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	<title>Le Panoptique &#187; Nayla Naoufal</title>
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	<description>Perspectives sur les enjeux contemporains &#124; More Perspective on Current International Issues</description>
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		<title>À bout de souffle : Musique et contestation au Festival du Nouveau Cinéma</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Dec 2009 05:04:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nayla Naoufal</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts et littérature / Arts and literature]]></category>
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		<description><![CDATA[Le cru 2009 du Festival du Nouveau Cinéma à Montréal était des plus captivants : le bouleversant Fausta : La teta asustada de Claudia Llosa, la chronique à la fois burlesque et mélancolique de Elia [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le cru 2009 du Festival du Nouveau Cinéma à Montréal était des plus captivants : le bouleversant <em>Fausta : La teta asustada </em>de Claudia Llosa, la chronique à la fois burlesque et mélancolique de Elia Suleiman, <em>The Time That Remains</em>, le poétique <em>Unmade Beds </em>d’Alexis Dos Santos et bien d’autres… On dit que la musique adoucit les mœurs. Peut-elle également être un souffle de liberté et un vecteur de contestation? La réponse en images et en décibels, avec le documentaire <em>Taqwacore </em>de Omar Majeed sur la rencontre du punk et de l’Islam et avec le docu-fiction <em>No one knows about persian cats</em> de Bahman Ghobadi sur la scène musicale clandestine de Téhéran. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a target="new"><img title="Taqwacore_Still_4 " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/decembre2009/groupe.jpg" alt="Taqwacore_Still_4 " /></a><br />
Kim Badawi, <em> Taqwacore_Still_4</em><br />
© Tous droits réservés.</div>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Taqwacore</em></strong><strong>, un bras d’honneur cinématographique au <em>statu quo</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">À l’affiche au Festival du Nouveau Cinéma et en salles à Montréal le 19 Octobre, <em>Taqwacore – The Birth of Punk Islam</em>, réalisé par Omar Majeed, est un documentaire décoiffant sur la scène musicale nord-américaine punk et musulmane. Désignant cette scène, le terme <em>taqwacore</em> provient du mot arabe <em>taqwa </em>qui signifie piété, apposé à <em>core</em> (noyau en anglais) de manière à rappeler l’adjectif <em>hardcore </em>(extrême).</p>
<p style="text-align: justify;">Présenté au Festival du Nouveau Cinéma en ouverture de la section déjantée Temps ø, <em>Taqwacore</em> a ceci de particulier qu’il dépeint un milieu musical<em> </em>qui a vu d’abord le jour noir sur blanc, avant de devenir réel. En effet, le film est basé sur le roman <em>Les Taqwacores</em>, écrit par Michael Muhammad Knight. Ce personnage haut en couleurs s’est converti à l’Islam à l’adolescence avant de partir au Pakistan étudier sa nouvelle foi dans une mosquée. Quelque temps après son retour aux États-Unis, il prend des distances à l’égard de la ligne fondamentaliste de l’Islam qu’il avait adoptée et se lance dans l’écriture de son premier livre.</p>
<p style="text-align: justify;">Le roman de fiction <em>Les Taqwacores</em> trace le portrait d’une communauté de jeunes musiciens appartenant à la scène punk<em> </em>et musulmans, qui alternent concerts, fêtes et prières. Aujourd’hui au programme dans plusieurs universités, cet ouvrage a inspiré la formation de plusieurs groupes de musique, qui y ont puisé une manière de réconcilier leur foi à l’égard d’une religion communautaire, leur désir d’individualité et d’affirmation personnelle ainsi que leur attrait pour le punk. Après la publication du livre de Michael Muhammad Knight, des jeunes désireux de rencontrer ses personnages ont contacté l’auteur.  Et puisque <em>Les Taqwacores</em> appartenaient au monde de la fiction, qu’à cela ne tienne, ces jeunes allaient les faire exister en les incarnant. Initialement auto-publié, le roman est aujourd’hui traduit dans plusieurs langues et disponible en français chez Hachette.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/howzey/3297615690/in/photostream/ " target="new"><img title=" No Smoking…" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/decembre2009/fnc3.jpg" alt=" No Smoking…" /></a><br />
Paul Howzey, <em> No Smoking…</em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">À l’origine du film, se trouve <em>Eyesteelfilm</em>, une boite de production basée à Montréal et dont le cheval de bataille est le cinéma engagé socialement. On lui doit notamment le très beau et très primé <em>Sur le Yangzi</em>, réalisé par Yung Chang en 2007, très bien accueilli par le public et la critique.</p>
<p style="text-align: justify;">Le documentaire d’Omar Majeed narre les pérégrinations d’un groupe de musique <em>taqwacore</em>, <em>The Kominas</em>, à travers les États-Unis, puis à Lahore au Pakistan. Rejoints par leur mentor, Michael Muhammad Knight et circulant dans leur bus vert, <em>The Kominas</em> (« garnements » en punjabi) sèment à tout vent leur combinaison de rythmes punk et de sons traditionnels en provenance d’Asie du Sud. Leurs morceaux, chantés en anglais ou punjabi, ont des titres tels que <em>Sharia in the USA</em> et <em>Blackout Beach</em>. Le point d’orgue de cette tournée a lieu lorsque <em>The Kominas</em> créent des remous à la convention nationale de la conservatrice ISNA (Société Islamique d’Amérique du Nord). Les musiciens se font expulser en raison de la performance sur scène de la chanteuse du groupe <em>Secret Trial Five</em>, leurs acolytes féminins de Vancouver, mais non sans avoir enflammé au préalable le jeune public avec leur rock débridé. Dans la tradition musulmane, il est impie qu’une femme se produise sur scène et entendre son chant est considéré comme un péché.</p>
<p style="text-align: justify;">Apparu en 1976-77, le genre musical du punk est un mouvement culturel contestataire, symbolisant le renouveau et refusant les limites à la création. La scène <em>taqwacore</em> aux États-Unis et au Canada s’est emparée de l’esprit de remise en question propre au punk pour faire un bras d’honneur, selon les musiciens dans le film, à la fois à l’Occident et à l’Orient, mettant des claques non seulement aux tympans mais également aux idées. Les protagonistes disent avoir trouvé ainsi une voie dans l’Islam qui leur corresponde, un Islam dont ils définissent eux-mêmes les conditions. Ils rejettent autant le fondamentalisme religieux que la panique collective, les peurs et les stéréotypes à l’égard de leur foi. Le réalisateur canadien d’origine pakistanaise Omar Majeed explique que son désir était de se pencher sur les pratiques de musulmans sortant des sentiers battus, dans le contexte d’une société profondément marquée et meurtrie par les attentats du 11 Septembre 2001.</p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/phill_dvsn/2109317519/ " target="new"><img title=" The Ghost cinema " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/decembre2009/fnc4.jpg" alt=" The Ghost cinema " /></a><br />
Phill Davison, <em> The Ghost cinema </em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">À l’instar de l’idéal du mouvement punk, le documentaire <em>Taqwacore</em> constitue un pied de nez aux idées préconçues, aux traditions et à l’ordre établi des choses. Cependant, Michael Muhammad Knight souligne dans le film que toute forme d’expression artistique aurait pu faire l’affaire, du moment qu’il y a une remise en question et la reconnaissance de la complexité des êtres humains. Ainsi, il existe actuellement une approche exclusive des identités, consistant à voir les personnes exclusivement à travers le prisme de leur religion ou de leur ethnicité(2). Cette illusion d’une identité unique qui prend le pas sur toutes les autres appartenances des individus s’intensifie avec la montée des nationalismes, exacerbée par la mondialisation. Elle est à l’origine de nombreux conflits(3). Il est donc primordial d’engendrer une prise de conscience de la pluralité des identités humaines. Le film <em>Taqwacore</em> se penche sur ces questions d’une manière allègrement novatrice. Ces jeunes ne sont pas seulement musulmans, mais également musiciens, membres de la scène <em>taqwacore</em>, nord-américains, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Peut-être que vous ne passerez jamais à la radio, peut-être que personne au sein des diverses structures de l’industrie musicale ne vous soutiendra… mais, même si c’est uniquement à l’intérieur de votre groupe d’amis, vous pouvez créer votre propre culture</em> » nous dit Michael Muhammad Knight dans le documentaire. Là réside l’un des messages le plus importants du film, dans un monde où le contenu artistique est de plus en plus préfabriqué, régi et uniformisé par les industries culturelles. À un spectateur demandant où se procurer leur album, <em>The Kominas</em> répondaient pendant l’avant-première de <em>Taqwacore </em>au FNC : « <em>Envoie-nous un courriel et nous piraterons notre musique pour toi</em>! »</p>
<p style="text-align: justify;">La musique peut-elle être un souffle de liberté, balayant sur son passage les idées figées et les fondamentalismes ou les oppressions de tout acabit? D’autres documentaires s’étaient penchés sur cette question. Notamment, <em>Beijing Bubbles – Punk and rock in China’s capital</em>, réalisé en 2007, décrit la scène punk et rock en Chine, où le rock’n roll n’est connu que depuis une vingtaine d’années. Selon les réalisateurs, les allemands Susanne Messmer et George Lindt, la scène punk, quasiment exsangue en Europe, a trouvé un regain de vitalité et d’énergie dans l’Empire du Milieu, un pays caractérisé par le manque de libertés individuelles, des traditions pesantes et l’importance de la productivité, un peu comme si le punk ne pouvait réellement s’épanouir que dans la contestation d’un carcan oppressant(1). Le documentaire <em>Wasted Orient</em>, réalisé par Kevin Fritz, est également situé en Chine et met l’accent sur les difficultés de faire de la musique non sanctionnée par le gouvernement, telles qu’elles sont perçues et vécues par le groupe de rock local <em>Joyside</em> en tournée dans le pays. Ainsi, le titre semble faire référence au gaspillage du talent des musiciens désabusés, qui noient leurs désillusions dans l’alcool. Dans un autre registre musical, <em>Slinghshot Hip Hop</em>, que l’on doit à la cinéaste Jackie Salloum, dresse l’état des lieux de l’énergétique scène palestinienne rap à la fois dans la Bande de Gaza, en Cisjordanie et dans les communautés palestiniennes vivant en Israël. Le hip hop constitue l’étendard d’une révolution des décibels, permettant aux rappeurs de décrire les conditions de vie palestiniennes dans les Territoires Occupés et en Israël.</p>
<div class="photo2" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/howzey/3296670987/ " target="new"><img title=" Cinema seat " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/decembre2009/fnc1.jpg" alt=" Cinema seat " /></a><br />
Paul Howzey, <em> Cinema seat </em>, 2009<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Le film iranien <em>No one knows about persian cats</em>, à l’affiche également au Festival du Nouveau Cinéma à Montréal en octobre dernier, se penche également sur la musique, une musique interdite et contestataire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Personne ne sait rien des chats persans</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Parcourant Téhéran dans tous les sens, Negar (Shaghaghi) et Ashkan (Kooshanejad) cherchent à se procurer passeports et visas pour aller faire un concert de rock indépendant à Londres. Ils viennent de sortir de prison. Motif de l’incarcération? Jouer de la musique, chose illégale en Iran. Les personnes qui enfreignent cette règle risquent des coups de fouets, des amendes et la prison. En effet, depuis la révolution de 1979, la musique, notamment de type occidental, n’a pas droit de cité en Iran et est pratiquement interdite par les autorités, pour des raisons principalement politiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Récompensé par le prix spécial du Jury de la section Un Certain Regard du festival de Cannes 2009, le film <em>No one knows about persian cats </em>(<em>Kasi az gorbehaye irani khabar nadareh </em>en persan) dépeint la scène musicale clandestine de Téhéran ainsi que les soucis sécuritaires, économiques et artistiques des protagonistes de cette scène et les dangers qu’ils encourent.  Le réalisateur Bahman Ghobadi (kurde iranien) est lui-même musicien et travaille actuellement sur son premier album. La première séquence du film le montre d’ailleurs en train de chanter dans un studio de son, tandis que des spectateurs échangent à propos de son interdiction d’enregistrer.</p>
<p style="text-align: justify;">Jouée et écoutée exclusivement en sous-sol, la musique à Téhéran est<em> underground</em> au propre et au figuré. Les musiciens sont contraints de répéter dans des caves, des abris de fortune insonorisés au moyen de cageots à œufs et des étables, incommodant les vaches qui ne goûtent guère les joies du heavy metal. Ils doivent monter sur les toits, se faufiler à moto dans les ruelles de la capitale iranienne, organiser des concerts secrets en appartement, se cacher de la police, espérer que les voisins ne les dénoncent pas. Ces jeunes remuent ciel et terre pour pouvoir quitter le pays mais, en même temps, essayent par tous les moyens de jouer à Téhéran, n’importe où et pour qui est prêt à les écouter. Ils ont des affiches de <em>Joy Division</em> et <em>Nirvana</em> aux murs des caves où ils se réfugient, lisent La métamorphose de Kafka en persan, rêvent d’aller en Islande pour entendre le groupe <em>Sigur Ros </em>sur scène.</p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><a href=" http://www.flickr.com/photos/aeter/261515265/ " target="new"><img title=" Kinepolis cinema hall " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/decembre2009/fnc2.jpg" alt=" Kinepolis cinema hall " /></a><br />
Anna Borska, <em> Kinepolis cinema hall </em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href=" http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr " target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;"><em>Persona no grata</em> et cinéaste censuré dans son pays, Bahman Ghobadi a tourné <em>No one knows about persian cats </em>en catimini et<em> </em>sans autorisation, en dix-sept jours, grâce à des repérages en motocyclette et avec une caméra digitale S12K. En Iran, l’équipement à format 35 mm est la propriété exclusive de l’État et ne peut être loué sans autorisation de tournage. Appréhendé par la police à deux reprises, le réalisateur s’est tiré d’affaire en leur offrant des exemplaires de ses films interdits et en leur racontant qu’il préparait un documentaire sur la drogue. Les scènes ont du être tournées très rapidement et sur des motos. Celle de l’arrestation a nécessité la transformation d’une voiture normale en voiture de police et le taillage sur mesure d’uniformes de policiers achetés. Tout cela fait de <em>No one knows about persian cats </em>un film marqué par l’urgence, frénétique, en rupture avec le ton coutumier de Ghobadi, traduisant la fureur de vivre de ces musiciens prêts à toutes les extrémités pour jouer et se défiant de la censure et des risques, reproduisant le dynamisme et le rythme rapide de la vie à Téhéran. La capitale iranienne, visualisée à travers ses ruelles, ses caves, ses toits et son ciel, constitue un personnage à part entière du film, véritable ode d’amour à la ville, nous donnant à voir une facette captivante et inhabituelle dans le cinéma de cette dernière.</p>
