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	<title>Le Panoptique &#187; Jonathan Martineau</title>
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	<description>Perspectives sur les enjeux contemporains &#124; More Perspective on Current International Issues</description>
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		<title>L’enfance consommée</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Feb 2009 22:33:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Si certains enfants dans le monde sont soumis aux forces du marché en termes de travail, ceux qui s’en sortent, dans les pays riches, sont de plus en plus intégrés aux grands cycles économiques. La [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;"><strong>Si certains enfants dans le monde sont soumis aux forces du marché en termes de travail, ceux qui s’en sortent, dans les pays riches, sont de plus en plus intégrés aux grands cycles économiques. La notion même d’enfance est en voie de subir une mutation historique. La production de la subjectivité des enfants par la publicité et la culture capitaliste en font de petits consommateurs, au courant, avec des goûts particuliers. Le dernier grand marché à conquérir est en voie de l’être, la consommation des enfants représentant maintenant un marché annuel entre 160 et 300 milliards de dollars (1).</strong></p>
</div>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title="window boy 2" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/46/edito.jpg" alt="window boy 2" /><br />
Felicity Green, <em>window boy 2</em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">La publicité dirigée envers les enfants prend plusieurs formes. On note bien sûr certaines stratégies de convergence, par exemple les produits dérivés des films pour enfants à grande écoute ; les figurines, poupées, repas-valeur et autres marchandises. Celles-ci saturent l’univers des enfants et en viennent à les produire eux-mêmes comme partie prenante d’un système de renvoi où les marchandises deviennent autant de parties d’une subjectivité à construire. Les stratégies publicitaires visent ouvertement les enfants ; il ne s’agit plus de convaincre les parents d’acheter certains produits pour leurs enfants, il s’agit de s’adresser directement aux enfants, de créer ce contact direct entre marché et leurs identités en formation. De plus en plus, les enfants sont socialisés de la même manière que leurs parents, c’est-à-dire que la construction de leur identité passe par la consommation d’un produit, d’une marque, d’un style manufacturé. L’entrée de la télévision dans les foyers occidentaux a marqué un point tournant, en ce que celle-ci est rapidement devenue formatrice d’imaginaire chez les enfants. La télévision commerciale, qui vend ses auditoires captifs comme clients potentiels aux compagnies qui y publicisent leurs produits, a vite fait d’identifier le potentiel du segment de marché formé par les enfants d’âge préscolaire, jusqu’à l’adolescence. La prolifération des technologies comme le téléphone cellulaire et internet, ainsi que leur pénétration du marché formé par les enfants, brise les barrières entre les enfants et le marché. Celui-ci, comme premier instrument de socialisation, soumet les enfants au diktat consommateur.</p>
<p style="text-align: justify;">La notion d’enfance est plutôt récente dans la culture occidentale. Certains historiens de la culture ont montré que ce n’est qu’au 17ième et 18ième siècle, avec l’avènement de la famille bourgeoise, que cette notion s’ancre dans la conscience collective. Au départ, les représentations de l’enfance sont marquées par des thèmes centraux comme l’innocence des enfants envers les secrets de la vie adulte ; le sexe, le commerce, la violence. La famille nucléaire agit comme une construction idéologique qui protège l’enfance bourgeoise des vicissitudes du travail et du marché. Bien sûr, cette idéologie masque les conditions exécrables dans lesquelles vivent les enfants moins fortunés, les lois contre le travail des enfants ne sont adoptées en général qu’au 19ième et 20ième siècle en Occident, et le travail des enfants, forcé ou salarié, est une réalité marquée dans une grande quantité de pays encore aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify;">La sociologue américaine Jyotsna Kapur a récemment remarqué que la production culturelle de l’enfance subi des transformations marquées. Les grands changements dans les techniques et les stratégies publicitaires, c’est-à-dire le passage d’un marketing qui cherche des clients pour les produits à un marketing qui produit des subjectivités consommatrices, s’étendent maintenant aux enfants. Dans son ouvrage où elle critique les techniques employées par les grands agents du capitalisme mondial pour produire la subjectivité de l’enfance dans une culture de consommation montre clairement que les notions classiques de l’enfance, comme celle d’un Rousseau qui voyaient ceux-ci comme un îlot d’innocence étranger aux inégalités sociales, est chose du passé.</p>
<p style="text-align: justify;">Une société reproduit sa culture par l’éducation de ses enfants. Force est de constater que la culture capitaliste s’assure la reproduction des subjectivités qui la soutiennent de façon de plus en plus marquée. Il ne s’agit pas de tenter de soustraire nos enfants à la logique de marché et d’adopter les solutions conservatrices ou réactionnaires qui prônent un retour à la famille nucléaire et bourgeoise patriarcale qui protégera les enfants des forces démonisées de l’hypersexualisation ou de la drogue. Il s’agit plutôt de reconnaître une situation où nos enfants sont pris en charge dès leur plus jeune âge par l’<em>ethos</em> consommateur, de les encourager à porter un regard critique sur la sollicitation dont ils sont l’objet, et de les accompagner dans la réalisation que des relations sociales et la construction d’une identité sont des choses qui peuvent être cultivées en dehors du diktat de la consommation. Cette responsabilité envers nos enfants n’est pas seulement l’affaire des parents ; la société comme telle doit développer cette culture critique qui impose des limites au marché et qui pose certaines sphères de la vie comme inaccessibles à la logique du profit.   <strong></strong></p>
<p><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) Les estimations  varient, voir Jyotsna KAPUR, <em>Coining for  Capital, Movies, Marketing and the Transformation of Childhood</em>, New Jersey, Rutgers  University Press, 2005, p.31.</p>
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		<title>Opportunisme meurtrier</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Jan 2009 08:36:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La situation qui prévaut dans la bande de Gaza est intolérable et inacceptable. Les frappes de l’armée israélienne, destinées à rayer le Hamas palestinien de la carte, continuent de faire des victimes civiles. La stratégie [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>La situation qui prévaut dans la bande de Gaza est intolérable et inacceptable. Les frappes de l’armée israélienne, destinées à rayer le Hamas palestinien de la carte, continuent de faire des victimes civiles. La stratégie militaire israélienne rappelle malheureusement le fiasco libanais de l’été 2006. Prétextant que le Hamas opère dans un espace physique et politique ou la ligne entre populations civiles et militants est indiscernable, Israël frappe sans retenue.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" gaza " src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/44/edito.jpg" alt=" gaza " /><br />
Switch_1010, <em> gaza</em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">La bande de Gaza est un territoire contigu de 360 km carrés où s’entassent près de 1,5 million de personnes, ce qui en fait l’endroit au monde avec la plus forte densité de population : 3823 habitants au kilomètre carré. Une fourmilière, véritablement, pilonnée par l’aviation militaire, bombardée, fermée sur elle-même, Israël contrôlant l’ensemble des frontières terrestres, maritimes et aériennes depuis 1967. Déjà au prise avec des problèmes sociaux criants, notamment un taux de chômage exorbitant, un problème chronique d’approvisionnement en eau et en nourriture, la population de la bande de Gaza vit une violence politique et militaire dont il est difficile d’envisager la fin. La fermeture des frontières par Israël suite à la prise de contrôle de la bande par le Hamas en juin 2007 fait en sorte que les vivres entrent au compte-goutte ; des tunnels de trois pieds par trois pieds, creusés sous les frontières en désespoir de cause par des palestiniens, sont sensés pouvoir approvisionner l’équivalent de la population de Montréal. De plus, ces tunnels ont été la cible des frappes israéliennes, sous prétexte qu’ils servent également à armer le Hamas, une information provenant des agences de renseignements israéliennes. La population palestinienne de la bande de Gaza vit littéralement dans une prison à ciel ouvert, affamée et assoiffée.</p>
