement, politiquement et scientifiquement dans le terrain.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Devenir le sujet de son histoire</strong></p>
<p style="text-align: justify;">D’entrée de jeu, Beaucage nous informe sur son parcours d’anthropologue : à peine diplômé, il quitte le Québec pour des terrains éloignés tels que la Miskitia au Honduras, passionné qu’il était d’anthropologie économique et de luttes paysannes. Il travaille ensuite dans l’État de Puebla, au Mexique, où il prend conscience des difficultés historiques des paysans autochtones à s’organiser et à survivre. L’évolution des cours du café, les accords économiques néolibéraux et le racisme institutionnel ont eu et ont toujours des effets très importants dans le rapport des communautés autochtones avec la société mexicaine. Beaucage arrive à San Miguel Tzinacanpan, Puebla, à un moment où les Nahuas « veulent devenir les sujets de leur propre histoire autant que de leur propre politique ». C’est donc dans une recherche participative, entre les Nahuas et l’ethnologue, que s’insère son anthropologie, inspirée des recherches en ethnoscience (ethnobotanique et ethnogéographie notamment). Dans ce contexte, l’anthropologue approche sa recherche en prenant comme matériaux de réflexion des éléments de linguistique et les catégories taxinomiques des autochtones eux-mêmes. Nous apprenons, suivant cette approche, l’existence et le nom des plantes, parties du corps, maladies, éléments géographiques, animaux et bêtes surnaturelles nahuas. Car les Nahuas, ici, ne sont pas l’objet d’une monographie, mais bien les sujets.</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucage et le <em>Taller</em> orientent le lecteur tout au long de l’ouvrage dans une trame historique, qui est celle d’une histoire populaire. Nous sommes amenés à connaître les conséquences du travail agricole latifundiste et de l’effondrement des cours du café sur la vie des gens, tout autant que pris à témoins du développement d’une agriculture intensive moins dépendante des cultures d’exportation. Suite au retrait relatif de l’État et à la crise du café des années 1990, les Nahuas ont progressivement développé la polyculture. Ils diversifient alors l’écosystème des caféières pour y planter des dizaines d’espèces médicinales ou alimentaires, fruits d’un savoir ancestral qui a néanmoins été mis de côté au profit de la monoculture d’exportation.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/ecarsi/3428464674/" target="new"><img title=" Huichol " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/avril2010/Huichol.jpg" alt=" Huichol " /></a><br />
Ed Carsi, <em> Huichol </em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Réappropriation et autonomie </strong></p>
<p style="text-align: justify;">À travers cette trame historique, Beaucage et le<em> Taller</em> nous renseignent en profondeur sur les catégories taxinomiques nahuas, qui doivent être comprises en-dehors d’une vision dichotomique, comme celle qui prévaut dans le système de classification linnéen<a href="#_ftn1">[1]</a>. Exemple de cette « autre » épistémologie : la langue nahua regroupe les végétaux à la fois en fonction de leurs traits morphologiques et de leur utilité. À ce sujet, Beaucage cite Bourdieu en faisant un parallèle entre la pensée nahua et son concept de logique pratique qui traduit « le sacrifice de la rigueur au profit de la simplicité et de la généralité ». La cosmologie nahua obéit sensiblement au même principe et l’on y retrouve trois systèmes de classification simultanés : taxinomique, analogique et pratique. La nature et l’univers sont perçus du point de vue de l’homme, sans pour autant qu’il occupe une position centrale dans cette métaphysique. Le corps et le cosmos sont mis en analogie, traversés par les mêmes divisions fondamentales (« froid » et « chaud »). La médecine nahua cherche, dans cet espace, à « rétablir l’ordre menacé entre la personne et le cosmos ». Dans cette cosmologie autochtone, le monde est complexe et l’homme n’en est pas le maître absolu.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Corps, cosmos et environnement</em> s’inscrit dans le projet plus vaste d’une « récupération des connaissances autochtones [qui] soit le fait des organisations autochtones elles-mêmes et [qui] serve, de façon matérielle et symbolique, à la réappropriation de leurs conditions matérielles d’existence, dimension essentielle du processus actuel d’autonomie ». Un processus qui n’est pas étranger à ce que les Zapatistes tentent de faire au Chiapas avec leurs gouvernements locaux, les <em>Juntas de Buen Gobierno</em>. Ces projets d’autonomie ne peuvent être que renforcés par une telle œuvre, réalisée dans le respect et la fraternité. L’ethnologie, comme dit David Graeber, peut être un outil puissant de rencontre et d’apprentissage mutuel pour créer un monde libre d’exploitation, centré sur l’autonomie collective.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Beaucage, P et le Taller de Tradicion Oral. Corps, cosmos et environnement, Lux, Montréal, 2009</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> de Carl Von Linné, 1707-1778, naturaliste suédois considéré comme le père de la taxinomie moderne.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>In memoriam Michel Chartrand (1916-2010)</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Apr 2010 13:49:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marc Ouimet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles courts / Short articles]]></category>
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		<category><![CDATA[égalité]]></category>
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		<description><![CDATA[C’est avec une grande tristesse qu’on apprend ce matin le décès de Michel Chartrand (1916-2010). Le Panoptique désire rendre hommage à ce grand syndicaliste, pourfendeur des injustices et des inégalités, homme entier dont la force [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>C’est avec une grande tristesse qu’on apprend ce matin le décès de Michel Chartrand (1916-2010). <em>Le Panoptique</em> désire rendre hommage à ce grand syndicaliste, pourfendeur des injustices et des inégalités, homme entier dont la force de caractère et les convictions auront profondément marqué le Québec.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/meantux/301257198/" target="new"><img title=" Michel Chartrand " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/avril2010/chartrand.jpg" alt=" Michel Chartrand " /></a><br />