<p style="text-align: justify;">Le film de Ghobadi est intense et dramatique, mais pas dénué d’humour pour autant, bien au contraire. Le pivot comique du film correspond au personnage attachant et volubile de Nader (Hamed Behdad), entrepreneur de toutes sortes, promoteur musical capable de dénicher faux papiers et de se sortir de plus d’un pétrin. En est témoin la scène hilarante du commissariat, où Nader, menacé du fouet et d’une exorbitante amende, négocie avec le policier.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>No one knows about persian cats </em>transcende les catégories cinématographiques, brouillant les cartes et mélangeant les genres, comédie, drame social, thriller et documentaire musical. Il constitue un docu-fiction, où les acteurs jouent leurs propres personnages, mais qui comporte néanmoins une gpartie fictionnelle. Il rappelle en cela l’œuvre de Kiarostami, notamment <em>Close-Up</em>. Mélangeant les faits et la fiction, le cinéaste a pour credo «  <em>Nous ne pouvons nous approcher de la vérité qu’à condition de mentir </em>»(4). Ghobadi a d’ailleurs été son assistant réalisateur lors du tournage du film <em>Le vent nous emportera</em> en 1999.</p>
<p style="text-align: justify;">Ghobadi a également réalisé plusieurs films acclamés et abondamment primés, entre autres <em>Un temps pour l’ivresse des chevaux, Les tortues volent aussi</em> et <em>Half moon</em>. Dans ce dernier, tourné entièrement dans le Kurdistan iranien, un groupe de musiciens kurdes cherchent à gagner le Kurdistan irakien pour y faire un concert. Ce n’est donc pas la première fois que Ghobadi s’intéresse à la musique comme vecteur de résistance. Pour ses bandes-son,  il a souvent fait appel à Hossein Alizadeh, un excellent et renommé compositeur et musicien iranien d’origine azérie.</p>
<p style="text-align: justify;">La bande sonore de <em>No one knows about persian cats </em>est, du reste, très réussie et révèle l’existence d’une scène musicale foisonnante en Iran. Les artistes chantent en persan et en anglais et tous les genres sont représentés : Heavy metal, hip hop, rap, soul, pop, jazz, rock, etc. On remarque notamment un morceau de rap par <em>Hichkas</em>, <em>Wake up God</em>, et une ballade de soul par Rana Farhan.</p>
<p style="text-align: justify;">De retour en Iran après le Festival de Cannes, Bahman Ghobadi a été arrêté par la police avant d’être relâché. Les deux acteurs principaux Negar Shaghaghi et Ashkan Kooshanejad ont également demandé l’asile politique en août 2009 à la  Grande-Bretagne après l’arrestation de l’un des membres de leur groupe.</p>
<p style="text-align: justify;">Les animaux de compagnie ne sont pas autorisés en public en Iran, d’où le titre du film. À l’instar des chats persans, les jeunes artistes contestataires restent cachés et secrets, sont rapides et agiles, se déplacent silencieusement et voient bien dans l’obscurité. Avoir neuf vies pour faire de la musique, c’est tout ce qu’on leur souhaite.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Références</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1)<em>Beijing Bubbles</em> [en ligne]. « Director’s notes ». &lt;<a href="http://www.beijing-bubbles.com/">http://www.beijing-bubbles.com/</a>&gt;. Consulté le 19 octobre 2009.</p>
<p style="text-align: justify;">(2)Sen, Amartya (2006). <em>Identity and violence. The illusion of destiny</em>. New York et Londres : W.W. Norton, 215 p.</p>
<p style="text-align: justify;">(3)Idem.</p>
<p style="text-align: justify;">(4)Traduction libre. Zeitgeist films [en ligne].  « Abbas Kiarostami Biography ». &lt;<a href="http://www.zeitgeistfilms.com/director.php?director_id=33">http://www.zeitgeistfilms.com/director.php?director_id=33</a>&gt; Consulté le 20 octobre 2009.</p>
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		<title>L’eau et le conflit israélo-palestinien</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Feb 2009 23:46:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nayla Naoufal</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans le conflit israélo-palestinien, l’eau semble à la fois un enjeu important et un dommage collatéral. Les politiques hydriques israéliennes dans les Territoires Palestiniens Occupés et le conflit entraînent des impacts nuisibles sur les ressources [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Dans le conflit israélo-palestinien, l’eau semble à la fois un enjeu important et un dommage collatéral. Les politiques hydriques israéliennes dans les Territoires Palestiniens Occupés et le conflit entraînent des impacts nuisibles sur les ressources en eau partagées et ne font qu’exacerber les hostilités. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title="paradise, Toulouse" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/46/env2.jpg" alt="paradise, Toulouse" /><br />
simonsterg, <em>paradise, Toulouse</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Les Territoires Palestiniens comportent cinq sources principales d’eau: en Cisjordanie, le fleuve du Jourdain en surface et trois nappes phréatiques; dans la bande de Gaza, la nappe côtière. Or, depuis l’occupation de la Cisjordanie par l’armée israélienne à l’issue de la guerre des Six Jours en 1967, les Palestiniens ne peuvent plus accéder au fleuve du Jourdain. Pour satisfaire leurs besoins en eau, ils disposent uniquement d’une quantité limitée provenant des nappes phréatiques et des sources, de la collecte des eaux de pluie grâce à des réservoirs sur les toits des habitations, des eaux usées recyclées sans traitement et des camions-citernes venant d’Israël. À l’inverse, les Israéliens sont les uniques utilisateurs du fleuve du Jourdain et les principaux exploitants des nappes phréatiques cisjordaniennes. <strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">En effet, les Palestiniens ne disposent que de 20% des nappes phréatiques en Cisjordanie(1), qui se trouvent sur des terres contrôlées actuellement à la fois par Israël et par l’Autorité Palestinienne. L’État israélien puise l’eau des nappes phréatiques à travers des puits localisés dans les Territoires Palestiniens et le long de la ligne verte (frontières internationalement reconnues d’Israël datant de l’armistice de 1949). En raison du sens de l’écoulement des eaux des nappes phréatiques cisjordaniennes et gaziote(2), Israël a décidé de contrôler l’exploitation de ces eaux en amont et donc de limiter la construction des puits par les Palestiniens.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès 1949, l’État hébreu a commencé à réduire le développement des puits en Cisjordanie, alors sous administration jordanienne, et à intensifier son exploitation des ressources hydriques(3). Immédiatement après la guerre des Six Jours en 1967(4), l’armée israélienne a détruit 140 pompes hydriques palestiniennes dans la vallée du Jourdain. Les terres et les fermes des Palestiniens situées le long de la rive occidentale du fleuve du Jourdain ont été confisquées, leurs habitants ont été empêchés d’y retourner et la région déclarée zone de sécurité militaire(5). <strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Peu de temps après l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, l’armée israélienne a imposé de nombreuses ordonnances militaires portant sur le contrôle de l’eau. Notamment, l’ordonnance n°92, datant d’août 1967, a fait en sorte que l’eau dans les Territoires Occupés soit considérée comme «ressources stratégiques sous contrôle militaire»(6). D’autres ordonnances militaires ont mis en place de nombreuses restrictions visant les Palestiniens(7): interdiction de forer de nouveaux puits sans l’autorisation préalable des autorités militaires, expropriation de puits et de sources appartenant à des Palestiniens dits absents, fixation de quotas de prélèvement et mise en place de mécanismes pour contrôler l’exploitation palestinienne de l’eau, amendes sanctionnant sévèrement les dépassements des quotas, etc.<strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un contrôle israélien total sur l’eau des territoires  palestiniens </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’ordonnance militaire n°158  du 30 octobre 1967 «<em>interdit à quiconque de mettre en œuvre ou détenir des installations hydrauliques sans avoir préalablement obtenu une autorisation auprès du commandement militaire</em>»(8). Depuis, les commandants militaires israéliens peuvent refuser d’accorder un permis d’infrastructure hydraulique à un Palestinien dans les Territoires Occupés sans justifier leur décision et le traitement d’une telle requête peut prendre un an(9). De plus, les Palestiniens peuvent seulement creuser jusqu’à 140 mètres. À l’inverse, les puits des colons peuvent avoir une profondeur de 800 mètres, et utilisent l’épaisseur entière des nappes phréatiques. Ils sont  ainsi plus efficaces et plus puissants(10). Entre 1967 et 1996, seulement 34 permis domestiques ont été accordés aux Palestiniens. Très peu d’autorisations ont vu le jour depuis. De même, trois permis agricoles ont été accordés depuis 1967. Ces ordonnances militaires ont été suivies de nombreuses autres jusqu’en 1991, aboutissant à un contrôle israélien complet sur les ressources hydriques situées dans les Territoires Palestiniens(11). <strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le mur de séparation construit par l’Etat hébreu dans les Territoires Palestiniens permet également de contrôler l’accès aux eaux souterraines. En confisquant ou en isolant des terres et des propriétés, ce mur entraîne une destruction des puits ainsi que des infrastructures et empêche l’accès des Palestiniens au fleuve du Jourdain(12). Toutes ces mesures de contrôle de l’exploitation de l’eau en amont permettent de maintenir l’écoulement d’eau vers les puits israéliens situés le long de la ligne verte et vers les autres points d’extraction dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.<strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quant au système de distribution d’eau des Palestiniens, il est connecté à celui des colonies israéliennes depuis l’occupation de la Cisjordanie en 1967. En fait, que ce soit en Cisjordanie ou dans la Bande de Gaza, les Palestiniens sont approvisionnés de manière intermittente, à raison de deux fois par semaine, pendant une durée de deux à trois heures. Pendant les pénuries hydriques, par exemple lors des sécheresses, l’opérateur israélien arrête l’approvisionnement palestinien, mais pas celui des colonies(13). Par ailleurs, les conduits qui approvisionnent ces dernières sont de diamètre beaucoup plus important et leurs réservoirs plus grands que les conduits et les réservoirs cisjordaniens et gaziotes(14). <strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’eau, un dommage collatéral</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Conséquence des politiques hydriques israéliennes, les colons consomment quatre à six fois plus d’eau que les Palestiniens dans les Territoires Occupés(15). Non seulement y a discrimination entre colons et palestiniens au sujet de la consommation en eau, mais il y aussi discrimination en ce qui concerne la facturation. En raison de subventions et de tarifs agricoles avantageux, les colons paient trois à cinq fois moins cher l’eau que les Palestiniens, selon l’usage, domestique ou agricole(16). Cette différence de facturation est rendue possible par la facturation des colonies par Mekorot, la compagnie d’eau israélienne, tandis que les Palestiniens paient l’eau à leur Département d’Eau.</p>
<p style="text-align: justify;">Le conflit et l’occupation de la Cisjordanie contribuent à dégrader des ressources en eau partagées, dont ont grand besoin Israéliens et Palestiniens, qui se trouvent tous deux en situation critique de stress hydrique. Le dense réseau de puits mis en place par les Israéliens le long de la ligne verte et à l’intérieur de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza est si profond et puissant qu’il génère non seulement un assèchement des sources et des puits palestiniens à proximité, mais aussi une baisse de la qualité de l’eau. En 2007, les trois nappes cisjordaniennes étaient déjà surexploitées, à 25% pour les bassins Oriental et du Nord-Est et à 75% pour l’aquifère Occidental. Quant à l’aquifère de Gaza, il est d’ores et déjà infiltré par l’eau de mer et très pollué par les nitrates.</p>
<p style="text-align: justify;">À la fois les Palestiniens et les colons déversent une grande partie de leurs eaux usées et de leurs déchets sans traitement dans la nature, générant une pollution des eaux souterraines partagées. À cause de la situation de conflit, la plupart des projets de coopération internationale visant à mettre en place des infrastructures hydrauliques ont été suspendus ou annulés. Dans le cas des projets de traitement des eaux usées, par exemple, les difficultés de mise en place sont liées notamment à la restriction de la capacité de mouvement des experts et de l’équipement, à l’absence de coordination entre toutes les parties prenantes, au manque de coopération des autorités militaires israéliennes, à la faiblesse des institutions palestiniennes et à la volonté des pays donateurs de suspendre les travaux jusqu’à ce que le conflit soit terminé, pour éviter des coûts supplémentaires(17).<strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Surtout, le conflit et l’occupation affectent beaucoup la qualité et la quantité de l’eau dont disposent les Palestiniens. Depuis 1967, les infrastructures hydrauliques en Cisjordanie se sont détériorées et ont très peu été remplacées. Par conséquent, le service de distribution d’eau est inefficace et peu fiable puisqu’il comporte 25 à 40% de fuites(18). En outre, l’intermittence du système de distribution palestinien provoque une dégradation de la qualité de l’eau, alors que les colonies israéliennes sont approvisionnées de manière continue, avec une eau de bonne qualité. <strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’eau, un enjeu majeur du conflit israélo-palestinien </strong><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs villages palestiniens ne sont mêmes pas raccordés au système de distribution d’eau et sont très dépendants des camions-citernes et des pluies. C’est le cas pour 20% de la population en Cisjordanie selon B’Tselem, le Centre Israélien d’Information sur Les Droits Humains dans les Territoires Occupés. Or, la qualité de l’eau acheminée par camions-citernes est altérée par les longues attentes aux barrages militaires israéliens et par les grands trajets occasionnés par les routes de contournement, résultat notamment du mur de séparation. Force est donc de constater que la question de l’eau est étroitement liée au conflit israélo-palestinien, puisqu’elle constitue un enjeu important de ce dernier, tout en étant affectée par lui. D’ailleurs, en raison d’une grande sécheresse en 2008, les Palestiniens en Cisjordanie ont épuisé toutes leurs réserves, à la suite d’un manque de pluie et de la réduction de l’approvisionnement par les Israéliens de 20 à 30%(19). <strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Selon les chercheurs canadiens Arsenault et Green, l’État hébreu ne compte pas se retirer de certaines parties des Territoires Palestiniens afin de conserver l’accès à l’eau, malgré le coût économique et politique de l’occupation(20). Les grandes colonies en Cisjordanie auraient été implantées de manière à pouvoir contrôler l’exploitation de l’eau. Or, les Palestiniens ont conscience du rôle joué par les ressources hydriques dans l’occupation. Les politiques hydriques de l’État hébreu contribuent à renforcer le sentiment de spoliation et d’injustice des Palestiniens et ne font qu’exacerber le conflit déjà existant. L’eau, étroitement liée à l’agriculture et très présente dans les textes religieux, touche aussi à l’attachement à la terre et est intrinsèquement identitaire et symbolique aux yeux des Palestiniens et des Israéliens. <strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La question du contrôle de l’eau doit donc impérativement être prise en compte dans la résolution du conflit. Grande absente des négociations, elle ne pourra être réglée que par une entente politique équitable attribuant des droits aux Palestiniens en matière de terre et d’eau et par une coopération israélo-palestinienne autour de la gestion des ressources. Le règlement de cette dispute hydro-politique devra faire appel à des solutions technico-commerciales, telles que le dessalement, la mise en place d’un marché de l’eau, le recyclage des eaux usées, une nouvelle politique de prix reflétant le coût réel de l’eau, etc. En particulier, des interventions éducatives, au travers de projets concrets réunissant Palestiniens et Israéliens, permettraient de créer un dialogue autour de l’eau, d’apprendre à coopérer et à échanger, voire à percevoir l’autre camp différemment. Certains chercheurs et certaines ONG l’ont compris avant l’heure. À titre d’exemple, l’ONG israélo-jordano-palestinienne <em>Friends of the Earth Middle East</em>, s’est donnée pour mission de promouvoir au Moyen-Orient à la fois la paix et la protection de l’environnement, inextricablement liées aux yeux de l’organisation, et met en place des projets en ce sens. Seulement, pour assurer l’efficacité de telles interventions éducatives, un changement structurel et une entente politique sont indispensables au préalable. <strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les Israéliens et les Palestiniens partagent le même environnement, des ressources hydriques et des problèmes environnementaux similaires, en particulier le manque d’eau. La construction d’un dialogue autour de l’environnement et la mise en place de projets véritablement partagés et collaboratifs pourrait contribuer à une entente politique, et s’avèrent à tout le moins nécessaires à la préservation des eaux souterraines, dont la dégradation supplémentaire ne fait qu’aggraver le conflit existant.<strong> </strong> <strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1)Lasserre, F.  (2002b). Les eaux de la Terre  sainte Le bassin du Jourdain au cœur de vives convoitises. <em>In</em> Lasserre,  F. et Descroix, L. (ed): <em>Eaux et territoires Tensions, coopération et  géopolitique de l’eau</em> (p. 211-228). Sainte-Foy: Presses de l’Université du  Québec, p. 224<br />
