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	<title>Le Panoptique &#187; Simon Chavarie</title>
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	<description>Perspectives sur les enjeux contemporains &#124; More Perspective on Current International Issues</description>
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		<title>L&#8217;âge des ténèbres</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Jan 2010 18:20:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Je m&#8217;imagine vêtu seulement de ma cotte de maille, en 1134, sous le soleil, au milieu des dunes d&#8217;un Irak à venir. Mon épée dans la main, la lame pleine du sang des Infidèles. Je rugis comme un débile dans un latin approximatif. Quid mouratru Islam infernus! Eh oui, je suis un croisé. Croisé égaré dois-je préciser, car relativement loin des collines de Jérusalem. Peu importe. On peut connaître la raison de ma présence là-bas, si loin de mes pénates bourguignonnes, en lisant l&#8217;inscription gravée sur le manche de mon épée: &laquo;&nbsp;Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie.&nbsp;&raquo; Moi et mes potes croisés on a trouvé ça dans la Bible, et on trouvait que ça en jetait pas pire.</p>
<p>Presque 1000 ans plus tard, dans le même sable maintenant devenu irakien, les Marines américains violent des chameaux. Leur arme en bandouillère. Sur le viseur, on peut lire &laquo;&nbsp;Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie.&nbsp;&raquo; Et voilà. Ma mémoire se perpétue. J&#8217;en chie d&#8217;excitation. On tient à remercier la compagnie Trijicon, qui depuis vingt ans agrémente ses armes de références bibliques.</p>
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		<title>Le passage du vide</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Dec 2009 17:42:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je plongeais récemment dans de vieux trucs, genre Mounier, le personnalisme, toute la floppée des humanistes chrétiens, et puis je suis devenu triste. De voir l&#8217;homme aujourd&#8217;hui, réduit à son expression consumériste, tous organes sexuels [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je plongeais récemment dans de vieux trucs, genre Mounier, le personnalisme, toute la floppée des humanistes chrétiens, et puis je suis devenu triste. De voir l&#8217;homme aujourd&#8217;hui, réduit à son expression consumériste, tous organes sexuels devant, animal fou qu&#8217;on a pas le courage de lui mettre une balle dans la tête. Combien d&#8217;années encore de ce passage du vide, d&#8217;entre deux coups de vent? Il faut remplir l&#8217;homme. Le remplir d&#8217;une conscience, depuis longtemps flétrie, sacrifiée tous les jours. Le remplir donc, et lui donner une batte de baseball, extension fibreuse de son essence retrouvée. Qu&#8217;il en fasse usage comme il lui semblera approprié. Il y a tant de choses à défoncer. Centres d&#8217;achat où vont s&#8217;expurger toutes les strates d&#8217;insignifiances accumulées. La matière nous pèse, il importe de la réduire à ce qu&#8217;elle est, vidée de sens, de valeur, un amas d&#8217;atomes et c&#8217;est tout. L&#8217;individu retrouvé, le vrai, à la fine pointe de son potentiel, l&#8217;individu dangeureux, menace pour l&#8217;ordre, etc. Pas cet individu/sac réutilisable, urne à cochonneries, gosier sans fond. Tout ça doit mal finir. Dans le feu et la poussière. Je peux pas ne pas me rappeler la question de Péloquin: &laquo;&nbsp;Vous êtes pas tannés de mourir, bandes de caves?&nbsp;&raquo; Je peux pas croire que la frénésie attardée du boxing day peut pas être retournée contre eux qui l&#8217;alimente et l&#8217;attise. Quand est-ce qu&#8217;on va faire la file devant le Centre Shop du Futur en Haute Fidélité, avec seulement cette fois-ci nos battes de baseball dans la main?<br />
Joyeux Noël. Le p&#8217;tit Jésus est ben fier de nous.</p>
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		<title>L&#8217;âne et la crowbar</title>
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		<pubDate>Tue, 03 Nov 2009 01:58:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Bon bon bon, on a réélu l&#8217;idiot du village. En fait je dis &laquo;&nbsp;on&nbsp;&raquo;, mais je nous excluse, parce que c&#8217;est pas vraiment nous. C&#8217;est les ânes de la couronne, périphérique et monarchique. À cause qu&#8217;ils avaient tant peur de Frau Harel, ils se sont dit &laquo;&nbsp;ah.. et puis la corruption, c&#8217;est pas si pire, un moindre mal&nbsp;&raquo;. Donnez-moi les résultats répartis en fonction du salaire annuel des élécteurs, ça presse. Pendant ce temps-là, je vais aller aiguiser ma crowbar. Non non, c&#8217;est pas ce que vous croyez, c&#8217;est que ma porte d&#8217;auto est coincée.<br />
Je crois plus en rien. Les électeurs, les citoyens dis-je, c&#8217;est de la graine de mouton. Personne est fâché, les riches et les pourris reconduisent leur esclave à la mairie, sans tambours ni trompettes, tout tant mieux en tromperies. Et puis je veux plus jamais parler de politique municipale. Mon chapeau est déformé, ma mine est cassée, Montréal-Matin est fermé depuis 1978. C&#8217;est trop de merde pour une seule mouche. J&#8217;accroche ma crowbar.</p>
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		<title>Indice de corruption</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Oct 2009 01:57:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pour la première fois de ma vie, sobre du moins, je vais vous entretenir de politique municipale. Déjà, j&#8217;me sens petit journaliste avec chapeau, crayon à mine, pigiste au Montréal Matin. Quelle pourriture. Bande d&#8217;achevés-parvenus, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour la première fois de ma vie, sobre du moins, je vais vous entretenir de politique municipale. Déjà, j&#8217;me sens petit journaliste avec chapeau, crayon à mine, pigiste au Montréal Matin.</p>
<p>Quelle pourriture. Bande d&#8217;achevés-parvenus, à la botte d&#8217;une floppée d&#8217;crosseurs. J&#8217;vois d&#8217;ici leurs chaînes en or, toutes pognées dans leurs poils de torse. Comme dans le bon vieux temps, avant que le monde se réveille. Aujourd&#8217;hui le monde il s&#8217;est rendormi. Gazé au cynisme. Les politiciens nous prient de voter en grand nombre, qu&#8217;il en va de la survie de notre démocratie. Ils ont raison. Ils ont raison aussi de ne pas penser un mot de ce qu&#8217;ils racontent. Cette démocratie qui est la nôtre, elle carbure au sommeil. Plus on ronfle, plus ils ronronent. Quand en sursaut on se réveille, l&#8217;espace d&#8217;un instant, ils n&#8217;ont qu&#8217;à plaider l&#8217;ignorance. Et nous, tout plissés des yeux et de la peau, on s&#8217;offusque pas du fait que soit nos élus sont cons comme la lune, soit ils nous bourrent le mou à la sauvage. Ben c&#8217;est tant pis pour nos gueules.</p>
<p>Presque dans un autre ordre d&#8217;idée, je voudrais lever mon chapeau cette semaine aux soldats italiens, fiers dépositaires d&#8217;une longue tradition militaire qui ferait vomir de honte quiconque un tant soit peu attaché à la chose martiale. Eh bien ces braves, ils ont payé les Talibans pour qu&#8217;ils arrêtent de leur tirer dessus. Voilà, enfin, un vrai processus de paix. Je dis tout ça sans ironie, ni cynisme. J&#8217;y crois. Mais, à leur place, j&#8217;en aurais quand même glissé un mot aux Français arrivés en relève, et qui faute d&#8217;être au parfum, se sont pris la sauce.</p>
<p>Je vous aime.</p>
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		<title>Avoir rien fait et tout faire pour rien</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Oct 2009 17:43:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;action. L&#8217;agir. Les grands de ce monde, je pense qu&#8217;ils en ont un peu perdu de vue le sens. Remarquez, quand on a tout à gagner du statu quo, on ne se démène plus comme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;action. L&#8217;agir. Les grands de ce monde, je pense qu&#8217;ils en ont un peu perdu de vue le sens. Remarquez, quand on a tout à gagner du statu quo, on ne se démène plus comme avant. Le concept d&#8217;action gagne alors en grandiose creux ce qu&#8217;il perd en authenticité.</p>
<p>Le Nobel à Obama, c&#8217;est du vent. Pire, on a remis le prix cette année au vent en tant que tel. Un vent de changement, soit, mais ça reste que du brassage d&#8217;air. Quant à moi, ce vent n&#8217;a jusqu&#8217;ici qu&#8217;un seul mérite, celui de disperser l&#8217;odeur des cadavres. Peu importe, la chance au coureur comme on dit. Je veux juste qu&#8217;on voit bien toute la distance qu&#8217;il y a entre l&#8217;action et &laquo;&nbsp;l&#8217;intention d&#8217;établir un dialogue&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Dans le sens contraire maintenant, de vide grandiose, Icare Laliberté. C&#8217;était quoi tout ça? Je comprends pas, sinon qu&#8217;ici la cause (l&#8217;eau) semble porter les envolées délirantes, baroques et égomaniaques de l&#8217;homme. Ç&#8217;eut dû être l&#8217;inverse. Les experts en empreinte écologique nous diront combien d&#8217;eau on a gaspillé pour aller lire un poème dans l&#8217;espace.</p>
<p>Ils m&#8217;emmerdent. Ils ajoutent à ma fatigue. Néanmoins, vous l&#8217;aurez constaté, je suis de retour. Contre le vent et l&#8217;eau, ensemble, nous fouterons le feu à la Terre.</p>
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		<title>Je sais pas</title>
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		<pubDate>Wed, 08 Apr 2009 21:22:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je sais pas de quoi parler&#8230; Qu&#8217;on ne m&#8217;y méprenne, c&#8217;est pas le jus qui manque. Je voulais parler du tremblement de terre en Italie. Genre &#171;&#160;oh mon dieu, c&#8217;est pas drôle&#160;&#187;. Commenter une catastrophe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Je sais pas de quoi parler&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Qu&#8217;on ne m&#8217;y méprenne, c&#8217;est pas le jus qui manque. Je voulais parler du tremblement de terre en Italie. Genre &laquo;&nbsp;oh mon dieu, c&#8217;est pas drôle&nbsp;&raquo;. Commenter une catastrophe naturelle, un beau défi. Puis Obama qui se promène partout, s&#8217;insère dans toutes les conversations, des gens qui le regardent et disent &laquo;&nbsp;ok ok, du calme mon petit&nbsp;&raquo;. Il est tout excité, c&#8217;est normal.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;autre boulotte détraquée à lunette, Kim, qui garoche ses missiles partout. Lui il est drôle. Il a besoin d&#8217;être consolé. On veut le serrer dans nos bras, peut-être jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il meurt. Il est tout petit, avec des grosses lunettes, et il aime le cinéma. Tout ça est tellement attendrissant.</p>
<p style="text-align: justify;">On votait au Texas sur le droit de porter une arme à l&#8217;université. Je connais pas le résultat. On riait beaucoup en imaginant le prof de philo avec un Colt 45 à sa ceinture. Puis on a réalisé qu&#8217;il n&#8217;y a plus de cours de philo au Texas depuis toujours.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai fait une demande de financement Accord D pour acheter les Canadiens. 5000$. Je suis prêt à descendre jusqu&#8217;à 2000.</p>
<p style="text-align: justify;">Je m&#8217;ennuie du Nord, du cri de personne nulle part. Du ronronnement des lignes de 750kv.</p>
<p style="text-align: justify;">Je pense que j&#8217;irai à la chasse l&#8217;automne prochain, pour tirer un chevreuil dans face. Je vais sûrement me sentir très mal après.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout est tranquille, ma blonde dort pis y&#8217;as pas de game à soir. J&#8217;vas aller faire une sieste.</p>
