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	<title>Le Panoptique &#187; David Murray</title>
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	<description>Perspectives sur les enjeux contemporains &#124; More Perspective on Current International Issues</description>
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		<title>Et si la guerre était inévitable?</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Oct 2007 20:02:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>David Murray</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de fond / Long articles]]></category>
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		<category><![CDATA[Politique et économie / Politics and economy]]></category>
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		<description><![CDATA[Le Stockholm International Peace Research Institute, dans son dernier rapport annuel(1), mentionnait que pour l&#8217;année 2005 les dépenses mondiales en armement ont atteint la somme de 1120 milliards de dollars. La guerre est une affaire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le Stockholm International Peace Research Institute, dans son dernier  rapport annuel<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r1">(1)</a><a name="t1"></a>, mentionnait que pour l&#8217;année 2005 les dépenses mondiales en armement ont atteint la somme de 1120 milliards de dollars. La guerre est une affaire de gros sous et représente environ 2,5% du PIB mondial. Sur le plan militaire, le dernier siècle a été particulièrement sanglant et nombre de crises économiques ont trouvé un exutoire dans les aventures guerrières. À tel point que cette situation a amené des économistes et d&#8217;autres chercheurs à se questionner sur la possibilité d&#8217;une paix permanente et de ses conséquences sur nos sociétés. Se pourrait-il que la guerre soit nécessaire et même bénéfique? </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title=" Hier – Aujourd’hui - Demain " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/15/eco-guerre.jpg" alt=" Hier – Aujourd’hui - Demain " width="294" height="214" /><br />
Pxl, <em> Hier – Aujourd’hui &#8211; Demain </em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Déjà, au début du XXe siècle, des observateurs avaient reconnu le rôle de la guerre comme régulateur de l&#8217;économie capitaliste. L&#8217;un des premiers à l&#8217;avoir fait, à l&#8217;occasion de la Première Guerre mondiale, fut l&#8217;auteur radical Randolph Bourne, qui mentionnait que la «guerre est la santé de l&#8217;État». Plus près de nous, l&#8217;économiste Louis Gill, en parlant de la guerre en Afghanistan, souligne que «la suprématie économique, pour s&#8217;affirmer et s&#8217;imposer, a toujours reposé sur la suprématie militaire<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r2">(2)</a><a name="t2"></a>». Mais ceux qui ont poussé cette analyse le plus loin sont les membres du Groupe d&#8217;étude spécial, chargé par le gouvernement états-unien au début des années soixante d&#8217;examiner le plus froidement possible les conséquences qu&#8217;occasionnerait le passage à un état de paix permanente. Sensé demeurer secret, le rapport de ces analystes fit cependant l&#8217;objet d&#8217;une fuite par l&#8217;un de ses auteurs qui garda l&#8217;anonymat. Il parut à l&#8217;origine sous le titre <em>Report  from Iron Mountain on the possibility and desirability of peace </em>et fit par  la suite l&#8217;objet d&#8217;une traduction chez Calmann-Lévy, sous le titre évocateur:<em> La paix indésirable? Rapport sur l&#8217;utilité des guerres</em><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r3">(3)</a><a name="t3"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">À ceux qui mettent en doute l&#8217;authenticité du document, l&#8217;économiste John Kenneth Galbraith s&#8217;en porte garant, lui qui dans la préface de l&#8217;édition française soutient qu&#8217;il peut «garantir l&#8217;authenticité de ce document, dans la mesure où il peut être fait confiance à sa parole et à sa bonne foi<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r4">(4)</a><a name="t4"></a>». Mais authentique ou non, il n&#8217;en demeure pas moins que son contenu existe bel et bien et donne froid dans le dos! Selon ces auteurs, la guerre n&#8217;est pas seulement qu&#8217;une arme au service de l&#8217;économie et des dominants, mais est en fait le fondement sur lequel reposent nos sociétés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un groupe  spécial, un rapport dérangeant</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;origine du groupe qui a rédigé ce rapport édifiant remonte à 1961 lorsque sont apparus sur la scène politique états-unienne de nouveaux visages sous l&#8217;administration Kennedy. Selon eux, aucune étude sérieuse n&#8217;avait encore été menée sur une question qui les préoccupait particulièrement, à savoir la planification économique à long terme dans le cadre d&#8217;une paix de longue durée. Ce n&#8217;est toutefois qu&#8217;en 1963 qu&#8217;on officialisa ce que l&#8217;on allait appeler le Groupe d&#8217;étude spécial. Il fonctionnait en dehors des structures gouvernementales habituelles et avait pour mandat d&#8217;examiner froidement et sans position morale les effets qu&#8217;aurait la possibilité d&#8217;une «paix permanente» et les implications qu&#8217;entraînerait une reconversion économique de l&#8217;industrie militaire. Les membres du groupe, au nombre de quinze, provenaient d&#8217;horizons les plus divers afin de favoriser la réflexion la plus large et de mettre l&#8217;accent sur l&#8217;interdisciplinarité. C&#8217;est en 1967 que parut la version originale de ce rapport.