(2)Quelques 90% des aires de recharge des aquifères (où les pluies s’infiltrent principalement et s’accumulent sous terre) sont situées en Cisjordanie. Les eaux des aquifères du Nord-Est et Occidental s’écoulent vers des aires situées en dehors de la Cisjordanie, en Israël. Quant à l’aquifère Oriental, le flux de ses eaux est dirigé vers la Vallée du Jourdain et la Mer Morte.<br />
(3)   ALIEWI, A. et  ASSAF, K. (2007). Shared management of Palestinian and Israeli groundwater resources: a  critical analysis. <em>In</em> Shuval, H. et Dweik, H. (ed): <em>Israeli-Palestinian  water issues – from conflit to cooperation </em>(p. 17-32)<em>.</em> Berlin: Springer, p. 17.<br />
(4) Cette guerre entre l’État hébreu et les pays arabes limitrophes modifie profondément les frontières: Israël quadruple la superficie de son territoire et occupe la bande de Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem Est, le Sinaï égyptien (qui sera rendu à l’Égypte lors du traité de paix israélo-égyptien en 1979), le plateau syrien du Golan et le Sud Liban (d’où Israël s’est retiré en 2000 en conservant toutefois les fermes de Chebaa). Parmi les 250 000 Palestiniens de Cisjordanie qui se sont réfugiés en Jordanie en juin 1967, seuls quelques milliers seront autorisés à revenir.<br />
(5)   HADDAD, M. (2007). Politics and water management: a  Palestinian perspective. In Shuval, H. et Dweik, H. (ed): <em>Israeli-Palestinian  water issues – from conflit to cooperation</em> (p. 40-52). Berlin: Springer, p. 44<br />
(6)<em>Ibid<br />
</em>(7)SIRONNEAU,  J. (1996). <em>L’eau: nouvel enjeu stratégique mondial. </em>Paris: Economica, p.  74.<br />
(8)<em>Ibid<br />
</em>(9)<em>op. cit.</em> Haddad, M. (2007) p. 44 et 46.<br />
(10)   BOVET, P., REKACEWICZ, P.,  SINAÏ, A. et VIDAL, D. (2007). <em>L’atlas environnement du Monde Diplomatique.</em> Ivry: Le Monde Diplomatique, p. 26.<br />
(11)<em>op. cit.</em> Haddad, M. (2007) p. 44.<br />
(12)   VADROT, C.-M.  (2005). <em>Guerres et environnement Panorama des paysages et des écosystèmes  bouleversés</em>. Paris: Delachaux et Niestlé, p. 102.<br />
(13)   ALIEWI, A. et ASSAF, K.  (2007). Shared  management of Palestinian and Israeli groundwater resources: a critical analysis. <em>In</em> Shuval, H. et Dweik, H. (ed): <em>Israeli-Palestinian water issues –  from conflit to cooperation </em>(p. 17-32)<em>.</em> Berlin: Springer, p. 20.<br />
(14)   SELBY, J. (2007). Joint  mismanagement: reappraising the Oslo  water regime. <em>In</em> Shuval, H. et Dweik, H. (ed): <em>Israeli-Palestinian  water issues – from conflit to cooperation </em>(p. 203-212)<em>.</em> Berlin:  Springer.<br />
(15)<em>op. cit.</em> ALIEWI, A. et ASSAF, K. (2007) p. 19<br />
(16)<em>op. cit.</em> Sironneau, J. (1996) p. 75.<br />
(17)   TAGAR,  Z., KEINAN, T. et BROMBERG, G. (2007). A seeping timebomb: Pollution of  the mountain aquifer by sewage. <em>In</em> Shuval, H. et Dweik, H. (ed): <em>Israeli-Palestinian  water issues – from conflit to cooperation</em> (p. 417-426). Berlin:  Springer.<br />
(18)<em>op. cit.</em> ALIEWI, A. et ASSAF, K. (2007) p. 29.<br />
(19) BOLE-RICHARD,  Michel. <em>La crise de l’eau s’accentue en  Israël et frappe durement les Palestiniens</em>. Le Monde, 17 août 2008.ARSENAULT, D. et GREEN, J. (2007). Effet of the separation barrier on the viability of a future Palestinian state. <em>In</em> Shuval, H. et Dweik, H. (ed): <em>Israeli-Palestinian  water issues – from conflit to cooperation</em> (p. 273-282). Berlin:  Springer.</p>
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		<title>Snow, une chronique écologique et féministe de l’après-guerre en Bosnie</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Dec 2008 22:32:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nayla Naoufal</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Présenté à Montréal pendant le Festival du Nouveau Cinéma cet automne, Snow, le premier long métrage d’Aida Begic, décrit le quotidien d’un groupe de femmes sous les ruines de la guerre des Balkans. L’unique production [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Présenté à Montréal pendant le Festival du Nouveau  Cinéma cet automne, <em>Snow</em>, le premier long métrage d’Aida Begic, décrit le quotidien d’un groupe de femmes sous les ruines de la guerre des Balkans. L’unique production bosniaque à avoir vu le jour en 2008 est un film profondément écologique, empreint de poésie et de gravité. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title="Moon, the beauty of night" src=" http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/42/env.jpg" alt="Moon, the beauty of night" /><br />
Hamed Masoumi, <em>Moon, the beauty of night</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">À Slavno, un village bosniaque isolé, tous les hommes et tous les enfants de sexe mâle, exception faite du vieil Imam et d’un garçon, ont disparu, emmenés par les militaires. Nul ne sait ce qu’il est advenu d’eux. Restent six femmes et quatre fillettes. Entraînées par le personnage central, Alma, elles s’obstinent à cultiver des fruits et légumes, à confectionner des conserves et des confitures qu’elles essaient de vendre au bord de la route déserte, le marché le plus proche étant à des kilomètres et les voitures ayant toutes été détruites par les combats.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une chronique de l’après-guerre en Bosnie</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Snow</em> a ceci de particulier qu’il est situé en contexte d’après-guerre. Nombre de films dépeignent les conflits armés et leurs cortèges de morts et de malheurs, mais peu d’entre eux se penchent sur ce qui se passe après. Néanmoins, un autre film bosniaque, <em>Grbavica</em>, traitait de l’après-guerre à  Sarajevo, mais dans une perspective urbaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Snow</em>, la réalisatrice de 32 ans a voulu dépeindre la vie quotidienne de milliers de femmes restées seules dans une Bosnie patriarcale, où une grande partie des hommes ont été décimés. De toute évidence, le film fait référence au tristement célèbre massacre deSrebrenica, en Bosnie-Herzégovine, qui avait fait 8000 victimes. Selon Aida Begic, du jour au lendemain, les femmes ont dû apprendre à être autonomes, et ce, dans le deuil(1).</p>
<p style="text-align: justify;">Ce deuil est tangible à tout instant dans l’univers complètement coupé du monde, le huis clos où gravitent les six femmes. Les empreintes physiques de la guerre sont partout: maisons détruites recouvertes de bâches bleues du Haut Commissariat des Réfugiés qui laissent passer la pluie, mosquée sans murs, lunettes retrouvées, absence de lignes téléphoniques et d’approvisionnement en eau… Mais la mémoire de ce qui n’est plus est aussi omniprésente, hantant les survivantes, comme dans cette scène où les femmes se livrent à une sorte de jeu de devinettes, mimant les caractéristiques des hommes absents. Ou encore dans ces passages fantastiques où les cheveux du petit garçon traumatisé poussent à toute allure, alors qu’il se rappelle les tueries dont il a été le témoin. En ressort une impression de claustrophobie et de violence retenue qui imprègne tout le long métrage.</p>
<p style="text-align: justify;">S’il est grave  et lucide, <em>Snow</em> n’est nullement austère ou dépourvu de poésie. La première partie du film brosse avec beaucoup de délicatesse et de sensualité les rituels quotidiens des femmes, lorsqu’elles préparent les confitures, qu’elles vont chercher l’eau à la source et qu’elles font leurs ablutions en pleine nature ou lorsqu’elles s’occupent de leur potager. Cette description minutieuse de la répétition des gestes allège la douleur du récit.</p>
<p style="text-align: justify;">L’arrivée de deux investisseurs qui veulent acheter le village donne une nouvelle direction au film et pose un dilemme aux femmes: doivent-elles accepter l’argent pour assurer leur survie, d’autant plus que les premières neiges vont bientôt tomber, ou doivent-elles refuser pour «sauver leur âme»? Tel est le casse-tête auquel ont été soumis les déplacés en Bosnie-Herzégovine après la guerre, selon Aida Begic(2). La réalisatrice explique dans une entrevue que le retour à la maison, prévu pour les Bosniaques musulmans, a échoué car les Bosniaques serbes leur ont acheté leurs terres. Que l’un des investisseurs soit bosno-serbe semble évoquer le fait que les hommes d’affaires d’aujourd’hui, qui contrôlent actuellement la Bosnie-Herzégovine, seraient les bourreaux d’hier.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un film écologique et féministe</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il n’est pas certain qu’Aida Begic ait eu pleinement conscience de la dimension environnementale de son film, réalisé d’ailleurs avec une grande économie de moyens. Dans <em>Snow</em>, les femmes ont un rapport très direct et sensuel à la nature. Elles utilisent les services gratuits que peut rendre la nature, elles ont une connaissance intime de leur milieu. Ces femmes luttent pour être autosuffisantes, en prenant appui sur les ressources locales et en tentant de mettre sur pied une petite entreprise. Ainsi, le rêve d’Alma est de nourrir la moitié de la Bosnie, puis la moitié de l’Allemagne. Le groupe de femmes, aux personnalités diverses et hautes en couleurs, décide finalement de rester dans le village et de mener bataille contre les investisseurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout cela est apparenté au biorégionalisme, un mouvement écologique et socio-économique visant le développement autonome des régions, utilisant de manière mesurée les ressources locales, naturelles et culturelles du milieu de vie( 3). Tout près de chez nous, des approches biorégionalistes sont mises en œuvre au Québec, telles que les jardins communautaires et l’achat de paniers de fruits et légumes bio( 4). Cette dernière démarche relie les fermes locales aux consommateurs, contribuant à une solidarité avec les producteurs agricoles et à la préservation de l’environnement. Elle permet de réduire le nombre de kilomètres parcourus par les aliments ainsi que la quantité d’emballages.</p>
<p style="text-align: justify;">De telles approches présentent l’intérêt de contribuer à la réappropriation du milieu de vie par ses habitants, contrairement à la multiplication des «vandales professionnels et itinérants( 5)», dépourvus d’ancrage et d’attachement aux lieux, qui se préoccupent moins de l’environnement local et de ses autres habitants. Selon de nombreux chercheurs, nous n’habitons plus nos milieux, nous ne sommes plus que des résidents temporaires( 6) qui ont juste besoin, pour vivre, d’une banque, d’un pied à terre, d’un centre commercial, d’un accès à Internet et d’une prise électrique où connecter notre ordinateur portable et notre téléphone cellulaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Un tel mode de vie pourrait entraîner une aliénation par rapport aux lieux qui semblent alors avoir moins d’importance. Or, les lieux et les individus se façonnent les uns les autres( 7). Cette érosion de la dimension symbolique du milieu pourrait donc créer de nombreux problèmes en matière de construction des identités individuelles et collectives. Comment savoir qui nous sommes, si nous ne savons pas où nous sommes? Cette question est clairement posée dans <em>Snow</em>,  lorsque les femmes hésitent entre partir pour assurer leur survie et rester  pour préserver qui elles sont.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, le film est imprégné de féminisme et d’écoféminisme, un courant de pensée qui met l’accent sur les dimensions intuitives, affectives et sensibles du rapport humain à l’environnement( 8). D’après ce courant, les femmes ont une connaissance et une compréhension particulière des processus écologiques de leur milieu( 9). En outre, l’écoféminisme établit un lien entre la domination des femmes par les hommes et l’exploitation de la nature( 10). On retrouve ce parallèle dans <em>Snow</em>, lorsque les deux investisseurs tentent de forcer les femmes à accepter leur offre et à abandonner le village, en vue de le raser, leur assurant qu’elles ne peuvent se débrouiller seules.</p>
<p style="text-align: justify;">La réalisatrice semble tenir à ce féminisme transversal, elle qui vient d’une Bosnie marquée par les traditions et par un système patriarcal encore dominant. Dans ce film tant grave que léger, tant lucide qu’onirique, les personnages féminins sont bouleversants par leur opiniâtreté, leur détermination et leur refus de basculer dans la rancune et la haine.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1)Blottière, Mathilde, Trois questions à une réalisatrice. Aida Begic «En Bosnie, du jour au lendemain, les femmes ont dû apprendre à vivre seules», <em>Telerama</em>,  11 octobre 2008.<br />
(2)<em>Ibid.<br />
</em>(3)Sauvé, L.,  Orellana, I., Qualman, S. et Dubé, S., <em>L’éducation relative à  l’environnement. École et communauté: une dynamique constructive</em>, Montréal  (Québec), Éditions Hurtubise HMH, 2001, p. 119<br />
(4) Les fermes qui proposent des paniers bio au Québec font notamment partie du réseau de l’Agriculture soutenue par la communauté d’Équiterre. Cependant, d’autres fermes ont également intégré ce système.<br />
(5)   Berry, W., <em>Home  economics</em>, San Francisco,  North Point Press, 1987, p. 50.<br />
(6)   Orr, D., <em>Ecological  Literacy – Education And The Transition To A Postmodern World</em>, Albany , State University of New  York Press, 1992, p. 102.<br />
(7)<em>Ibid<br />
</em>(8)Sauvé, L., <em>Couran</em><em>ts et modèles d’intervention en  éducation relative à l’environnement, </em>Module 5. Programme d&#8217;études supérieures – Formation en éducation relative à l&#8217;environnement – Francophonie internationale, Montréal, Les Publications ERE-UQAM, Université du Québec à Montréal – Collectif ERE-Francophonie, 2003, p. 127<br />
(9)<em>Ibid</em>, p. 129<br />