meantux, <em> Michel Chartrand </em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/deed.fr" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Alors qu’on célèbre souvent les « bâtisseurs », les hommes politiques qui ont joué du système parfois pour faire avancer une idée, beaucoup plus souvent encore leur propre carrière, Chartrand fait figure de tache d’huile auprès de l’intelligentsia, lui l’anarchiste qui refusait les compromis et n’avait cure de froisser les esprits pour dénoncer le vol, de plus en plus assumé, des plus démunis par les plus riches et présenté sous le couvert de la nécessité.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec le décès de Chartrand, qui suit celui de Pierre Vadeboncoeur et de Pierre Falardeau, c’est une autre voix forte que perd le Québec pour se penser en dehors du discours dominant, du <em>politically correct</em> et des intérêts particuliers.  Avec le décès de Chartrand, il faut se soucier d’un Québec qui se fait toujours plus tiré par la droite, qui se fait asservir aux nécessités du marché et, plus encore, de la finance, des créances et des subventions qui tombent toujours dans les mêmes poches.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le rire de Chartrand</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’héritage le plus puissant de Michel Chartrand, c’est peut-être son rire, son grand rire sonore et moqueur qui ne laissait personne indifférent, qui déculottait sur le champ les arnaques qu’on tentait de lui vendre comme une plus-value pour le bon peuple.</p>
<p style="text-align: justify;">Le rire de Chartrand, ce n’est pas le rire comique qui domine seul maintenant dans l’espace public, le rire humoriste qui se moque de l’insignifiant parce qu’il n’a pas le courage de penser l’ensemble, le politique et le social, desquels on a trop souvent démissionné collectivement.</p>
<p style="text-align: justify;">Le rire de Chartrand, c’est le grand rire carnavalesque, c’est le rire subversif qui se donne le droit de démettre le roi et de le traîner dans la boue de l’ironie, c’est l’impulsion vitale d’un esprit libre et anticonformiste qui a cependant toujours eu la générosité de travailler à améliorer le sort de son prochain et qui, jamais, n’a sombré dans la démission ou le cynisme. Le rire de Chartrand était tout sauf blasé, il était au contraire le rire d’une jeunesse de cœur éternelle et c’est sans doute pourquoi nous aurions voulu le garder encore avec nous, un peu plus longtemps encore.</p>
<p style="text-align: justify;">Chartrand quitte un Québec bien mal en point, à se demander si ses luttes ont servi à quelque chose à voir le niveau de corruption ambiant. Au-delà des luttes et des magouilles, Chartrand l’épicurien qu’on a cherché plus d’une fois à faire taire<a href="#_edn1">[1]</a> nous rappelle l’amour d’un Québec encore à bâtir, de luttes à poursuivre et d’idéaux de justice sociale qui ne pourront triompher que lorsque l’économie cessera d’être considérée comme une fin en soi.</p>
<p style="text-align: justify;">En campagne pour l’<em>Union des forces progressistes </em>en 1998 contre le chef péquiste Lucien Bouchard qui tambourinait son « Déficit zéro », Chartrand opposait une « Pauvreté zéro », rappelant qu’une société n’a pas de dette que financière, mais également sociale envers ses exclus.</p>
<p style="text-align: justify;">Si Chartrand est unique, inimitable et irremplaçable, il faudra bien trouver d’autres figures publiques qui auront suffisamment de couilles pour dénoncer la puanteur du climat politique ambiant. La gauche n’a plus, sauf en de cercles très restreints, son radicalisme d’antan, et ce n’est pas un mal en soi. En remplacement des militants des années 1960 et 1970, on compte maintenant beaucoup d’universitaires pour théoriser la chose sociale, et ce n’est pas inutile.</p>
<p style="text-align: justify;">Seulement, on cherche toujours une voix qui parle au peuple, dont le ton et le vocabulaire soient accessibles et disent de façon simple et juste la colère de l’oppression et de l’humiliation quotidienne de travailleurs qu’on exploite de plus en plus sous couvert de crise économique, de délocalisation et autres concepts gestionnaires dépourvus d’humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">Chartrand, comme Vadeboncoeur et Falardeau, était un grand humaniste qui refusait la logique instrumentale qui prévaut un peu partout maintenant. Au langage de la nécessité il opposait la solidarité et même une bonne dose d’idéalisme, parce que c’est en imaginant un monde meilleur qu’on se donne les moyens de le réaliser, qu’on arrive à dépasser les contingences auxquelles les esprits petits se résignent et considèrent comme des faits de nature, alors qu’elles sont plutôt souvent (sinon toujours) le résultat d’un système d’exploitation.</p>
<p style="text-align: justify;">Que résonne donc toujours, dans nos cœurs et nos mémoires, le grand rire de Chartrand, que cette impulsion nous pousse toujours à remettre en cause la logique des affairés et des affairistes. C’est ce rire qui nous montrera le chemin d’un monde meilleur, c’est surtout lui qui nous motivera à le construire et à surmonter le cynisme qui, lui, ne construit rien.</p>
<p style="text-align: justify;">Salut Michel.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref1">[1]</a> Rappelons qu’il a été emprisonné durant quatre mois suite à la crise d’Octobre.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>La pauvreté à Dire Dawa dans une ère de « glocalisation »</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Apr 2010 22:37:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>François-Xavier Perthuis de Laillevault</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de fond / Long articles]]></category>
		<category><![CDATA[Formats]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[Langue / Language]]></category>
		<category><![CDATA[Politique et économie / Politics and economy]]></category>
		<category><![CDATA[Sections]]></category>
		<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[déplacements]]></category>
		<category><![CDATA[niveau régional]]></category>
		<category><![CDATA[pauvreté]]></category>

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		<description><![CDATA[L’Ethiopie est l’un des pays les plus pauvres du monde. Selon l’IDH établit par le Programme des Nations Unies pour le Développement, l’Ethiopie occupe le 171ème rang sur 182[i] avec un revenu national par tête [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>L’Ethiopie est l’un des pays les plus pauvres du monde. Selon l’IDH établit par le Programme des Nations Unies pour le Développement, l’Ethiopie occupe le 171<sup>ème</sup> rang sur 182<a href="#_edn1">[i]</a> avec un revenu national par tête de 245 US$. Sa population, qui regroupe 78 millions d’individus répartis sur un territoire de 1,1 millions de km², est particulièrement jeune (44% a moins de 15 ans) et essentiellement rurale (88%). L’accroissement démographique est l’un des plus élevé au monde avec un taux de croissance de 3% tandis que l’espérance de vie est très faible (51 ans<a href="#_edn2">[ii]</a>). La population urbaine est concentrée dans les deux principales villes du pays : la capitale, Addis Abeba qui regroupe 3 millions d’habitants et Dire Dawa, la seconde ville du pays qui compte près de 250 000 habitants<a href="#_edn3">[iii]</a>. A l’échelle régionale de Dire Dawa, la répartition de la population est fortement urbanisée<a href="#_edn4">[iv]</a> avec un taux d’urbanisation de 67,5%.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/travlr/3959124609/" target="new"><img title=" Dire Dawa old town " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/avril2010/pauvrete1.jpg" alt=" Dire Dawa old town " /></a><br />