<p style="text-align: justify;">Désolé pour tout ça, l&#8217;épandage de vide. L&#8217;été, pis ça presse.</p>
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		<title>L&#8217;ordre</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Mar 2009 21:26:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;ordre. Pourquoi y est-on tant attaché? Je revenais de banlieue hier, dans une voiture prêtée, et la radio laissait filtrer l&#8217;opinion publique, qui s&#8217;exprimait alors sur la manifestation contre la brutalité policière de la veille. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">L&#8217;ordre. Pourquoi y est-on tant attaché? Je revenais de banlieue hier, dans une voiture prêtée, et la radio laissait filtrer l&#8217;opinion publique, qui s&#8217;exprimait alors sur la manifestation contre la brutalité policière de la veille. Dans l&#8217;air, l&#8217;incompréhension, le dégoût, la colère. Moi, je suis quand même content. Comme j&#8217;étais content quand une bande de hooligans ont entrepris de prendre la police en levrette, suivant la traditionnelle élimination de Boston. Pas besoin de cause pour en découdre avec les représentants de l&#8217;ordre. Le geste même suffit amplement. Le problème avec la dernière manif, c&#8217;est son nom. C&#8217;est pas contre la brutalité policière, mais pour la brutalité contre la police. 250 000$ de dommage pour un petit défi posé à l&#8217;ordre, c&#8217;est un bon deal. Il faut aussi déduire de ce montant les revenus accumulés en tickets.</p>
<p style="text-align: justify;">Le seul mécontent, c&#8217;est le contribuable, sorte d&#8217;eunuque écervelé ne comprenant l&#8217;univers qu&#8217;à travers son compte de taxe. Les policiers et leurs patrons sont contents eux, ça ouvre la porte à un resserement des structures et ça délie les jambes. Les manifestants aussi, qui attendent ça toute l&#8217;année et qui également doivent se dégourdir le pied de guerre.</p>
<p style="text-align: justify;">À entendre le monde chiâler, c&#8217;est comme si on en était venu à croire le slogan des forces de l&#8217;ordre, &laquo;&nbsp;protéger et servir&nbsp;&raquo;. Come on.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout ça est dans l&#8217;ordre des choses. Tout le monde y est à sa place. Y compris le contribuable, qui contribue, ben écrasé devant LCN. Lui, il rêve d&#8217;être dans l&#8217;hélicoptère TVA. Il se demande combien ça coûte.</p>
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		<title>Pétitions</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Mar 2009 21:30:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je suis dans le circuit des pétitions. Chaque mois, dans mes mails, on me demande de demander à un gouvernement que je suis même pas sûr qu&#8217;il existe encore la libération de Mumbaï S&#8217;Kotchtape, détenu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Je suis dans le circuit des pétitions. Chaque mois, dans mes mails, on me demande de demander à un gouvernement que je suis même pas sûr qu&#8217;il existe encore la libération de Mumbaï S&#8217;Kotchtape, détenu illégalement depuis que la messagerie électronique existe. Je sais pas, j&#8217;ai l&#8217;impression que s&#8217;ils l&#8217;ont pas encore liberé après que la terre ait signé deux fois la pétition, peut-être il a fait quelque chose de mal. Mais c&#8217;est pas bien de se moquer des injustices. Moi, quand j&#8217;ai perdu mes clés, seulement quatre personnes ont signé la pétition que j&#8217;avais e-mallée à tout le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais bon, des fois je les signe, de bon coeur. Pour la réforme du mode de scrutin, ou pour abattre Brigitte Bardot par exemple. Cette semaine j&#8217;en ai recu une qui vaut d&#8217;être véhiculée. Le gros sans-dessein à Harper, si j&#8217;en crois la ennepédiste qui vit parmi les ours polaires et qui semble être à l&#8217;origine de la pétition, s&#8217;apprête à passer une loi visant à s&#8217;assurer que &laquo;&nbsp;Les bourses d&#8217;études accordées par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada cibleront les diplômes liés aux affaires.&nbsp;&raquo; <a href="http://nikiashton.ndp.ca/crsh">nikiashton.ndp.ca/crsh</a></p>
<p style="text-align: justify;">Hmmm, je connais des anthropologues travaillant sur les pratiques vestimentaires du clergé joliettain au 18 siècle qui ont pas fini de manger leur bas avec pas de sel. Il me fâche ce gros innocent-là. S&#8217;attaquer à la quête de connaissance, à la recherche, aussi futiles peuvent-elles paraître, c&#8217;est l&#8217;étape juste avant de marier sa cousine. Y connait rien, rien que Jésus en forme de biscuit soda, pis y veut que tout le monde soit comme lui, à moins que ça fasse grossir la pile de bacon dans shed en arrière de chez eux.</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;Liés aux affaires&nbsp;&raquo;&#8230; Je vais aller me chercher une bourse de recherche pour prouver que deux cinq piasses c&#8217;est mieux qu&#8217;un dix. Mes deux cousines vont me faire des lettres de référence.</p>
<p style="text-align: justify;">Allez donc signer la pétition.</p>
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		<title>La saison des Oskar</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Mar 2009 22:37:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les Oscars approchent. Cette année encore, de nombreux films traitant, de près ou de loin, des horreurs du nazisme sont en nomination, The Reader en tête. Un article publié récemment par l’agence France-Presse(1) établissait d’ailleurs [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Les Oscars approchent. Cette année encore, de nombreux films traitant, de près ou de loin, des horreurs du nazisme sont en nomination, <em>The  Reader </em>en tête. Un article publié récemment par l’agence France-Presse(1) établissait d’ailleurs une corrélation directe entre l’abondance de films hollywoodiens portant sur la Shoah et la cérémonie des Oscars. En effet, plusieurs observateurs considèrent que le sujet garantit aux films qui l’abordent sinon des prix, au moins une grande visibilité à la célèbre cérémonie. Il y a quinze ans, <em>Schindler’s List</em>, de Steven Spielberg, en avait fait la preuve de manière éclatante, avec sept Oscars. Or le film avait également démontré, probablement malgré lui, qu’il ne suffisait pas d’être «visible» pour contribuer à une meilleure compréhension du sujet. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title="Abstract (paint job)" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/47/his.jpg" alt="Abstract (paint job)" /><br />
Tanakawho <em>Abstract (paint job)</em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Le génocide des juifs par les nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale constitue l’une des blessures les plus profondes infligées à notre mémoire collective. L’appréhension de l’événement, par l’horreur indicible qui en émane, déborde largement du cadre étroit de la recherche historique pour s’insinuer dans les régions les plus reculées de l’esprit qui tente d’en saisir le sens et la portée. Ainsi sommes-nous appelés à concevoir l’Holocauste en faisant intervenir des éléments irrationnels et mystiques qui aident à combler le vide laissé par la simple analyse objective. À ce titre, le choix, dès la fin des années cinquante, du terme d’holocauste, désignant dans la religion juive le sacrifice par le feu, au détriment du mot plus «général» de génocide, est très éloquent. L’événement devient ainsi, selon les mots de l’historien juif Yehuda Bauer, «mystérieux, une sorte de miracle à l’envers, un phénomène de portée religieuse au sens où il ne procède pas de l’homme(2)». Dans ce sens, <em>Schindler’s List</em> constitue un exemple frappant de la manière dont la compréhension du génocide des juifs suscite l’intervention d’éléments mystiques et religieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous voulons montrer comment, à travers l’analyse du schéma narratif du film de Spielberg, le personnage d’Oskar Schindler se trouve investit d’une mission mystique calquée sur celle de Moïse qui, comme nous le savons, tient dans la tradition judéo-chrétienne le rôle de sauveur du peuple juif. Ensuite, nous verrons comment le réalisateur, en court-circuitant les aspects d’ordre plus politiques et historiques de l’Holocauste, facilite une appréhension affective de ce sujet, au détriment d’une compréhension objective. Nous pourrons ainsi déterminer les différentes implications symboliques et idéologiques qui découlent de cette approche de la question du génocide.</p>
<p style="text-align: justify;">Le film de Spielberg est bâti de telle façon que nous suivons l’évolution du personnage d’Oskar Schindler, qui de capitaliste égocentrique intéressé seulement par le profit et la bonne chère, en plus d’être membre du Parti nazi, se métamorphosera, sous le coup d’une révélation mystique (la petite fille en rouge), en sauveur du peuple juif. Comme le mentionne Pierre Berthomieu, «À l’instar de Moïse, [Schindler] se trouve d’abord dans le camp ennemi/égyptien(3)». Spielberg met beaucoup d’emphase sur ce point au début du film. Par exemple, une attention particulière est portée sur l’insigne nazi dont Schindler se pare dans la première séquence le mettant en scène. Nous le voyons ensuite prendre possession, sans la moindre trace de compassion, d’un appartement laissé vacant par le départ d’une famille juive vers le ghetto. D’ailleurs, la situation avantageuse de l’industriel tchèque est toujours mise en parallèle avec celle, hautement défavorable, des juifs. Cette dichotomie dans la mise en scène atteint parfois un degré qui frise le ridicule, comme par exemple lorsque, dans la même scène de l’appartement, Schindler s’exclame «Ce ne pourrait être mieux», à la suite de quoi nous retrouvons la famille relogée dans une minuscule pièce, le père rageant «Comment cela pourrait-il être pire?». De la même manière, en alternance, nous verrons, tout au long du film, Schindler gagner en humanité, jusqu’à l’illumination, alors que la situation des juifs s’en trouvera de plus en plus dépourvue. Entre ces deux mondes, Itzac Stern, le comptable de Schindler, fait office de pont. Ainsi, alors que son patron n’est préoccupé que par l’embauche d’une secrétaire dont les talents professionnels importent peu, en plus de s’assurer d’une coopération optimale des autorités nazies afin de maximiser ses profits, Stern voit déjà dans cette entreprise l’opportunité d’épargner à ses semblables un sort qu’il devine funeste. Rien donc ne semble prédisposer Schindler à la «mission» dont il se trouvera plus loin investit, le réalisateur prenant bien soin de mettre en relief ses défauts innombrables; le spectateur à la recherche du «bon» aura davantage tendance à porter son attention sur Stern.