(10)<em>Ibid</em>, p. 127</p>
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		<title>L’eau du Golan au cœur des négociations de paix au Moyen-Orient</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Oct 2008 16:00:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nayla Naoufal</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Plateau syrien occupé par Israël depuis 1967, le Golan fait actuellement l’objet de négociations indirectes entre l’État hébreu et la Syrie, la Turquie assumant le rôle d’intermédiaire. L’aboutissement de ces pourparlers pourrait affecter de manière considérable la stabilité de toute la région du Moyen-Orient. Or, la question du contrôle de l’eau du Golan joue un rôle fondamental dans les tractations, intensifiant leur complexité. </strong></p>
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Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Localisé au Nord-est d’Israël, le plateau du Golan a été conquis par les Israéliens à l’issue de la Guerre des Six Jours en 1967, puis annexé en 1981. Y vivent 18 000 Druzes, de nationalité syrienne pour la majorité, ainsi que 20 000 colons israéliens. En effet, des colonies ont été implantées au Golan depuis l’occupation du plateau par l’État hébreu.</p>
<p style="text-align: justify;">Après l’échec des négociations en 2000, la question du plateau du Golan constitue une dimension centrale du conflit israélo-syrien et le plus grand obstacle à la normalisation des relations entre les deux pays.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La double importance du Golan</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le plateau du Golan est doublement important aux yeux de son occupant. Tout d’abord, situé à 1000 mètres d’altitude sur le versant est des montagnes de l’Anti-Liban et du Hermon au Liban, et dominant la vallée du Hauran en Syrie ainsi que le plateau de Galilée en Israël, le Golan revêt une importance géostratégique puisqu’il permet à son occupant de surplomber la capitale syrienne Damas, une partie du Liban ainsi que les colonies israéliennes situées en contrebas.</p>
<p style="text-align: justify;">L’autre aspect fondamental du Golan, c’est qu’il s’agit d’un château d’eau, d’où sont issus tous les cours d’eau de la rive orientale du lac de Tibériade, qui constitue la plus grande réserve hydrique de l’État hébreu. En outre, le Golan abrite les sources du Banias et du Dan, les deux affluents orientaux de la partie haute du fleuve Jourdain(1).</p>
<p style="text-align: justify;">Chevauchant les territoires de quatre États (Liban, Syrie, Jordanie et Israël) et du territoire palestinien de Cisjordanie, ce fleuve a fait l’objet d’ardentes disputes au vingtième siècle entre ses riverains arabes d’une part, et l’État hébreu d’autre part. À l’heure actuelle, les eaux du Jourdain sont utilisées principalement par les Israéliens(2). Quant aux Palestiniens, l’armée israélienne les empêche d’accéder au fleuve depuis 1967.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, les eaux du Golan sont déversées dans le lac de Tibériade, d’où elles sont distribuées ensuite par les autorités israéliennes dans le reste de leur pays au moyen du conduit national israélien d’eau, essentiellement vers le désert du Néguev. Par ailleurs, la conquête du plateau a pour conséquence d’éloigner la frontière syrienne des rives du lac de Tibériade.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le dilemme de l’eau </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’aspect stratégique du Plateau du Golan ne serait que secondaire dans la volonté israélienne de conserver ce territoire syrien(3). Il en irait de même pour la présence des colonies israéliennes au Golan, l’Histoire ayant montré que l’État hébreu n’hésite pas à déplacer ses colonies par la force comme dans le cas du Sinaï lors des accords de paix avec l’Egypte ou le cas de l’évacuation de la Bande de Gaza en 2005. En fait, Israël tiendrait autant au plateau Golan en raison de la présence des sources du Jourdain. Rendre le Golan signifierait la fin de l’irrigation du désert du Néguev(4).</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’hypothèse d’une restitution du plateau en échange d’un traité de paix, Israël insiste jusqu’ici sur un droit d’exploitation et d’usage de l’eau, même si ce dernier a été acquis par la force. Ainsi, les Israéliens affirment ne pas pouvoir se passer de ressources en eau représentant une telle part de la consommation du pays. À l’inverse, la Syrie revendique l’eau du Golan en vertu de la doctrine classique de la souveraineté nationale absolue(5). Entre ces deux positions, une solution qui a été envisagée est que l’État hébreu rende à la Syrie sa souveraineté sur le plateau du Golan tout en conservant l’accès à ses ressources hydriques, Damas s’engageant éventuellement à garantir cet accord (6).</p>
<p style="text-align: justify;">Toutefois, selon Zaslavsky, le commissaire de l’eau en Israël de 1991 à 1993, un accord de paix israélo-syrien et la restitution du Golan entraîneraient une pollution et une salinisation de la Mer de Galilée par les eaux usées, à la suite de l’implantation éventuelle d’un million de personnes dans le Golan par la Syrie(7). Aux yeux de l’ancien commissaire, des préoccupations environnementales constituent une entrave à la résolution d’un conflit.</p>
<p style="text-align: justify;">Or, l’occupation du Golan est coûteuse, à la fois politiquement et économiquement, pour Israël(8). Et si Israël ne se retire pas du plateau syrien, ce serait surtout dans le but de conserver le contrôle de l’eau, dont dépendent étroitement la croissance et la viabilité du pays. Ainsi, environ le tiers de la consommation israélienne en eau provient du Golan, ce qui fait du plateau une ressource hydrique fondamentale pour l’État hébreu(9).</p>
<p style="text-align: justify;">Surtout, Israël dispose de ressources hydriques très limitées, à savoir 240 mètres cube par personne et par an(10), plaçant le pays en situation critique de stress hydrique(11). En outre, l’État hébreu connaîtrait actuellement «la pire crise de l’eau de son existence» selon Uri Shani, le directeur de l’Autorité de l’Eau en Israël, dans un article du <em>Monde</em> daté du 17 août 2008(12): Le lac de Tibériade, d’où provient le tiers de l’approvisionnement en eau israélien, a atteint la ligne rouge, avec un niveau de 213 mètres au-dessous du niveau de la mer. En deçà de la ligne noire (214.4 mètres), que le lac risque d’atteindre cet automne, le plus grand réservoir israélien deviendrait inutilisable en raison des risques de prolifération d’algues et de salinisation. En outre, la nappe phréatique côtière en Israël est d’ores et déjà infiltrée par l’eau de mer, le niveau de cette nappe se trouvant en-dessous de la ligne noire(13). Les bassins souterrains d’eau situés en Cisjordanie, qui approvisionnent l’État hébreu également, sont surexploités eux aussi.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les négociations israélo-syriennes autour du Golan</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Officiellement en état de guerre depuis 1948, la Syrie et l’Israël ont repris fin juillet, après un gel de huit ans, un dialogue indirect par l’entremise de la Turquie. Du côté de Damas, une entente avec Israël lui permettrait de récupérer le Golan.</p>
<p style="text-align: justify;">Du côté israélien, un accord de paix avec Damas serait d’une importance cruciale(14), permettant à l’État hébreu de faire pression dans le dossier israélo-palestinien (la Syrie cesserait de soutenir le Hamas dans la bande de Gaza dans l’hypothèse d’une entente) et dans le dossier israélo-libanais (la Syrie ne livrerait plus d’armes au Hezbollah libanais). Surtout, un traité de paix entre Israël et la Syrie pourrait séparer cette dernière de l’Iran, ennemi numéro un de l’État hébreu.</p>
<p style="text-align: justify;">Seulement, la question de l’eau du Golan joue un rôle fondamental dans les négociations. Les Israéliens ne veulent en aucun cas céder le contrôle des ressources hydriques situées dans le Golan, pour les raisons développées précédemment. Or, une souveraineté ne saurait être partagée. Comment Damas pourrait-il récupérer le Golan, sans retrouver l’eau qu’il recèle? Les tractations israélo-syriennes, où les diplomates turcs font office de médiateurs, risquent donc de traîner en longueur, nécessitant une quinzaine d’années pour aboutir à une entente(15).</p>
<p style="text-align: justify;">Il est fort éloquent que la solution envisagée est de faire d’une grande partie du plateau du Golan un «Parc International de la Paix» sous l’égide des Nations Unies, correspondant à une sorte de zone franche internationale, où les Syriens et les Israéliens pourraient circuler à leur guise(16). Ainsi, l’environnement, après avoir été par le biais de l’eau l’une des sources de la discorde du Golan, serait un facteur de résolution du conflit. En outre, un parc naturel n’étant pas habité, cette option allégerait les craintes d’Israël quant à la pollution des ressources hydriques en raison de la présence de populations riveraines. Selon cette solution proposée par les émissaires et les experts, l’État hébreu conserverait le contrôle de l’eau et la Syrie s’engagerait à ne pas interférer avec le flux de l’eau vers la Mer de Galilée(17).</p>
<p style="text-align: justify;">Ce projet d’entente est-il vraiment équitable pour la Syrie? Cette dernière dispose de ressources en eau beaucoup plus abondantes qu’Israël et récupérerait la souveraineté du Golan grâce à un éventuel arrangement. Dans tous les cas, s’il venait à aboutir, cet accord de paix israélo-syrien aurait des répercussions certaines sur la stabilité du Moyen-Orient.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;">(1) En effet, les sources du Dan, bien que situées en Israël, ont leur bassin d’alimentation au Liban dans le Mont Hermon et en Syrie sur le Golan. Selon SIRONNEAU, Jacques. <em>L’eau: nouvel enjeu stratégique mondial. </em>Paris:  Economica, 1996, p. 37.<br />
(2) Les eaux du Jourdain sont utilisées à 59% par Israël, 23% par la Jordanie, 11% par la Syrie et 0,3% par le Liban. Selon ALIEWI, Amjad et ASSAF, Karen. Shared management of Palestinian and Israeli groundwater ressources: A critical analysis. <em>In</em> Shuval, Hillel et Dweik, Hassan (ed)  : <em>Israeli-Palestinian water issues – from conflit to cooperation</em> (p.  17-32). Berlin, Springer, 2007, pp. 21-22.<br />
(3) AYEB,  Habib. <em>Le Bassin du Jourdain dans le conflit israélo-arabe</em>. Beyrouth,  Centre d’Etudes et de Recherches sur le Moyen-Orient Contemporain, 1993, p. 19.<br />
(4) <em>Ibid</em><br />
(5) LASSERRE,  Frédéric. Les eaux de la Terre  sainte. Le bassin du Jourdain au cœur de vives convoitises. <em>In</em> Lasserre,  Frédéric et Descroix, Luc: <em>Eaux et territoires Tensions, coopération et  géopolitique de l’eau</em> (p. 211-228). Sainte-Foy, Presses de l’Université du  Québec, 2002, p. 220.<br />
(6)<em> Ibid</em><br />
(7) ZASLAVSKY, Dan. <em>Definition  of Israel’s  water problems or “Water as a metaphor”</em> [en ligne]. &lt;<a href="http://www.biu.ac.il/soc/besa/water/zaslavsky.html" target="_blank">http://www.biu.ac.il/soc/besa/water/zaslavsky.html</a>&gt; 2000,  consulté le 25 août 2008<br />
(8)  ARSENAULT, Daniel et GREEN, Jamie. Effect of the separation barrier on the viability  of a future Palestinian state. <em>In</em> Shuval, Hillel et Dweik, Hassan (ed): <em>Israeli-Palestinian  water issues – from conflict to cooperation</em> (p. 273-282). Berlin,  Springer, 2007, p. 274.<br />
(9) GRESH,  Alain et VIDAL, Dominique. <em>Les 100 clés du Proche-Orient</em>. Paris:  Hachette littératures, 2006, p. 174.<a id="_Toc195893606" name="_Toc195893606"></a><a id="_Toc192495896" name="_Toc192495896"> </a><br />
(10) SHUVAL, Hillel. Meeting vital human needs: Equitable resolution of conflicts over shared water resources of Israelis and Palestinians. <em>In</em> Shuval, Hillel et  Dweik, Hassan (ed): <em>Israeli-Palestinian water issues – from conflict to  cooperation</em> (p. 3-16). Berlin,  Springer, 2007, p. 3.<br />
(11) GRUEN, George E.  Turkish water exports: A model for regional cooperation in the development of  water resources. <em>In</em> Shuval, Hillel et Dweik, Hassan (ed): <em>Israeli-Palestinian  water issues – from conflict to cooperation</em> (p. 157-163). Berlin,  Springer, 2007, p. 160.<br />
(12) BOLE-RICHARD,  Michel. <em>La crise de l’eau s’accentue en  Israël et frappe durement les Palestiniens</em>. Le Monde, 17 août 2008.<br />
(13) <em>Ibid</em>.<br />
(14) Department of  International Relations. <em>The Secret and Unofficial  Talks between Israel and Syria  &#8211; Second Track Diplomacy</em>. Istanbul: Istanbul Kültür  University, 2008 [en ligne]. <a href="http://www.kobikongresi.org.tr/iibf/docs/uluslar/report.pdf" target="_blank">http://www.kobikongresi.org.tr/iibf/docs/uluslar/report.pdf</a>,  consulté le 25 août 2008<br />
(15) <em>Ibid</em>.<br />
(16) <em>Ibid</em>.<br />
(17) <em>Ibid</em>.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Control: ni un hommage, ni un film sur le rock, ni un biopic</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Feb 2008 23:28:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nayla Naoufal</dc:creator>
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		<description><![CDATA[À l’affiche à Montréal l’automne dernier, Control trace un portrait bouleversant de Ian Curtis, le leader suicidé du mythique groupe de musique britannique Joy Division. C’est le premier film du photographe et réalisateur de vidéoclips [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>À l’affiche à Montréal  l’automne dernier, <em>Control </em>trace un portrait bouleversant de Ian Curtis, le leader suicidé du mythique groupe de musique britannique Joy Division. C’est le premier film du photographe et réalisateur de vidéoclips Anton Corbijn. Exalté et mélancolique, à l’image de Ian Curtis, <em>Control</em> n’est ni un hommage de plus, ni un film sur le rock. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/22/art_control.jpg" alt="" /><br />
warsaw_79, <em></em>, 2005<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Récompensé par la Caméra d’or au Festival de  Cannes 2007, <em>Control </em>relate la vie et  le suicide de Ian Curtis. Le scénario est une adaptation du livre <em>Touching from a Distance</em> de Deborah  Curtis, la femme du chanteur, qui a co-produit le film.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Control</em> n’a rien d’un hommage  à un «martyr» du rock. Le film n’est pas non plus exclusivement un <em>biopic</em>, c’est-à-dire un film biographique axé sur la description d’un personnage réel. De morceaux de concert apothéotiques en scènes de quotidien et crises d’épilepsie,<em> Control</em> dresse un portrait lucide et pudique de Ian Curtis, un Ian Curtis chanteur, leader, époux, amant, ami, employé, introverti, bête de scène, malade…</p>
<p style="text-align: justify;">Tourné dans un noir et blanc très contrasté et  bien cadré, marque de fabrique de Corbijn qui n’est pas photographe pour rien, <em>Control</em> a pour toile de fond le quotidien de l’Angleterre du Nord, ouvrière et morose, de la fin des années 1970. Très bien documenté, le film retrace le paysage musical de cette époque: Lou Reed, Iggy Pop, David Bowie, The Velvet Underground, les Sex Pistols…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un réalisateur issu du monde de la photo et des  vidéoclips</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Connu pour ses photographies et ses clips des groupes Depeche Mode, U2 et Nirvana, Corbijn est un habitué de la scène musicale depuis plus de trente ans. Ainsi, il avait collaboré avec Joy Division du vivant de Ian Curtis, en réalisant notamment le vidéoclip du morceau <em>Atmosphere </em>et en fixant l’image du  groupe sur la pellicule photo.</p>