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;idée centrale du <em>Rapport sur l&#8217;utilité des guerres</em> est que la guerre est la pierre angulaire de nos sociétés et en est la force dominante. Comme ses auteurs l&#8217;expliquent: «Bien que la guerre soit &nbsp;&raquo;utilisée&nbsp;&raquo; comme un instrument au service de la politique nationale ou sociale, le fait qu&#8217;une société est organisée en vue de se trouver, à un degré quelconque, prête à faire la guerre, surpasse en importance ses structures économiques ou sociales<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r5">(5)</a><a name="t5"></a>». Selon eux, si la guerre était menée exclusivement pour défendre des intérêts nationaux, son élimination ne serait qu&#8217;une question de procédures. Mais l&#8217;aspect novateur de leur étude tient au fait qu’ils considèrent que la guerre remplit aussi d&#8217;autres fonctions plus profondes et plus importantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Leur point de départ est que dans une économie de marché, la question de la reconversion de l&#8217;industrie militaire pose plusieurs problèmes auxquels les études antérieures n&#8217;avaient pas répondu adéquatement. Ils en retiennent cinq principaux, à savoir que: l&#8217;ampleur exceptionnelle des ajustements qu&#8217;une reconversion adéquate entraînerait n&#8217;a pas été pris en compte; les limites de notre système économique actuel empêchent la mise en place de vastes programmes de travaux publics comme palliatif à la guerre; les mesures monétaires et fiscales existantes sont inadéquates pour assurer une transition viable vers une économie «désarmée»; on s&#8217;est peu questionné sur l&#8217;acceptabilité politique d&#8217;une telle démarche; trop peu d&#8217;attention a été accordée aux fonctions non militaires de la guerre et de l&#8217;industrie de l&#8217;armement<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r6">(6)</a><a name="t6"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La guerre comme fondement social</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour les auteurs du rapport, la guerre remplit ainsi une série de fonctions non militaires qui en font la pierre d&#8217;assise de notre civilisation. Ces fonctions touchent tous les aspects de la société, qu’ils regroupent sous cinq thèmes principaux: économie, politique, sociologie, écologie, culture et sciences. Cette insistance sur les fonctions non militaires de la guerre est ce qui rend ce rapport si novateur. Sans entrer dans tous les détails, nous allons passer en revue les aspects principaux de leurs observations.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le plan économique, à l&#8217;instar des autres activités économiques «improductives», la guerre participe à ce qu&#8217;ils appellent le «gaspillage nécessaire». Son utilité sociale est manifeste, selon les auteurs, puisque ce «gaspillage» s&#8217;effectue au-delà du système de l&#8217;offre et de la demande. Pour eux,</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p>«Si les sociétés industrielles modernes peuvent être définies comme celles qui ont acquis la possibilité de produire plus qu&#8217;il n&#8217;est indispensable à leur survie économique (sans tenir compte de l&#8217;équité dans la distribution des biens à l&#8217;intérieur des ces sociétés), les dépenses militaires peuvent être considérées comme le seul volant de sécurité pourvu d&#8217;une inertie suffisante pour stabiliser les progrès de leurs économies»<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r7">(7)</a><a name="t7"></a></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">La guerre agit ainsi comme une sorte de balancier dans l&#8217;économie. Mais ce «gaspillage» que représente la guerre est aussi source de progrès, puisque l’industrie militaire est un domaine dans lequel on peut constamment innover et trouver de nouveaux débouchés. Comme l&#8217;a souligné l&#8217;économiste Louis Gill: «[l]e fondement du système est économique. Le principe moteur en est l&#8217;accumulation du capital dont la réalité matérielle sous-jacente est le renouvellement incessant de la base industrielle. Dans ce cadre, les dépenses militaires ont été et continuent à être une base de la recherche technologique avancée, de l&#8217;innovation nécessaire à l&#8217;amélioration de la productivité industrielle<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r8">(8)</a><a name="t8"></a>». Une observation à laquelle adhèrent complètement les auteurs de l&#8217;étude. Finalement, la guerre est aussi considérée comme une source de stabilité sur le plan économique, dans la mesure où, selon les auteurs du rapport, «aucun ensemble de techniques destinées à garder le contrôle de l&#8217;emploi, de la production et de la consommation n&#8217;a encore été essayé qui puisse être, de loin, comparable à son efficacité<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r9">(9)</a><a name="t9"></a>».</p>