Travlr, <em> Dire Dawa old town </em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Point de passage stratégique et haut lieu du commerce transfrontalier, les conditions socio-économiques des populations établies dans la région de Dire Dawa se sont dégradées depuis 2004. Celles-ci sont directement affectées par l’augmentation de l’insécurité en Somalie et la répression du commerce de contrebande avec Djibouti et la Somalie. Seconde ville du pays, Dire Dawa exerce un pouvoir attractif qui dépasse largement ses frontières régionales : comme ailleurs sur le continent, l’espace urbain suscite les espérances d’une vie meilleure. La capitale régionale constitue une destination de prédilection des migrants fuyants les violences en Somalie et des populations affectées par la répression du commerce de contrebande.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une zone traditionnelle de passage</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Située dans la région de la Grande Vallée du Rift, la ville de Dire Dawa est la capitale de la région autonome<a href="#_edn5">[v]</a> du même nom. La population régionale regroupe divers ethnies dont les plus importantes sont les Somali, les Oromo et les Harari ainsi que les Amhara. Carrefour des zones frontalières de l&#8217;Ethiopie avec Djibouti et la Somalie, elle est une zone traditionnelle de passage pour les populations vivant du commerce transfrontalier. Ces populations sont concentrées le long du rail et des corridors routiers reliant la capitale régionale à Djibouti et aux grandes villes d&#8217;Éthiopie et du Somaliland. La région est également caractérisée par d’importants mouvements de populations traditionnellement nomades, telles que les Somali et les Afar. L’activité commerciale intense a contribué à développer la prostitution qui constitue un facteur d’accroissement de la propagation du VIH/SIDA au niveau régional. Le manque d&#8217;information, la pratique de comportements sexuels jugés à risque, la stigmatisation et le déni de la maladie parmi les populations somaliennes et Afar constituent des facteurs aggravant la propagation du virus et a un impact direct sur les conditions de vie des populations pauvres.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La propagation du VIH/SIDA constitue un facteur de précarisation</strong></p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/travlr/3958779637/ " target="new"><img title="« Talk to the hand! »" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/avril2010/pauvrete2.jpg" alt="« Talk to the hand! »" /></a><br />
Travlr, <em>« Talk to the hand! »</em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">À Dire Dawa, la propagation du VIH/SIDA est un facteur de précarisation et de marginalisation des populations démunies à travers, notamment, l’accroissement du nombre d’enfants orphelins. La capitale régionale concentre environ 13 000 enfants orphelins dont près de 5 000 de parents décédés de la maladie et communément dénommés « orphelins du SIDA ». En 2007, le taux de prévalence du VIH/SIDA culmine à 6,2%<a href="#_edn6">[vi]</a> au niveau régional (7,6% en zones urbaines et 0,9% en zones rurales). Pour l’année 2005, les services de santé régionaux enregistraient 952 femmes enceintes séropositives et 229 cas de nouveau-nés ayant contracté le virus. Parmi les 14.554 cas déclarés, les services de santé enregistraient 1.414 nouveaux cas et 1.537 décès directement imputés au VIH/SIDA dans l’année.</p>
<p style="text-align: justify;">Le nombre d&#8217;enfants orphelins s&#8217;accroît chaque année. Ils constituent une population particulièrement exposée à la pauvreté et souvent marginalisée. Lorsqu’ils sont scolarisés, ces enfants sont victimes de discrimination exercée par les autres enfants. Dans la rue, les orphelins sont victimes de violences physiques, psychologiques et sexuelles exercées par leur entourage et les autres enfants. D’après les services de santé, la violence sexuelle est un phénomène en pleine expansion.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Organisations communautaires et lutte contre la précarisation</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les kébélés<a href="#_edn7"><strong><strong>[vii]</strong></strong></a> de Dire Dawa abritent des organisations communautaires de type traditionnel qui constituent des réseaux d’entraide entre leurs membres<a href="#_edn8">[viii]</a>. Ces organisations sont indépendantes les unes des autres et disposent de leurs propres comités exécutifs<a href="#_edn9">[ix]</a>. Tous les mois, chaque membre verse une contribution dans la caisse de l’organisation. Lorsqu’il survient un décès, la personne concernée peut disposer de la totalité de la caisse pour subvenir aux frais d’enterrement. Dans le cas où un enfant devient orphelin, cette somme peut être utilisée afin de subvenir à ses frais de scolarité, de permettre l’accès à des soins ou un logement. Ces organisations constituent un moyen de prise en charge, à hauteur de leurs capacités financières, des orphelins issus de leur communauté.</p>
<p style="text-align: justify;">L’augmentation des décès imputés au VIH/SIDA cumulée à la dégradation des conditions de vie accroit fortement les sollicitations des membres, tant en termes de fréquence qu’en termes de montants. Les sommes disponibles dans les caisses des organisations sont désormais insuffisantes pour faire face aux besoins exprimés. En cas de décès des parents, il devient de plus en plus fréquent que l’enfant échoue dans la rue faute de moyens suffisants pour assurer sa prise en charge.</p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/rangerholton/3263903057/" target="new"><img title=" IMG_6662" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/avril2010/pauvrete3.jpg" alt=" IMG_6662" /></a><br />
Chuck Holton, <em> IMG_6662</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Revenus précaires et commerce transfrontalier</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le commerce transfrontalier, officiel ou de contrebande, constitue souvent l’unique source de revenu pour les ménages pauvres et plus particulièrement pour les femmes. Dire Dawa, Shinnile et Melka Jebdu sont les principaux sites de marchés et compte un grand nombre de femmes commerçantes. L’activité transfrontalière consiste à importer en Ethiopie des produits de consommation courante en provenance de Djibouti et du Somaliland et à exporter des animaux d’élevage (essentiellement des bovins) vendus à Djibouti pour des besoins de consommation domestique. Les produits alimentaires de base sont constitués de riz, de sucre, de farine de blé, de poudre de lait, d&#8217;huile et de pâtes alimentaires. Ces produits sont principalement destinés aux marchés de l&#8217;Est de l&#8217;Éthiopie.</p>