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est à ce moment précis, pendant la liquidation du ghetto, qu’Oskar Schindler a sa première «vision». Assistant du haut de sa montagne(4) aux opérations menées par les forces nazies, son regard est attiré par une petite fille qui erre dans les rues. Le spectateur comprend facilement qu’il s’agit là d’un point tournant dans le film puisque qu’elle est en pratique la seule image en couleur du film. C’est dans la scène suivante qu’apparaît le personnage d’Amon Goeth, le SS en charge du camp de concentration où les juifs ont été déportés. Goeth porte en lui tous les clichés attribués à l’officier nazi par le cinéma hollywoodien. Sadique, froid, calculateur et dévoyé sexuel, il constitue dans l’événement narratif le degré zéro de l’humanité, par rapport auquel nous pourrons situer l’évolution de Schindler vers le «bien». Au départ, les deux hommes sont explicitement placés côte à côte, comme en témoigne la scène où ils se rasent, puis progressivement le personnage interprété Liam Neeson s’élèvera au-dessus de Goeth. En effet, c’est dès l’entrée en scène de ce dernier qu’une attention particulière est accordée aux gestes positifs de Schindler, qui apprend au même moment que l’usine qu’il dirige sert à protéger des juifs promis à une mort certaine. C’est dans la scène du balcon que les deux personnages sont définitivement dissociés, de manière pour le moins manichéenne, lorsque contrairement à Goeth qui affirme que le pouvoir tient dans la possibilité de tuer arbitrairement, Schindler rétorque qu’il réside plutôt dans la faculté de pardonner. Ainsi la distinction entre le bien et le mal (Schindler et Amon) est-elle clairement établie. Ces notions étant, selon le réalisateur, dans la nature profonde de chacun, les efforts de Goeth en vue de pardonner au lieu de condamner s’avéreront vains.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis c’est l’illumination définitive, devant la montagne des juifs exhumés puis brûlés. Schindler s’emploiera, dès cet instant et comme touché par l’inspiration divine, à sauver autant de juifs que sa richesse le lui permet. Goeth, incrédule, s’exclame: «Qui es-tu, Moïse?». La référence est donc pleinement «assumée» par Spielberg, comme le mentionne Cyrille Bossy(5). La liste, que nous n’avions vue qu’entre les mains des nazis, portant ainsi la mort des individus dont le nom s’y trouvait, devient alors la source ultime de vie, pour reprendre les mots d’Itzac Stern. Ainsi, plus d’un millier de juifs sont sauvés d’une mort certaine par l’intervention providentielle d’un homme et de sa richesse colossale acquise, soulignons-le, par la souffrance du peuple juif. Ce retournement amplifie encore l’aspect mystique de la révélation de Schindler et de ses gestes subséquents visant à guider le peuple juif vers la «terre promise».</p>
<p style="text-align: justify;">Si la situation des juifs, réduits à un groupe précis, dans les camps de concentration est explicitée dans le film de Spielberg, la guerre quant à elle, avec ce qu’elle comporte de charge idéologique, politique et historique, est totalement absente de l’événement narratif. En effet, il n’est ni question, du moins pas directement, d’Hitler, des opérations militaires, des populations civiles non juives, mis à part les moments où elles sont représentées comme étant farouchement antisémites(6). En fait, ne sont présents dans ce film que Schindler, les juifs et les soldats allemands qui les persécutent. Or voilà un choix qui comporte certaines conséquences symboliques et idéologiques. En effet, en négligeant de placer l’événement dont il est question ici dans son contexte historique, avec tout ce que cela implique de complexité, nous pensons que Spielberg exclut toute possibilité de compréhension objective du génocide, ne permettant par là qu’une interprétation coupée de la réalité, mystique, comme en témoignent d’ailleurs les analogies omniprésentes à la vie de Moïse. Si nous suivons la logique du réalisateur jusqu’au bout, l’esprit excessivement profane pourrait croire que la Deuxième Guerre mondiale prit fin parce que Schindler n’avait plus d’argent(7), ou parce que sa mission divine arrivait à terme. En d’autres mots, le schéma narratif de <em>Schindler’s List</em>, par les éléments qu’il omet volontairement, tend à situer l’Holocauste en dehors de l’histoire mais à l’intérieur d’une prophétique «destinée» du peuple juif. De plus, en ne montrant que des Allemands prompts à accomplir la sale besogne, sans remords et pleins de volontarisme, donc en leur déniant toute forme de réticence, ou de désaccord, le réalisateur renforce le cliché encore trop répandu de la complète et sincère adhésion de l’Allemagne au génocide, ce qui bien entendu ne peut être vrai. En résumé, ce que le film ne montre pas vient s’ajouter à ce qui y est explicite pour présenter une interprétation irrationnelle et manichéenne du sujet traité. Si ce choix de Spielberg n’enlève rien à la qualité artistique du film, il n’en demeure pas moins qu’il ne facilite pas la compréhension, pourtant essentielle, d’un sujet aussi grave. En effet, en insistant sur les «miracles» accomplis par Schindler et sur la survie de ce groupe de personnes, Spielberg tend à faire oublier au spectateur qu’il s’agit là d’une infime minorité, et que plus de six millions de juifs n’eurent pas droit au même «traitement préférentiel». Cela dit, nous sommes convaincus que là n’était pas l’intention du réalisateur, connaissant son implication dans la commémoration de la Shoah et la dénonciation des crimes nazis.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Schindler’s List</em> n’est pas un film de guerre, ni un drame politique, mais une parabole sur l’Holocauste et le destin du peuple juif. Si de nombreuses caractéristiques du drame de guerre sont présentes dans ce film, il n’en demeure pas moins que la guerre comme telle en est évacuée. Sur le plan idéologique, le génocide des juifs se trouve extrait de son contexte historique, donc évacué de la réalité. Même le génocide lui-même semble déformé par le fait qu’on y suit un groupe de «miraculés» ayant échappé au sort qui fut celui des six millions de leurs semblables. Dans le même sens, les parallèles établis avec la légende de Moïse véhiculent une image irrationnelle de l’Holocauste qui ne facilite en rien sa compréhension et qui transporte l’événement, pourtant bien réel, dans les champs de la religion et du mystique. En effet, les nombreux symboles qui parsèment le schéma narratif, comme la montagne, la révélation, la liste, donnent davantage à l’ensemble les allures d’une fable religieuse que celles d’un drame historique relatant l’un des pires épisodes de notre histoire. Finalement, l’image surannée de l’officier nazi que nous renvoie Spielberg ajoute encore à l’impression réductrice d’une lutte entre le bien et le mal, d’une conception manichéenne d’événements évidemment beaucoup plus complexes. Si le réalisateur voulait nous faire prendre conscience de la nécessité de comprendre le génocide des juifs par les nazis, c’est réussit. Par contre, s’il voulait nous faire comprendre ce que fut l’Holocauste, c’est raté. Nous le savons, les fables, aussi violentes et horrifiantes soient-elles, servent à endormir les enfants. Or nous n’en sommes plus…   <strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) «Hollywood exploite-t-il la Shoah pour attirer les votes  des Oscars?», publié sur <em>Cyberpresse</em>,<br />
17 février 2009. Disponible en ligne : <a href="http://moncinema.cyberpresse.ca/nouvelles-et-critiques/nouvelles/nouvelle-cinema/7597-Hollywood-exploite-t-il-la-Shoah-pour-attirer-les-votes-des-Oscars.html">http://moncinema.cyberpresse.ca/nouvelles-et-critiques/<br />
nouvelles/nouvelle-cinema/7597-Hollywood-exploite-t-il-la-Shoah-pour-attirer-les-votes-des-Oscars.html</a><br />
(2) Yehuda BAUER, cité dans Ian  KERSHAW, <em>Qu’est-ce que le nazisme?  Problèmes et perspectives<br />
</em><em>d’interprétations</em>,  trad. de l’anglais par Jacqueline Carnaud,  Paris, Gallimard, 1992, coll.<br />
«Folio-Histoire inédit», p. 164.<br />
(3) Pierre BERTHOMIEU, cité dans  Cyrille BOSSY, <em>Steven Spielberg: un  univers de jeux</em>, préf. de<br />
P. Berthomieu, Paris et Montréal, L’Harmattan, 1998,  coll. «Communication Sociale», p. 127.<br />
(4) Le symbole de la  montagne, comme lieu de révélation, tient une place prépondérante dans l’oeuvre<br />
de Spielberg (Par exemple, dans <em>Close  Encounters of the Third Kind</em>).  Sur  ce sujet, voir C. BOSSY,<br />
<em>Ibid</em>., p. 105-130.<br />
(5) <em>Idem</em>., p. 126.<br />
(6) Comme dans la scène où  le train des femmes arrive à Auschwitz.<br />
(7) Dans la scène qui  précède immédiatement celle où la fin de la guerre est annoncée,<br />
Schindler  annonce à Stern qu’il n’a plus d’argent.</p>
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		<title>Petites natures</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Feb 2009 21:32:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Y&#8217;aura pas de bataille des plaines 2, comme y&#8217;a jamais eu de &#171;&#160;séquelle&#160;&#187; de la Guerre des tuques. Aaahh, c&#8217;est dommage, on aurait pu régler nos comptes. Demandez aux Irlandais, il ne saurait y avoir [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Y&#8217;aura pas de bataille des plaines 2, comme y&#8217;a jamais eu de &laquo;&nbsp;séquelle&nbsp;&raquo; de la Guerre des tuques.</p>
<p style="text-align: justify;">Aaahh, c&#8217;est dommage, on aurait pu régler nos comptes. Demandez aux Irlandais, il ne saurait y avoir de festivités sans une couple de bonnes tapes sa yeule. Mais le réglage de compte, c&#8217;est pas le fort du Canada (Québec compris, pour une fois), on préfère le comme-si-de-rien-n&#8217;était. Le Dominion n&#8217;a pas les couilles de la Couronne. On attend que l&#8217;autre tourne les talons, pis schlak!, on y plante une fourchette de plastique dans nuque. Ou pire, on médit en courbant l&#8217;échine, comme des vieilles mouchkas ouraliennes.</p>
<p style="text-align: justify;">Y&#8217;en aura qui, à l&#8217;instar de la grosse Pratte, vont accuser les nationalistes de tourner le dos à leur devoir de mémoire. Deux choses.</p>
<p style="text-align: justify;">Un, la majorité des Québécois savent déjà, et depuis longtemps, qu&#8217;à un moment de notre histoire de fourbes Anglais ont profité que c&#8217;était notre soirée de brosse pour nous voler notre pays. Ça revient tout le temps, dans toutes les chaumières, les Québécois savent ça. La date est accessoire, comme le déroulement précis des événements. Ce à quoi on tourne le dos, c&#8217;est au devoir de mémoire canadienne, à cette vaste minute du patrimoine grandeur nature en gestation dans les bureaux d&#8217;Ottawa.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux. Faire face à l&#8217;histoire, c&#8217;est ce que certains groupes nationalistes se sont promis de faire en prévenant qu&#8217;ils pitcheraient de la marde dans fan des festivités. Évidemment, tout ça n&#8217;est pas très consensuel, je veux dire les fèces dans le ventilo et tout. Mais bordel il s&#8217;est agit d&#8217;une guerre. Pour Ottawa et paradoxalement, le show de boucane des canons aurait servi à couvrir l&#8217;aspect fondamentalement confrontationnel et diviseur de l&#8217;événement souligné. Tant que les petits enfants sont émerveillés sur les épaules de leurs parents gazés à l&#8217;eau-de-rose, tout le monde est content. On se serait quand même salement marré de voir débarquer dans ce tableau idyllique la horde pileuse des poteux uquamo-nationalistes, dont je ferais volontier partie si ce n&#8217;était de mon statut respectable de traître mcgillien, assorti d&#8217;une incapacité chronique à fumer du pot quand il fait clair.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, l&#8217;événement sera souligné quand même. Chacun de son côté, puisqu&#8217; Ottawa songe maintenant à tenir son &laquo;&nbsp;Grandeur nature&nbsp;&raquo; en Ontario. Petites natures.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est à vous les plaines, vous les avez gagnées, faites-en ce que vous voulez. On sera pas là de toute façon, ça tombe notre journée de brosse.</p>