<p style="text-align: justify;">Au niveau politique, la guerre remplit d&#8217;importantes fonctions en tant que garante de la stabilité sociale. Comme postulat de base, les conclusions du rapport affirment que la guerre est «l&#8217;élément qui définit l&#8217;existence d&#8217;une nation par rapport à une autre<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r10">(10)</a><a name="t10"></a>». Dans ce contexte, les auteurs du <em>Rapport  sur l&#8217;utilité des guerres </em>suggèrent que «l&#8217;élimination de la guerre implique l&#8217;élimination inévitable de la souveraineté nationale et de l&#8217;État, dans sa conception traditionnelle<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r11">(11)</a><a name="t11"></a>». Suivant cette logique, la guerre est donc à la base de la fondation des nations modernes et c&#8217;est elle, en définitive, qui permet à l&#8217;État d&#8217;asseoir sa légitimité. De même, la guerre demeure le dernier rempart pour le maintien des classes sociales, nécessaires selon les auteurs à la bonne conduite des économies de marché.</p>
<p style="text-align: justify;">La guerre remplit aussi des fonctions au plan sociologique. Entre autres, l&#8217;utilisation des institutions militaires permet de fournir aux différents éléments «anti-sociaux» un rôle acceptable dans les structures sociales. Du même coup, la guerre peut constituer un outil formidable pour susciter l&#8217;allégeance envers la société et remplit une fonction du ressort de la psychologie humaine, en ce sens qu&#8217;elle offre la possibilité du «sacrifice humain».</p>
<p style="text-align: justify;">Au point de vue écologique, la guerre remplit une fonction malthusienne indéniable et indispensable. Au niveau de la culture, la guerre est la source d&#8217;inspiration principale de la plupart des formes d&#8217;art. Sur le plan scientifique, enfin, la guerre est vue par les auteurs comme la principale force de développement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La guerre est-elle nécessaire?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ces observations des fonctions fondamentales que remplit la guerre ont  amené les auteurs du <em>Rapport sur l&#8217;utilité des guerres</em> à se demander s&#8217;il existait des substituts pertinents à la guerre. Sur le plan économique, les substituts devraient satisfaire deux critères principaux, à savoir comporter une part de «gaspillage» et pouvoir s&#8217;exercer à l&#8217;extérieur du système traditionnel de l&#8217;offre et de la demande, donc être l’objet de décisions discrétionnaires. Parmi les substituts étudiés, aucun n&#8217;arrive à satisfaire les auteurs de l&#8217;étude. On propose par exemple de mettre en place un vaste programme de bien-être en remplacement de la guerre. Cependant, les auteurs estiment que celui-ci pourrait n’être suffisant que pour une période limitée, à savoir une dizaine d&#8217;années correspondant au temps de sa mise en oeuvre, après quoi il faudrait trouver un autre substitut. Le seul substitut qui trouve un peu de valeur à leurs yeux est celui d&#8217;un gigantesque programme de recherche spatiale.</p>
<p style="text-align: justify;">Au niveau politique, on s&#8217;interroge à savoir s&#8217;il existe un substitut capable d&#8217;assurer la stabilité des États comme le fait la guerre en «fournissant à la société la nécessité permanente d&#8217;accepter une autorité politique<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r12">(12)</a><a name="t12"></a>». Dans ce cadre, l&#8217;importance d&#8217;une menace extérieure crédible est le point le plus important à considérer. C&#8217;est ce qui pousse les auteurs à mettre de côté le programme de recherche spatiale, puisque force est d&#8217;admettre qu&#8217;une menace venue des confins de l&#8217;univers contre laquelle les humains pourraient se liguer relève encore du fantasme. On évoque cependant des «ennemis de remplacement» à considérer, comme la menace que constituerait la pollution globale de la planète.</p>
<p style="text-align: justify;">En ce qui concerne les autres fonctions non militaires, du point de vue  sociologique, les auteurs du <em>Rapport sur l&#8217;utilité des guerres</em> rappellent la nécessité de trouver des substituts aux institutions militaires pour les éléments perturbateurs de la société. On propose en ce sens la possibilité d&#8217;instaurer un «service du travail» au lieu d&#8217;un service militaire ou de revenir à une certaine forme d&#8217;esclavage, qui fait écho aux divers scénarios élaborés par Orwell ou Huxley. Mais encore là, on peine à trouver ce qu&#8217;ils appellent un «équivalent moral de la guerre».</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
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<p style="text-align: justify;">Les auteurs abordent d&#8217;autres éléments dans leur réflexion mais ce qui ressort clairement, en définitive, c&#8217;est leur insistance à considérer la guerre comme «la base même de l&#8217;organisation sur laquelle toutes les sociétés modernes sont construites<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r13">(13)</a><a name="t13"></a>». Ainsi, «le fait d&#8217;être toujours prêt à faire la guerre caractérise les systèmes sociaux contemporains d&#8217;une manière plus exacte que leurs structures économiques et politiques, qui ne sont que des conséquences de ce caractère<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r14">(14)</a><a name="t14"></a>». Et pour eux, les scénarios envisagés jusqu&#8217;alors sur la  question du désarmement n&#8217;avaient pas pris en compte cette réalité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Inévitable,  la guerre?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">À la lumière de ces observations, est-il permis de croire qu&#8217;il soit possible de vivre dans un monde pacifié? Il faut reconnaître à cette étude une certaine lucidité. Et force est d&#8217;admettre que dans un système capitaliste tel que celui au sein duquel nous évoluons la guerre est inextricablement liée à l&#8217;économie. Car analysée froidement, dans nos économies de marché il semble bien que la guerre soit là pour durer et soit effectivement une institution efficace pour assurer la pérennité de nos sociétés – bien qu’avec les armes nucléaires le portrait soit quelque peu différent, même si les auteurs semblent en minimiser l&#8217;impact. Mais leur rapport édifiant n&#8217;est peut-être pas exempt de critiques. Puisqu’en fait leur analyse s&#8217;inscrit dans un cadre de pensée bien défini, celui d&#8217;une économie capitaliste, comme si celui-ci était le seul horizon valable.</p>