<p style="text-align: justify;">Le commerce de contrebande est une activité pourvoyeuse de revenus pour les pauvres. Il inclut tous les produits faisant l’objet du commerce officiel avec cependant, une prédominance pour les vêtements d’occasion. La quantité importante de vêtements d’occasion importés via les canaux informels en fait l&#8217;un des plus importants commerces transfrontaliers de l&#8217;est de l&#8217;Éthiopie. Ces produits sont ensuite acheminés sur l’ensemble des marchés nationaux. Dans la plupart des cas, l&#8217;origine des vêtements d’occasion est l&#8217;Europe et l’Amérique du Nord. Les importations non officielles comprennent aussi des chaussures, des tissus, de l&#8217;électronique, des ustensiles ménagers, des produits pharmaceutiques, des cosmétiques et des détergents. Ces biens de consommation de base ont pour provenance le Moyen-Orient et les pays asiatiques. Débarquées à partir des ports somaliens et de Djibouti, ils sont acheminés par camions jusqu’à Dire Dawa.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Contrôle du commerce </strong><strong>et dégradation des conditions de sécurité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis 2004, le gouvernement éthiopien a renforcé la répression du commerce de contrebande, réduisant fortement les revenus des populations dépendantes de ce commerce. Suite à la perte de leurs ressources économiques, les populations établies dans les villes secondaires des régions frontalières ont migré en masse vers la région de Dire Dawa, et plus particulièrement vers la capitale régionale. Le centre urbain exerce un pouvoir d’attraction des populations en suscitant l’espoir de trouver du travail, aggravant ainsi les effets de l’exode rural des campagnes environnantes. Les immigrants les moins fortunés s’installent dans les faubourgs de la ville, au sein desquels les habitations sont sommaires et caractérisées par l’insalubrité, l’absence d’accès à l’eau et à l’électricité.</p>
<p style="text-align: justify;">Outre le phénomène migratoire, la répression du commerce de contrebande a un effet négatif sur la sécurité alimentaire des populations pauvres. Le marché noir permet à la population d’accéder à des produits qui ne sont généralement pas disponibles à travers le commerce officiel ou qui, lorsqu’ils le sont, coûtent cher. Par exemple, les denrées<a href="#_edn10">[x]</a> importées  de façon informelle à partir de Djibouti et du Somaliland sont vendues dans tout l&#8217;Est de l&#8217;Éthiopie du fait de leurs prix très compétitifs. Les articles similaires produits en Ethiopie sont peu disponibles et sont vendus à des prix supérieurs à leurs substituts importés. Le commerce de contrebande permet ainsi aux familles les plus pauvres d’assurer leur consommation de subsistance par l’accès aux produits de base. Il génère également des possibilités d&#8217;emploi dans cette région caractérisée par un chômage élevé et chronique. C’est d’ailleurs l&#8217;absence d&#8217;emplois alternatifs qui contraint de nombreuses personnes à s&#8217;engager dans le commerce de contrebande dans le but de percevoir un revenu de subsistance.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/adavey/2142933284/ " target="new"><img title=" Dire Dawa, Ethiopia " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/avril2010/pauvrete6.jpg" alt=" Dire Dawa, Ethiopia " /></a><br />
A. Davey, <em> Dire Dawa, Ethiopia </em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">La montée de l’insécurité dans les zones frontalières constitue aussi un obstacle à la pratique du commerce transfrontalier, que celui-ci soit formel ou informel. Les actes de banditisme ont pour conséquence de limiter les déplacements des commerçants qui, dans certaines zones, deviennent très dangereux. L’insécurité grandissante de régions frontalières enclines à des conflits sporadiques entre factions rebelles et armées nationales contribue à réduire les revenus des populations ; les plus pauvres étant les plus fragilisées.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Chemin de fer et amélioration des conditions de vie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’histoire de la ligne ferroviaire débute à Djibouti le 12 octobre 1897, avec le lancement de la construction de la voie ferrée qui aboutira en 1908 à la création de Dire-Dawa. La ligne sera prolongée jusqu’à la capitale Addis-Abeba qu’elle atteindra en 1917. La compagnie du chemin de fer franco-éthiopien deviendra, en 1981, le chemin de fer Djiboutien-éthiopien. C’est un établissement binational<a href="#_edn11">[xi]</a> à caractère industriel et commercial. Ayant ravi, à la fin du 19ème siècle, la prédominance commerciale d’Harar, la construction de la voie ferrée a fait de Dire Dawa un pôle commercial régional. Le rail était alors le seul moyen de transport utilisé pour le commerce extérieur de l’Ethiopie, pays enclavé et sans débouché maritime.</p>
<p style="text-align: justify;">La route Addis-Assab (via Dikhil et Galafi) domine désormais largement le transport ferroviaire en termes de transport de marchandises et de personnes. Entre l’Ethiopie et Djibouti, le trafic de fret ferroviaire a fortement chuté, passant de 450.000 tonnes annuelles en 1975 à 215.000 tonnes pour l’année 2009 ; conséquence de la vétusté des infrastructures ferroviaires. L&#8217;urgence des travaux a été impulsée par une série de déraillements entre Dire Dawa et Djibouti, tronçon où les trains sont toujours en activité. Les convois transportent des fruits et légumes, du café et des produits d’élevage destinés à l&#8217;exportation. Ils reviennent chargés de matériaux de construction. Face à l’accroissement de la concurrence du transport routier et en raison de la vétusté des équipements, le trafic ferroviaire est en chute libre : il est désormais déficitaire et n’assure plus que 3% du trafic commercial international avec l’Ethiopie.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien que le coût<a href="#_edn12">[xii]</a> d&#8217;exploitation par tonne au kilomètre et la distance totale<a href="#_edn13">[xiii]</a> à parcourir soient plus faibles avec le train qu’avec le transport routier, le chemin de fer ne représente que 5% du trafic total de personnes et de marchandises. Cependant, le rail suscite toujours de grandes espérances économiques en reliant la capitale éthiopienne au port de Djibouti ; port stratégique permettant l’accès aux liaisons maritimes internationales de la Mer Rouge. Si la ligne est réhabilitée, le trafic pourrait atteindre jusqu’à 1.500.000 tonnes par an.</p>