<p style="text-align: justify;">L’offensive militaire israélienne est justifiée de la même manière que l’attaque au Liban contre le Hezbollah à l’été 2006 l’avait été. En réplique à des tirs de roquettes par les militants du Hamas sur des populations civiles israéliennes, l’armée est déployée, et les réservistes sont rappelés. En pré-campagne électorale, la candidate du parti Kadima, Tzipi Livni, joue son avenir politique. Pressée sur sa droite par le Likoud, la stratégie politique de Livni est de démontrer une main de fer et de répondre aux attaques du Hamas avec toutes les ressources militaires à sa disposition, en contraste avec les positions plus modérées qu’elle avait adoptées par le passé lorsqu’elle s’alignait avec le Likoud. Les leçons du fiasco libanais ne semblent pas avoir été retenues ; malgré l’opprobre généralisé que certains dirigeants politiques et militaires israéliens ont subi suite à cette attaque, les stratégies pour faire cesser les attaques de Hamas ne semblent guère différer de celle employées contre le Hezbollah. Qui plus est, l’opportunisme politique de Livni doit être décrié et conspué. Se bâtir une image de ‘dure’ sur le dos des populations en otage dans la bande de Gaza relève d’une conception de la realpolitik dont les tenants et aboutissants ne garantissent rien d’autre qu’une violence aveugle.</p>
<p style="text-align: justify;">Le cynisme de ceux et celles qui refusent de voir un règlement possible au conflit israélo-palestinien doit être dépassé. Entre les deux extrêmes formés d’une part par le sionisme exacerbé d’une minorité de colons ultra-orthodoxe et d’autre part par le militantisme fanatique d’une poignée d’extrémistes palestiniens, un espace commun doit se forger pour un dialogue constructif entre les deux peuples. La violence politique et militaire ne fera que radicaliser davantage des populations civiles des deux cotés qui, autrement, pourraient envisager une forme de consensus. L’opportunisme politique du gouvernement israélien, autant que celui de la frange armée du Hamas, qui capitalise sur la peur et la haine, doit être dénoncé. Les besoins essentiels et la sécurité de la population de la bande de Gaza doivent être assurés immédiatement. Aucun conflit politique ne se règlera au Proche-Orient tant que des extrémistes pourront capitaliser sur la misère et le désespoir dans lequel les palestiniens sont tenus par l’occupation. Des conditions de vie décentes et la fin de l’occupation israélienne sont deux conditions sans lesquelles toute tentative de règlement sera vouée à l’échec. À court terme, la fin immédiate de l’opération militaire israélienne, la réouverture des frontières de Gaza par Israël et la fin des tirs de roquettes sur les populations civiles israéliennes par le Hamas sont trois éléments sur lesquels les pressions de la communauté internationale doivent porter.</p>
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		<title>Marché et agriculture : au-delà de la crise financière</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Nov 2008 15:16:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En ces temps de crise financière et de récession, les critiques sont nombreuses envers la dérèglementation des marchés financiers. Alors que certains, comme Joe Biden, plus conservateurs, se limitent à cette critique, d’autres remettent en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">En ces temps de crise financière et de récession, les critiques sont nombreuses envers la dérèglementation des marchés financiers. Alors que certains, comme Joe Biden, plus conservateurs, se limitent à cette critique, d’autres remettent en cause la totalité de l’approche néolibérale en matière de finance. La récente conférence Asie-Europe a vu le gouvernement chinois exprimer son désir de voir une recrudescence du contrôle politique sur les marchés financiers globaux. Un front commun Europe-Asie semble se dessiner en vue du sommet du G-20 le mois prochain à Washington, front qui voudrait, pour employer l’expression de l’UE, mettre sur pied un «nouveau Bretton Woods». Ce qui est moins discuté, dans les sphères médiatiques et politiques en général, est l’impact des politiques néolibérales sur l’agriculture mondiale. Loin des clameurs de Wall Street et de Tokyo, la situation globale des paysans s’est détériorée de façon drastique sous l’influence des politiques néolibérales adoptées au niveau national et promues par des institutions internationales telles le FMI et l’OMC. Un bref coup d’œil sur quelques points chauds de cette réalité agraire devrait contribuer à poursuivre l’examen critique du néolibéralisme au-delà de la crise financière.</p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title="Carrots" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/40/edito.jpg" alt="Carrots" /><br />
Sivaprakash Kannan, <em>Carrots</em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">L’Inde représente à bien des niveaux un exemple probant des effets néfastes du développement économique mené en harmonie avec les principes néolibéraux. Bien qu’elle soit unique, la situation indienne trouve tout de même des échos un peu partout dans le Sud Global. Les réformes de marché dans le secteur agraire en Inde datent de la fin des années 1980 et le début des années 1990. En gros, avant ces réformes, les paysans indiens recevaient des garanties du gouvernement : un prix minimum pour les récoltes, ainsi qu’un système de paiements de support qui était en place en cas de sécheresse ou de mauvaise récolte. L’irrigation, les infrastructures et la recherche et développement des nouvelles techniques étaient soutenues par des programmes gouvernementaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Les années 1990 ont vu ce filet de sécurité être démantelé par l’État en vue de laisser libre cours aux forces du marché. La chute des prix qui s’en est suivi ainsi que la pénétration de la campagne indienne par des multinationales telles Monsanto ont placé les paysans dans une situation de double dépendance : l’une envers le système de crédit, l’autre envers les semences de Monsanto. La situation de l’endettement des paysans, en Inde et ailleurs, est tout simplement incroyable. Dans le district d’Andra Padresh, par exemple, 82% des fermiers sont endettés(1).</p>
<p style="text-align: justify;">D’autant plus alarmant est le taux de suicide grimpant dans les zones rurales. Plusieurs études ont liés ces taux de suicide anormalement élevés aux situations financières intenables des paysans(2). La prolifération du marché noir de vente d’organes humains tels des reins est aussi liée à ce phénomène d’endettement généralisé. En gros, accablés de dettes, incapables de rembourser des prêts qui étaient censés les aider à optimiser leur production, certains paysans sont contraints à l’abandon  de leurs terres alors qu’un nombre grandissant d’entre eux vendent leurs organes ou se suicident. Les taux de suicide alarmants répertoriés dans les régions rurales de l’Inde, de la Corée du Sud, et même de l’Australie, témoigne du désarroi des paysans endettés. Les États-Unis avaient d’ailleurs connus une hausse semblable des taux de suicide en région rurale lors de la vague de banqueroute des fermes dans les années 1980(3). Alors que les fermiers et paysans de pays comme l’Inde ont été soumis aux forces disciplinaires du marché, les agriculteurs américains, européens et japonais ont continué de bénéficier de généreuses subventions de la part de leur gouvernement. Il est tout simplement impossible pour les agriculteurs du Sud Global de soutenir la compétition dans ces conditions.</p>