<p style="text-align: justify;">Seule une sortie du capitalisme pourrait en fait permettre d&#8217;envisager des alternatives à la guerre, avenue que les auteurs n’ont pas semblé étudier. Une réflexion en ce sens ne pourrait toutefois s&#8217;opérer sans un changement de paradigme, comme nous l&#8217;avons déjà proposé sur ce site<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r15">(15)</a><a name="t15"></a>. Mais, bien évidemment, un tel scénario se buterait aux résistances de ceux qui ont le plus à perdre d’un système basé sur la guerre, ce que reconnaissent tout de même les auteurs du <em>Rapport sur l&#8217;utilité des guerres</em>: «Bien qu’il n’existe pas d’obstacles insurmontables sur la voie qui conduit à de tels accords, il est bien établi et largement reconnu que certains groupes privés et certaines classes capitalistes ont intérêt à  maintenir  le système fondé sur la guerre<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#r16">(16)</a><a name="t16"></a>». La guerre, une fatalité, donc? Peut-être pas. Mais la réflexion reste à faire. L’ouvrage présenté ici a toutefois le mérite de nous amener à réfléchir sur le rôle de la guerre dans nos sociétés et sur les possibilités qui s’offrent à nous quant à l’édification d’un monde pacifié.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquer sur le numéro de la référence pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a name="r1"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t1">(1)</a> Stockholm International Peace Research Institute,  [en ligne],  &lt;<a href="http://www.sipri.org/">http://www.sipri.org/</a>&gt;, page consultée le 15 septembre  2007.<br />
<a name="r2"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t2">(2)</a> Louis Gill, «La guerre en Afghanistan: lutte contre le terrorisme ou imposition de la sueperpuissance militaire des États-Unis?», (mars 2002), [en ligne], &lt;<a href="http://classiques.uqac.ca/contemporains/gill_louis/guerre_afghanistan_2002/guerre_afghane_2002.html">http://classiques.uqac.ca/contemporains/gill_louis/guerre_afghanistan_2002/guerre_afghane_2002.html</a>&gt;,  page consultée le 15 septembre 2007.<br />
<a name="r3"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t3">(3)</a> <em>La paix indésirable? Rapport sur l’utilité des  guerres</em>, Calmann-Levy, 1968, 209 p.<br />
<a name="r4"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t4">(4)</a> <em>La paix  indésirable?</em>… <em>Op. cit. </em>p.II.<br />
<a name="r5"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t5">(5)</a> <em>La paix  indésirable?</em>… <em>Op. cit. </em>p.86.<br />
<a name="r6"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t6">(6)</a> <em>La paix  indésirable?</em>… <em>Op. cit. </em>p.74-75.<br />
<a name="r7"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t7">(7)</a> <em>La paix  indésirable?</em>… <em>Op. cit. </em>p.93-94.<br />
<a name="r8"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t8">(8)</a> Louis  Gill, <em>loc.  cit.</em><br />
<a name="r9"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t9">(9)</a> <em>La paix  indésirable?</em>… <em>Op. cit. </em>p.98.<br />
<a name="r10"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t10">(10)</a> <em>La paix  indésirable?</em>… <em>Op. cit. </em>p.99-100.<br />
<a name="r11"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t11">(11)</a> <em>La paix  indésirable?</em>… <em>Op. cit. </em>p.100.<br />
<a name="r12"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t12">(12)</a> <em>La paix  indésirable?</em>… <em>Op. cit. </em>p.140.<br />
<a name="r13"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t13">(13)</a> <em>La paix  indésirable?</em>… <em>Op. cit. </em>p.165.<br />
<a name="r14"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t14">(14)</a> <em>La paix indésirable?</em>… <em>Op. cit. </em>p.165-166.<br />
<a name="r15"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t15">(15)</a> David Murray, «La nécessité de sortir de l&#8217;économisme», <em>Le  Panoptique</em>, (décembre 2006), [en ligne],&lt;<a href="../page-article.php?id=168&amp;theme=economie">http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=168&amp;theme=economie</a>&gt;, page consultée le 15 septembre 2007.<br />
<a name="r16"></a><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=267&amp;theme=politique#t16">(16)</a> <em>La paix indésirable?</em>… <em>Op. cit. </em>p.180-181.</p>
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		<title>La nécessité de sortir de l’économisme</title>
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		<pubDate>Sat, 02 Dec 2006 02:30:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>David Murray</dc:creator>