<p style="text-align: justify;">Possédant une mémoire en noir et blanc de l’Angleterre des années 1970, Anton Corbijn a choisi de tourner dans ces tons pour mieux refléter l’époque historique. En effet, le réalisateur a expliqué que l’époque d’une part, et l’univers du groupe d’autre part, sont perçus par les gens en noir et blancàcause des photos, des films d’archives<sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r1">1</a><a name="t1"></a></sup> et des pochettes bichromes des albums du groupe.  Parfaitement approprié aux sentiments de désespoir et de tragédie imprégnant <em>Control</em> et auréolant Joy Division depuis la disparition du chanteur, ce choix d’imagerie ne résulte pourtant pas d’un désir d’ambiance mélodramatique et sombre<sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r2">2</a><a name="t2"></a></sup>. Et, au lieu de confiner le film dans le passé et dans la pesanteur, le noir et blanc réussit au contraire à le rendre plus réel, actuel et aérien, faisant de <em>Control</em> une fiction atemporelle grâce à l’intensité de son iconographie, impliquant le spectateur plus que ne le ferait l’usage de la couleur, en sollicitant davantage son imagination.</p>
<p style="text-align: justify;">Noir et blanc lumineux, plans larges et cadres très précis: l’empreinte de la photographie est visible dans l’imagerie de Control et rappelle les clichés de groupes de musique réalisés par Corbijn. Intéressé par tous les arts visuels, le réalisateur a fait de la scénographie, notamment pour les concerts impressionnants de Depeche Mode, a conçu des pochettes d’albums et a tourné de nombreux vidéoclips. On a d’ailleurs reproché à ces clips leur aspect trop statique, voire trop «photographique». Or, on ne saurait en dire autant pour Control, dont la mise en scène est très réussie. Se basant sur des archives et sur un scénario déjà existant, Corbijn a construit un récit dramatique à partir de l’histoire personnelle de Curtis, avec laquelle il a pris quelques libertés. Par ailleurs, le réalisateur a reconstitué avec beaucoup de fidélité et de minutie les scènes de concert, se rapprochant alors de la docufiction. En fait, avant de réaliser un film, Corbijn racontait déjà des histoires dans ses clips et ses clichés. La photo de Curtis prise quelques semaines avant sa mort, montrant le chanteur qui se retournait dans un tunnel, où le réalisateur dit avoir voulu dépeindre un homme se dirigeant vers l’inconnu, est devenue mythique après avoir fait la couverture du New Musical Express (NME), un magazine musical britannique, une semaine après le suicide du leader de Joy Division<sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r3">3</a><a name="t3"></a></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Control</em>,  Ian Curtis est incarné avec une immense grâce par Sam Riley, musicien  professionnel et comédien peu connu<sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r4">4</a><a name="t4"></a></sup>. Ce dernier  interprète lui-même les morceaux de Joy  Division avec les acteurs<sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r5">5</a><a name="t5"></a></sup> jouant les autres membres du groupe, qui sont également musiciens. Coïncidence ou prédestination, Sam Riley avait tenu auparavant le rôle de Mark E. Smith, chanteur de The Fall, un groupe de post-punk britannique contemporain de Joy Division, dans le film <em>24 Hour Party People</em> sur la scène rock  de Manchester. Outre la ressemblance avec le leader du groupe mancunien<sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r6">6</a><a name="t6"></a></sup>, Sam Riley était intéressant aux yeux de Corbijn car, quasiment débutant au cinéma, il ne donnait pas l’impression d’être comédien<sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r7">7</a><a name="t7"></a></sup>. En fait, plus vrai que  nature, il ne semble même pas <em>jouer</em> Curtis; aussi intense que ce dernier, il <em>devient</em> Curtis, un Curtis dont le jeu théâtral sur scène semble lui-même inspiré de  David Bowie et Brian Ferry.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Joy Division, un son précurseur et inaltéré par le temps</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Outre Ian Curtis, Joy Division était composé de Bernard Sumner, Peter Hook et Stephen Morris. Joy Division s’était d’abord appelé très brièvement Stiff Kittens, puis Warsaw en référence au morceau Warszawa (Varsovie en polonais) de Brian Eno et David Bowie, qui comptent parmi les influences du groupe. Ayant appris l’existence d’une formation londonienne du nom de Warsaw Pakt, le groupe change de nom et devient Joy Division, expression issue du roman semi-autobiographique <em>The House of Dolls</em> de Yehiel De-nur,  écrivain et survivant de la Shoah. Ce choix de nom était motivé par le désir de lutter contre l’oubli des atrocités commises pendant la Deuxième Guerre mondiale<sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r8">8</a><a name="t8"></a></sup>. En effet, Joy Division correspond au nom du quartier des camps de concentration où avait lieu l’exploitation sexuelle par les soldats SS des jeunes femmes juives déportées.</p>
<p style="text-align: justify;">N’ayant pas survécu au suicide de son chanteur Ian Curtis, survenu en 1980, Joy Division a laissé une marque indélébile sur la scène rock, après quelques <em>singles</em> et  trois albums (dont deux posthumes). En particulier, le groupe mancunien a  inventé un nouveau genre, le post-punk<sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r9">9</a><a name="t9"></a></sup>, et a beaucoup influencé l’évolution de la musique. L’apparition de la New Waveet du gothique ne lui est d’ailleurs pas étrangère.</p>
<p style="text-align: justify;">Le très beau morceau de Joy Division, <em>Love Will Tear Us Apart</em>, qui figure dans  la bande originale du film <em>Control</em>, a été repris des centaines de fois. Entre autres, The Cure, José González, les Swans, Calexico, Paul Young, Simples Minds, Nada Surf, Squarepusher et Nick Cave se sont appropriés cette chanson aux paroles écrites par Ian Curtis, sortie en <em>single</em> un mois avant sa mort et dont le titre est gravé sur la pierre tombale du chanteur. En 2006, le morceau a été élu «meilleur single de tous les temps» par le <em>NME</em>. La chanson la plus populaire de Joy  Division a été entendue plusieurs fois au cinéma, entre autres dans <em>24 Hour Party People</em> et dans <em>Donnie Darko</em><sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r10">10</a><a name="t10"></a></sup>.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
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            var randomnumber = axel * 10000000000000000;
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<p style="text-align: justify;">Le célèbre <em>single</em> correspond à la rencontre de trois genres musicaux: le renouveau du punk, les prémices de la New Wave avec un son synthétique et la Coldwave, avec des sonorités glaciales, une voix grave et sombre, ainsi que des paroles exprimant un profond malaise. La Coldwave française ou ColdPop dont il est question ici est un genre de post-punk des années 1980 dérivé de groupes tels que Joy Division, The Cure et Siouxsie and The Banshees et représentée notamment par les groupes Opera Multi Steel et Trisomie 21.</p>
<p style="text-align: justify;">Reflétant les problèmes rencontrés par Curtis  dans son couple, <em>Love Will Tear Us Apart </em>parle  de la vie quotidienne. Au-delà de l’essence nihiliste et du désir de <em>tabula rasa</em> du punk, de la révolte face  à l’ordre établi et du <em>no future</em> lancé par les Sex Pistols, les textes de Joy Division faisant référence à la vie de leur auteur, Ian Curtis,  traduisent l’asphyxie et le refus en un langage plus élaboré, inaugurant le post-punk. Refus des conventions sociales, d’une existence sans réelle signification et de l’état du monde, ces émotions sont parfois à l’état brut dans le punk, surtout dans les années 1970. Ainsi, Joy Division a su verbaliser le désarroi, non seulement de son chanteur, mais aussi celui de l’Angleterre de la fin des années 1970.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une somptueuse bande-son </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Control ne pouvait avoir qu’une bande-son reflétant le panorama musical de l’époque ainsi que les influences et impacts de Joy Division. Et le réalisateur, Corbijn, s’est surpassé: The Velvet Underground, Iggy Pop, David Bowie, The Killers (groupe de rock américain actuel), Kraftwerk (groupe allemand de musique électronique des années 1970, ayant influencé le groupe mancunien non seulement dans le son, mais aussi à travers une atmosphère post-industrielle, Kraftwerk étant très marqué par le paysage bétonné et industriel de la région de la Ruhr, d’où proviennent les membres de ce groupe), Joy Division bien sûr, etc.<br />
Surtout, l’album comporte les trois morceaux ultimes du groupe né des cendres de Joy Division, New Order. Le groupe s’étant dissout après la sortie de <em>Control</em>, le film évoque finalement à la fois l’ascension et la disparition de ces deux groupes étroitement liés, élément très apprécié par Corbijn<sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r11">11</a><a name="t11"></a></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Control</em></strong><strong> n’est pas le portrait d’un mythe</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Est-ce parce que, trente ans avant <em>Control</em>, Anton Corbijn avait photographié Joy Division? Est-ce parce que le film retrace une époque correspondant à la jeunesse du réalisateur? Est-ce parce que, dixit Corbijn, lui-même connaissait une période difficile au moment de la conception du film<sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r12">12</a><a name="t12"></a></sup>? Toujours est-il que le portrait qu’il dresse de Ian Curtis n’est pas celui d’un mythe. C’est celui d’un homme proche de nous, dans toutes ses failles et ses blessures, qui se débat avec un quotidien où il est pris au piège, un homme au génie immense et visionnaire mais qui s’est brûlé les ailes trop vite.</p>
<p style="text-align: justify;">Le titre du film fait d’ailleurs référence à une  chanson de Joy Division, aux paroles écrites par Curtis, <em>She’s Lost Control</em><sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r13">13</a><a name="t13"></a></sup>, évoquant «toutes les erreurs et les fautes», dont le texte semble évoquer les difficultés auxquelles faisait face le chanteur dans sa vie privée: une perte de contrôle face à un mariage et des responsabilités trop précoces, des crises d’épilepsie sur lesquelles il n’avait pas prise et la culpabilité engendrée par sa vie extraconjugale. Tous ces évènements de la vie du leader de Joy Division se retrouvent dans le film.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, <em>Control</em> ne tente pas de cerner le personnage d’Ian Curtis et les raisons de son suicide, mais cherche plutôt à montrer toute la complexité et toute l’humanité du chanteur, comme en témoignent ces paroles de <em>Love Will Tear Us Apart</em>: <em>«</em>Quand la routine nous ronge et que les ambitions sont au plus bas, et que le ressentiment abonde mais que les émotions ne viennent pas, et nous changeons nos habitudes, prenant des routes différentes, alors l’amour, l’amour nous déchirera à nouveau.<sup><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#r14">14</a><a name="t14"></a></sup>»</p>
<p style="text-align: justify;">Sentiment de perte de contrôle de sa vie et de ne pas être à sa place dans la société d’aujourd’hui, désir d’échapper à son quotidien et d’être ailleurs, impuissance face à l’état du monde, tel est le lot de nombreuses personnes aujourd’hui. Le mal-être de Ian Curtis, chaque spectateur peut le comprendre et le ressentir.</p>
<p style="text-align: justify;">À travers le portrait lumineux et sans fard du  chanteur, <em>Control </em>restitue un moment crucial de la scène musicale annonciateur du son d’aujourd’hui, en rapportant l’évolution d’un groupe fondateur qui a énormément influencé la scène musicale. En outre, le film pose également une question fondamentale: la musique peut-elle constituer un exutoire au désespoir et au désarroi engendrés par la tristesse et les difficultés du quotidien? Elle n’a pas sauvé Ian Curtis. Mais il nous reste son héritage musical, toujours aussi actuel et bouillonnant. Là réside peut-être notre salut, <em>quand la  routine nous ronge … et que les émotions ne viennent pas</em>.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t1">1.</a><a name="r1"></a>GHOSN,  Joseph. «Tout est sous <em>Control</em>:  Dossier Control/Joy Division». <em>Les  Inrockuptibles</em>, No 620, du 25 septembre au 1er octobre 2007, p.  26-31.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t2">2.</a><a name="r2"></a><em>Les Inrockuptibles </em>[en  ligne]. «<em>Control</em>: Interview vidéo  avec Anton Corbijn». &lt;<a href="http://www.lesinrocks.com/index.php?id=67&amp;tx_article%5Bnotule%5D=207637&amp;cHash=5bff5b0636">http://www.lesinrocks.com/index.php?id=67&amp;tx_article%5Bnotule%5D=207637&amp;cHash=5bff5b0636</a>&gt;.  Consulté le 30 novembre 2007.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t3">3.</a><a name="r3"></a>SOTINEL,  Thomas. «Pas un film sur la musique». <em>Le  Monde</em>, 18 mai 2007.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t4">4.</a><a name="r4"></a>Né en 1980, l’année de la mort de Ian Curtis, Sam Riley a grandi dans un petit village près de Leeds en Angleterre. Il a tenu quelques rôles à la télévision et au théâtre, avant de se tourner vers la musique, brièvement avec le groupe The Horned Owls, puis avec 10 000 Things, dont il est le leader et le chanteur.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t5">5.</a><a name="r5"></a>Joe Anderson, James Pearson et  Harry Treadaway.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t6">6.</a><a name="r6"></a>De  Manchester.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t7">7.</a><a name="r7"></a><em>Les Inrockuptibles </em>[en  ligne]. «<em>Control</em>: Interview vidéo  avec Anton Corbijn». &lt;<a href="http://www.lesinrocks.com/index.php?id=67&amp;tx_article%5Bnotule%5D=207637&amp;cHash=5bff5b0636">http://www.lesinrocks.com/index.php?id=67&amp;tx_article%5Bnotule%5D=207637&amp;cHash=5bff5b0636</a>&gt;.  Consulté le 30 novembre 2007.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t8">8.</a><a name="r8"></a><em>Wikipedia</em> [en ligne]  «Origine du nom». &lt;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Joy_Division#Origine_du_nom">http://fr.wikipedia.org/wiki/Joy_Division#Origine_du_nom</a>&gt;.  Consulté le 1er décembre 2007.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t9">9.</a><a name="r9"></a>Mouvement culturel contestataire, synonyme de renouveau et de l’absence de limites à la création, le punk englobe un genre musical d’abord apparu en 1976-77 aux États-Unis et en Angleterre, caractérisé par un tempo très rapide, un rythme souvent binaire et la présence de distorsions et de sons saturés. Pour sa part, émergeant à la fin des années 1970, le post-punk comporte un son plus expérimental, plus introverti et complexe que le punk, tout en conservant sa posture iconoclaste et sa révolte. Joy Division, Nick Cave and the Bad Seeds, The Cure, Gang of Four et The Fall sont des groupes emblématiques du post-punk.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t10">10.</a><a name="r10"></a>Le célèbre morceau est la toile sonore d’une scène clé du film, la seule scène d’amour entre Donnie Darko, un adolescent marginal, et sa petite amie, peu de temps avant la mort de cette dernière.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t11">11.</a><a name="r11"></a><em>Les  Inrockuptibles </em>[en ligne]. «<em>Control</em>:  Interview vidéo avec Anton Corbijn». &lt;<a href="http://www.lesinrocks.com/index.php?id=67&amp;tx_article%5Bnotule%5D=207637&amp;cHash=5bff5b0636">http://www.lesinrocks.com/index.php?id=67&amp;tx_article%5Bnotule%5D=207637&amp;cHash=5bff5b0636</a>&gt;.  Consulté le 30 novembre 2007.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t12">12.</a><a name="r12"></a>GHOSN, Joseph. «Tout est sous <em>Control</em>: Dossier Control/Joy Division». <em>Les Inrockuptibles</em>, No 620, du 25  septembre au 1er octobre 2007, p. 26-31.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t13">13.</a><a name="r13"></a>La chanson figure sur l’album <em>Unknown Pleasures</em> de Joy Division.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=338&amp;theme=arts#t14">14.</a><a name="r14"></a>Traduction libre de «When routine bites hard and ambitions are low, and resentment rides high but emotions won’t grow, and we’re changing our ways, taking different roads, then love, love will tear us apart again».</p>