<p style="text-align: justify;">Né sous le lys, grandi sous la rose, fini dans boisson.</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>L&#8217;espoir</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Jan 2009 21:33:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;espoir est sur toutes les lèvres. À cause d&#8217;Obama principalement. Je vais vous dire quelque chose à propos de l&#8217;espoir. En tout cas de ce type d&#8217;espoir qu&#8217;a pu susciter hier l&#8217;assermentation de maître Obama. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">L&#8217;espoir est sur toutes les lèvres. À cause d&#8217;Obama principalement. Je vais vous dire quelque chose à propos de l&#8217;espoir. En tout cas de ce type d&#8217;espoir qu&#8217;a pu susciter hier l&#8217;assermentation de maître Obama. C&#8217;est un peu de la moulée pour les thons. Cet espoir-là, c&#8217;est du &laquo;&nbsp;sit back and watch&nbsp;&raquo; la parade, mais surtout, lève pas ton gros cul. Je sais que plusieurs d&#8217;entre vous, lucides lecteurs, avez cette heureuse tendance de faire la part des choses, et probablement qu&#8217;on vous la joue pas à vous, cette vaste farce. Et qu&#8217;on ne se méprenne pas non plus, c&#8217;est toujours mieux que l&#8217;autre taré d&#8217;avant. Et c&#8217;est un grand pas pour la communauté noire américaine et au-delà. Mais un Noir, c&#8217;est toujours qu&#8217;un homme. Et un homme, c&#8217;est pas grand chose. Pas grand chose contre un système qui a des racines jusque dans nos rêves. C&#8217;est là où cet espoir blesse. Il pousse à la béatitude, au sentiment du devoir accompli, alors que rien n&#8217;a été fait, qu&#8217;au contraire en calmant l&#8217;exaspération générale tout cela fait le jeu du pouvoir en place. Je repense aux espoirs déçus des Français qui ont voté Front populaire en 1936. Derrière la vague d&#8217;espoir générée par les premières mesures &laquo;&nbsp;socialisantes&nbsp;&raquo;, on s&#8217;est échoué dans les eaux stagnantes. C&#8217;est finalement un système capitaliste plus fort qui a émergé de la vase. C&#8217;est pas très jojo ce que je vous raconte, mais j&#8217;ai l&#8217;impression sincère que c&#8217;est toujours mieux que cet espoir à la con dont La Presse fait présentement ses caractères gras.</p>
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		<title>Étage 2009</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Jan 2009 21:37:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ah mes chers amis, mon ordi a planté. C&#8217;est ainsi que s&#8217;est terminée la dernière année. Perdues les chansons, nickés quelques petits bouts de mon mémoire, et mon journal intime&#8230; Je suis resté caché dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Ah mes chers amis, mon ordi a planté. C&#8217;est ainsi que s&#8217;est terminée la dernière année. Perdues les chansons, nickés quelques petits bouts de mon mémoire, et mon journal intime&#8230; Je suis resté caché dans mon garde-robe quelques semaines, d&#8217;où mon absence. Ce post, je vous le rédige de la bibliothèque nationale, sur du temps emprunté, comme en 1994 quand on checkait nos mails une fois tous les trois mois et que personne nous avait écrit. Me voilà donc dévolué, débranché, et je suis surpris d&#8217;être encore capable de respirer. Quelle honte tout de même, technaccro, réduit à l&#8217;esclavage par l&#8217;oeil rouge de mon ordinateur. Mais tout ça c&#8217;était en 2008, et bien peu de choses à la lumière des premiers événements de 2009. Des Palestiniens tentent d&#8217;éloigner les F-16 israéliens en agitant leurs balais vers le ciel. Aussi, maintenant que tout le monde est déprimé d&#8217;avoir trop bu de crème de menthe, on va se prendre la crise en pleine gueule, personne nulle part pour acheter quoi que ce soit. Si mes calculs sont exacts (avec le C muet s.v.p. et un chapeau sur le A), on va enregistrer un recul du pourcentage des données trimestrielles précédentes. Aussi, cette année marque le 50e anniversaire de l&#8217;année 1959. Plusieurs activités commémoratives sont prévues pour les mois à venir, notamment à Paris, Chicago et Joliette. Je sais pas ce qui va arriver. Sans mon ordinateur, je suis dépourvu de tout, déstructuré, privé du suc vital qui jusqu&#8217;ici nourrissait mon sens accru de l&#8217;anticipation et de la mesure. M&#8217;aimerez-vous encore, toujours? Puisse cette année s&#8217;inscrire dans la continuité, afin que nous poursuivions ensemble, vous et moi, main dans la main, et courageusement, cette formidable descente aux</p>
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		<title>La chicane, enfin&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Dec 2008 22:00:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ah ben maudit, la marde est pognée à Ottawa&#8230; Il était grand temps, immensément temps, je suis content. Mais là Harper le Bref a mis la clé dans la porte, le party est fini, je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Ah ben maudit, la marde est pognée à Ottawa&#8230; Il était grand temps, immensément temps, je suis content. Mais là Harper le Bref a mis la clé dans la porte, le party est fini, je suis triste. J&#8217;ai entendu dire qu&#8217;il y aurait des manifs samedi, peut-être même des affrontements entre partisans de la coalition et conservateurs. On va-tu se lancer des roches, des pavés? Comme le reste de l&#8217;humanité? On est-tu assez politisés pour se taper sur la gueule? J&#8217;en doute. Toute façon, le gars de Calgary qui veut se battre avec moi, il fait quoi, il prend le train pendant deux jours? Au Canada, quand tu swing ton bat de baseball, en général tu pogne personne. Que du vide. Pareil si je lance une roche, elle risque de frapper un des miens. Mais je blague, je veux pas frapper personne.</p>
<p style="text-align: justify;">N&#8217;empêche, tant qu&#8217;à être en démocratie parlementaire, aussi bien que ça gigote un peu, que ça parlemente. Qu&#8217;elle représente un peu, la démocratie représentative. Ça faisait longtemps que j&#8217;avais pas goûté à la haine canadienne, ça me manquait, étrangement. C&#8217;est moins hypocrite. Vous savez, le pire dans une engueulade c&#8217;est quand l&#8217;autre vous assomme avec son silence.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai le goût de partir en skidoo dans l&#8217;Ouest, et de tous les serrer dans mes bras. Puis on ira dans un bar se soûler au rye, après on se battra dans le parking. Je repartirai chez moi le coeur léger.</p>
<p style="text-align: justify;">La solution c&#8217;est l&#8217;indépendance, pis qu&#8217;on se pogne un contre l&#8217;autre dans la finale olympique de Hockey. Vancouver 2010.</p>
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		<title>Chavarisme à la sauce suisse?</title>
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		<pubDate>Sun, 16 Nov 2008 22:01:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Simon Chavarie]]></category>

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		<description><![CDATA[Une certaine Adrienne nous faisait remarquer, dans mon dernier post, que Suisses et Suissesses vivaient en démocratie directe. Je n&#8217;en savait rien. Alors j&#8217;ai mis mes gants et je suis allez voir du côté de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Une certaine Adrienne nous faisait remarquer, dans mon dernier <em>post</em>, que Suisses et Suissesses vivaient en démocratie directe. Je n&#8217;en savait rien. Alors j&#8217;ai mis mes gants et je suis allez voir du côté de l&#8217;internet de quoi il en retournait exactement. Ce que j&#8217;ai compris, c&#8217;est qu&#8217;il s&#8217;agissait en fait d&#8217;une démocratie &laquo;&nbsp;semi-directe&nbsp;&raquo;. Le référendum est un des moyens dont disposent l&#8217;Assemblée élue et le peuple pour infléchir voire renverser les décisions de l&#8217;Exécutif. En Suisse, on vote 4 ou 5 fois par année, et personne ne semble s&#8217;en plaindre. L&#8217;article sur le sujet sur Wikipedia est instructif, et je ne veux pas donner tous les détails: http://fr.wikipedia.org/wiki/Politique_de_la_Suisse</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Verdana;">Bien sûr, ce n&#8217;est pas du chavarisme pur (ha ha ha!). Il y une chambre élue, des partis, etc. Néanmoins, le corps éléctoral peut intervenir directement dans la politique. C&#8217;est très bien. Et ça me rappelle, j&#8217;ai oublié de mentionner que l&#8217;initiative d&#8217;une consultation populaire peut également émaner du bas, ce que tout bon chavariste doit s&#8217;employer à promouvoir et défendre.</span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Verdana;">Bref, on remercie Adrienne pour ses lumières. Ce précédent suisse, ce sera un argument béton pour ma campagne &laquo;&nbsp;Chavarie pour le chavarisme &#8211; 2017&#8243;.</span></span></p>
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		<title>Condorcet et l’impérialisme des droits de l’homme</title>
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		<pubDate>Sun, 16 Nov 2008 02:00:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de fond / Long articles]]></category>
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		<description><![CDATA[La Révolution française consacre le triomphe de l’esprit des Lumières. La raison supplante la superstition, l’Encyclopédie est appelée à remplacer la Bible. Plus fondamentalement, une nouvelle société, fondée sur le droit naturel, se substitue à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>La Révolution française consacre le triomphe de l’esprit des Lumières. La raison supplante la superstition, l’Encyclopédie est appelée à remplacer la Bible. Plus fondamentalement, une nouvelle société, fondée sur le droit naturel, se substitue à l’Ancien régime et à ses institutions surannées, où les droits étaient acquis, hérités de l’histoire. Les hommes naissent désormais libres et égaux. Voilà une parole qui mérite d’être portée jusqu’aux confins du monde. Souscrivez aux valeurs que nous vous apportons, braves sauvages, et vous entrerez vous aussi dans la lumière. Soumettez-vous de bonne foi aux enseignements éclairés de nos missionnaires et vous jouirez un jour vous aussi, nonobstant vos origines suspectes, des bénéfices de la civilisation. Humanisme et colonialisme sont désormais les deux versants d’un même paradoxe. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title="rain over street lights /  silent shot" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/41/his.jpg" alt="rain over street lights /  silent shot" /><br />
<em>rain over street lights /  silent shot</em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Ce paradoxe, l’historien Gilles Manceron l’a très bien résumé: «Pendant quelques cinq siècles, le rapport de l’ensemble de l’Europe avec les autres mondes, marqué par l’esclavage et les colonisations, a été souvent contraire aux principes que cette même Europe a produits(1).» C’est à un bref voyage au cœur de cette contradiction que nous vous convions dans le cadre de notre thématique sur l’impérialisme. Bien qu’ici nous nous limiterons à explorer la pensée du marquis de Condorcet (1743-1794), père fondateur en quelque sorte du colonialisme des droits de l’homme, l’intérêt de notre sujet tient à ce qu’il demeure encore pertinent de nos jours. En effet, et bien que cela puisse donner lieu à de multiples interprétations, il semble que les notions d’exportation de la démocratie –loin d’être l’apanage exclusif de l’administration Bush-, des droits de l’homme tels qu’ils sont conçus dans le cadre de l’ONU et même, du travail humanitaire, s’apparentent toutes plus ou moins directement à cette conviction intime d’une responsabilité et d’un rôle directeur de l’Occident dans le bien-être de l’humanité toute entière. Ce «fardeau de l’homme blanc», s’il se décline en plusieurs formulations distinctes, en plus de traverser l’étendue du spectre idéologique, demeure une réalité historique dont l’analyse critique reste encore aujourd’hui balbutiante.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Lumières et colonies</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Avant toute chose, il importe de rappeler brièvement le contexte dans lequel les idées dont il est question ici vont germer, car, si plus tard Condorcet parviendra à définir la mission civilisatrice de la France et de l’Europe de manière concise et achevée, lui conférant ainsi un caractère programmatique et idéologique, la réflexion sur les implications du droit naturel pour le monde colonial n’est pas neuve. En effet, au fur et à mesure que s’ébauchent, dès la fin du XVIIe siècle, les théories qui fonderont tout l’esprit des Lumières et plus tard de la Révolution, la question de leur application au monde non-européen devient sans cesse plus incontournable.</p>