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		<description><![CDATA[«On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré» Albert Einstein Dernièrement, de nouveaux rapports de recherche soulignaient la précarité de la situation planétaire, particulièrement en regard des risques environnementaux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">«On ne résout pas un problème avec les    modes de pensée qui l’ont engendré»</p>
<p style="text-align: right;">Albert Einstein</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dernièrement, de nouveaux rapports de recherche soulignaient la précarité de la situation planétaire, particulièrement en regard des risques environnementaux engendrés par l’activité humaine menaçant l’équilibre écologique. Il y a définitivement urgence d’agir en révisant à la baisse la consommation actuelle des ressources naturelles de manière à freiner la détérioration de l’environnement. Ce changement de cap nécessaire entre en contradiction avec la situation économique actuelle dont la santé repose sur la croissance de la production et de la consommation. C’est donc un véritable changement de paradigme qui s’impose en économie alors qu’on ne peut ignorer plus longtemps l’inéquation entre des ressources naturelles limitées et la croissance illimitée de leur consommation. L’heure de la décroissance économique a sonné. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title=" Repetition w/Variations" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/economie-energ.jpg" alt=" Repetition w/Variations" width="294" height="214" /><br />
Susan NYC, <em> Repetition w/Variations</em>, 2005<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Le 25 octobre dernier, on apprenait ainsi que selon le Fonds mondial de la nature  (WWF), il nous «faudrait deux planètes Terre pour nourrir l’humanité(1)»  en 2050, si la consommation actuelle de nos ressources biologiques se poursuit.  C’est ce qu’on appelle l’empreinte écologique, à  savoir la surface de sol nécessaire pour soutenir un mode de vie donné  ou, si l’on veut, le nombre de «planètes Terre» requises  pour étendre un mode de vie dit durable ou soutenable à l’ensemble  de la planète. L’empreinte écologique moyenne mondiale actuelle  se situe à 1,2 planète. Nous hypothéquons donc déjà  notre capital environnemental. Le mode de vie occidental en utilise entre 3 et  5 selon les estimations. C’est donc dire les risques encourus si tous les  peuples de la Terre adoptent un mode de vie à l’occidentale.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette consommation abusive des ressources par nos sociétés est à  l’origine du réchauffement climatique auquel on assiste. Bien que  notre planète ait subi par le passé de nombreuses perturbations  climatiques, il est maintenant avéré que le réchauffement  actuel et la vitesse avec laquelle il se manifeste sont le fruit de l’action  humaine. Ce sont les conclusions auxquelles arrive le Groupe d’experts Intergouvernemental  sur l’évolution du Climat (GIEC), mandaté par la Convention-Cadre  des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), qui regroupe quelques  3000 experts provenant de pays de l’ensemble du globe et dont le travail  consiste à faire la synthèse des connaissances sur l’évolution  du climat.</p>
<p style="text-align: justify;">L’importance de prendre des mesures radicales, voilà le mot d’ordre  à retenir. D’autant plus que les risques encourus par les dangers  environnementaux vont bien au-delà d’une simple facture monétaire  qui serait de toute façon assumée en grande partie par les plus  démunis et déshérités du globe. C’est la survie  même de l’humanité et la préservation de la biodiversité  terrestre qui sont en jeu.<br />
<strong><br />
Un modèle économique inefficace</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La situation troublante de la détérioration de l’environnement  relève de notre propre responsabilité: elle est le fruit de nos  choix politiques et, surtout, économiques, de notre foi aveugle dans les  vertus du capitalisme et du libre-marché représentant pour plusieurs  le seul horizon quant à l’allocation optimale des ressources. Mais  plus encore, les dérives que nous faisons subir à la planète  et à nous-mêmes sont le résultat d’une société  qui se nourrit du productivisme et qui repose sur la croissance infinie comme  moteur principal. Et qui plus est d’une société qui repose  sur la croissance pour la croissance, dépendante de l’idéologie  du progrès infini. Néanmoins, c’est toujours plus de croissance  et de richesse que proposent les discours des décideurs de la planète  pour sortir de la crise appréhendée.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les faits et de façon pratique, cela signifie la croissance du Produit  intérieur brut (PIB). On peut définir le PIB comme étant  la somme de tous les biens et services produits et consommés dans une année.  Bien que ses lacunes soient reconnues par plusieurs économistes et mêmes  par ses plus ardents défenseurs, on persiste à considérer  cet indice comme le seul valable pour exprimer la richesse d’une société:  augmentation du PIB = progrès social. Mais ses lacunes ne sont pas anodines  et contribuent de fait à notre aveuglement collectif dans notre recherche  de solutions. Par exemple, dans le calcul du PIB sont inclues les dépenses  militaires, des dépenses de santé, des dépenses reliées  à la dépollution et aux accidents, etc., autant d’éléments  qui ne sont pas nécessairement synonymes de progrès. De même,  le PIB, puisqu’il repose au niveau de sa comptabilité sur les mécanismes  de fixation des prix du libre-marché, ne prend pas en compte les «externalités».