<p style="text-align: justify;">Dépendants du système de crédit, les paysans voient également, par voie détournée, leur terre devenir propriété de compagnies comme Monsanto, qui les pousse à semer du coton pour s’intégrer au marché mondial, recevoir de l’argent et payer leurs dettes. Ayant développé des variétés de semences de coton génétiquement modifiées qui colonisent les terres une fois plantées, Monsanto s’assure le monopole de la vente des semences dans des districts complets de la campagne indienne, mais aussi partout ailleurs dans le monde. La stratégie est assez simple. La semence est génétiquement modifiée de façon à ce qu’elle résiste aux pesticides de la même compagnie. Une fois ces pesticides répandus, seuls les semences OGM de Monsanto pourront effectivement pousser sur ces terres. Puisque Monsanto détient le brevet sur cette variété génétique, les paysans sont contraints d’acheter leur semence à Monsanto. À chaque période de plantation, les paysans n’ont d’autres choix que de s’approvisionner en semences auprès des distributeurs locaux de Monsanto. Si la première fois, Monsanto avait distribué ses échantillons de façon gratuite et même dans certains cas offert des incitatifs de crédit aux fermiers, lorsque ceux-ci reviennent l’année suivante les prix ont augmenté, jusqu’à ce que Monsanto, détenant un monopole de fait sur la vente des semences, puisse demander le prix le plus élevé possible(4).</p>
<p style="text-align: justify;">Les résultats des politiques néolibérales en matière agricole sont dans la plupart des cas désastreuses pour les agriculteurs. L’objectif avoué de ces politiques était d’élever le niveau de vie des populations rurales. D’ailleurs, le gouvernement indien, pour reprendre notre exemple, s’est targué d’avoir fait reculer la pauvreté de façon marquée depuis la fin des années 1990. Cependant, un examen de la situation par l’économiste Utsa Patnaik a révélé que l’apparente baisse de la pauvreté était en fait une fiction statistique. Alors qu’au début des années 1970, plus de la moitié de la population était classée comme pauvre, en 1993, ce n’était plus qu’un tiers, puis, en 1999, un quart. Patnaik a montré que ce dont il s’agissait en réalité était plutôt un abaissement du seuil statistique à partir duquel une personne était déclaré pauvre. Si en 1970 vivre au seuil de la pauvreté permettait à un individu d’ingérer 2400 calories par jour, en 1993, ce même seuil permettait l’ingestion de seulement 1970 calories par jour. En 1999, on en était à 1890 calories par jour(5). En abaissant constamment le seuil de pauvreté, le gouvernement indien a pu se féliciter d’avoir combattu efficacement la pauvreté, notamment à l’aide des réformes de marché en agriculture, même si la réalité sur le terrain est loin d’être aussi simple.</p>
<p style="text-align: justify;">La formation de mouvements de paysans contre les réformes néolibérales de marché continue de prendre de l’ampleur, malgré les violences, exactions et assassinats dont ces groupes font l’objet de la part d’autorité publique et de forces privées(6). Au Brésil, les membres du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans-Terre font partie du plus grand mouvement social du monde, <em>La Via Campesina,</em> avec ses 150 millions  de membres aux quatre coins de la planète, alors qu’en Inde le <em>Karnataka State Farmer’s Association</em> regroupe 20 millions d’agriculteurs. S’organisant dans le but de briser leur dépendance au marché, au crédit et aux multinationales, ces mouvements voient également le taux de suicide chuter considérablement parmi leurs rangs. L’auto-gestion communautaire proposée par ces groupes et leurs émules dans le monde représente une voie beaucoup plus prometteuse que la poursuite des réformes de marché qui ont retiré toute autonomie aux agriculteurs.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) Raj PATEL, <em>Stuffed  and Starved</em>, Londres, Portobello books, 2007, p.31.<br />
(2) <em>Ibid</em>. voir aussi  MOHANTY, «We are like the living dead’: Farmers Suicides in Maharashtra, Western India», <em>Journal  of Peasant Studies</em>, vol. 32, n.2, pp.243-76.<br />
(3) PATEL, p.27.<br />
(4)<em> Ibid</em>., p.134-146 et  153-8.<br />
(5) Utsa PATNAIK, <em>Theorizing  Food Security and Poverty in the Era of Economic Reforms</em>, 2005, disponible  au: <a href="http://www.mfcindia.org/utsa.pdf">www.mfcindia.org/utsa.pdf</a>(6) PATEL, p.16.</p>
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		<title>Le ressac de l’extrême-droite européenne</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Oct 2008 15:48:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le décès accidentel de l’un des leaders les plus en vue de l’extrême droite européenne, Jörg Haider, survient à un moment où les courants politiques s’inscrivant dans cette idéologie gagnent du terrain sur le vieux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le décès accidentel de l’un des leaders les plus en vue de l’extrême droite européenne, Jörg Haider, survient à un moment où les courants politiques s’inscrivant dans cette idéologie gagnent du terrain sur le vieux continent. Décédé lors d’un accident de voiture le 11 octobre dernier, Haider venait de voir sa nouvelle formation politique, le Bündnis Zukunft Österreich (BZO), ainsi que son ancien parti, maintenant dirigé par son rival Heinz-Christian Strache, le Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ), accumuler ensemble plus de 29% des voix lors du scrutin autrichien du 28 septembre dernier. Rappelons que, en 1999, Haider avait vu son FPÖ engranger 27% des voix et prendre part à un gouvernement de coalition qui avait été momentanément boycotté par les autres gouvernements européens. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/39/edito.jpg" alt="" /><br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">L’Autriche ne constitue malheureusement pas une exception quant à la popularité des partis d’extrême droite. Le plus grand parti de Suisse est l’Union démocratique du centre, qui, sous l’influence de Cristoph Blocher, adhère à une idéologie d’extrême droite depuis les années 1980. En Belgique, le <em>Vlaams Belang</em>, fondé en 2004, est  très fort en Flandres. Les 25 sièges du <em>Dansk  Folkeparti</em> danois le place comme un interlocuteur incontournable sur la scène politique danoise, et les politiques anti-immigration de son leader Pia Kjaersgaard ont trouvé écho au gouvernement. Puis, que dire de l’ineffable Ligue du Nord italienne qui fait partie de la coalition au pouvoir et entretien un discours explicitement xénophobe. Le Front National de Jean-Marie Le Pen ne représente donc pas une anomalie sur la scène politique européenne.</p>
<p style="text-align: justify;">Un récent sondage d’opinion a révélé que 46% des Espagnols, 36% des Polonais et 25% des Allemands avaient une vision négative des Juifs et que 52% des Espagnols, 50% des Allemands, 46% des Polonais et 38% des Français avaient une vision négative des musulmans(1). Si ces résultats reflètent une tendance de fond dans le sentiment de la population, les solutions mises de l’avant par les autres partis politiques pour exclure ou marginaliser l’extrême droite semblent échouer. Les élites politiques européennes devraient se regarder dans le miroir; la popularité de l’extrême droite provient, du moins en partie, d’un laxisme des dirigeants issus des partis traditionnels à faire face aux préoccupations des gens «ordinaires». À force de défendre les intérêts des élites, de laisser à son sort une main d’œuvre de plus en plus «flexibilisée» et de ne pas pallier aux conséquences de la néolibéralisation du marché du travail, les élites politiques européennes ont contribué à alimenter la peur de l’autre et la compétition entre la main d’œuvre locale et immigrante. Les discours identitaires que certains politiciens, notamment Sarkozy, ont pigés chez leurs rivaux d’extrême droite ont également contribué à réifier la séparation nous/eux dans l’espace public.</p>
<p style="text-align: justify;">Les stratégies pour exclure ces partis de la scène politique n’ont pas porté fruit jusqu’à présent : elles ont plutôt contribué à alimenter le sentiment d’aliénation chez les supporters de ces partis, sentiment d’aliénation déjà à la base de leur position. Si l’exclusion est vouée à l’échec, le courage politique de s’attaquer aux problèmes réels desquels découlent cette popularité des idées d’extrême droite ne risque pas d’émaner des élites politiques préoccupées par la sauvegarde du <em>statu quo</em>. Devant l’effritement du support des partis traditionnels dans plusieurs pays européens au profit de l’extrême droite, les élites politiques semblent être à court de moyens. Au lieu de condamner ces idéologies et de reprendre des discours sévères sur le crime et l’immigration, les politiciens de gauche comme de droite devraient cesser de faire les autruches et avoir le courage politique d’identifier les maux sociaux qui alimentent ces idéologies. La popularité de l’extrême droite vient, tel un ressac, nous rappeler que les élites politiques traditionnelles sont victimes de leur propre inaction devant la dislocation sociale et le racisme.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;">(1) Sondage mené par America’s Pew Global Attitudes Project. Les  chiffres proviennent de «Dark tales from the Vienna Woods», <em>The Economist</em>, 4 octobre 2008, p.16.</p>