<p style="text-align: justify;">En fait, la réflexion va tendre dans la majorité des cas à se concentrer sur les contradictions les plus criantes entre le droit naturel et la situation qui sévit dans le monde colonial. Principalement, l’attention va se tourner vers une institution dont l’existence même constitue une aberration aux yeux des promoteurs de l’égalité fondamentale et innée de tous les hommes: l’esclavage. L’antiesclavagisme deviendra vite une constante de la philosophie des Lumières, de Montesquieu à Voltaire, de Rousseau aux Encyclopédistes. À l’instar de Necker (1732-1804), ministre des finances sous Louis XVI, ces penseurs ne peuvent que constater l’inéquation fondamentale qui existe entre le droit naturel et l’esclavage: «Ah! que nous sommes inconséquents, et dans notre morale et dans nos principes! Nous prêchons l’humanité, et tous les ans nous allons porter des fers à 20 000 habitants de l’Afrique!(2)» La fin de la traite et de l’esclavage deviendra vite l’un des nombreux chevaux de bataille des Lumières.</p>
<p style="text-align: justify;">Or, et c’est là un point crucial pour nous, si les philosophes sont prompts à dénoncer les abus les plus saillants de la colonisation, ils sont bien peu nombreux à remettre en cause la légitimité même du système colonial. Tout au plus désirent-ils le réformer, lui donner un visage humain. Pourtant, la souveraineté que l’individu a le droit d’exercer sur lui-même, postulat fondamental des théories du droit naturel, a souvent été étendue à l’échelle des nations par les philosophes, qui en ont fait la base de la négation du droit de conquête. Ainsi, il aurait semblé normal que cette réflexion débouche sur l’affirmation du droit des colonies à disposer d’elles-mêmes. Or, en fait, là où le bât blesse, c’est dans le refus des philosophes de concéder aux colonies le statut de nations. Ce privilège n’est en effet accordé qu’aux peuples ayant souscris aux idéaux des Lumières, et dont les principes éclairés auraient présidé à la mise en place d’institutions politiques conformes. Il en va de même pour l’individu, qui ne peut jouir des libertés promises par les Lumières que s’il acquiert le statut de citoyen. En attendant, il végète dans une sorte d’enfance transitoire, inapte à exercer les droits que la nature pourtant lui garantit(3). Et nous arrivons au postulat fondamental de ce [néo]colonialisme à naître: qui de mieux placé pour faire entrer ces peuples barbares dans la lumière de la civilisation qu’une nation ayant déjà mis en pratique les théories du droit naturel, ce qui après 1789 sera le cas de la France? Cela, Condorcet n’a pas tardé à le comprendre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Condorcet: le colonialisme  au diapason des droits de l’homme</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le marquis incarne parfaitement tout ce qui a été dit jusqu’à maintenant sur les rapports difficiles qu’entretiennent les philosophes vis-à-vis de la question coloniale. Premièrement, il arrive à cette dernière par le truchement du combat antiesclavagiste. En fait, il en est l’un des principaux animateurs. En 1781, il publie sous un pseudonyme (M. Schwartz) ses <em>Réflexions sur l’esclavage des nègres</em>, qui deviendra en quelque sorte le programme officiel du lobby abolitionniste. L’ouvrage s’ouvre sur cette phrase: «Quoique je ne sois pas de la même couleur que vous, je vous ai toujours regardé comme mes frères. La nature vous a formé pour avoir le même esprit, la même raison, les mêmes vertus que les Blancs(4).» Au regard du droit naturel, rien ne saurait justifier qu’on puisse priver quelque individu que ce soit du plein exercice de sa propre souveraineté. Or, et c’est là où l’argumentaire de Condorcet se gâte, encore faut-il être en mesure d’exercer cette souveraineté. Selon lui, les années de mauvais traitements infligés aux esclaves ont rendu ceux-ci «incapables d’être hommes», donc indignes «qu’on leur confie le soin de leur bonheur et du gouvernement de leur famille(5)», sans parler d’une très hypothétique participation aux affaires de la cité.</p>
<p style="text-align: justify;">Le penseur se présente donc comme un partisan de l’émancipation «par degré». Puisque l’esclave risque d’être incapable de jouir des libertés que sa qualité d’homme devrait lui garantir, il revient au législateur -français- de le conduire progressivement vers elles. Même si ce handicap ne relève ni de la race ni de quelque défaut hérité de la nature, il n’en demeure pas moins réel selon Condorcet. À l’instar des fous et des enfants –à de maints égards, des femmes aussi-, il apparaît nécessaire de priver les esclaves de certains de leurs droits naturels, dont ils useraient certainement, selon l’auteur, au préjudice des autres, voire d’eux-mêmes. Ainsi, l’émancipation doit-elle se dérouler sur trois ou quatre générations, délai anticipé par l’auteur avant que les descendants d’esclaves soient à même d’exercer leurs droits. En définitive, les esclaves remplissent la première condition préalable à l’obtention des droits que lui garantit la nature, en ceci qu’ils sont des hommes. Cependant, ils ne remplissent pas les critères de la seconde condition, soit d’être à même de jouir de ces droits sans porter atteinte à la paix sociale et à la propriété d’autrui. Cette condition ne peut être honorée qu’à travers une adhésion complète aux principes des Lumières. Dès lors, l’intervention du législateur, qui incarne ces principes, est perçue par l’auteur comme une condition <em>sine qua non </em>de l’entrée des esclaves dans la civilisation et la citoyenneté. Ainsi, la liberté ne s’obtient qu’à travers le renoncement à un autre droit fondamental, soit la souveraineté absolue sur sa propre personne. Ce paternalisme transpirant demeurera présent dans toutes les interventions de Condorcet en faveur de l’émancipation progressive des esclaves. D’ailleurs, si le 16 pluviôse de l’an II (4 février 1794) Robespierre ne tient pas compte de ses recommandations lorsqu’il abolit l’esclavage, c’est bien davantage dû à la pression des événements (insurrection de Toussaint Louverture à Saint-Domingue, future Haïti, et nécessité de soustraire les esclaves à l’influence de leurs maîtres contre-révolutionnaires) qu’à une réelle opposition à la tiédeur gradualiste de Condorcet.</p>
<p style="text-align: justify;">Les réflexions de Condorcet sur l’esclavage, couplées à sa conviction profonde dans le triomphe à venir des principes de la raison et du progrès, l’amène à porter son attention sur le devenir des colonies elles-mêmes, sur leur place dans un monde éclairé. Si l’échelle change, les sentiers arpentés demeurent les mêmes. Le paradoxe devient encore plus visible: si les peuples ont un droit inaliénable à la liberté, ce droit ne peut s’acquérir qu’au prix d’une adhésion complète aux principes et aux institutions inspirées des droits de l’homme. La question est abordée dans un ouvrage datant de 1794, <em>Esquisse d’un  tableau historique des progrès de l’esprit humain</em>:</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p>Toutes les nations doivent-elles se rapprocher un jour de l’état de civilisation où sont parvenus les peuples les plus éclairés, les plus libres, les plus affranchis de préjugés, tels que les Français et les Anglo-Américains? Cette distance immense qui sépare ces peuples de la servitude des nations soumises à des rois, de la barbarie des peuplades africaines, de l’ignorance des sauvages, doit-elle peu à peu s’évanouir?(6)</p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">La réponse est affirmative, mais comporte encore son lot de conditions qui forment ensemble ce que nous désignons comme l’impérialisme des droits de l’homme. Au final, le «programme» de Condorcet en vue d’une éventuelle émancipation des colonies se résume par une formule fort peu ambiguë: «civiliser ou faire disparaître(7).» Ainsi, la «distance» évoquée plus haut ne se réduira qu’à la condition que les peuplades barbares acceptent de se conformer au modèle français et deviennent ainsi, temporairement, des «colonies de citoyens(8).» Évidemment, il ne faut pas croire que Condorcet propose d’exterminer physiquement les éléments récalcitrants, ce qu’il reproche aux Espagnols d’avoir fait en Amérique du Sud, mais bien qu’il faut les assimiler de force, ce qui revient à nier aux peuples non-civilisés leur droit à disposer d’eux-mêmes. Cette contorsion de l’esprit revient à nier le caractère inné des droits naturels, qui deviennent acquis dès lors qu’ils dépendent d’une adhésion à des principes édictés par l’homme. La France éclairée, ambassadrice des droits de l’homme dans le monde, n’octroiera ces derniers qu’à ceux qui auront acceptés de se placer sous sa bienveillante protection.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 27 octobre 1946, la constitution de la IVe République est adoptée par le parlement. On peut y lire ceci dans le préambule: «La République française, fidèle à ses traditions […] n&#8217;entreprendra aucune guerre dans des vues de conquête et n&#8217;emploiera jamais ses forces contre la liberté d&#8217;aucun peuple(9).» Jusqu’à sa mort en 1958, la IVe République réprimera dans le sang les velléités d’indépendance du Vietnam, de Madagascar, du Maroc, de la Côte-d’Ivoire et de l’Algérie. Héritière des idéaux ayant présidé à la fondation de la Ière République, la IVe a nié sans relâche le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes au nom des efforts consentis par elle pour faire entrer ces peuples dans la lumière de la civilisation, dont elle s’était proclamée la championne. Ce n’est pas trop exagérer que de dire qu’au pays des droits de l’homme, la liberté ne s’acquiert qu’au prix d’un renoncement à celle-ci.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En  conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il semble en définitive qu’on puisse réellement parler ici d’une faillite des Lumières. En effet, ses avocats les plus acharnés, comme Condorcet, en ont trahi l’esprit pour en faire triompher l’éclat. Peut-être s’agit-il d’une faille congénitale, dans la mesure où l’universalisme implicite des droits de l’homme implique <em>de facto </em>une forme d’évangélisation et d’uniformisation qui revient à nier la souveraineté et la différence de l’autre. Il suffisait pourtant de porter la réflexion sur le droit naturel jusqu’à ses conclusions logiques, soit le droit des individus et des peuples à disposer d’eux-mêmes. Denis Diderot (1713-1784) et Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) ont en leur temps fait preuve de ce courage et de cette intégrité intellectuelle. Laissons-nous sur une bonne note et écoutons-les respectivement:</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p>Vous êtes fiers de vos lumières, mais à quoi vous servent-elles? Est-il donc si important de savoir parler de la vertu sans la pratiquer? Quelle obligation vous aura le sauvage, lorsque vous lui aurez porté des arts sans lesquels il est satisfait, des industries qui ne feraient que multiplier ses besoins et ses travaux, des lois dont il ne peut se promettre plus de sécurité que vous n’en avez?(10)</p></blockquote>