</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p>«dans le système économique actuel, les comptables et les  économistes calculent la rentabilité d’une activité  en ne considérant que les coûts réellement engagés  par l’investisseur. Lorsqu’un tel projet comporte des coûts  sociaux ou environnementaux et que les politiques gouvernementales ne contraignent  pas les entreprises à respecter certaines balises, les comptables et économistes  ne tiennent tout simplement pas compte de ces frais(2)».</p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Le PIB est donc un indice économique plutôt trompeur. Surtout si  on considère que dans les sociétés occidentales, le PIB est  en augmentation constante depuis 20 ans, alors que le chômage progresse,  de même que les coûts sociaux et environnementaux que l’on doit  assumer collectivement. Pourtant, il existe d’autres indicateurs économiques  comme le Genuine Progress Indicator (GPI) ou le BIP 40, qui déjà  sont plus à même de refléter la réalité socio-économique  de nos sociétés, une réalité qui soit dit en passant  n’est pas systématiquement quantifiable.</p>
<p style="text-align: justify;">La pensée économique sur laquelle repose le développement  de la société industrielle continue de séparer le vivant  de l’environnement terrestre. Pourtant l’un ne va pas sans l’autre,  l’évolution biologique étant en interaction réciproque  avec les changements de l’environnement planétaire. On fonctionne  toutefois comme si l’économie évoluait en vase-clos. A terme,  on se bute cependant à une réalité implacable: la consommation  infinie des ressources n’est pas possible dans un contexte où les  ressources sont limitées. Bien entendu, pour pallier à cette fatalité  on pratique la fuite en avant en espérant que les prochaines innovations  technologiques sauront nous sortir du marasme. Mais encore là, la réalité  nous rattrape par ce que l’on appelle l’effet rebond, par lequel «la  croissance de la consommation est ainsi liée à la réduction  de ce qui limite l’utilisation des technologies(3)». On constate ainsi  qu’après «une forte croissance de la consommation énergétique,  celle-ci diminue momentanément du fait des gains d’efficience autorisés  par les progrès technologiques, mais elle rebondit ensuite, les gains étant  toujours réinvestis (parfois dans d’autres domaines) pour produire  encore plus(4)». Un exemple typique se situe au niveau des transports où  malgré les gains constants acquis sur le plan de l’efficacité,  ceux-ci sont systématiquement annulés par une augmentation des transports(5).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>S’engager dans de nouvelles voies</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Face aux contradictions de notre modèle économique, la bio-économie  initiée par Nicholas Georgescu-Roegen(6) remet les choses en perspective  en intégrant le second principe de la thermodynamique, à savoir  que «l’entropie – le niveau de désordre – ne peut  que croître au fil des transformations dans un système isolé».  Ainsi, comme nous l’explique Albert Jacquard, une croissance continue étant  par nature exponentielle, «même une croissance fort modérée,  disons de 2% par an, conduit à une véritable explosion à  moyen terme: doublement en 35 ans, multiplication par huit en un siècle,  par soixante-quatre en deux siècles!(7)». Bien entendu, la croissance  économique peut être bénéfique à court terme.  Nous n’avons qu’à penser aux Trente Glorieuses. Mais à  long terme c’est insoutenable. C’est la fameuse équation du  nénuphar(8).</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous faut dépasser nos schèmes de pensée actuels puisque  nous nous trouvons dans une impasse. Et dépasser entre autres cet oxymore  qu’est le développement durable. Concept contradictoire, il a néanmoins  le mérite de constituer un constat d’échec du modèle  de développement occidental. Néanmoins, il demeure voué à  l’impasse puisque développement – entendu au sens de croissance  économique – et durabilité sont incompatibles. Utilisé  à toutes les sauces, ce terme en vient à être vide de sens,  sinon de signifier de faire durer le développement(9). C’est l’économiste  Kenneth Boulding qui soulignait avec humour: «Celui qui croît qu’une  croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini  est soit un fou, ou un économiste». Il est donc aujourd’hui  nécessaire de sortir de l’économisme, de décoloniser  nos imaginaires et d’envisager sérieusement de nouvelles perspectives  sur le plan économique. Comme le souligne Paul Ariès: «il  ne s’agit pas simplement de répartir autrement le gâteau mais  d’en changer la recette(10)». Certains proposent ainsi de s’engager  sur la voie de la décroissance.</p>