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		<title>Sauvetage ou hold-up ?</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Oct 2008 16:05:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La crise qui secoue le secteur financier américain depuis maintenant plusieurs mois continue de faire des ravages, autant chez les grands prêteurs que chez les petits propriétaires. Les échafaudages financiers complexes qui ont créé des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">La crise qui secoue le secteur financier américain depuis maintenant plusieurs mois continue de faire des ravages, autant chez les grands prêteurs que chez les petits propriétaires. Les échafaudages financiers complexes qui ont créé des «marchés du risque» ont montré toute leur fragilité lorsqu’a éclaté la crise des <em>subprimes</em>. Depuis, les géants du crédit se sont retrouvés l’un après l’autre le dos au mur, pris avec des titres de crédit invendables. Devant les échecs répétés du marché à corriger la situation, l’État américain intervient pour assurer la survie de son secteur financier, et pour nettoyer les marchés des titres invendables. Mais il n’y a pas que l’idéologie néolibérale de dérèglementation, de libéralisation et de privatisation de la finance qui soit mise à mal. Plus fondamentalement, les citoyens américains se voient privés de leurs ressources financières pour sauver les intérêts d’un bastion du capital privé qui, on le sait maintenant, ne voit guère plus loin que le profit à court terme.</p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title="Money" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/38/edito.jpg" alt="Money" /><br />
Jennifer Rensel, <em>Money</em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">La première version du plan de sauvetage Paulson/Bernanke ne comportait pas de clauses de sécurité. En gros, Wall Street demandait de l’argent, et l’obtenait sans condition. Plusieurs économistes ont exprimé leurs réserves. James K. Galbraith et William Black, par exemple, ont proposé un minimum de huit clauses qui auraient du être attachées aux 700 milliards de dollars d’aide prévus par le plan, dont une clause qui aurait permis aux autorités publiques d’avoir accès aux livres des compagnies concernées et une autre qui aurait enjoint les administrateurs du programme de divulguer les transactions frauduleuses aux autorités judiciaires. D’ailleurs, le FBI a ouvert une enquête la semaine dernière portant sur des apparences de transactions frauduleuses. Si la première version du plan comportait une clause spéciale qui empêchait toute révision légale des transactions en question, espérons que la nouvelle mouture révisée par le comité bipartisan donnera aux autorités judiciaires le pouvoir d’enquêter sur certains aspects de ce fiasco.</p>
<p style="text-align: justify;">L’argent des payeurs de taxes américains est donc mobilisé pour sauver les financiers de Wall Street. L’État américain, qui avançait que les 35 milliards de dollars requis pour la mise sur pied d’un programme de soin de santé pour les enfants était trop cher payé, trouve maintenant, d’un coup, 20 fois plus pour sauver les responsables d’une crise aux conséquences sociales désastreuses. Les grandes firmes de services financiers pourront maintenant vendre à l’État ce dont personne d‘autre ne veut : des titres de crédit devenu invendables. Pour donner une idée du gigantisme de l’opération, notons seulement que le coût total de la guerre en Irak, qui paralyse déjà l’économie américaine selon certains, s’élève depuis son lancement en 2003 à près de 600 milliards de dollars. Le coût de la dérégulation financière aux États-Unis, processus amorcé dès 1980 avec le <em>Depository Institutions Deregulation and Monetary Control Act</em> et qui s’est finalisé en 1999 avec le <em>Gramm-Leach-Bliley Act</em>, dépassera donc celui d’une guerre dont plusieurs ont dénoncé le poids économique en la comparant à une dépression majeure. De plus, la nationalisation de l’assureur AIG (85 milliards pour 80% du capital) et celle de Fannie Mae et Freddy Mac, transfère également des institutions rongées par la toxicité de leur actif sous responsabilité publique. Le coût total de la crise, en comptant les rachats et le plan de sauvetage, avoisine donc les 1200 milliards de dollars. On en est à deux fois la guerre en Irak !</p>
<p style="text-align: justify;">La crise, qui était déjà ressentie de plein fouet par les classes moins nanties, voit maintenant le public prendre la responsabilité des pratiques vampirisantes du privé qui l’ont mis dans une situation intenable. Les responsables de la crise s’en tireront alors que les ménages endettés et le trésor public subiront tous les contrecoups. Et quel message cela lance-t-il aux financiers aventureux sinon qu’ils peuvent bien miner la survie du système à long terme pour s’enrichir rapidement ; l’État sera toujours là pour réparer les pots cassés par ceux-là mêmes qui prônent un gouvernement minimaliste !</p>
<p style="text-align: justify;">Le gouvernement américain est aussi irresponsable qu’un parent qui prêterait la majeure partie du budget familial à un joueur pathologique. Bien que le comité bipartisan ayant revu et corrigé le premier plan Paulson/Bernanke ait ajouté certaines clauses de contrôle, il n’en demeure pas moins que la prochaine administration, quelle qu’elle soit, aura du mal à rétablir les finances du pays. Obama, qui promet la mise sur pied de plusieurs programmes sociaux, est déjà dans l’eau chaude : son cadre financier n’y tient plus, et l’animateur du premier débat présidentiel lui a d’ailleurs demandé quels étaient les programmes qu’il devrait abandonner étant donné la situation. Comme le résume James Henry : «Le sauvetage met en danger tout l’agenda progressiste, fragilise la démocratie, ne compense pas pour l’argent qui y est mis et ne règle pas le problème à la base. À part de ça, le plan est super !». Comme plusieurs citoyens américains l’ont laissé savoir, lors de nombreuses manifestations, il serait temps que les responsables assument les conséquences de leurs actes. Si la population demande qu’on lui rende des comptes, il serait aussi de mise que ceux et celles qui prônent le tout-marché depuis 30 ans soient également mis devant le coût social de leur idéologie.</p>
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		<title>Dieu, dinosaures et lois scientifiques</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Sep 2008 16:25:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le musée de la création, ouvert en grande pompe il y a un peu plus d’un an au Kentucky, au coût de 27 million de dollars, avait déjà, après neuf mois d’existence, franchi la barre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le musée de la création, ouvert en grande pompe il y a un peu plus d’un an au Kentucky, au coût de 27 million de dollars, avait déjà, après neuf mois d’existence, franchi la barre des 500 000 visiteurs. Financé par le groupe religieux <em>Answers in Genesis</em>, le musée propose une expérience «historique» à ses visiteurs : un retour à l’an 4000 avant Jésus-Christ, au moment où Dieu créa la Terre et l’Univers et où humains et dinosaures, entre autres, auraient coexisté. Conçu pour attirer un public de tous âges, ce musée représente un symptôme de l’offensive menée par les groupes créationnistes aux États-Unis et ailleurs dans le monde dans les domaines des sciences, du monde universitaire et de l’éducation en général. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" science FTW " src=" http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/37/edito.jpg" alt=" science FTW " /><br />