<blockquote style="text-align: justify;"><p>La nature a enfin créé cet homme étonnant [Toussaint Louverture], cet homme immortel, qui devait libérer un monde de la tyrannie la plus atroce, la plus longue, la plus insultante. Son génie, son audace, sa patience, sa fermeté, sa vertueuse vengeance ont été récompensés : il a brisé les fers de ses compatriotes. […] Dans le même instant ils ont versé le sang de leurs tyrans : Français, Espagnols, Anglais, Hollandais, Portugais, tout a été la proie du fer, du poison et de la flamme. La terre de l’Amérique a bu avec avidité ce sang qu’elle attendait depuis longtemps, et les ossements de leurs ancêtres lâchement égorgés ont paru s’élever alors et tressaillir de joie. Les naturels ont repris leurs droits imprescriptibles, puisque c’étaient ceux de la nature. […] Il a été l’ange exterminateur.(11)</p></blockquote>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) Gilles MANCERON, <em>Marianne et les colonies, une introduction à  l’histoire coloniale de la France</em>, Paris, La Découverte, 2003, p. 18-19.<br />
(2) Cité dans Marcel MERLE,  «L’anticolonialisme», dans Marc FERRO (dir.), <em>Le livre noir du colonialisme : XVIe-XXIe siècles, de  l’extermination à la repentance</em>, Paris, Laffont, 2003, p. 620.<br />
(3) Il est important de mentionner ici qu’outre les sauvages, les femmes aussi se retrouveront prises au piège de ce raisonnement spécieux.<br />
(4) Nicolas de CONDORCET, <em>Réflexions sur l’esclavage des nègres</em>,  Neufchâtel, Société typographique, 1781, p. III-IV.<br />
(5) <em>Ibid., </em>p. 35.<br />
(6) CONDORCET, <em>Esquisse d’un tableau historique des progrès  de l’esprit humain</em>, Paris, Agasse, 1794, p. 328. L’ouvrage a été publié à  titre posthume, l’auteur étant mort plus tôt la même année.<br />
(7) <em>Ibid., </em>p. 332.<br />
(8) Voir la citation mise en  exergue.<br />
(9) 15e paragraphe du préambule de  la Constitution du 27 octobre 1946, disponible en ligne : &lt; <a href="http://www.conseil-constitutionnel.fr/textes/constitution/c1946.htm">http://www.conseil-constitutionnel.fr/textes/constitution/c1946.htm</a> &gt; (consulté le 30 septembre 2008)<br />
(10) Denis DIDEROT, «L’apostrophe  aux Hottentots», dans Guillaume-Thomas RAYNAL, <em>Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce  des Européens dans les deux Indes</em>, Genève, J.-L. Pellet, 1780, vol. 1, p.  205.<br />
(11) Louis-Sébastien  MERCIER,<em> L’an deux mille quatre cent  quarante, rêve s’il en fut jamais</em>, Édition, introduction et notes par  Raymond Trousson, Paris, Ducros, 1971, p. 205-206.</p>
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		<title>Le chavarisme</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Nov 2008 22:02:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
				<category><![CDATA[Blogues]]></category>
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		<description><![CDATA[Bon, je vais aujourd&#8217;hui compromettre mon avenir politique. Des gens plus tard seront payés pour retrouver ce petit texte et me le fouteront en pleine figure alors que je visiterai une scierie d&#8217;Amos en serrant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Bon, je vais aujourd&#8217;hui compromettre mon avenir politique. Des gens plus tard seront payés pour retrouver ce petit texte et me le fouteront en pleine figure alors que je visiterai une scierie d&#8217;Amos en serrant des mains, quelque part en 2017. Ils diront &laquo;&nbsp;regardez ce pur dégénéré autoritaire, son plan mijote depuis 2008, c&#8217;est un maniaque!&nbsp;&raquo; Heureusement, je ferai déjà campagne en faveur de ces réformes, et leur couperai par conséquent l&#8217;herbe sous le pied.</p>
<p style="text-align: justify;">La démocratie parlementaire est un concept surévalué, et quant à moi suranné. Créé par la bourgeoisie pour garantir ses intérêts propres. Mes études en histoire m&#8217;ont fait voyager, à travers le temps et les lieux, et j&#8217;y ai vu toutes sortes d&#8217;alternatives au système politique actuel. J&#8217;en suis revenu gaulliste impénitent. Disons gaulliste de forme, gauchiste de fond. En fait, disons que j&#8217;adhère à un gaullisme qui n&#8217;a jamais existé, qu&#8217;on a pas laissé faire. Que les partis, menacés dans leur existence même, ont tout fait pour contrecarrer. La démocratie directe. Tout par référendum, tout le temps. Budget? Référendum! Baisse d&#8217;impôts? Référendum! Prolongation d&#8217;autoroute? Référendum! Lait cru? Référendum! Prostitution? Référendum! On dirait une chanson de Gainsbourg. &laquo;&nbsp;Obsédé sexuel? Affirmatif!&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Au temps du général, le projet comportait de sérieux problèmes, de sérieuses entorses à la démocratie. Principalement au niveau du contrôle des médias, qui dans un contexte de démocratie directe sont responsables non seulement d&#8217;acheminer les propositions du pouvoir, mais surtout d&#8217;en exposer les tenants et les aboutissants. Il va de soi que les médias d&#8217;État deviennent soudainement infiniment plus suspects qu&#8217;ils ne le sont déjà.</p>
<p style="text-align: justify;">Or maintenant que la révolution internetique est accomplie, ces préoccupations n&#8217;ont plus lieu d&#8217;être. À condition bien sûr que l&#8217;accès au réseau puisse être garanti à tous, ce qui ne saurait tarder. Je ne veux pas dire qu&#8217;internet est neutre, mais qu&#8217;il contient tout, pour le meilleur et pour le pire. En plus, il permettra aux citoyens de voter en ligne, ce qui ne saurait trop les effrayer, eux qui y ont déjà confié la quasi totalité de leur identité.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc exit les partis, ces monstres ventrus et satisfaits, désormais relégués au statut de lobbys politico-idéologiques, sans pouvoir concret. Les idées décloisonnées. Que le président, élu directement par les citoyens pour un mandat de cinq ans renouvelable, et ses ministres dont la nomination devra également faire l&#8217;objet d&#8217;une consultation populaire. Mise en place de commissions virtuelles permanentes où les citoyens acheminent eux-mêmes leurs griefs au pouvoir en place.</p>
<p style="text-align: justify;">Si dans ce contexte le cynisme et le désengagement des citoyens persistent, c&#8217;est que nous sommes irrécupérables. Risque de dérive autoritaire? C&#8217;est déjà le cas, et c&#8217;est le dessein de la démocratie parlementaire que de mieux dissumuler sous des airs vertueux la domination d&#8217;une poignée régnante. Anarchie? Bien sûr, c&#8217;est dans notre nature d&#8217;exploser en myriades d&#8217;opinions divergentes, le bipartisme est une chimère où nos identités s&#8217;abîment.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà exposé confusément ce en quoi consiste le chavarisme, qui au fond n&#8217;a rien de nouveau. Seulement le mérite de constater que désormais les outils sont en place qui peuvent garantir son bon fonctionnement.</p>
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		<title>Aux morts</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Nov 2008 22:03:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
				<category><![CDATA[Blogues]]></category>
		<category><![CDATA[Simon Chavarie]]></category>

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		<description><![CDATA[Aujourd&#8217;hui, 1er novembre, c&#8217;est le jour des morts. Des saints catholiques aussi, mais surtout des morts. La loi du nombre. Les druides celtes, avant qu&#8217;on en fasse des prêtres, fêtaient la Samain, soulignaient en beuveries [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Aujourd&#8217;hui, 1er novembre, c&#8217;est le jour des morts. Des saints catholiques aussi, mais surtout des morts. La loi du nombre. Les druides celtes, avant qu&#8217;on en fasse des prêtres, fêtaient la Samain, soulignaient en beuveries orgiaques le début de la &laquo;&nbsp;moitié sombre de l&#8217;année&nbsp;&raquo;. Pas très pro-actif comme façon d&#8217;envisager le passage des saisons, 6 terrifiants mois passés terrés comme des vers en attendant la moitié claire de l&#8217;année. Je m&#8217;égare.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Verdana;">C&#8217;est une belle journée pour commencer <em>L&#8217;homme devant la mort</em>, de Philippe Ariès. Je me rends compte que je l&#8217;ai pas, bizarre, je suis pourtant sûr de l&#8217;avoir déjà acheté. Je devrai donc penser par moi-même, et vous vous écopez. </span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Verdana;">Moi, les morts, c&#8217;est leur nombre qui me fait halluciner. Combien? Kunidé. Mais un sale paquet c&#8217;est sûr. Tout décomposé-recyclé. À Waterloo je crois, après la bataille du même nom, ils ont laissés tous les corps en plan, pourrir et se fondre au sol. Bien des années plus tard, les fermiers des environs ont récupéré la terre de Waterloo, riche en phosphate (ou phosphore, je sais pas) à cause de tous les ossements, pour engraisser leurs champs à eux. En Mésopotamie, peut-être que les premiers morts sont devenus du pétrole. Sûrement pas. Je m&#8217;égare.</span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Verdana;">Je veux les saluer les morts. Pas les célèbres, qu&#8217;on leur fait des émissions spéciales, mais l&#8217;écrasante majorité anonyme. Les strates de morts, que la génération des vivants piétine en allant à l&#8217;épicerie. Je les salue en païen, avec la conviction confuse qu&#8217;ils ont permit mon avènement. Et le vôtre aussi, bien entendu. Morts partout, dans toutes les circonstances, de tous les maux. </span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Verdana;">J&#8217;ai dit dans un texte précédent que Dieu existe, qu&#8217;il est un pouvoir actif créé par l&#8217;homme. C&#8217;est la même chose pour les morts. Moi j&#8217;ai pas de morts à mon actif, je veux dire que si je comptais un but important, dans une finale quelconque d&#8217;un sport quelconque, je dirais pas au journaliste venu m&#8217;interviewer après le match que ma mère et/ou mon père trépassé(s) m&#8217;ont guidés, protégés, et que cette victoire est la leur. Mes morts sont vivants et c&#8217;est très bien ainsi. Mais ceux qui ont des morts parlent souvent d&#8217;eux au présent, sentent leur présence. Je salue l&#8217;existence subjective des morts des autres. </span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Verdana;">Mais je préfère penser aux morts de Montaillou, que Le Roy Ladurie fait revivre pour moi. Guillaume Benet et Guillemette Belot, morts vers 1320, au pied des Pyrénées. Il me fait entendre le <em>lamentu</em> méditerranéen, le gémissement des filles, des mères, qui accompagnent le processus de la mort. Il me fait sentir &laquo;&nbsp;l&#8217;angoisse primordiale, qui tourmente l&#8217;agonisant, ses proches et ceux qui l&#8217;aiment.&nbsp;&raquo; </span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Verdana;">Je salue la mort elle-même, qui nous définit en fin de compte, qui précède tout. </span></span></p>