<p style="text-align: justify;">Mouvement qui commence à faire son chemin en France notamment, la décroissance  doit être vue comme un changement de paradigme. C’est aussi un moyen  et non une fin, puisque prôner la décroissance infinie serait tout  aussi absurde que de prôner la croissance infinie. Il s’agit avant  tout d’imposer des limites, individuelles et collectives, à la démesure.  Concrètement, cela signifie «une diminution régulière  de la consommation actuelle matérielle et énergétique, dans  les pays et pour les populations qui consomment plus que leur empreinte écologique  admissible, en évacuant en priorité le superflu matériel,  au profit d’une croissance des relations humaines(11)». Ça  ne se veut toutefois pas une croissance négative, mais bien une «a-croissance»,  une sortie de la religion du progrès et de la croissance. Comme l’écrit  Albert Jacquard:</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p>«La croissance de la consommation est en réalité l’équivalent  d’une drogue […]. Cette croissance, lorsqu’elle a lieu au sein  des nations les plus développés, rend plus improbable une diminution  des inégalités entre les peuples; l’écart ne peut que  s’aggraver. […] C’est donc, dès maintenant, non pas seulement  une “croissance zéro” comme l’avait proposé le  Club de Rome, mais une décroissance de la consommation des plus riches  qui est nécessaire(12)»</p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Comme le souligne aussi Paul Ariès, «l’objectif est de sortir  de l’économisme donc de rendre l’économie seconde(13)».  La décroissance se veut donc en nette rupture avec nos conceptions économiques  actuelles.</p>
<p style="text-align: justify;">À ceux et celles qui percevraient la décroissance comme un retour  en arrière, il faut cependant bien comprendre que celle-ci ne remet pas  en question certains des acquis technologiques de la société industrielle,  mais préconise plutôt une intégration soutenable de ceux-ci  et une redéfinition des motivations qui sous-tendent ces innovations. Et  il existe des exemples où des acquis scientifiques et technologiques furent  mis de l’avant pour le bien collectif et ont contribué au progrès  humain, sans avoir recours à la croissance économique. Le cas du  système de santé à Cuba en est un, ce pays ayant développé  au fraction du coût de celui des Occidentaux et sans reposer sur l’augmentation  du PIB un système qui obtient les mêmes résultats au niveau  de l’espérance de vie et de la mortalité infantile. Comme  quoi la croissance économique et l’augmentation du PIB ne sont pas  des conditions sine qua non au progrès humain. La décroissance mise  en fait sur une redécouverte de la sobriété et un retour  à l’essentiel.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment faire pour appliquer un si beau programme demanderont certains? Bien entendu,  il n’y a aucune formule magique, aucun plan pré-établi et  la décroissance ne mise pas sur le matin du grand soir. Elle doit s’amorcer  en premier lieu au niveau des esprits. Un sevrage de notre imaginaire est essentiel  à ce chapitre. Il faut le sortir du carcan de la société  de consommation, dans laquelle les biens et services ne sont pas consommés  pour leur fonction réelle, mais bien pour leur représentation symbolique.  De manière plus pratique ensuite, la décroissance devra s’opérer  à la fois sur les plans individuels et collectifs. Et à ce niveau,  plusieurs actions peuvent être entreprises dès maintenant.</p>
<p style="text-align: justify;">Au niveau individuel, cela peut s’exprimer par la pratique d’une certaine  forme de simplicité volontaire, d’une limitation de notre consommation.  Tant au niveau de la quantité que de la qualité. Il s’agit  de réduire à la source notre consommation et de réduire au  maximum notre production de déchets. Il importe également de réduire  notre consommation énergétique individuelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Au niveau collectif, des changements structurels fondamentaux sont à mettre  en œuvre. Entre autres choses, un des concepts-clés de la décroissance  est la relocalisation de l’économie. Le but n’est toutefois  pas de vivre en autarcie, mais plutôt de préconiser l’achat  et la production au niveau local dans tous les cas où cela est possible.  Un des effets recherchés est de réduire les transports, la production  de biens et les échanges commerciaux frisant parfois l’absurde. Un  des exemples souvent cités pour illustrer cette démesure est celui  du yaourt aux fraises, dont l’Institut allemand de Wuppertal démontrait  en 1993 que les ingrédients qu’il contient cumulaient 3500 kilomètres  de parcours avant d’être réunis! Il importe également  de redéfinir la richesse, notamment en développant de nouveaux indicateurs  à cet effet, et de faire des choix économiques constructifs. Surtout  quand on pense que 800 milliards de dollars sont investis dans l’armement  et entre 400 et 500 milliards dans la publicité chaque année et  qu’on nous répète qu’il n’y a pas d’argent.  La décroissance invite également à réapprendre la  notion de gratuité et à revoir notre conception du travail, surtout  quand on considère que depuis 200 ans les gains en productivité  ne se sont pas traduits par une réduction de la pénibilité  du travail(14).</p>
<p style="text-align: justify;">Pour les partisans de la décroissance, ces changements devront s’opérer  à travers un processus démocratique, dans lequel les expériences  de démocratie directe et participative doivent être renforcées.  Il importe également de renouer avec l’autonomie au sens où  l’entendait Cornelius Castoriadis, à savoir qu’une société  autonome est une «société capable de remettre en cause, explicitement  et lucidement, ses propres institutions(15)».</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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<p style="text-align: justify;">Mais en attendant la mise en œuvre de ces changements fondamentaux, des mesures  concrètes peuvent être prises dans le cadre du système actuel,  au niveau individuel et collectif. Le journaliste et auteur Sébastien Darsy  en donne quelques exemples, comme «taxer les marchandises qui sont importées  de très loin alors que l’on pourrait les produire sur place, imposer  des normes différentes aux petits et aux gros car soumettre tout le monde  aux mêmes règles, c’est favoriser les puissants, défiscaliser  certains débouchés économiques de proximité, accorder  la priorité aux modes de transport collectifs, développer à  l’école des savoirs porteurs de citoyenneté planétaire,  supprimer la détaxation du fuel pour les avions, développer de grands  travaux en matière de protection des hommes et développer des énergies  renouvelables…(16)».</p>