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		<title>Gore et paix, un Nobel mérité?</title>
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		<pubDate>Sat, 15 Dec 2007 14:12:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nayla Naoufal</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le prix Nobel de la paix a été attribué, le 12 octobre dernier, à l’ancien vice-président des États-Unis, Al Gore, et au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat pour leurs efforts de sensibilisation aux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le prix Nobel de la paix a été attribué, le 12 octobre dernier, à l’ancien vice-président des États-Unis, Al Gore, et au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat pour leurs efforts de sensibilisation aux changements climatiques. À travers le monde, les réactions s’élèvent, s’interrogeant sur la pertinence de cette décision. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title="La planète de Gore" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/19/env_goretex.jpg" alt="La planète de Gore" width="216" height="278" /><br />
Azrainman  / Rainmaker,<br />
<em>La planète de Gore</em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Al Gore et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont été primés par le Comité Nobel de la Paix «pour leurs efforts de collecte et de diffusion des connaissances sur les changements climatiques provoqués par l’homme et pour avoir posé les fondements pour les mesures nécessaires à la lutte contre ces changements<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r1">1</a><a name="t1"></a></sup>».</p>
<p style="text-align: justify;">En récompensant le GIEC, qui dépend de deux organismes onusiens &#8211; l’Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations Unies pour l’environnement -, le comité norvégien du prix Nobel de la paix n’a pas dévié de sa ligne habituelle: récompenser des organisations internationales, telles que l’ONU, une habituée de ce prix. Le GIEC joue un rôle fondamental dans la sensibilisation aux risques associés aux changements climatiques, en présentant des données scientifiques rigoureuses. Ainsi, le groupe 1 du GIEC recense toutes les bases physiques des phénomènes climatiques correspondant à des travaux réalisés par des milliers de chercheurs dans le monde entier. Quant aux groupes 2 et 3, ils se penchent sur les conséquences des changements climatiques et sur les mesures susceptibles d’en atténuer les effets.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour sa part, l’«ex-futur président des États-Unis», tel qu’Al Gore aime lui-même à se qualifier depuis sa défaite en 2000 face à George W. Bush, n’est pas né de la dernière pluie en ce qui concerne la sensibilisation aux changements climatiques. Sa première audition en la matière remonte à il y a vingt ans. Toutefois, son action est surtout connue depuis la présentation de son documentaire primé aux Oscars en février 2007, <em>An inconvenient truth</em><sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r2">2</a><a name="t2"></a></sup> (Une vérité qui dérange), et de la parution d’un livre éponyme qui cherchent à sonner l’alarme du réchauffement planétaire en vulgarisant des phénomènes climatiques extrêmement complexes. Sur sa lancée, «le Père Nobel Vert<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r3">3</a><a name="t3"></a></sup>», a obtenu un Emmy pour sa chaîne de télévision alternative, Current TV, qui se veut un forum public destiné aux téléspectateurs, démocratique et libéré du diktat des annonceurs. Ayant à son actif plusieurs publications de sensibilisation aux problématiques environnementales, Al Gore caracole en tête des ventes avec son best-seller, <em>The  Assault on Reason</em> (l’Assaut contre la raison), dans lequel il tente de démontrer que l’aptitude à raisonner et à débattre est mise en danger par les médias, par l’administration politique actuelle aux États-Unis, par la culture du divertissement et par l’entretien de la peur. «Ozone Man», comme le nomme George Bush père, a déclaré vouloir donner la totalité de l’argent du prix Nobel à son association: Alliance for Climate Protection.</p>
<p style="text-align: justify;">Visionnaire et innovateur, Al Gore? Consacré  l’une des 100 personnalités les plus influentes de la planète par le magazine <em>Times</em> en 2007 (une liste où brille par son absence George Bush), il était l’un des premiers sénateurs à soutenir la loi permettant le développement d’Internet en 1991. Par ailleurs, celui qui s’était engagé au Vietnam et qui avait voté pour la guerre du Golfe en 1990, s’est par contre opposé à l’intervention américaine en Irak. Dans son discours prononcé à San Francisco en 2002, Al Gore avait insisté sur les risques de chaos résultant de l’intervention militaire, constituant «pour les États-Unis un danger plus grand que celui que constitue Saddam Hussein actuellement<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r4">4</a><a name="t4"></a></sup>».</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les détracteurs d’Al Gore, certains  pointent les nombreuses imprécisions et erreurs scientifiques de son film <em>An inconvenient truth</em>. Par exemple, le documentaire avance que le niveau des océans augmentera de plus de six mètres dans un futur proche, alors que cette hausse ne devrait avoir lieu que dans un million d’années. De même, l’arrêt du Gulf Stream, et l’ère glaciaire qui en découlerait en Europe, sont de l’ordre de la science fiction pour les océanographes. Le film évoque également des faits non documentés et probablement infondés tels que la noyade d’ours polaires qui cherchent de la glace ou l’évacuation d’atolls dans le Pacifique. Pour certains, ces éléments rendent le documentaire inexact, sentimental et sensationnaliste. Ces défauts s’apparentent à ce qu’Al Gore reproche aux médias américains dans son livre <em>The Assault on reason</em>. Malgré toutes ces  dérives, le documentaire <em>An inconvenient  truth</em> a réussi à sensibiliser un très grand nombre de personnes à la réalité des changements climatiques et à la responsabilité de l’être humain en la matière.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un prix  controversé</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On reproche aussi à ce prix Nobel 2007 d’être  hors sujet. Ainsi, le journaliste britannique Damian Thompson, du <em>Daily Telegraph</em><sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r5">5</a><a name="t5"></a></sup>, écrit que les changements climatiques n’ont rien à voir avec la paix mondiale: «Le réchauffement climatique est une menace pour l’environnement, pas pour la &laquo;&nbsp;paix&nbsp;&raquo; et l’ordre international». Dans plusieurs articles, le journaliste britannique met en relief les inconsistances scientifiques des messages d’Al Gore et l’incompatibilité entre son discours et ses conduites, évoquant notamment sa maison de Nashville qui consomme en un mois deux fois plus d’électricité qu’un domicile étasunien standard. Il traite le «Père Nobel Vert» d’exagérateur et de fanfaron.</p>
<p style="text-align: justify;">Certes, le discours et l’action de l’ancien vice-président des États-Unis sont truffés d’incohérences, de fautes et d’imprécisions. Cependant, la décision du comité Nobel de la paix est très novatrice et pertinente. En effet, récompenser le GIEC et Al Gore pour leur action contribue à sensibiliser la population à de nouveaux types de phénomènes qui vont à l’encontre de la sécurité internationale tels que les changements climatiques ainsi que la dégradation et la raréfaction des ressources en eau.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Environnement  et paix</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La paix et l’intégrité du milieu de vie sont inextricablement liées et interdépendantes. Par conséquent, la dégradation de l’environnement et la diminution des ressources provoquent l’augmentation des tensions économiques et des conflits ainsi que des velléités de recours à la force militaire<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r6">6</a><a name="t6"></a></sup>. De la même façon, la raréfaction de certaines ressources et les déplacements de populations résultant éventuellement des changements climatiques pourraient entraîner des hostilités entre les États ou au sein de ces derniers. D’ores et déjà, les impacts environnementaux du réchauffement du climat en Afrique génèrent des conflits entre nomades et sédentaires<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r7">7</a><a name="t7"></a></sup>. Qu’adviendra-t-il des pays situés en terres basses par rapport au niveau des mers, tels que le Bangladesh? Où iront les «réfugiés climatiques»? Que se passera-t-il lorsque l’eau manquera drastiquement dans certains pays méditerranéens? Qu’adviendra-t-il de la Chine et de l’Inde, très dépendantes des importations de matières premières? En outre, ce sont les pays les moins nantis qui pâtiront le plus des changements climatiques alors qu’ils en seront les moins responsables<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r8">8</a><a name="t8"></a></sup>. Tout cela ne risque-t-il pas d’envenimer des  relations internationales parfois déjà tendues?</p>
<p style="text-align: justify;">Inversement, la paix est une condition préalable (mais non suffisante) à la protection de l’environnement. L’instauration et le maintien d’un rapport favorable à l’environnement passent nécessairement par des relations harmonieuses entre ses habitants. En effet, un agir positif à l’égard de l’environnement requiert une stabilité sociopolitique ainsi que la sécurité physique et affective des personnes, prémices nécessaires au désir d’engagement environnemental<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r9">9</a><a name="t9"></a></sup>. Une relation privilégiée à l’environnement implique des raisonnements à long terme. Or, le fait de vivre dans un contexte de violence et de danger, d’être contraint de parer aux dangers immédiats et de tenter de satisfaire des besoins fondamentaux les conduit à réfléchir et agir à court terme<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r10">10</a><a name="t10"></a></sup>. Selon la hiérarchie des besoins de Maslow<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r11">11</a><a name="t11"></a></sup>, les personnes dont les besoins en nourriture, abri et sécurité ne sont pas satisfaits n’investiront pas d’énergie physique ou émotionnelle dans un agir environnemental positif<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r12">12</a><a name="t12"></a></sup>. En outre, les guerres entraînent des dégradations  importantes de l’environnement, voire la destruction de ce dernier.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, la notion de paix a dû être révisée dans les dernières années par les chercheurs dans ce domaine, qui distinguent à présent la paix négative (l’absence de guerre) d’une nouvelle notion, la paix positive. Cette dernière correspond à l’absence d’injustices systémiques<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r13">13</a><a name="t13"></a></sup>,  d’oppression, de violences structurelles et de dégradations de  l’environnement<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r14">14</a><a name="t14"></a></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">Al Gore et le GIEC étaient en lice avec 179 personnalités et organisations pour le prix Nobel de la paix cette année. On peut se demander si les co-lauréats étaient plus méritants que les «candidats malheureux». Notamment, en matière de dynamique de paix liée à l’environnement, Sheila Watt-Cloutier, une activiste écologique Inuit québécoise, lutte pour le droit au froid des autochtones de l’Arctique, très affectés par les changements climatiques. Cette ancienne présidente de la Commission Circumpolaire Inuite, avait déposé en 2005 une plainte en la matière à la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme, sous la forme d’un rapport de 167 pages. Selon Sheila Watt-Cloutier, les changements climatiques constituent plus qu’une problématique environnementale et ont tout à voir avec les droits humains.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
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            var randomnumber = axel * 10000000000000000;
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<p style="text-align: justify;"><strong>Derrière  les récipiendaires du Prix Nobel de la Paix</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Malgré les interrogations qu’on pourrait avoir sur les mérites d’Al Gore, ce cru 2007 du prix Nobel de la Paix a ceci d’intéressant qu’il constitue un message politique à la lumière des liens entre paix et sécurité écologique, alors que le protocole de Kyoto se trouve au point mort depuis le refus des États-Unis de le ratifier. Certes, une conférence est programmée début décembre à Bali pour discuter de l’avenir de Kyoto. Mais, contrairement à la quasi-totalité des dirigeants politiques à travers le monde, la Maison Blanche a réagi à l’attribution de ce prix Nobel en déclarant camper sur ses positions. Dans ce contexte, récompenser Al Gore et la communauté scientifique est un signal d’alarme destiné à la fois aux politiciens et au public, et vise à prévenir de futurs conflits en plaçant la question climatique au cœur des priorités politiques internationales et des modes de vie. De plus, honorer l’ancien vice-président américain, candidat malheureux face à George W. Bush, est également un message envoyé au locataire actuel de la Maison Blanche, opposant farouche à Kyoto, malgré quelques déclarations récentes plus réservées.</p>