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		<title>La nation organique: Maurras, Barrès et Groulx – Partie 2</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Nov 2008 15:39:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La peur et l’insécurité sont les mamelles où s’abreuvent nos instincts les plus obscurs. Elles sont aussi le moteur d’une quête de repères transcendant ceux généralement fournis par l’État et la société. Ainsi, après le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>La peur et l’insécurité sont les mamelles où s’abreuvent nos instincts les plus obscurs. Elles sont aussi le moteur d’une quête de repères transcendant ceux généralement fournis par l’État et la société. Ainsi, après le 11 septembre 2001, on a vu être réactivés aux États-Unis les vieux mythes fondateurs de la nation qui, depuis, sont autant d’outils à une constante surenchère identitaire. Dans le premier volet de cet article (août 2008), nous avons montré comment, dans la première moitié du siècle dernier, de profondes incertitudes vis-à-vis du présent de l’avenir avaient, en France et au Québec, stimulé chez certains intellectuels une refonte des critères fondant l’identité nationale. Dans cette deuxième partie, nous nous proposons d’explorer la nature des idées développées à cette occasion. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title="Glass cells" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/40/his.jpg" alt="Glass cells" /><br />
Selena N. B. H., <em>Glass cells</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Nous avions évoqué, dans la première partie de cet article, l’existence d’un modèle de conception de la nation opposé à celui issus des Lumières, axé autour de critères essentiellement juridiques et civiques. Fruit de la pensée du philosophe allemand Herder (1744-1803), cette idée de la nation tend à considérer cette dernière comme un organisme vivant, au sein duquel l’individu ne représente qu’une cellule, l’infime partie d’un tout possédant sa propre dynamique. C’est ainsi qu’il faut comprendre la citation placée en exergue. Selon cette conception, les traits particuliers de l’individu tendent à s’effacer au profit du caractère national spécifique, le <em>Volksgeist</em>. Bien qu’il s’agisse avant tout d’une réaction à l’universalisme des Lumières, il semble qu’elle ait aussi «contribué au développement des nationalismes les plus fermés.(1)»</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’organicisme: la nation  en tant qu’être vivant</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette conception de la nation se retrouve tout autant chez Maurras, Barrès que Groulx, à différents degrés. Pour le premier, fondateur de l’Action française au plus fort de l’Affaire Dreyfus et ardent royaliste, la France «historique», celle des rois, était l’incarnation vivante de l’«ordre naturel des choses(2)» auquel l’individu, enserré dans une structure hiérarchique étanche où trône le roi, symbole et incarnation de la nation dans son ensemble, devait se soumettre.  La question de la nécessaire hiérarchisation de la société, pour Maurras, récupère également les thèses organicistes dans la mesure où, pour reprendre l’heureuse formule de Noberto Bobbio, «il est difficile d’imaginer un organisme où les membres commanderaient et non la tête.(3)» De plus, la France possède sa propre identité, son <em>Volksgeist</em>, fruit d’une histoire multiséculaire, si bien que Maurras affirme, à l’instar d’Auguste Comte, «que les vivants sont de plus en plus gouvernés par les morts.(4)» Ainsi, dans la pensée de Maurras, la nation prend une teinte organique dans la mesure où elle est soumise à un ordre qu’il ne lui est pas possible de modifier et qui s’apparente fortement à celui en vigueur dans le règne animal. L’individu, dans cette structure statique, n’a de valeur qu’en tant que partie du tout national et véhicule de l’héritage historique.</p>
<p style="text-align: justify;">Si, pour Maurras, l’aspect organiciste de son nationalisme demeure relativement secondaire, il en va tout autrement de Barrès. En effet, pour l’auteur de <em>La  terre et les morts</em>, l’individu trouve sa fonction au sein de la nation dans «l’acceptation d’un déterminisme(5)». Selon lui, nos pensées «traduisent de très anciennes dispositions physiologiques […] et se retrouvent chez tous les êtres assiégés par les mêmes images.(6)»  Dans ce contexte, l’individu se trouve absorbé par un tout plus grand, la nation et la race, qui possèdent toutes les caractéristiques d’un organisme vivant, capable de se pérenniser à travers les générations. Aux yeux de Barrès, la France possède un caractère qui lui est propre et dont les origines se perdent dans la nuit des temps. L’individu, quant à lui, n’est que le produit de cet héritage, une cellule dans un corps duquel il tire toute sa substance.</p>
<p style="text-align: justify;">La conception que se fait Lionel Groulx de la nation canadienne-française présente de nombreuses similitudes avec ces théories organicistes. En fait, puisqu’il ne peut fonder son nationalisme sur l’existence politique d’une nation, contrairement à Maurras et Barrès, ses emprunts aux théories herderiennes, bien qu’ils ne furent jamais admis, sont plus nombreux et plus marqués. En effet, pour Groulx, la nation est un véritable «être ethnique(7)», constituant la «fusion de toutes les consciences, de toutes les volontés individuelles.(8)» Comme nous l’avons déjà indiqué, la nation selon Groulx possède sa propre âme et, à la manière d’un organisme vivant, évolue et se perpétue par le biais de la culture, de la foi catholique et de la langue française. Comme Maurras et Barrès, cette conception organiciste constitue la base des idées qui viendront étayer le nationalisme groulxien. À commencer par la notion de race, corollaire de l’organicisme et sorte de déviation des idées de Herder.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La race</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il est facile de franchir le pas qui sépare l’idée organiciste de la nation d’une conception de celle-ci fondée sur la race. Si Herder n’a jamais traversé clairement cette ligne, Maurras, Barrès et Groulx n’hésitèrent pas à le faire, ce qui, faut-il le préciser, demeurait étroitement lié à l’esprit du temps. Pour les trois intellectuels, nation et race sont deux concepts qui tendent à s’assimiler. Alors que Maurras nous parle de la race latine, baignée dans l’héritage classique et descendante directe des Romains, donc en opposition à la race barbare germanique, Barrès tend à faire coïncider son idée de la race avec celle de la France. Ainsi la race française serait-elle le résultat de l’accumulation, sur plusieurs dizaines de générations, d’un héritage commun transmis par le sang et la terre. Avec le temps, l’individu acquiert des «dispositions biologiques» qui en font un membre à part entière de la race française. Mais si dans ces deux cas le recours au concept de race est plus ou moins sous-entendu, il va déjà tout autrement de l’abbé Groulx, dont les références sont abondantes à travers l’œuvre, comme en témoignent deux ouvrages intitulés respectivement <em>La naissance d’une race </em>et <em>L’appel  de la race</em>. Qui plus est, il fait référence aux particularités physiques de la race canadienne-française, lorsqu’il déclare que «distinct, nous le sommes, non seulement par le pays, par l’allégeance politique, par une histoire et des traditions qui nous sont propres, mais aussi par des caractères physiques et moraux déjà fixés.(9)»</p>
<p style="text-align: justify;">S’il est possible pour Maurras, Barrès et Groulx de définir la race en fonction de ses caractéristiques propres, celle-ci peut également l’être par rapport à «l’autre», à «l’étranger» et au «métèque», pour reprendre les mots de Maurras lui-même. À ce point-ci, la frontière avec les théories ouvertement racistes est extrêmement ténue, voire allègrement transgressée. Par exemple, Maurras attribuait les malheurs de la France aux «quatre états confédérés»: les francs-maçons, les juifs, les protestants et les métèques. Pour lui donc, la race française se définissait en opposition à ces groupes qu’il importait d’évincer de toutes fonctions de pouvoir. Ce sentiment de persécution, jumelé à la définition de soi-même par opposition à «l’autre», est également très présent chez Groulx. Peut-il en effet être plus clair que lorsqu’il évoque, en parlant des «Anglais», le «pouvoir de quelques milliers de persécuteurs d’écraser une race qui plonge ses racines au plus profond du sol canadien(10)»? Dans son ouvrage sur le chanoine, Gérard Bouchard a relevé plusieurs passages teintés d’un racisme à forte saveur biologique, notamment sur les noirs et les autochtones(11). Ainsi, à l’instar de Maurras, Groulx a tendance à définir la race canadienne-française et ses attributs par opposition à d’autres groupes ethniques. Cela dit, dans le contexte nord-américain, où le fait canadien-français risque d’être submergé par l’écrasante majorité anglo-saxonne, on peut comprendre, sans justifier son racisme, que l’abbé ait été porté à définir la race par rapport à «l’autre», tout autant qu’en insistant sur son caractère propre. Cela cadre bien avec la notion de survivance dont il a été question plus haut et qui cherche avant tout à «se concentrer sur l’impératif de la préservation culturelle.(12)»</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Organisation sociale et  politique: convergences et divergences</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons évoqué plus haut que Maurras préconisait un retour à la monarchie, seule garante du respect de l’ordre social naturel. Il ne faut cependant pas trop se formaliser du régime politique comme tel, mais bien porter une attention particulière à la vision de la société et de la politique qui se dégage d’une telle prise de position. En effet, le système monarchique, pour Maurras, représente le moyen politique de fins sociales beaucoup plus profondes et vise avant tout à restaurer un ordre perdu. Premièrement, le royalisme est perçu comme le mode d’organisation hiérarchique naturel de la société, l’autorité du roi permettant la pleine et unanime expression du génie national. Ensuite, la monarchie exclut le régime des partis, introduit par la Révolution française et conspué par Maurras puisque diviseur et servant l’intérêt particulier au détriment du collectif. Finalement, la monarchie permet de réserver l’État à une élite dirigeante, sorte d’aristocratie. Maurras est dégoûté par l’appareil administratif démesuré que la démocratie parlementaire nécessite. Bref, l’objectif de Maurras est de faire «table rase d’un siècle d’histoire [et de restaurer] une forme de société qui est à peu de chose près celle de l’ancienne France.(13)»</p>
<p style="text-align: justify;">Le retour en arrière souhaité par Maurras se veut aussi une réaction contre la modernisation et l’industrialisation. Dans une perspective régionaliste, le fondateur de l’Action française désire que la société se recentre sur ses points de repères traditionnels. En premier lieu, la campagne et la petite exploitation familiale doivent être remises en valeur, loin des tourments potentiellement révolutionnaires de la ville et de la grande industrie. Cela cadre parfaitement avec le désir d’enraciner la population dans le sol, dont la valeur symbolique, en tant que dépositaire de l’héritage des anciens, est énorme dans la pensée maurrassienne. Le monde rural permet aussi un meilleur encadrement des esprits par l’Église. En effet, il est clair dans la pensée de Maurras que la religion catholique doit retrouver ses prérogatives sur la formation de la jeunesse, le maintien de l’ordre et la transmission des valeurs de la foi, mais aussi de la nation.(14) Ensuite, les relations de travail doivent être envisagées dans un cadre corporatiste, conformément aux structures d’Ancien régime. Ainsi, la société se trouve entièrement soumise à l’autorité du roi, encadrée par l’Église et entraînée par l’élite pour le plus grand bien du devenir national.</p>