<p style="text-align: justify;">Un vaste programme, en outre, que celui de la décroissance. Un programme  qui nécessite de dépasser les résistances au changement et  de susciter des réflexions profondes au sein de nos sociétés.  Il y a bel et bien péril en la demeure et urgence d’agir. Mais pour  ce faire, il faudra renouer avec une certaine sobriété et reconnaître  que les sociétés occidentales ne constituent pas la normalité  et que la société industrielle est un phénomène très  récent au niveau de l’histoire de l’humanité, qui doit  en grande partie son essor au pillage des ressources et des populations du Sud.  Nous ne constituons pas nécessairement la direction que doit prendre l’ensemble  des sociétés du globe et il serait dangereux de croire que nous  sommes éternels et à l’abri d’un effondrement, bien  au contraire(17). Avant qu’il ne soit trop tard, il est donc impératif  de prendre des mesures radicales pour s’engager dans des voies économiques  plus soutenables, comme le proposent les partisans de la décroissance(18).  Il faudrait en effet éviter de faire comme ce Pascuan qui abattit le dernier  arbre sur l’île de Pâques… en sachant pertinemment que  c’était le dernier.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: left;">(1) <em>Le Devoir</em>, 25 octobre 2006<br />
(2) Martin Petit et Martin Poirier. <em>Mondialisation et environnement </em>(brochure).  Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS),  Montréal, 2001, p. 15.<br />
(3) François Schneider. «Point d’efficacité sans sobriété»,  dans Michel Bernard, Vincent Cheynet et Bruno Clémentin (dir). <em>Objectif  Décroissance : Vers une société viable,</em> Écosociété,  2003, p.48.<br />
(4) Nicolas Ridoux. <em>La décroissance pour tous</em>. Parangon, 2006,  p. 112.<br />
(5) À cet égard Ivan Illich faisait remarquer ce paradoxe de la  voiture, emblème de la société industrielle, en tant qu’avancée  sur le plan de l’efficacité. Nous invitant à se questionner  sur le coût social réel de la voiture, à savoir si l’on  tient compte du temps passé à travailler pour payer celle-ci au  niveau individuel (achat, carburant, entretien, assurance, etc.) et collectif  (routes, autoroutes, infrastructures, etc.), Illich en arrive à la conclusion  que la vitesse sociale réelle de la voiture est plutôt lente, de  l’ordre de 6 km/h!<br />
(6) Voir Nicholas Georgescu-Roegen. <em>La Décroissance</em>.<em> Entropie</em>,  <em>écologie, économie.</em> Sang de la Terre, 2004 [1995], et René  Passet. «Bioéconomie», dans Jean-Louis Laville et Antonio David  Cattani (dir). <em>Dictionnaire de l’autre économie</em>. Gallimard,  Folio actuel, 2006.<br />
(7) Ridoux,<em> op. cit</em>., p. 121.<br />
(8) Albert Jacquard. L’équation du nénuphar. Calmann-Lévy,  1998. Nicolas Ridoux résume bien cette formule qui illustre à merveille  le phénomène de la croissance dans un milieu fermé : «imaginons  un nénuphar, planté dans un très grand lac, dont l’espèce  a la propriété de produire chaque jour un autre nénuphar.  Au bout de trente jours, la totalité du lac est couverte et l’espèce  meurt étouffée. La question que l’on peut se poser est alors  de savoir au bout de combien de temps l’espèce ne couvrait-elle que  la moitié du lac? Non pas 15 jours, comme on pourrait le penser un peu  rapidement, mais bien… 29 jours, le doublement étant obtenu chaque  jour. Ainsi, même si la fin paraissait fort lointaine au bout du 24e jour  (seuls 3% du lac étaient colonisés), l’extinction de l’espèce  était à moins d’une semaine!!!». Ridoux, op. cit., p.  121.<br />
(9) Voir Serge Latouche. <em>Survivre au développement.</em> Mille et une  nuit, Paris, 2004.<br />
(10) Paul Ariès. <em>Décroissance ou barbarie</em>. Éditions  Golias, 2005, p.8.<br />
(11) Ridoux, <em>op. cit.</em>, p. 91-92.<br />
(12) Albert Jacquard. <em>Mon utopie</em>. Stock, 2006, p. 149.<br />
(13) Ariès,<em> op. cit.</em>, p. 77.<br />
(14) A ce sujet, voir une réflexion intéressante du Groupe Krisis.  <em>Manifeste contre le travail.</em> 10/18, 2002.<br />
(15) Ariès, <em>op. cit</em>., p. 143.<br />
(16) Sébastien Darsy. <em>Le temps de l’antipub</em> : <em>l’emprise  de la publicité et ceux qui la combattent.</em> Actes Sud, 2005, p. 202.<br />
(17) Voir à ce sujet, pour des mises en garde sérieuses sur le destin  des sociétés, les ouvrages de Ronald Wright. <em>Brève histoire  du progrès.</em> HMH, 2006, et Jared Diamond. <em>Effondrement : Comment  les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie</em>.  Gallimard, 2006. Pour une mise en garde encore plus radicale, voir Martin Rees.  Notre dernier siècle?. JC Lattès, 2004.<br />
(18) Voir le site l’Institut d&#8217;études économiques et sociales  pour la décroissance soutenable, au <a href="http://www.decroissance.org/" target="new">http://www.decroissance.org/</a>.  Comme l’a souligné en outre l’auteur et activiste Robert Newman,  soit nous choisissons de vivre sous le capitalisme ou soit dans une planète  habitable, mais nous ne pouvons avoir les deux. Robert Newman. «It’s  capitalism or a habitable planet – you can’t have both», The  Guardian, 2 février 2006.</p>
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