<p style="text-align: justify;">À la suite des derniers évènements, Al Gore se présentera-t-il aux élections présidentielles de 2008? Il reste encore trois mois avant les élections primaires. Ces derniers mois ont vu naître sur Internet un «Draft Gore Movement» (enrôlez Al Gore pour l’élection présidentielle de 2008), à travers des sites communautaires tels que Facebook, MySpace et autres à l’instar de <a href="http://www.draftgore.com/">www.draftgore.com</a>. Une pétition circulant sur Internet et visant à encourager Al Gore à briguer la Maison Blanche aurait recueilli 200 000 signatures le 16 octobre 2007. Mais l’ancien vice-président a déclaré le lendemain à la radiotélévision publique norvégienne NRK ne pas vouloir être candidat et voir les choses sous un autre angle: «Je suis impliqué dans un autre type de campagne. C’est une campagne globale, pour changer la manière de penser des gens en ce qui concerne la crise climatique». Al Gore n’aurait jamais autant travaillé de sa vie. Il a rapporté au magazine <em>Times</em><sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#r15">15</a><a name="t15"></a></sup> qu’un ami lui aurait dit  «Pourquoi ne prends-tu pas une pause, en te présentant aux élections?»   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la référence pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t1">1.</a><a name="r1"></a> Selon une  déclaration du président du comité Nobel norvégien, Ole Danbolt Mjoes citée  dans un article de <em>Libération </em>du 12 octobre 2007 «Al Gore, l’effet  Nobel».<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t2">2.</a><a name="r2"></a><em>An  inconvenient truth</em> (Une vérité qui dérange),  documentaire réalisé en 2006 par David Guggenheim.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t3">3.</a><a name="r3"></a>Selon un  article éponyme de <em>Libération </em>en date du 13 octobre 2007.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t4">4.</a><a name="r4"></a>Dans un  article du <em>Monde</em> datant du 13 octobre 2007, «Al Gore, un révolutionnaire  très convenable».<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t5">5.</a><a name="r5"></a>Dans un  article du <em>Daily Telegraph</em> intitulé «What has Al Gore done for World  Peace?» en date du 12 octobre 2007.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t6">6.</a><a name="r6"></a> Mische,  P. M., “Ecological security: New Challenges for Human Learning”,dans  Wenden, A. L. (ed), <em>Educating for  a culture of social and ecological peace</em>, State University of New York Press, Albany, 2004, p. 47.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t7">7.</a><a name="r7"></a> Dans un  article de <em>Libération </em>intitulé «Le climat et la paix» en date du 13  octobre 2007.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t8">8.</a><a name="r8"></a> Dans  l’article de <em>Libération</em> précité «Le  père Nobel vert» en date du 13 octobre 2007.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t9">9.</a><a name="r9"></a> Naoufal, N. (accepté). «Diversité culturelle et paix socio-écologique: Les apports de la dimension critique de l’éducation relative à l’environnement», <em>Éducation relative à l’environnement – Regards,  Recherches, Réflexions</em>, <em>7</em>,  en préparation.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t10">10.</a><a name="r10"></a> <em>Ibid</em>.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t11">11.</a><a name="r11"></a> La hiérarchie des besoins élaborée par le psychologue Maslow est souvent représentée sous la forme d’une pyramide comportant cinq niveaux de besoins: besoins physiologiques, besoins de sécurité et protection, besoins d’appartenance, besoins d’estime de soi, et au sommet de la pyramide, besoin d’auto-accomplissement. Selon Maslow, la personne ne s’accomplit que si tous ses besoins sont satisfaits.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t12">12.</a><a name="r12"></a> Hershey et Hill, cités dans Kahn, P. H., “The development of environmental moral identity”, dans Clayton, S. et Opotow, S. (eds), <em>Identity and the  natural environment: the psychological significance of nature</em>, Cambridge, The MIT Press, 2003, p. 127.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t13">13.</a><a name="r13"></a> Harris, I. et Mische, P. M. “Environmental peacemaking, peaking and peacebuilding: Integrating Education for Ecological Balance and a sustainable peace”, dansWenden, A. L. (ed), <em>Educating for a culture of social and  ecological peace</em>, State  University of New York Press, Albany,  2004, p. 171.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t14">14.</a><a name="r14"></a> Reardon, cité dans Wenden, A. L., “Introduction: Integrating Education for Social and Ecological Peace – The Educational context” dansWenden, A. L. (ed), <em>Educating for a culture of social and  ecological peace</em>, State  University of New York Press, Albany,  2004, p. 7.<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=310&amp;theme=environnement#t15">15.</a><a name="r15"></a> Pooley, E. “The Last Temptation of Al Gore”, <em>Times</em>, 17 mai 2007. Consulté  en ligne le 7 novembre sur &lt;<a href="http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1622597,00.html">http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1622597,00.html</a>&gt;</p>
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		<title>Sons et images de Beyrouth: entre résistance, mémoire et mélancolie</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Oct 2007 20:38:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nayla Naoufal</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Mosaïque de 19 communautés religieuses, espace de tension politique et religieuse, le Liban a connu les affres d’une longue guerre civile de 15 ans. En outre, en juillet 2006, ce pays a été l’objet d’une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Mosaïque de 19 communautés religieuses, espace de tension politique et religieuse, le Liban a connu les affres d’une longue guerre civile de 15 ans. En outre, en juillet 2006, ce pays a été l’objet d’une offensive militaire dévastatrice d’Israël, en riposte à la capture de deux soldats israéliens par le Hezbollah. L’effervescente scène artistique libanaise s’est appropriée les thématiques de la guerre et de la mémoire dans sa production récente. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title="34  days de Munma" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/15/arts-munma.jpg" alt="34  days de Munma" width="216" height="278" /><br />
Caroline Tabet,<br />
<em>34  days de Munma</em>, 2006<br />
Tous droits réservés.</div>
<p style="text-align: justify;">Les événements de l’été 2006 transparaissent dans les travaux récents de la jeune et bouillonnante scène artistique libanaise, notamment dans la musique de <em>Munma</em>,  la photographie de Caroline Tabet et les dessins de Mazen Kerbaj.</p>
<p style="text-align: justify;">Que la production artistique au Liban soit imprégnée des thématiques de la guerre et de ses conséquences ne constitue pas quelque chose de nouveau. Ces problématiques très présentes dans l’imaginaire collectif et individuel libanais apparaissent souvent, implicitement ou explicitement, dans le cinéma, le théâtre, la musique, la littérature, etc.<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r1">(1)</a><a name="t1"></a>. Après la guerre de juillet 2006, au moment de tensions extrêmes entre les différentes communautés, Jawad Nawfal, un compositeur de musique électronique et électroacoustique basé à Beyrouth, narrait l’extrême effervescence de la scène culturelle: «Il y a des vernissages, des installations, des concerts partout. C’est comme si tout le monde se dépêchait de produire et de montrer son travail tant que c’est encore possible<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r2">(2)</a><a name="t2"></a>.»</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Sons  électroniques, oppressants et limpides de <em>Munma</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Beyrouth a vécu, ces dernières années, une éclosion de sa scène musicale, particulièrement riche et diversifiée. Parmi les productions récentes, figure un album de six titres de la formation <em>Munma</em>. Cet album nommé <em>34 days </em>en référence à l’offensive israélienne sur le Liban en  juillet 2006 est sorti chez le label libanais <em>Incognito</em>. Derrière <em>Munma</em>, se trouve Jawad Nawfal, fondateur d’un laboratoire de recherche et de composition sonores mis sur pied en 2001 avec Victor Bresse. Basé sur le souci d’explorer et de combiner plusieurs modes de composition musicale assistés par ordinateur, ce laboratoire appelé <em>Altered  Ear</em> s’est ramifié depuis sa création. Il a donné naissance à deux  formations différant par leurs styles de musique: <em>Aequo</em> et <em>AEX</em>. <em>Aequo</em> aborde la composition sonore sous un angle expérimental et détourne de leur usage habituel plusieurs courants musicaux (electronica, glitch, breaks, techno, electro et ambient). Quant à <em>AEX</em>, cette formation réalise des performances musicales pour le grand public. Ses influences musicales proviennent de l’electro, la techno, l’electronica, le hip-hop et le breakbeat.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant la guerre de 2006, Jawad Nawfal et Victor  Bresse faisaient danser les Libanais dans la célèbre boîte de nuit <em>Basement</em>, sur les sons techno de la formation <em>AEX</em>. Ou alors ils sortaient sous le nom d’<em>Aequo </em>un album plus expérimental et plus  confidentiel, <em>Mitclan</em> (en 2006), chez  un label indépendant américain: <em>Isolate  Records</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis les rues et les pistes de danse ont été désertées en juillet 2006, et Jawad s’est retrouvé coincé chez lui, privé de son partenaire bloqué à l’étranger, à pianoter sur son ordinateur, sourd au désordre ambiant. En est sorti <em>34 days</em>, un album à la fois oppressant et limpide, sombre et lumineux, douloureux mais sans désespoir, puisant dans les harmonies et les rythmiques orientales, mélangeant sons réels et synthétiques. Cette dualité est retrouvée dans tout l’album. Par exemple, le morceau <em>Judas</em> est construit sur une mélodie de violon où s’intègrent progressivement des interférences et des rythmiques électroniques syncopées. Le morceau <em>Yaqin</em> (en arabe: «certitude», souvent en relation avec la foi) correspond à une boucle orientalisante très mélodique sur laquelle est échafaudée une montée de masses sonores synthétiques. Quant au morceau <em>Munma</em>, il rassemble des éléments très différents: extraits de nouvelles radiophoniques en arabe, violon oriental réel, sons de guitares traités et rythmiques orientalisantes électroniques. Cette mosaïque de sons semble refléter le profond chaos et le désespoir dans lequel fut plongé le pays en juillet 2006 de même que l’éclatement de la réalité libanaise, sur les plans politique et socioculturel.</p>
<p style="text-align: justify;">Contrairement à d’autres créations ayant émergé depuis la dernière guerre, cet album est plus abstrait, ne contenant pas de sons de déflagrations. Sa seule concession à la mention concrète de la guerre consiste en des extraits de radio dans l’avant-dernier morceau <em>Munma</em>. On devine les bombes à  arrière-plan mais sans les entendre.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant au nom <em>Munma</em>,  il possède plusieurs significations, figurant notamment dans le manga de  science-fiction <em>Appleseed</em>, où la «république sacrée de Munma» est un état imaginaire formé à partir de l’Iran et du Pakistan, à la suite d’une troisième Guerre mondiale. Pour le compositeur, il s’agit surtout d’une république de résistance dans le futur, empruntant aux écrits de George Orwell (<em>1984</em>) et d’Aldous Huxley (<em>Le Meilleur des mondes</em>).</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, Jawad considère cet album comme son acte de résistance et comme sa participation politique. Selon lui, en matière de politique, les artistes ont la responsabilité d’exprimer ce qu’ils ressentent pendant des conflits et leurs créations devraient refléter la réalité dans laquelle elles se situent. D’ailleurs, Jawad insère toujours dans ses morceaux musicaux des extraits de nouvelles à la radio ou de discours politiques en relation avec la situation politique du Liban. Dans son prochain album qui doit sortir fin 2007 chez Incognito, <em>Black  Tuesday</em>, le morceau <em>Finem Respice</em> contient un fragment d’un discours prononcé par Nasrallah, le leader du  Hezbollah.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une telle approche, l’art et la vie semblent inextricablement liés. La démarche de création est contextuelle et ancrée dans un lieu, traduisant toutes ses dimensions: politique, sociale, géographique, culturelle&#8230; L’artiste ne vit pas dans une bulle hermétique au monde qui l’entoure, mais situe son travail dans le milieu de vie, un travail essentiellement politique dans le sens d’une participation, mais pas forcément d’une prise de position.</p>
<p style="text-align: justify;">Première composition en solo <a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r3">(3)</a><a name="t3"></a>, 34 days est aussi une collaboration familiale, puisque c’est le frère de Jawad, Ziad Nawfal, qui a produit l’album et la femme de Jawad, Caroline Tabet, qui a réalisé les photographies de la pochette. En 2000, ces derniers avaient d’ailleurs créé avec d’autres artistes libanais un collectif intitulé Art-Core et organisé des performances dans des lieux désaffectés, appelés à être démolis, les réanimant l’espace d’une nuit.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La mémoire photographique de Caroline Tabet</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le travail de la photographe Caroline Tabet est imprégné des thématiques de l’absence et de la destruction. L’artiste explique sa démarche par «le besoin de garder des traces, traces de ce qui a été à un moment donné, traces de Beyrouth qui s’efface et se reconstruit sans cesse<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r4">(4)</a><a name="t4"></a>». En effet, le paysage beyrouthin change constamment, non seulement à cause des destructions et des reconstructions occasionnées par les guerres depuis 1975, mais aussi en raison de l’urbanisation accélérée et mal planifiée. Ainsi, mémoire et destruction sont les thématiques premières de <em>290, rue du Liban</em>, deux séries de photographies réalisées par Caroline Tabet et une autre photographe beyrouthine, Joanna Andraos, dans le cadre de leur collectif <em>Engram</em>. «290, rue du Liban» correspond à l’adresse d’une maison traditionnelle libanaise datant de 1900, où Caroline Tabet a habité dans le passé et qui a été démolie en 2005 pour être remplacée par un immeuble moderne. Cependant, la construction a été ralentie par la découverte de tombes romaines sous la maison.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la première série, l’approche mise en œuvre par les photographes a été de matérialiser, grâce à un procédé photographique, des «flux imperceptibles de personnes disparues<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r4">(4)</a><a name="t4"></a>», créant dans l’espace  l’illusion de présences. Quant à la deuxième série de <em>290, rue du Liban</em>, elle constitue une retranscription fidèle du processus de démolition de la maison par les entrepreneurs. Ce travail a été exposé à Beyrouth, à Paris et à Arles, dans l’événement «Off du Off» des rencontres d’Arles Photographie 2007.</p>
<p style="text-align: justify;">Comptant à son actif plusieurs expositions, installations et collaborations, explorant par ailleurs la relation entre le son et les images, Caroline Tabet a photographié les traces des destructions occasionnées par la guerre de 2006 au Liban, de même que les habitants du Sud réfugiés par milliers dans la capitale et dormant à la belle étoile dans le jardin public – Sanayeh – ou dans les établissements publics transformés en dortoirs de fortune. Ici aussi transparaît le désir de l’artiste de constituer une mémoire photographique des destructions et de la transformation irréversible et inexorable des lieux. Cette démarche se situe au cœur du contexte beyrouthin, le reflétant et soulevant des interrogations par rapport à la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le  témoignage pictural de Mazen Kerbaj: résister aux bombes et à la morosité grâce  à son crayon</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les bruits des projectiles, Mazen Kerbaj, un musicien et illustrateur libanais, se les est appropriés le temps d’enregistrer une improvisation sur son balcon la nuit du 15 au 16 juillet 2006. Selon Mazen, le morceau était joué par lui-même, à la trompette, et les forces aériennes israéliennes, aux bombes. Surtout, au début de l’offensive israélienne de juillet 2006 sur le Liban, Mazen Kerbaj a créé un blogue<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r5">(5)</a><a name="t5"></a> où il «<em>postait</em>» tous les jours, lorsque les conditions sécuritaires et matérielles le lui permettaient, des dessins dépeignant la guerre ainsi que son vécu et celui de son entourage<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r6">(6)</a><a name="t6"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces témoignages quotidiens, caustiques, tour à tour mélancoliques et furieux sur la vie au Liban par temps de guerre rappellent la démarche de Marjane Satrapi, qui se met également elle-même en scène dans son travail. Cette dessinatrice iranienne a dressé, à travers une bande dessinée autobiographique intitulée <em>Persepolis</em><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r7">(7)</a><a name="t7"></a> et évoquant le trait ciselé de l’encre de Chine, un portrait tout en sensibilité et en humour de l’Iran, depuis la révolution islamique en 1979 à la guerre avec l’Irak. Mais contrairement à <em>Persepolis</em>, le travail de Mazen Kerbaj constitue un témoignage à vif de la réalité, livré dans des conditions difficiles, souvent à la lumière d’une bougie et sous les bombes, et mis en ligne au retour de l’électricité. Il se démarque donc par son caractère plus saccadé (ce n’est pas une histoire), urgent et furieux. Ainsi, pour certains, l’approche de Mazen s’apparente à celle d’Aleksandar Zograf en ex-Yougoslavie en 1999, qui racontait la vie quotidienne en Serbie pendant la guerre par le biais de la bande dessinée.</p>