<p style="text-align: justify;">La compagnie de chemin de fer Djiboutien-éthiopien est aujourd’hui en voie de restructuration et de modernisation. Les deux Etats propriétaires ont opté pour un vaste projet de restructuration, accordant ainsi la priorité à la restauration du chemin de fer. L’Union européenne a octroyé une enveloppe de plus de 50 millions d’euros destinée à la réhabilitation de la voie ferrée entre Djibouti et Addis-Abeba ainsi qu’à la maintenance et au remplacement de locomotives. Afin de redynamiser le rail, un projet d’envergure figure également au programme : il s’agit de la mise en place d’une connexion ferroviaire liant le nouveau complexe portuaire de Doraleh (Djibouti) au chemin de fer, offrant par ce biais des opportunités économiques prometteuses au niveau régional.</p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/travlr/3958989803/ " target="new"><img title=" Chemin de fer " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/avril2010/pauvrete5.jpg" alt=" Chemin de fer " /></a><br />
Travlr, <em> Chemin de fer </em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’exemple de Dire Dawa illustre la complexité du phénomène de pauvreté. Il démontre que la compréhension empirique de la pauvreté nécessite de s’interroger sur l’impact qu’exerce le contexte régional sur les conditions de vie des populations. Les conditions de vie observées dans la région enclavée de Dire Dawa sont dépendantes des échanges transfrontaliers et de la stabilité de la Somalie. La répression du commerce de contrebande et l’insécurité grandissante en Somalie ont un impact direct sur le niveau de vie des populations fragilisées par le déclin de l’activité économique résultant en partie, de la vétusté de la ligne ferroviaire. Dans ce contexte particulier, la propagation du VIH/SIDA constitue non seulement un facteur de précarisation mais également de marginalisation pour les populations démunies.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Bibliographie :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Aids in Ethiopia, Sixth Report</em> &#8211; Federal Ministry of Health, National HIV/AIDS Prevention and Control Office, September 2006.<em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Cross-Border Livestock Trade and Food Security in the Horn of Africa: An Overview</em>. Peter D. Little, Tegegne Teka, Alemayehu Azeze. USAID/REDSO and the Office of Sustainable Development, Africa Bureau, USAID, 2001</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Les ports de la façade est-africaine : dynamiques d’intégrations et d’exclusions</em>. François Guiziou. Institut Supérieur d’Economie Maritime, Note de Synthèse n°123, 2010.</p>
<p style="text-align: justify;">Rapport mondial sur le développement humain 2009, <em>Lever les barrières : Mobilité et développement humains</em>. Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), 2009.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref1">[i]</a> Rapport mondial sur le développement humain 2009, <em>Lever les barrières : Mobilité et développement humains</em>. Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), 2009.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref2">[ii]</a> <em>Ibid</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref3">[iii]</a> Le recensement de la <em>Central Statistical Agency</em><em> </em><em>of Ethiopia </em>fait état de 231 247 habitants en 2007.<em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref4">[iv]</a> D’après le recensement de 2007 mené par la <em>Central Statistical Agency</em> <em>of Ethiopia</em>, la région de Dire Dawa concentrait une population totale de 342 827 habitants dont 67,9% étaient établis en zones urbaines et 32,5% en zones rurales.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref5">[v]</a> La Constitution de 1994 a mis en place un système fédéral reposant sur neuf « régions ethniques » (ethnico-linguistiques : <a title="Tigré" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Tigr%C3%A9">Tigré</a>, <a title="Afar" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Afar">Afar</a>, <a title="Amhara" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Amhara">Amhara</a>, <a title="Oromia" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Oromia">Oromia</a>, <a title="Somali" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Somali">Somali</a>, <a title="Gambela" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Gambela">Gambela</a>, <a title="Harar" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Harar">Harar</a>, <a title="Région des nations, nationalités et peuples du Sud" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9gion_des_nations%2C_nationalit%C3%A9s_et_peuples_du_Sud">Région des nations, nationalités et peuples du Sud</a>, <a title="Benishangul-Gumaz" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Benishangul-Gumaz">Benishangul-Gumaz</a> et deux régions autonomes (<a title="Addis-Abeba" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Addis-Abeba">Addis-Abeba</a> et Dire Dawa).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref6">[vi]</a> Source: <em>Aids in Ethiopia, Sixth Report</em> &#8211; Federal Ministry of Health, National HIV/AIDS Prevention and Control Office, September 2006.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref7">[vii]</a> Un kébélé est la plus petite sous-division administrative en l&#8217;Éthiopie, équivalente à un quartier ou à une zone rurale très restreinte.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref8">[viii]</a> En moyenne, ces organisations regroupent chacune 400 membres.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref9">[ix]</a> Le comité exécutif est élu par une assemblée générale composée de l’ensemble des membres. L’assemblée se réunit au minimum 2 fois par an et a pour fonction de voter les décisions à prendre.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref10">[x]</a> Le riz, la farine de blé, pâtes, l’huile végétale et le sucre sont les principales denrées importées à partir de Djibouti et du Somaliland</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref11">[xi]</a> La compagnie du chemin de fer Djiboutien-éthiopien est une compagnie dont le capital est détenu à hauteur de 50% par chacun des deux Etats. Concernant le fonctionnement de la société, l’ensemble des bénéfices réalisés sont versés dans une caisse commune puis redistribué entre les Etats respectifs conformément à la répartition du capital, soit à hauteur de 50% pour chaque pays. Les coûts supportés par les branches de chaque pays sont inégaux tandis qu’ils sont gérés indépendamment par chaque branche. Ainsi, de Dewele à Addis Abeba (partie éthiopienne), la compagnie emploie 1100 personnes et est responsable de la maintenance de l’essentiel du réseau ferroviaire tandis que de Dewele à Djibouti, la compagnie emploie 200 personnes (pour un tronçon de 100 km). En proportion de l’activité et de la main d’œuvre employée, les bénéfices redistribués à la partie djiboutienne de la compagnie sont beaucoup plus importants. Toute l’activité de maintenance de la branche éthiopienne de la compagnie est localisée à Dire Dawa.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref12">[xii]</a> Le coût économique du transport par camion est de US $ 42,8/t tandis qu’il est compris entre US $ 15,3 et 35,6 $ US/t par le rail.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref13">[xiii]</a> La distance est de 780 km par le train et de 918 km par la route.</p>