William Clifford, <em> science FTW </em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Certaines variantes du créationnisme visent à expliquer l’origine du monde et de la vie de façon plutôt simpliste. La thèse avancée par le musée de la création, par exemple, ne fait pas dans la complexité. L’origine de l’Univers et de la vie est expliquée par une lecture littérale de la Genèse. Dieu a créé l’ensemble de l’Univers en six jours, il y a 6000 ans. Si cette version trouve écho chez certains groupes religieux, le créationnisme comporte également des variantes beaucoup plus subtiles, des thèses de la complexité des systèmes, et va jusqu’à développer des théories du design intelligent. Celles-ci masquent le fait qu’elles se meuvent sur le terrain de la foi ou de la croyance en s’engageant plutôt dans une critique des théories de l’évolution et tentent, sur le terrain scientifique et académique, de placer leurs croyances religieuses au même niveau que les théories scientifiques.</p>
<p style="text-align: justify;">En quelques mots, ces variantes du créationnisme défendent que certains systèmes ou organismes sont trop complexes pour être le fruit d’une évolution. Pour eux, l’explication du design intelligent est plus plausible que celle de l’évolution. Selon certains biologistes créationnistes, des preuves positives de design intelligent peuvent être trouvées dans les systèmes vivants ; la valeur sémantique ou fonctionnelle de l’information biologique transmise par les gènes, par exemple, ou l’absence d’une loi qui permette d’expliquer les séquences de symboles qui transportent les «messages» génétiques ou autres dans les organismes tendent à discréditer l’évolution au profit des théories du design. En postulant qu’une intelligence extérieure a programmé ces opérations, les tenants du design intelligent prétendent expliquer ces phénomènes de façon plus satisfaisante que leurs adversaires évolutionnistes.</p>
<p style="text-align: justify;">De façon plus générale, les théoriciens du design défendent l’idée d’une intelligence extérieure qui aurait réglé les lois de la physique de telle sorte que le développement de l’Univers permette l’apparition de la vie. Les arguments les plus subtils ne remettent donc même pas en cause l’<em>establishment</em> scientifique : les lois de la physique existent, bien sûr, mais pourquoi ces lois, ces réglages précis rendent justement possible l’existence de la vie ? Selon quelques créationnistes, comme l’astronome Hugh Ross ou le philosophe Holmes Rolston III, les constantes fondamentales du monde physique sont réglées de façon si précise que seule une intelligence extérieure a pu en être l’auteur.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est avancé par les théories du design, c’est un «idéalisme scientifique». Les sciences «matérialistes» ne devraient plus chercher à pousser plus loin leurs théories lorsqu’elles rencontrent des obstacles, mais elles devraient plutôt reconnaître que les causes matérielles ne suffisent pas à expliquer l’origine et la diversité de la vie. La nature ne peut s’expliquer elle-même, la cause première, le fameux premier mouvement dont parlait Aristote, ne peut venir que d’une intelligence elle-même pré-naturelle : Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;">Le créationnisme et ses variantes ne sont toutefois pas que des idées. Tout un réseau institutionnel et économique vient sous-tendre la diffusion de ces idées, si bien que le monde de l’éducation, surtout aux États-Unis, est sous les feux d’une offensive idéologique importante. On tente de faire revenir Dieu dans son déguisement de designer. Des batailles légales ont récemment été engagées en Ohio et au Kansas pour obliger les enseignants à parler des théories du design comme d’une alternative <em>scientifique</em> aux théories de l’évolution. Et rappelons-nous de l’amendement ‘Santorum’ du No <em>Child Left Behind Act</em> adopté sous la première administration Bush, qui avait été vivement critiqué par la communauté scientifique puisqu’il recommandait que «toutes» les vues sur un problème scientifique soient accessibles aux élèves, citant en exemple le problème de l’évolution biologique.</p>
<p style="text-align: justify;">Il importe que nous ne soyons pas dupes sur les stratégies discursives qui sous-tendent cette percée du créationnisme dans les sciences. Ce qui est tenté, c’est de placer les théories scientifiques et les discours créationnistes sur le même plan alors qu’ils relèvent de domaines complètement différents, science d’un coté et foi de l’autre. En finançant la scientifisation du discours créationniste, les groupes religieux tentent simplement de mettre leur foi au même niveau que la science, pour ensuite faire pénétrer leurs croyances dans le domaine de l’éducation sous de faux arguments d’objectivité ; en effet, une fois que le créationnisme s’est présenté comme une théorie scientifique, ses défenseurs soutiennent que le système de l’éducation n’est pas objectif puisqu’il ne présente pas toutes les théories scientifiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est temps que l’<em>establishment</em> scientifique, surtout aux États-Unis, dénonce plus fermement les stratégies discursives des groupes religieux pour infiltrer le monde de l’éducation. Si un musée qui montre des dinosaures et des humains coexistant relève plutôt de l’anecdote, faire passer des affirmations qui relèvent du domaine de la foi pour des faits scientifiques ouvre une boîte de pandore qui pourrait être difficile à refermer.</p>
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		<title>La maladie de la santé</title>
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		<pubDate>Tue, 02 Sep 2008 03:08:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’ancien ministre de la santé du Québec, Philippe Couillard, a tiré sa révérence de la politique le 25 juin dernier. Ses deux derniers gestes politiques en tant que ministre auront été de réduire de moitié [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">L’ancien ministre de la santé du Québec, Philippe Couillard, a tiré sa révérence de la politique le 25 juin dernier. Ses deux derniers gestes politiques en tant que ministre auront été de réduire de moitié le coût du permis d’exploitation d’une clinique privée et d’autoriser les cliniques privées à dispenser une cinquantaine de nouveaux traitements, jadis réservés au secteur public. Hors, quelques semaines plus tard, l’ancien ministre Couillard pose fièrement dans son nouveau bureau chez <em>Persistence  Capital Partners</em>, le premier et plus grand fonds d’investissement privé en  santé au pays et propriétaire des cliniques privées <em>Medisys</em>. Outrée, l’opposition crie au conflit d’intérêt, et l’ombudsman de l’Assemblée nationale est mis sur le cas. Les grands médias en rajoutent en révélant que Couillard a bel et bien eu des discussions avec son futur employeur alors qu’il était toujours en fonction. Mais au-delà du conflit d’intérêt individuel, n’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur le rôle des élites politiques en face des pressions exercées en vue de privatiser les derniers grands bastions des services publics ?</p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title="sick" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/36/edito.jpg" alt="sick" /><br />
Donna, <em>sick</em>, 2004<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">La situation actuelle du système public de santé canadien offre son lot d’ironies. Les critiques venant de la droite soulignent l’inefficacité générale du système, marqué par des listes d’attentes aux délais inacceptables et une bureaucratie qui freine le bon fonctionnement de l’appareil tout en absorbant plus que sa part de financement. Les gens devraient pouvoir payer pour leurs traitements s’ils le désirent. À gauche, les limites du système sont également notées, mais il reste tabou de proposer l’existence d’un système privé en parallèle du système public. Les ironies proviennent, d’une part, du fait que la gauche semble oublier qu’un système privé de santé existe déjà bel et bien au Canada. En effet, près de 30% des soins de santé au pays sont offerts au privé, pensons seulement aux soins dentaires et aux soins de la vue. D’autre part, les limites du système de santé public ne sont pas, comme veut le croire la droite, inhérente au fait même qu’il soit public. Il n’y a pas de tare originelle qui empêcherait n’importe quel système de service public de fonctionner adéquatement. L’idéologie du marché fait ici son œuvre, et il est important de souligner que la pensée magique voulant que