<p style="text-align: justify;">Mazen Kerbaj continue à publier régulièrement sur son blogue des dessins qui parlent de son vécu de la réalité libanaise, marquée par des tensions politiques et intercommunautaires inquiétantes. Il insiste sur le fait que sa démarche n’est pas politique mais artistique et parle de la «métaphore de résistance aux bombes par un crayon<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r8">(8)</a><a name="t8"></a>». Son intention est clairement de témoigner d’une réalité extrêmement difficile et révoltante durant l’été 2006, mais semble être aussi, notamment depuis la fin de cette guerre, de regarder la réalité à travers ces multiples facettes et de faire émerger chez son lectorat une pensée critique et un recul par rapport à leurs opinions. Du point de vue de Mazen, son travail n’est pas politique, car il ne prend position pour aucun parti. Cependant, ses dessins sont politiques dans le sens d’une participation au monde et d’une contribution à la capacité des personnes à vivre ensemble car la politique vise à «découvrir ce que les personnes ont en commun ainsi que le terrain (littéralement) des affiliations [...] et des intérêts partagés<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r9">(9)</a><a name="t9"></a>».</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
          var axel = Math.random() + "";
            var randomnumber = axel * 10000000000000000;
            randomnumber = Math.round(randomnumber);
       }
      document.write ("<scr" + "ipt language=Jav" + "aScript src=http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&#038;dim=148898&#038;pos=2&#038;pv="+randomnumber + "></scr"+"ipt>");
// ]]&gt;</script><script src="http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&amp;dim=148898&amp;pos=2&amp;pv=9372043337609618"></script></div>
<p style="text-align: justify;">Mélange des genres, des médias, des techniques: plus que de narrer les ravages de la guerre, certains artistes libanais souhaitent lutter contre l’oubli et formuler à travers leur travail de création une ode d’amour à Beyrouth, cette ville «mille fois morte, mille fois revécue<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#r10">(10)</a><a name="t10"></a>», pour emprunter les mots de Nadia Tuéni, cette ville caractérisée par son métissage, sa diversité de paysages, de sons, de personnes et d’opinions, son hospitalité et sa fête permanente. Leurs œuvres artistiques tentent ainsi de construire une mémoire des événements douloureux et des lieux et personnes disparus, mais aussi de ce qu’est le paysage historique, géographique, sociopolitique et culturel libanais. Confrontés à la crise politique locale, à la situation épineuse au Moyen-Orient, à l’avenir incertain, au chômage, aux nombreuses coupures d’électricité, à l’impossibilité de vivre de leur pratique artistique, bref, à la difficulté d’exister, les travaux des artistes libanais semblent rejeter cet état des choses et constituer une revendication politique à travers leur refus d’uniformisation et leur valorisation de la diversité des visions, des croyances et des opinions. Face à la mémoire des lieux effacés, des destructions et des conflits, il semble que les artistes libanais dont les démarches de création sont imprégnées de la guerre désirent avant tout donner corps à leur désarroi et montrer l’importance de la pluralité de leur société et du monde, tout en affirmant l’urgence de vivre et de produire.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquer sur le numéro de la référence pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a name="r1"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t1">(1)</a> Par exemple, le travail des cinéastes Maroun Bagdadi, Ghassan Salhab, Danielle Arbid, Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige, des auteurs de théâtre et des metteurs en scène Roger Assaf, Rabih Mroueh et Lina Saleh, du poète Abbas Beydoun, de la poétesse Nadia Tuéni, du rappeur Wael Kodeih, des groupes de musique <em>Scrambled Eggs</em> et <em>Lumi</em>, parmi de nombreux autres, touche à  la question de la guerre ou de ses conséquences.<br />
<a name="r2"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t2">(2)</a> Tous les propos de Jawad Nawfal cités dans cet article ont été pris en note au cours d’un entretien téléphonique en août 2007.<br />
<a name="r3"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t3">(3)</a> Avec des arrangements additionnels par Wadji Elian sur le morceau <em>Mind over matter</em> et par Victor Bresse  sur le morceau <em>Qana</em>.<br />
<a name="r4"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t4">(4)</a> Propos pris en note au cours d’un entretien téléphonique avec Caroline Tabet en  août 2007.<br />
<a name="r5"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t5">(5)</a> Mazen Kerbaj, [en ligne] &lt;<a href="http://mazenkerblog.blogspot.com/">http://mazenkerblog.blogspot.com</a>&gt; (consulté le 15 septembre 2007).<br />
<a name="r6"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t6">(6)</a> Les dessins et les textes explicatifs de Mazen Kerbaj  ont été publiés sous le nom <em>Beyrouth  Juillet-Août 2006 </em>en février 2007 par l’Association, éditeur français  indépendant de bandes dessinées.<br />
<a name="r7"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t7">(7)</a> Publié également chez l’Association, en quatre tomes.<br />
<a name="r8"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t8">(8)</a> Dans une note intitulée «Message aux gens d’Israël qui lisent ce blog» (traduction libre) publiée sur son blogue le 19 juillet 2006, [en ligne], &lt;<a href="http://mazenkerblog.blogspot.com/2006/07/message-to-people-of-israel-who-are.html#links">http://mazenkerblog.blogspot.com/2006/07/message-to-people-of-israel-who-are.html#links</a>&gt; (consulté le 15 septembre 2007).<br />
<a name="r9"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t9">(9)</a> Traduction libre, Thomashow,  M., <em>Ecological Identity: Becoming a Reflective Environmentalist</em>, Cambridge, The MIT Press,  1995, p. 134.<br />
<a name="r10"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=273&amp;theme=arts#t10">(10)</a> Tuéni, N., <em>Liban,  vingt poèmes pour un amour</em>, Liban, [s.n.], 1979.</p>
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		<title>FIFA, ou comment voyager sans œillères dans le monde de l’art</title>
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		<pubDate>Tue, 01 May 2007 15:52:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nayla Naoufal</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Au programme du Festival International du Film sur l’Art (FIFA) cette année, vingt-cinq films canadiens, un documentaire sur Sophie Calle, un autre sur James Ellroy, Carmen dansé par des interprètes quadragénaires sous la direction du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Au programme du Festival International du Film sur l’Art (FIFA) cette année, vingt-cinq films canadiens, un documentaire sur Sophie Calle, un autre sur James Ellroy, <em>Carmen </em>dansé par des interprètes quadragénaires sous la direction du chorégraphe tchèque Jirí Kylián. Le programme était alléchant et il y en avait pour tous les goûts. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title="Making the balkans erotic (Rendre les Balkans Érotique)" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/arts-balk.jpg" alt="Making the balkans erotic (Rendre les Balkans Érotique)" width="294" height="214" /><br />
Richard  C. Haber, <em>Making the balkans erotic<br />
(Rendre les Balkans Érotique)</em>, 2006<br />
Tous droits réservés. ©</div>
<p style="text-align: justify;">Faire connaître et apprécier l’art par le grand public, telle est la mission du FIFA, un habitué des printemps montréalais. Du 8 au 18 mars 2007, le FIFA a fêté son quart de siècle, en réunissant pour l’occasion 275 œuvres cinématographiques en provenance de 25 pays. Surprenant par son éclectisme, sa qualité et son ton non consensuel, ce festival vise à démocratiser le film d’art, notamment en encourageant la production cinématographique à vocation artistique, qu’elle soit nationale ou internationale.</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi tous les films programmés, deux œuvres  m’ont particulièrement frappée, <em>Making  the Balkans erotic</em> et <em>Coffee with  Pina</em>. Venu tout droit de Serbie, le premier, un documentaire tourné par Richard Haber, raconte le travail d’une vidéaste serbe, Marina Abramovic. Lassée de l’aspect mécanique et galvaudé des films pornographiques, cette dernière a voulu, par une installation de sept vidéos dénommée <em>Balkan Erotic Epic</em>, montrer le côté spirituel et cosmique de la sexualité. Exposé à New York fin 2005, ce travail dévoile les rites ancestraux des villages de Serbie, à travers lesquels les humains cherchaient à se rendre égaux aux dieux et à s’en faire des alliés par le biais de l’érotisme. Pour apaiser les démons, rendre la terre fertile, guérir un enfant malade, les villageois simulaient l’acte sexuel avec la terre et les villageoises se livraient aux pluies diluviennes. Malheureusement, le film en lui-même montre peu l’œuvre de Marina Abramovic, qu’il aurait été intéressant de découvrir davantage. En fait, <em>Making the Balkans erotic</em> se limite à dépeindre le <em>making of </em>de l’installation, notamment les entrevues d’embauche des acteurs et des actrices. Le résultat est très cocasse et les rires fusaient dans la salle. Cependant, le contraste entre cette perspective comique et la démarche de l’artiste m’a laissée un peu perplexe. En effet, l’exposition de Marina Abramovic, Balkan Erotic Epic, est une œuvre artistique sérieuse alors que le film tourne ce travail en ridicule, ce qui enlève toute crédibilité au film lui-même. De plus, il dépeint les acteurs à travers des prises d’images très peu flatteuses. Or, ces derniers sont  des gens pauvres qui ne peuvent se permettre de refuser un travail et, quoique inconfortables à l’idée d’exhiber leur corps devant la caméra, sont prêts à le faire pour survivre. Est particulièrement choquante la scène du documentaire où Marina Abramovic répète sans cesse que les images sont meilleures quand les acteurs sont exténués. Cela dénote un manque de considération flagrant pour ses acteurs et pour la dignité humaine. Enfin, le film prétend parler des Balkans alors qu’il traite seulement des Serbes, une communauté parmi une douzaine d’autres, toutes très différentes. Il est donc difficile de parler d’une culture balkanique.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les motivations  derrière <em>Making the Balkans erotic</em> nous sont un peu hermétiques, en raison du paradoxe entre la dimension comique du film et le caractère sérieux et spirituel de l’exposition sur laquelle est basé le documentaire, ce n’est pas le cas de <em>Coffee with Pina</em>, tourné par la réalisatrice israélienne Lee Yanor. Cette dernière a voulu dresser un portrait tout en demi-teintes de Pina Baush, la chorégraphe allemande ayant le plus marqué la danse du vingtième siècle. C’est elle qui a inventé la danse-théâtre (Tanztheater) vers 1975-1976, rompant ainsi avec les formes conventionnelles de cet art. Pina Baush travaille en fonction des anatomies de ses danseurs, des possibilités de chacun et non pas autour de formes à reproduire. Elle mêle la parole et le théâtre à la danse et pose des questions à ses interprètes tout au long du processus chorégraphique, basant la création sur leur histoire, leur passé. Avec sa troupe Tanztheater Wuppertal, composée de personnes venues de tous les coins du monde, Pina part en résidence chaque année depuis quinze ans dans une ville différente pour s’imprégner de l’esprit des lieux et créer une œuvre inspirée de la ville ou du pays: Tokyo, Istanbul, Brésil, Madrid, Hong Kong…</p>
<p style="text-align: justify;">Lee Yanor, dans son film, engage un dialogue intime avec Pina Baush, au café Mistral qui fait face au Théâtre de la Ville à Paris en 2002 et trois ans plus tard, à Wuppertal en Allemagne, le théâtre où travaille la chorégraphe. La conversation à bâtons rompus, les silences de Pina, ses sourires, ses rires, sont très touchants. Le film est entrecoupé d’extraits de spectacles, permettant de découvrir le travail de la chorégraphe et sa relation avec ses danseurs. Un bémol cependant: la réalisatrice a rajouté de nombreux effets spéciaux, rendant flous les mouvements des danseurs. Or, la danse se suffisait à elle-même et le résultat n’est pas très convaincant.</p>
<p style="text-align: justify;">On pensera à l’excellent documentaire de Chantal  Akerman, <em>Un jour Pina a demandé</em>, qui  date de 1983. On pensera aussi au long-métrage de fiction d’Almodóvar, <em>Parle avec elle</em>, où Pina danse elle-même, en ouverture, un extrait  de <em>Café Müller</em> (création sombre et tragique qui fait pleurer Marco, l’un des personnages d’Almodóvar), et dont la fin consiste en un extrait de <em>Masurca Fogo</em>, qu’on doit aussi à la chorégraphe. Ce spectacle beaucoup plus joyeux reflète ainsi la note d’espérance et de légèreté imprégnant la clôture de <em>Parle avec elle</em>, lorsque Marco et Alicia se rencontrent. La danse constitue ainsi une sorte de fil conducteur du film, marquant l’évolution de l’histoire et extériorisant les émotions vécues par les protagonistes. Pina était apparue à l’écran auparavant, dans <em>Die général Probe</em> de Werner Schroeter en  1980 et dans <em>Et vogue le navire</em> de Federico Fellini en 1983. Elle était même passée de l&#8217;autre côté de la caméra lors de la conception et de la réalisation de <em>La Complainte de l&#8217;Impératrice</em> en 1989.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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<p style="text-align: justify;">Mais, quelque part, <em>Coffee with Pina</em> a le mérite d’«humaniser», de faire un lien entre nous et une chorégraphe dont l’oeuvre est considérablement importante pour les arts vivants. Car les personnes ne faisant pas partie du monde artistique sont nombreuses à trouver le monde de l’art sibyllin hors de portée. En bref, un domaine réservé à des <em>happy few </em>qui ont la chance d’en détenir les codes et de savoir le déchiffrer, mieux, d’y prendre plaisir. Combien de fois avons-nous entendu une voix dubitative mentionner: «c’est intéressant», devant un tableau ou un spectacle de danse, ou bien affirmer: «un film sur l’art  Oh non! C’est sûrement ennuyeux et incompréhensible.»</p>
<p style="text-align: justify;">Le Festival International du Film sur l’Art permet, non seulement de réunir des cinéastes, des comédiens, des producteurs, des distributeurs venus du monde entier, mais surtout de proposer des films sur l’art qui piquent notre curiosité et retiennent notre intérêt. Ces œuvres sortent de l’ordinaire, sont drôles, différentes, plutôt limpides, et empreintes d’une légèreté qui manque cruellement aux temps particulièrement troublés que nous vivons.</p>
<p style="text-align: justify;">Sans doute, est-ce cela, finalement, le trait marquant du FIFA, nous parler d’art, à nous qui ne sommes pas artistes, ouvrir nos horizons, mais aussi nous rendre l’art plus accessible, moins hermétique et intimidant.</p>
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