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		<title>Marginalité sexuelle et Internet</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Apr 2010 23:07:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Carl Rocray</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La marginalité sexuelle existe depuis longtemps. Scatologie, bestialité, orgies, sadomasochisme, voyeurisme, etc. : de toutes les époques, les humains ont entretenu divers fantasmes qu’ils n’ont osé partager avec autrui, de peur d’être perçus comme déviants [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>La marginalité sexuelle existe depuis longtemps. Scatologie, bestialité, orgies, sadomasochisme, voyeurisme, etc. : de toutes les époques, les humains ont entretenu divers fantasmes qu’ils n’ont osé partager avec autrui, de peur d’être perçus comme déviants par rapport aux normes en vigueur. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/treehouse1977/2833663891/" target="new"><img title=" Marquis de Sade " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/avril2010/1.jpg" alt=" Marquis de Sade " /></a><br />
Jim Champion, <em> Marquis de Sade </em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Les limites de cette marginalité sexuelle ont d’ailleurs fluctué dans le temps et selon les cultures, comme en témoignent les différentes positions adoptées au sujet de pratiques sexuelles telles que la polygamie,  l’homosexualité ou la masturbation. Un changement semble toutefois avoir été initié depuis le milieu des années 1990 : Internet permet dorénavant d’exposer et de démocratiser les sexualités marginales, entre autres avec des clips comme «Two Girls, One Cup»<a href="#_ftn1">[1]</a>. Ce changement est peut-être encore plus profond sur les sites pornographiques où chacun peut trouver un miroir de ses fantasmes. Il n’est pas question ici d’une certaine pornographie illégale (pédophilie, femmes forcées), mais plutôt de celle conçue légalement par les professionnels et les amateurs. La documentation consacrée à ce sujet est d’ailleurs assez mince, voire inexistante, peut-être à cause du caractère récent d’Internet. Quoiqu’il en soit, le point soutenu dans ce court texte est simple : Internet constitue un phénomène <em>positif</em> en ce qu’il offre de tout, pour tous les goûts, sans juger, tout en permettant à chacun de se sentir moins seul dans sa marginalité.</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord, une question : comment les marginaux sexuels des siècles passés faisaient-ils pour assouvir leurs fantasmes ? À titre d’exemple, le marquis de Sade n’était évidemment pas le seul à associer sexualité et violence au 18<sup>e</sup> siècle. D’autres marginaux devaient également le faire, probablement en privé. Mais comment ces sadomasochistes des siècles passés faisaient-ils pour vivre leurs fantasmes sexuels ? Surtout, comment faisaient-ils pour les vivre de façon consentante, sans forcer une prostituée par exemple ? Bien entendu, le sadomasochisme n’est ici qu’un exemple parmi les nombreux types de marginalité sexuelle, de l’exhibitionnisme à l’échangisme, en passant par le travestisme, la scatologie et autres «golden showers». Parmi les instruments de torture utilisés par l’Église durant l’Inquisition, on retrouve la «chaise de Judas»<a href="#_ftn2">[2]</a>: son siège est une pyramide pointue qui défonce graduellement l’anus. Le procédé n’est pas innocent puisqu’il existe d’autres tortures dénuées de connotations sexuelles. La chaise de Judas serait-elle alors une manière subtile pour les spectateurs d’assouvir ainsi leur marginalité ? Serait-elle une façon de vivre un tabou à une époque pauvre en outils psychologiques (sexologie, etc.) et en exutoires socialement acceptés (carnavals, etc.) ?</p>
<p style="text-align: justify;">Comme l’affirme Alessandro Stella, les procès de l’Inquisition révèlent comment certains prêtres profitaient de leur autorité pour réaliser leurs fantasmes : «ce qui irritait au plus haut point la hiérarchie inquisitoriale, c’était le détournement de la souffrance physique et psychique contenue dans la flagellation. Elle ne devait produire qu’une jouissance mystique, mêlée peut-être à un secret plaisir pervers tiré de la domination, de l’humiliation d’autrui, mais en aucun cas éprouver de jouissance sexuelle. Pas ouvertement en tout cas et surtout pas avec des postures de corps trop explicites, accompagnées d’attouchements.»<a href="#_ftn3">[3]</a> Il cite en ce sens une pénitente qui raconte au sujet d’un prêtre «marginal» : «Me confessant avec lui une ou deux fois par semaine, il m’ordonnait de me donner la flagellation tous les jours, et je devais m’imaginer qu’il était présent et qu’il me disait : «Soulève ton jupon afin que ton père te punisse, tu es une cochonne délurée et pour cela je fouette cette chair immonde, ce cul cochon, ces fesses puantes, tu es une bête, une pécheresse.» La flagellation terminée, je devais rester allongée avec les fesses relevées, les yeux ouverts pour voir mes chairs… […] Je devais ensuite aller me confesser en lui racontant dans le détail comment s’était déroulée ma pénitence, sans honte ni réticence.»<a href="#_ftn4">[4]</a> Un autre prêtre préférait se faire épiler les poils de l’anus et du pubis durant séances de sadomasochisme, tandis qu’un troisième avait l’habitude de demander à ses pénitentes autochtones «d’uriner en sa présence, dans une tasse qu’il lui donnait, puis le père buvait l’urine mélangée à de la poudre et disait que c’était bon et que c’était un médicament.» Il demandait aux jeunes filles de déféquer de la même manière et, à celles qui montraient quelque honte à s’exécuter, «il donnait une tasse leur demandant de le faire dans leur maison et de lui rapporter ensuite la merde et les urines»<a href="#_ftn5">[5]</a>. Peut-être un accès anachronique à la pornographie sur Internet aurait permis à ces marginaux des siècles passés de respecter davantage autrui pour assouvir leurs désirs. Plus qu’une peinture, une sculpture ou un livre érotique, Internet rend les représentations marginales plus accessibles, tout en offrant un avantage particulier : il permet de rapprocher les gens qui partagent des intérêts communs. La marge s’en trouve dès lors moins… marginale.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/elhombre/3953629044/" target="new"><img title=" The Marquis " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/avril2010/2.jpg" alt=" The Marquis " /></a><br />