le marché règle tous les problèmes se fonde sur une vision édulcorée de l’économie de marché capitaliste. Si le système public montre des signes d’essoufflement, ce n’est donc pas tant une conséquence directe de son caractère public, mais plutôt un effet de l’offensive du capital privé sur les services publics en général depuis le milieu des années 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">Le domaine de la santé est de juridiction provinciale au Canada. Toutefois des ententes fédérales-provinciales en terme de fiscalité, entre autres, ont historiquement résulté en un partage des coûts en santé entre les deux paliers de gouvernement. Vers la fin des années 1990, le gouvernement fédéral, sous l’influence de l’idéologie néolibérale, a réduit ses dépenses publiques de façon drastique. L’une des manières utilisées fut de regrouper l’ensemble des transferts aux provinces en santé, éducation et autres programmes sociaux dans la même enveloppe pour ensuite réduire significativement sa contribution financière dans ces domaines alors que les coûts, eux, allaient en croissant, notamment en santé. Au début des années 2000, alors qu’Ottawa nageait dans les surplus budgétaires, la majorité des provinces a accumulé les déficits. La santé, mais aussi l’éducation ont été profondément affectés par cet état de fait. La situation actuelle du système de santé est donc à mettre dans le contexte d’un sous-financement, plutôt que d’être le simple résultat d’une incapacité de gestion intrinsèque au secteur public. Avant de jeter le système public aux poubelles, peut-être devrions-nous examiner s’il fonctionne mieux lorsque financé adéquatement. Peut-être aussi devrions-nous demander aux moins fortunés de nos amis américains dans quelle situation leur système privé les place.</p>
<p style="text-align: justify;">Il semblerait logique de considérer les politiciens comme des gardiens du bien public. Après tout, ce sont des officiers de l’État. Mais lorsque nous examinons l’agenda politique du néolibéralisme, nous voyons que l’État devient lui-même une menace pour les institutions publiques. Au Canada, les intérêts privés ne se limitent pas au lobbying pour infiltrer le domaine public. Les politiciens eux-mêmes sont parfois les meilleurs avocats des classes possédantes. Couillard n’est pas le seul exemple d’un politicien qui sait de quel groupe social il doit défendre les intérêts et à quel groupe social il retournera après sa carrière politique.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne semble pas que ce soit une bonne idée de laisser les politiciens défendre l’intérêt public. Les forces sociales dans le public ne doivent pas prendre la séparation artificielle entre l’État d’un coté et les intérêts privés de l’autre pour acquis. Les politiciens répondent aux pressions de leur électorat, mais si celles-ci ne sont pas maintenues sans relâche, ils vont sans doute s’occuper des intérêts chers à ceux qui détiennent déjà des bases de pouvoir social et économique importantes. Ce n’est pas seulement une question de garder notre système de santé public en vie en le finançant adéquatement et en critiquant le gaspillage des fonds publics (notamment dans le support de l’invasion d’un pays étranger), mais il s’agit aussi de reconnaître que l’État et les politiciens ne représentent pas <em>de facto</em> le «public» et ne méritent pas une confiance aveugle dans la défense de la continuité d’un accès égal aux soins de santé. Cette défense est l’affaire de tous.</p>
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		<title>Changer en consommant ?</title>
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		<pubDate>Sat, 02 Aug 2008 04:12:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les changements climatiques, la crise énergétique, la crise alimentaire, autant de situations potentiellement catastrophiques qui préoccupent de plus en plus de gens. Ces trois problématiques sont intimement reliées. Du moins, les solutions mises de l’avant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Les changements climatiques, la crise énergétique, la crise alimentaire, autant de situations potentiellement catastrophiques qui préoccupent de plus en plus de gens. Ces trois problématiques sont intimement reliées. Du moins, les solutions mises de l’avant font toutes appel, de près ou de loin, à une sorte d’éthique individuelle. Composter, utiliser un vélo, surveiller ses choix en matière de consommation de nourriture, voilà des comportements individuels qui sont présentés comme porteurs de solutions. Mais le problème est-il mal posé en faisant peser la responsabilité du changement uniquement sur l’individu ?</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" Alone" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/35/edito.jpg" alt=" Alone" /><br />
Frédérique Ulman-Gagné, <em> Alone</em>, 2008<br />
avec  la permission de l’artiste)<br />
Tous droits réservés.©</div>
<p style="text-align: justify;">La théorie économique, tout inexacte qu’elle puisse être, a pris des allures de science exacte au XXe siècle. Les paradigmes néo-classiques et keynésiens se sont partagé le haut du pavé, et aujourd’hui les variantes néolibérales et monétaristes sont les théories dominantes. L’influence de ces modes de pensées sur l’ensemble du champ social est indéniable. Le champ politique est l’une des plus flagrantes victimes de l’« économisation » du discours ; pensons seulement au slogan néolibéral « moins d’État, plus de marché » et au nouveau management public qui propose non seulement une privatisation des services publics, mais aussi une gérance des services encore publics à la manière d’une entreprise privée, gérance guidée par les principes d’efficacité et de réduction des coûts. Mais le champ social, de façon plus générale, souffre de la colonisation des théories économiques, si bien qu’à des problèmes sociopolitiques, on propose des solutions tirées de la théorie économique. Au problème environnemental, énergétique, alimentaire, on vise à responsabiliser l’individu et à orienter ses comportements individuels. Le tout s’enrobe d’une nouvelle éthique, puissante mais contradictoire. Nous sommes encouragés à voir ces problèmes sociaux comme des problèmes individuels.</p>
<p style="text-align: justify;">L’idéologie de la responsabilité individuelle fait consensus à droite comme à gauche. D’un côté comme de l’autre, de Milton Friedman à Équiterre, on clame qu’« acheter, c’est voter ». Cette position trouve ses bases dans la théorie économique de Ludwig Von Mises, un théoricien autrichien mort en 1973, qui a raffiné la thèse de la souveraineté du consommateur qui fut mis de l’avant dès 1871 par des théoriciens dont Jevons et Menger. Selon ce postulat, c’est le consommateur qui oriente la production économique. Les choix faits par l’acheteur, le fait de choisir un produit plutôt qu’un autre, forcent les entreprises à s’adapter au diktat du consommateur sous peine de ne pas écouler ses marchandises, de diminuer ses profits. Cette thèse soutient donc les arguments que l’on entend par rapport à la responsabilité individuelle. Si les consommateurs achètent un produit bio ou équitable au lieu d’un autre, ils reconfigurent le circuit de production, ils « votent » pour la production de tels produits.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette thèse de la souveraineté du consommateur a été critiquée, et ce, à partir de plusieurs horizons théoriques. La critique la plus connue vient du célèbre économiste John Kenneth Galbraith qui, à la thèse de la souveraineté du consommateur, a opposé celle de la souveraineté du producteur. Pour Galbraith, les choix du consommateur sont limités à ce qui est effectivement produit et mis en marché, et les budgets astronomiques consacrés par les entreprises à la publicité laisse penser que les consommateurs sont amenés, voir manipulés, à acheter ce qui est constitue la production la plus rentable pour l’entreprise. D’un autre horizon, les adeptes des thèses du capitalisme cognitif soulignent que la marchandisation d’un nombre croissant de sphères de la vie humaine relègue celle-ci à une simple variante du système général de production.</p>