<p style="text-align: justify;">La pensée barrésienne est plus fluctuante, et en cela ne peut être comparée à celle de Maurras, pour qui «l’élaboration d’une doctrine occupe les dix première années de son existence et font d’elle, dès ses commencements, un mouvement intellectuel et hautement didactique.(15)» Cela dit, on peut affirmer que les idées de Barrès relèvent davantage d’un compromis, ou plutôt d’une hésitation, entre tradition et modernité. Barrès élabore, en 1898, le programme politique socialiste-national, qui rend bien compte de son désir de composer avec les nouvelles réalités sociales. Parallèlement, Barrès demeure très attaché à la terre, qui transmet aux générations futures les enseignements des ancêtres et l’âme de la nation. Contre l’individualisme libéral, il préconise une soumission complète à l’esprit national, fibre unique dont est fait l’individu. En ce sens, Barrès véhicule un conservatisme qui cadre mal avec son projet socialiste-national, qui contient notamment de nombreux appels à la violence et à l’élan vital, préfigurant étrangement la rhétorique fasciste à venir(16). Qui plus est, sur le plan politique, Barrès espère la venue d’un chef qui incarnera l’âme de la nation. Comme il le dit lui-même, «on veut remettre le pouvoir [au chef], parce qu’on a confiance qu’en toute circonstance il sentira comme la nation.(17)»</p>
<p style="text-align: justify;">Cela dit, Barrès demeure avant toute chose un écrivain, contemplatif sinon romantique; la cohérence théorique n’est pas son premier souci. Néanmoins, son attachement à la religion catholique est sincère en ceci qu’elle fait partie intégrante de l’héritage national. Couplé à son insistance sur le sol et le sang de la nation, cet attachement l’oriente davantage vers un passé mythique d’où son nationalisme tire toute sa substance. Cependant, sur la question de la religion, il est important de mentionner qu’il la conçoit, à l’instar de Maurras, davantage comme un outil au service de la nation qu’un véritable guide spirituel, «la terre et les morts» suffisant à cette tâche. En définitive, il semblerait que la pérennité de son nationalisme fut davantage le fait de sa puissance évocatrice que de son degré de finition théorique.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette puissance évocatrice touchera Groulx lui-même, qui affirma souvent avoir lu Barrès. Nous avons déjà parlé des ressemblances frappantes qui existaient entre les deux penseurs sur la nature organique de l’enracinement de l’esprit de la nation dans le fond de chaque individu. Plusieurs points de divergences existent néanmoins, à commencer par le rôle de la religion catholique dans le devenir national. En effet, à la vision foncièrement pragmatique de l’Église des deux nationalistes français, Groulx en oppose une davantage axée sur la foi en elle-même. Bien entendu, cela peut être attribuable à sa condition première, celle d’abbé, ou encore à la prégnance de l’ultramontanisme dans la pensée nationaliste canadienne-française. La foi représente chez Groulx la tradition et en ce sens elle est le principal vecteur du <em>Volksgeist </em>canadien-français. De plus, les représentants de l’Église sont cette élite, présente aussi chez Barrès et Maurras mais incarnée par l’aristocratie, qui doit colporter le message inscrit dans l’organisme national. Comme le mentionne Frédéric Boily, «le premier appelé dans l’entreprise de relèvement national demeure le prêtre […] parce qu’il aurait historiquement rendu possible la survivance canadienne-française.(18)» Cela dit, la différence concerne plus la forme que le fond, les trois nationalistes reconnaissant la nécessité d’une élite porteuse de l’âme de la nation et donc de candidats idéals à l’encadrement de la société.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur un plan plus concret, celui de l’organisation sociale et politique, la pensée de Groulx présente également de nombreuses similitudes avec celles de Barrès et Maurras. Premièrement, Groulx privilégiait une nation axée sur la terre et le monde rural. Dans le même sens, il préconisait une décentralisation et un régionalisme qui impliquait un certain effacement de l’État. L’encadrement de la société revenait à l’Église, qui devait assumer l’éducation en plus de la gouvernance spirituelle. Sur le plan des relations entre les différentes classes sociales, Groulx favorisait un corporatisme qui permettait non seulement d’éviter les conflits, mais également de libérer les forces afin qu’elles puissent se consacrer plus entièrement à l’édification et à la défense de la nation. Coiffant cette société, Groulx, en réaction au libéralisme politique ambiant, voyait d’un bon œil la présence d’un chef autoritaire et bienveillant qu’il croira un instant être Duplessis, avant d’être amèrement déçu. En effet, il ne s’agit pas pour Groulx de placer à la tête de la nation un bon gestionnaire, mais bien quelqu’un qui soit capable d’incarner à lui seul l’esprit national. En définitive, et sans aller aussi loin que Maurice Torrelli, qui affirmait qu’ «à suivre la méthode et la logique du raisonnement, à lire les pages de Groulx et de Maurras, on pourrait les confondre(19)», il est impossible de passer sous silence les profondes similitudes qui existent entre l’État de Groulx et les modèles de Maurras et Barrès.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, les idées de Maurras, Barrès et Groulx sont largement discréditées. Les fascismes, italien et surtout allemand, ont montré où elles pouvaient conduire. On l’a déjà dit, la frontière entre une conception organiciste de la nation et une autre fondée sur la race est relativement ténue. Il serait cependant abusif de porter au crédit de ces penseurs l’éclosion du fascisme, même s’ils ont pu, indirectement, y contribuer(20). Quoi qu’il en soit, et c’est là selon nous tout l’intérêt de notre article, ces conceptions organicistes de la nation et de l’identité nationale persistent encore de nos jours. Les formes sous lesquelles elles se manifestent ne sont que très rarement &#8211; heureusement &#8211; aussi radicales que celles présentes dans la pensée de Maurras, Barrès et Groulx. Néanmoins, les audiences sur les accommodements raisonnables, au Québec, furent un lieu idéal à l’expression de certaines de ces idées. Ignorer ou rejeter du revers de la main l’existence de ces conceptions relève de l’aveuglément.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) Frédéric BOILY, <em>La pensée nationaliste de Lionel Groulx</em>,  Sillery, Septentrion, 2003, coll. «Cahiers des Amériques», p. 24.<br />
(2) Eugen WEBER, <em>L’Action française</em>, trad. de l’anglais  par Michel Chrestien, Paris, Fayard, 1985, coll. «Pluriel», p. 571.<br />
(3) Noberto BOBBIO, cité dans F.  BOILY, «Lionel Groulx et l’esprit du libéralisme», <em>Recherches sociographiques</em>, XLV, 2 (2004), p. 242-243.<br />
(4) Charles MAURRAS, cité dans  Maurice TORRELLI, «Charles Maurras et le nationalisme canadien français», <em>L’Action nationale,</em> LXVII, 2 (1977), p.  106.<br />
(5)  Maurice BARRÈS, <em>Scènes et doctrines du  nationalisme</em>, tome 1, éd. définitive, Paris, Plon, 1925, p. 8.<br />
(6) Idem.<br />
(7)  Lionel GROULX, cité dans F. BOILY, <em>La  pensée nationaliste…</em>, Op. cit<em>.</em>,  p. 25.<br />
(8) Gérard BOUCHARD, <em>Les deux chanoines: contradiction et ambivalence dans la pensée de  Lionel Groulx</em>, Montréal, Boréal, 2003, p. 139.<br />
(9) L. GROULX, cité dans <em>Ibid.</em>, p. 145.<br />
(10) L. GROULX, <em>L’Appel  de la race</em>, 5e éd., intro. de  Bruno Lafleur, Montréal et Paris, Fides, 1956, Coll. «Nénuphar/Les meilleurs auteurs canadiens», p. 235-236.<br />
(11) G. Bouchard, <em>Op.  cit.</em>, p. 147.<br />
(12) Raphaël CANET, <em>Nationalismes et société au Québec</em>, préface de Gilles  Bourque, Outremont, Athéna, 2003, coll. «Mondialisation, citoyenneté,  démocratie», p. 162.<br />
(13) Pierre MILZA, <em>Fascisme français: passé et présent</em>, Paris, Flammarion, 1987, p. 67<br />
(14) Cela peut sembler paradoxal lorsqu’on pense à la condamnation de l’Action française par le Vatican en 1926.  Cependant, bien qu’un rôle de premier plan ait été réservé à l’Église dans le projet maurrassien, il n’en demeura pas moins clair que la nation ait été placée au-dessus d’elle, ce qui ne pouvait être consenti par les autorités ecclésiastiques.<br />
(15) E. WEBER, <em>Op.  cit.</em>, p. 19.<br />
(16) Cette interprétation donna d’ailleurs lieu à un intense débat, faisant toujours rage aujourd’hui, et qui débuta avec la publication d’un ouvrage de Zeev Sternhell qui établissait clairement la filiation entre Barrès, entre autre, et le fascisme.  Sur ce sujet, voir Z. STERNHELL, <em>Maurice Barrès et le nationalisme français</em>,  Paris, Armand Colin et Fondation nationale des sciences politiques, 1972, 396  p., et P. MILZA, <em>Op. cit.</em>, 465 p.<br />
(17) M. BARRÈS cité dans F. BOILY, <em>La pensée nationaliste…</em>, Op. cit., p.  132.<br />
(18) F.  BOILY, <em>Ibid.</em>, p. 135.<br />
(19) M. TORRELLI, « Art. cit. », p. 112.<br />
(20) Cela  s’applique évidemment davantage à Maurras et Barrès qu’à Groulx, ne serait-ce  que pour des raisons géographiques.</p>
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		<title>Ha ha f&#8230;ing ha!</title>
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		<pubDate>Fri, 17 Oct 2008 22:04:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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<p style="text-align: justify;">Cette image vaut 1000<sup>2 </sup>mots&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Verdana;">Elle résume mieux que n&#8217;importe quel argument le choix qu&#8217;auront à faire les Américains le 4 novembre.<br />
</span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Verdana;">Aussi, si on inversait l&#8217;image, ce serait comme celles qui résument l&#8217;évolution humaine, en partant du singe, et en passant par l&#8217;attardé sénile.</span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Verdana;">À bientôt.</span></span></p>
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		<title>Les sales petits cons (réponse à Zwingli)</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Oct 2008 22:06:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Simon Chavarie</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Evidemment, mon cher Zwingli, rien de tout ça n&#8217;est à sens unique. Au contraire, ça relève du dialogue le racisme, en quelque sorte. Dans le cadre colonial, et post-colonial et néo-colonial, le racisme intrinsèque de l&#8217;occupant appelle une réponse, une réaction au moins, qui se décline en plusieurs teintes. Fanon, Césaire et Memmi l&#8217;ont bien vu, et montrés comment sont colonisées jusqu&#8217;aux plus intimes recoins de la psyché humaine, de part et d&#8217;autre de la fracture coloniale. Rapports à la différence, oui, rapports de pouvoir aussi. C&#8217;est ça que j&#8217;ai voulu dire, à quel point le racisme est dans nos fibres, que c&#8217;est pas une idée, une attitude, un choix. Ça nous rends difficilement décrottables. Oui, le dialogue, c&#8217;est un peu aussi tout ce que je vois, sans amenuiser les différences, qui sont la richesse du monde, ça nous rapprochent nécessairement.</p>
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