Dirk De Bruyker, <em> The Marquis </em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">En effet, la pornographie sur Internet est multiforme et donc susceptible de refléter la majorité des fantasmes. Les sites «amateurs» en offrent pour tous les goûts, que vous aimiez les animaux, les culottes tachées de sang menstruel<a href="#_ftn6">[6]</a> ou que vous préfériez des seins piqués de pinces-à-linge. Internet offre un accès sans précédent à du matériel pornographique sans cesse enrichi de photos, de vidéos et de textes. C’est d’ailleurs sa force médiatique : présenter un contenu sexuel diversifié et accessible. Sa dimension virtuelle permet quant à elle de préserver l’anonymat des internautes. Chacun consulte ce qu’il désire sans être jugé, ce qui est important lorsqu’il est question de tabou. Mieux encore, Internet favorise un sentiment d’identification puisque l’on y rencontre d’autres personnes qui partagent nos propres fantasmes, aussi «étranges» soient-ils. En ce sens, la pornographie en ligne est un changement positif en ce qu’elle permet de dédramatiser les tabous et de réunir des individus isolés par ces mêmes tabous. Internet permet non seulement de dédramatiser la marginalité sexuelle et de bâtir des ponts, mais aussi d’amener les marginaux à se respecter et à se réaliser davantage.</p>
<p style="text-align: justify;">La franchise et la lucidité sont préférables à la censure et à l’aveuglement volontaire. De plus, personne n’est obligé de consulter de la pornographie, c’est un simple choix. Tant que le contenu reste légal, il ne devrait pas exister de raison suffisante pour censurer ce contenu, aussi «dérangeant» soit-t-il être. Il y a pourtant des détracteurs qui soulignent habituellement l’addiction potentielle à la pornographie. Ce problème potentiel en est cependant un de dépendance, et son lien avec la pornographie sur Internet reste alors contextuel. Il s’agit donc de le traiter comme l’on traite toutes formes de dépendance.</p>
<p style="text-align: justify;">Un petit aparté en guise de conclusion. La pornographie sur Internet est une représentation de la sexualité, pas sa manifestation réelle : en ce sens, ses détracteurs ont de la difficulté à départager le <em>réel</em> du <em>virtuel</em>. Confondre ces deux plans s’apparente à une forme d’immaturité, la même dont font preuve les détracteurs de la violence dans les jeux vidéo quand ils affirment que ces jeux encouragent à la violence. Comme l’affirme Liliane Lurçat à ce sujet : « La violence de Goldorak inquiète dans la mesure où elle agresse l’enfant spectateur qui vit le spectacle avec une distance insuffisante et qui fait mal la distinction entre l’espace de la fiction et les lieux réels. »<a href="#_ftn7">[7]</a> À la manière d’iconoclastes, les détracteurs de la pornographie croient que briser l’image permet d’avoir une emprise sur le réel. Ici, immaturité et subjectivité vont de pair : «L’enfant n’est pas au niveau de la croyance mais de la fable. Il n’a pas encore un sens suffisant de l’objectivité, de ce qui existe en dehors de ses représentations.»<a href="#_ftn8">[8]</a> Censurer une expression, aussi «perverse» soit-elle, ne suffit pas pour éliminer les fondements qui soutiennent cette expression. En cette ère du virtuel, «la censure la plus sévère et la plus lourde reste celle qui touche l’éthique et la pensée. Celle-là même qui conduit vers la pensée unique et l’établissement d’un nouvel ordre moral car elle n’offre aucune place à l’individu.»<a href="#_ftn9">[9]</a> À la même époque où Sade diffusait ses fantasmes, Voltaire écrivait : «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire librement.»<a href="#_ftn10">[10]</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> Bien qu’il s’agisse de scatologie simulée (une mixture chocolatée), le phénomène et les réactions ont été bien réels : voir [http://en.wikipedia.org/wiki/2_Girls_1_Cup]</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> [http://en.wikipedia.org/wiki/Judas_cradle]</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Alessandro Stella, <em>Le prêtre et le sexe : les révélations des procès de l’Inquisition</em>, Bruxelles, André Versailles, 2009, p. 97.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4">[4]</a> <em>Ibid.</em>, p. 91.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5">[5]</a> <em>Ibid.</em>, pp. 101 et 106.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6">[6]</a> [http://www.imagefap.com/gallery.php?search=menstruation&amp;submit=Search!]</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7">[7]</a> Liliane Lurçat, <em>À cinq ans, seul avec Goldorak : le jeune enfant et la télévision</em>, Paris, Syros, 1981, pp. 54-55.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8">[8]</a> <em>Ibid.</em>, p. 17.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9">[9]</a> Erick Dietrich et Stephanie Griguer, <em>Il est interdit d’interdire : censure et répression</em>, Paris, Jacques-Marie Laffont, 2005, p. 18.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10">[10]</a> Voltaire, <em>Lettre aux d’Argental</em>, 1763.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Entrevue avec Yves Otis, de ECTO : outiller le travailleur autonome</title>
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		<pubDate>Wed, 31 Mar 2010 17:27:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marc Ouimet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entrevues / Interviews]]></category>
		<category><![CDATA[Formats]]></category>
		<category><![CDATA[Français]]></category>
		<category><![CDATA[Langue / Language]]></category>
		<category><![CDATA[Sections]]></category>
		<category><![CDATA[Société / Society]]></category>
		<category><![CDATA[ECTO]]></category>
		<category><![CDATA[réseaux]]></category>
		<category><![CDATA[travail autonome]]></category>

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		<description><![CDATA[Le travail autonome est une réalité de plus en plus présente sur le marché du travail, le phénomène ayant d’ailleurs pris de l’expansion à mesure que se développe le milieu des technologies de l’information et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le travail autonome est une réalité de plus en plus présente sur le marché du travail, le phénomène ayant d’ailleurs pris de l’expansion à mesure que se développe le milieu des technologies de l’information et des communications (TIC). Décrié par certains comme un recul de la protection sociale des travailleurs dans le sillon de la reconfiguration néolibérale du marché du travail puisque particulièrement propice aux contrats à la pige, il apparaît pour d’autres comme un espace de liberté et d’accomplissement sans égal au sein des emplois traditionnels.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/photonquantique/1818489936/ " target="new"><img title=" Woman 's Thoughts aKa Complex Memetics " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/mars2010/photon.jpg" alt=" Woman 's Thoughts aKa Complex Memetics " /></a><br />
PhOtOnQuAnTiQuE, <em> Woman &#8216;s<br />