<p style="text-align: justify;">L’individualisme exacerbé qui mène à proposer des solutions purement basées sur l’action individuelle risque d’une part d’occulter certaines dimensions inhérentes au problème et d’autre part de nous faire passer à côté de leviers efficaces pour lutter contre ce type de situations. Premièrement, il est important de garder en tête que le marché « libre » n’est qu’une fiction théorique. Dans la réalité, le marché est une obligation, un impératif. Les gens ne vont pas sur le marché de plein gré, mais parce qu’ils n’ont pas d’autres choix pour subvenir à leurs besoins. Sur ces marchés, les cartels, oligopoles, monopoles, la désinformation, etc., ne laissent pas tous les acteurs avec le même pouvoir. Le choix des consommateurs est inévitablement orienté en fonction de l’impossibilité de ne pas entrer dans le marché et par les relations de pouvoirs qui existent sur ce marché même. Finalement, ce ne sont pas tous les acteurs qui disposent des mêmes choix. Lorsqu’une famille vit sous le seuil de pauvreté, a-t-elle vraiment le choix entre <em>Wal-Mart</em> et la chic boutique de produits biologiques ?</p>
<p style="text-align: justify;">Deuxièmement, l’idéologie du marché comme ultime régulateur social nous mène à croire que l’organisation politique et sociale, que l’action collective, sont secondaires. Pourtant, l’agriculture biologique et le café équitable, pour ne prendre que deux exemples, ne sont pas nés d’une demande abstraite. Ils sont plutôt le produit d’action collective, de la création de circuits économiques alternatifs fondés sur la coopération plutôt que la compétition et sur le respect de l’environnement plutôt que sa dégradation. Ici, les impératifs de profits ont été placés ailleurs dans la hiérarchie. Bien sûr, plus la demande est forte pour ce genre de produits, mieux c’est. Il ne s’agit pas ici de déresponsabiliser l’individu, mais de prendre un recul critique sur une situation générale. La consommation responsable n’est qu’un côté de la médaille. L’autre implique que les leviers politiques et l’action collective soient mis à l’avant-scène pour créer des réseaux de productions et de distributions alternatifs ainsi qu’un soutien politique et populaire derrière ces projets. Comme le suggère l’activiste américain Raj Patel, on peut favoriser le jardinage urbain guérillero, planter n’importe où, fonder des alternatives aux réseaux des supermarchés, mais au moment ou il faudra irriguer, l’implication politique collective sera nécessaire <a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=439&amp;theme=editorial#r1"><sup>1</sup></a><a name="t1"></a> . Si la consommation responsable possède ses vertus éthiques, l’action politique collective possède un réel pouvoir de changement.   <strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=439&amp;theme=editorial#t1">1.</a><a name="r1"></a> Christine Smallwood,  «Backtalk: Raj Patel», <em>The Nation</em>, 16  juillet 2008.</p>
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		<title>Obama, le sauveur ?</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Jul 2008 16:53:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La campagne présidentielle américaine est bien en marche. John McCain et Barack Obama ont entrepris d’étaler leurs rhétoriques, promesses et plans d’action. Alors qu’Obama jouit déjà d’une avance significative dans les sondages, la lutte risque [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>La campagne présidentielle américaine est bien en marche. John McCain et Barack Obama ont entrepris d’étaler leurs rhétoriques, promesses et plans d’action. Alors qu’Obama jouit déjà d’une avance significative dans les sondages, la lutte risque d’être d’autant plus inégale puisque le candidat démocrate est revenu sur sa promesse d’utiliser les fonds publics pour sa campagne. Devant la possibilité de plus en plus grande de voir Obama l’emporter, il est impératif de questionner son agenda politique. Derrière une rhétorique de profond changement, est-ce que le plan d’Obama, notamment en termes de politique étrangère, peut réellement changer le rôle des États-Unis dans le monde ? </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" Hiding Place" src=" http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/33/edito.jpg" alt=" Hiding Place" /><br />
Frédérique Ulman-Gagné, <em> Hiding Place</em>, 2006<br />
(avec la permission de l’artiste)<br />
Tous droits réservés. ©</div>
<p style="text-align: justify;">Le système électoral américain fonctionne à l’argent, le consensus sur cette question est palpable à gauche comme à droite. Il existe deux manières de financer une campagne présidentielle. D’une part, le système public alloue un montant aux candidats des partis démocrate et républicain. Pour 2008, le montant sera de 84,1 millions de dollars. Obama avait promis d’utiliser ces fonds, déclarant qu’il était moralement préférable d’engager la lutte à égalité de moyens et de tenir l’influence des lobbys privés hors de la campagne. Toutefois, un candidat peut décider de refuser les fonds publics et de s’appuyer sur les montants recueillis à titre de dons et de contributions. Disposant déjà, selon les dernières estimations, de plus de 287 millions de dollars, Obama a refusé les fonds publics<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=420&amp;theme=editorial#r1"><sup>1</sup></a><a name="t1"></a>. Le meilleur leveur de fonds de l’histoire de la politique américaine n’a donc pu tenir l’une des toutes premières promesses qu’il avait faite. La marée haute d’argent aura fait céder la digue des principes moraux. John McCain, pour sa part, utilisera vraisemblablement les fonds publics. Le résultat net est qu’Obama pourra surcharger les États clés de publicité et même investir massivement dans des États traditionnellement républicains dans le but de les faire changer de camp. McCain n’aura pas ce loisir.</p>
<p style="text-align: justify;">L’un des domaines où la potentielle élection d’Obama suscite le plus d’espoir est celui de la politique étrangère. Obama est surtout connu pour sa position sur la guerre en Irak. Dès 2002, il la qualifiait de «guerre stupide» (<em>dumb war</em>). Le fait qu’il soit contre la guerre en Irak a semblé faire coller une image de pacificateur au candidat démocrate. Toutefois, son agenda en Irak, tout comme ses politiques militaires, soulève de sérieuses questions. Jusqu’à maintenant, le candidat démocrate se limite à des déclarations d’intentions, par exemple : rapatrier les troupes, au rythme d’un ou deux bataillons par mois. Deux éléments viennent toutefois mettre un bémol sur ces bonnes intentions. D’une part, il n’est jamais spécifié combien resteront, mais seulement qu’il devra y avoir une force «limitée» en place pour encore plusieurs années. De plus, Obama souhaite investir massivement dans les forces armées spéciales d’action antiterroriste, forces qui seront maintenues et même augmentées en Irak. Donc, loin de tirer à sa fin, la présence américaine en Irak changera plutôt de forme <a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=420&amp;theme=editorial#r2"><sup>2</sup></a><a name="t2"></a>. D’autre part, les soldats retirés d’Irak ne rentreront pas nécessairement à la maison. Obama et ses conseillers envisagent plutôt de les redéployer ailleurs, principalement en Afghanistan.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
          var axel = Math.random() + "";
            var randomnumber = axel * 10000000000000000;
            randomnumber = Math.round(randomnumber);
       }
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// ]]&gt;</script><script src="http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&amp;dim=148898&amp;pos=2&amp;pv=781000608379329"></script></div>