Thoughts aKa Complex Memetics </em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Devant l’expansion de ce phénomène, un groupe de travailleurs autonomes a décidé de développer la coopérative <em><a href="http://www.ecto.coop" target="_blank">ECTO</a> </em>pour faire face à certains obstacles, dont l’isolement et le manque d’échanges avec des pairs. Logé dans l’ancienne Phonothèque de Montréal, <a href="http://www.ecto.coop" target="_blank"><em>ECTO</em></a> est plus qu’un simple lieu de travail : c’est un espace de travail coopératif qui propose un lieu d’échange entre professionnels, de formation entre pairs et de diffusion de la connaissance dans un cadre non-institutionnel.</p>
<p style="text-align: justify;">Yves Otis, président et membre fondateur d’<a href="http://www.ecto.coop" target="_blank"><em>ECTO</em></a>, a accepté de rencontrer <em>Le Panoptique</em> afin de parler de la réalité et des perspectives du travail autonome. Historien de formation, Yves Otis est aujourd’hui le cofondateur de la PME <a href="http://www.percolab.com" target="_blank"><em>Percolab</em></a>, qui travaille à l’intégration des plateformes numériques dans des projets éducatifs  au sein du système d’éducation ainsi qu&#8217;en entreprise.</p>
<p style="text-align: justify;">Cliquez sur ce lien pour accéder à l’extrait audio de l’entrevue.</p>
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		<title>Persée et la littérature</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Mar 2010 00:04:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Matthieu Dorion</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Français]]></category>
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		<category><![CDATA[Beigbeder]]></category>
		<category><![CDATA[L'amour dure trois ans]]></category>

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		<description><![CDATA[Le monde débarrassé de ses créatures fantastiques, il ne restait plus que la mélancolie dans les yeux de Persée. Plus de hauts faits d’armes, plus de légendes à tisser. Bien entendu, ce qui devait arriver [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">Le monde débarrassé de ses créatures fantastiques, il ne restait plus que la mélancolie dans les yeux de Persée. Plus de hauts faits d’armes, plus de légendes à tisser. Bien entendu, ce qui devait arriver arriva : Persée, trop triste pour être heureux, se retrouva seul, sans Andromède, sans autre féminité ensuite. Même Méduse lui manquait, imaginez.</p>
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<p style="text-align: justify">Il entreprit donc un pèlerinage, là où il avait sauvé Andromède, afin de retrouver ce sentiment qui l’habitait alors. Il retrouva sans peine le rocher d’où il l’avait délivré, puisque, rouillées, y pendaient toujours les chaines de celle qui avait été sa bien-aimée. Persée s’y assit, face à la mer, et soupira. Peut-être Cétus viendrait-elle encore? Bien que pourfendue peut-être avait-elle engendré des baleineaux avant de succomber à son glaive? Il le souhaitait, parce qu’il devait revivre, ressentir de nouveau l’amour et la griserie qu’apportent l’action, la bataille, le glaive et le sang versé.</p>
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<p style="text-align: justify">Point de cétacés. Dépité par cette triste absence de défi, le voilà qu’il s’emplit la bouche de cailloux, sort son bouquin de sa besace et déclame à la mer.</p>
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<p style="text-align: justify">Le bouquin, c’est l’amour dure trois ans, de Beigbeder. C’est un anachronisme, mais c’est bon pour l’âme, presque autant qu’un bouillon de poulet.</p>
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<p style="text-align: justify">Il se lance d’abord dans de grandes tirades qui ne sont en fait que des aphorismes charmants collés les uns aux autres, les commentant ensuite.</p>
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<p style="text-align: justify">« Un jour, le malheur est entré dans ma vie et moi, comme un con, je n’ai plus jamais réussi à l’en déloger »</p>
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<p style="text-align: justify">Le malheur est cruel au cœur de l’indien, ou du grec, c’est selon, pense-t-il.</p>
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<p style="text-align: justify">« Tout le problème de l’amour, me semble-t-il, est là : pour être heureux on a besoin de sécurité alors que pour être amoureux on a besoin d’insécurité. Le bonheur repose sur la confiance alors que l’amour exige du doute et de l’inquiétude »</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Voilà la source de mes tourments, lâche-t-il en criant aux flots qui lui font face, lorsque j’étais dans un monde incertain, j’étais amoureux, j’aimais, mais du jour où l’insécurité s’est fait la paire, jusqu’à aujourd’hui, je n’ai été qu’heureux, c’est abominable! Ce qui est incroyable, c’est qu’il est vrai qu’il m’a été possible d’aimer mes maitresses, mais si peu cette femme avec qui je regardais les saisons passer… alors que je l’ai tant aimée lorsqu’elle était, ironie du sort, ma maitresse.</p>
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<p style="text-align: justify">« Le meilleur moyen de ne pas regretter une chose est de l’oublier »</p>
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<p style="text-align: justify">Il a essayé, de maintes fois, avec tous les alcools possibles. Ça atténue, voilà tout.</p>
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<p style="text-align: justify">Il a essayé aussi d’être un simple homme, simple, que simplicité, mais…</p>
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<p style="text-align: justify">« L’erreur est de vouloir une vie immobile. On veut que le temps s’arrête, que l’amour soit éternel, que rien ne meure jamais, pour se prélasser dans une perpétuelle enfance dorlotée. On bâtit des murs pour se protéger et ce sont ces murs qui un jour deviennent une prison. »</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Et finalement, Persée, dans un long sanglot, lance aux flots (avant d’y balancer son livre, écœuré par tant de vérités) :</p>
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<p style="text-align: justify">« Ceci est le livre d’un enfant gâté, dédié à tous les étourdis trop purs pour vivre heureux. Le livre de ceux qui ont le mauvais rôle et que personne ne plaint. Le livre de ceux qui ne devraient pas souffrir d’une séparation qu’ils ont eux-mêmes provoquée et qui souffrent tout de même, d’une douleur d’autant plus irréparable qu’ils s’en savent les uniques responsables. Car l’amour ce n’est pas seulement : souffrir ou faire souffrir. Cela peut aussi être les deux. »</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Dieu que Persée se sent seul sur ce rocher.</p>
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<p style="text-align: justify">Allez, il se paye une cuite.</p>
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<p style="text-align: justify">L&#8217;amour dure trois ans, Frédéric Beigbeder, Folio #3518</p>
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