<p style="text-align: justify;">Si la politique irakienne d’Obama reste loin de remplir les attentes que sa rhétorique de changement suppose, il en va de même pour son agenda en matière militaire. Premièrement, Obama prévoit hausser le budget du Pentagone. En second lieu, le candidat démocrate a appelé, lors d’un discours à Chicago en 2007, à un 21ème siècle ou les forces militaires américaines «resteront sur l’offensive, du Djibouti à Kandahar». Entourés de conseillers et conseillères souvent vétérans de l’administration Clinton (quel changement ?), Obama souhaite ajouter des avions drones aux forces de l’air, augmenter les capacités de guerre électronique, construire de nouveaux avions Cargo C-17, recapitaliser les forces navales, le tout dans le but «d’étendre le pouvoir global de l’Amérique». Bien Qu’Obama semble prêt à renouer avec les alliés traditionnels des États-Unis et à encourager une approche multilatéraliste, il ne se cache toutefois pas de favoriser des interventions unilatérales dans certains cas, notamment pour déloger Al-Qaeda du Pakistan ou pour soutenir des dissidents démocrates dans des États autoritaires. Si la politique étrangère de l’administration Bush pouvait être qualifiée d’«unilatéraliste», celle d’Obama pourrait bien l’être d’«interventionniste»<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=420&amp;theme=editorial#r3"><sup>3</sup></a><a name="t3"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’élection d’Obama semble plus souhaitable que celle de McCain, il faut toutefois se garder de voir le candidat démocrate comme un sauveur. S’il a déjà brisé une première promesse avant même son élection, il serait naïf de s’attendre à ce qu’il ne récidive pas une fois au pouvoir, invoquant des «circonstances» hors de son contrôle. Qui plus est, les conditions structurelles du pouvoir global des États-Unis étant fondées sur l’exploitation et les armes, l’État américain, peu importe son président, ne pourra révolutionner l’ordre global sans miner son propre pouvoir. Il appartient au peuple américain et aux mouvements sociaux activistes, qu’Obama semble vouloir encourager, de maintenir une pression sans relâche pour remodeler les bases du pouvoir américain à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières territoriales.</p>
<p><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=420&amp;theme=editorial#t1">1.</a><a name="r1"></a> Les  chiffres sont tirés de «Humbug all round», <em>The  Economist</em>, 28 juin 2008, p.37.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=420&amp;theme=editorial#t2">2.</a><a name="r2"></a> Sur ce  sujet voir Tom Hayden, «Barack at Risk», <em>The  Nation</em>, 5 juillet 2008.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=420&amp;theme=editorial#t3">3.</a><a name="r3"></a> Sur l’agenda d’Obama voir Robert Dreyfuss, «Obama’s  evolving foreign policy», <em>The Nation</em>,  1 juillet 2008.</p>
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		<title>L’occupation et le «néo-talibanisme»</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Jul 2008 21:07:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le 13 juin dernier, dans une prison de Kandahar, près d’un millier de détenus dits «talibans» se sont évadés. De l’extérieur, des complices ont propulsé un camion piégé sur la porte principale, tuant du coup [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le 13 juin dernier, dans une prison de Kandahar, près d’un millier de détenus dits «talibans» se sont évadés. De l’extérieur, des complices ont propulsé un camion piégé sur la porte principale, tuant du coup la majorité des gardiens. La résurgence du mouvement taliban en Afghanistan est un phénomène qui met bien en lumière les pièges et les erreurs fondamentales d’un projet d’imposition exogène d’un régime politique par les forces internationales. Devant la crise sociale qui fait rage dans le pays et en réaction au fait que le régime en place à Kaboul ne gouverne pas pour les Afghans mais bien pour les forces étrangères, le «néo-talibanisme» fait le plein de nouvelles recrues. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" urban_data " src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/32/edito.jpg" alt=" urban_data " /><br />
<em> urban_data </em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Depuis 2004, au moment où les choses ont véritablement tourné à la catastrophe en Irak, l’Afghanistan fait figure de «bonne guerre». Entérinée par l’ONU, menée par l’OTAN, l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan avaient d’ailleurs joui dès le départ d’un appui quasi universel. Tous les gouvernements et partis majeurs occidentaux ont claironné soit l’ode civilisationnel ou le chant revanchard, les grands médias comme la BBC et CNN ont entonné le refrain, la Russie a offert aux Américains de disperser des bases militaires le long de sa frontière méridionale, l’Iran semblait bien heureux de voir son ennemi wahhabite taliban rayé de la carte. Délaissé suite à l’invasion de l’Irak, l’Afghanistan est tout de même resté au cœur des débats dans les pays dont les soldats y ont été envoyés, comme le Canada. La course à l’investiture démocrate a achevé de ramener la situation afghane à l’avant-plan, Obama et Clinton la présentant comme le véritable front de la guerre au terrorisme, marquant ainsi leur distance avec l’administration actuelle. Politiquement, en Occident, il est devenu payant de s’afficher pro-Afghanistan plutôt que pro-Irak. Tour à tour, Zapatero, Prodi et Rudd l’ont compris, et leurs gouvernements de centre-gauche ont retiré leurs troupes d’Irak pour les acheminer vers Kaboul <a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=413&amp;theme=editorial#r1"><sup>1</sup></a><a name="t1"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré cette belle unanimité, l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan sont un échec. Mais quel était donc le projet de départ ? Capturer Ousama Ben Laden ! Passons. Si le projet des Occidentaux était de bâtir un État-nation solide, d’instaurer une économie de marché capitaliste qui serait liée à l’économie régionale voire globale et qui serait en mesure de sortir l’économie afghane de sa dépendance au pavot, force est de constater que l’échec est encore plus lamentable. Si le projet était d’occuper une zone géopolitique cruciale en faisant peu de cas des questions économiques et sociales, peut-être y a-t-il l’ombre d’un succès. Selon les plus récents chiffres, le taux de chômage frise les 60% et le taux de mortalité infantile est l’un des plus élevés au monde. Le trafic d’opium est beaucoup plus répandu qu’au temps des talibans ; on estime maintenant à 53% la part des narcotiques dans le PIB afghan, et 90% de l’approvisionnement global d’opium provient de l’Afghanistan. L’aide financière internationale, perdue dans des réseaux corrompus de patronage local et international, ne se rend pas aux Afghans. Les inégalités se creusent. L’électricité se fait plus rare qu’il y a cinq ans. Les combats militaires sont plutôt des échauffourées sans véritable avancée ni véritable recul. Certains estiment le nombre de civils afghans tués par les forces d’occupation à plus de 27 000, et le ressentiment envers la brutalité des forces d’occupation et la corruption de la nouvelle police afghane est, selon plusieurs rapports, de plus en plus palpable. Finalement, le président Karzaï ne réussit pas à faire fonctionner son gouvernement, qui lui ne contrôle même pas la capitale, et encore moins le reste du pays <a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=413&amp;theme=editorial#r2"><sup>2</sup></a><a name="t2"></a>.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
          var axel = Math.random() + "";
            var randomnumber = axel * 10000000000000000;
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// ]]&gt;</script><script src="http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&amp;dim=148898&amp;pos=2&amp;pv=8648739775967978"></script></div>
<p style="text-align: justify;">Karzaï, ce président fantoche, a vu se développer autour de lui une nouvelle élite afghane qui profite de la situation. Lui-même selon certaines sources un pion de la CIA, il aura réussi à se faire parachuter à la tête du pays suite à l’assassinat de Ahmed Shah Massoud le 9 septembre 2001 et de Abdul Haq en octobre de la même année. Protégé de Zalmay Khalilzad, le proconsul américain à Kaboul chargé de former un gouvernement afghan après l’invasion américaine, Karzaï poursuit un itinéraire tout sauf trivial. Il est passé de ministre suite à la prise de pouvoir des moudjahidines en 1992, à un appui aux talibans plus tard dans les années 90. Puis, il a quitté le pays pour un poste important au sein de UNOCAL, qui tentait d’acquérir les droits pour la construction d’un pipeline qui aurait acheminé le gaz turkmène vers le Pakistan et l’Inde. Le voilà maintenant chef d’un État qui ne représente malheureusement pas les intérêts de ses citoyens. Malgré ses origines pashtounes, Karzaï ne trouve pas sa base politique dans ce groupe majoritaire : ses gardes du corps et son entourage rapproché sont plutôt constitués de marines et de mercenaires  américains. À sa décharge, son laxisme n’a d’égal que son manque de moyens, mais lorsqu’il accuse certains pays de ne pas faire assez d’efforts pour l’Afghanistan, son véritable rôle apparaît. Il symbolise l’unité afghane aux yeux des étrangers, alors que sur le terrain, la donne politique est aussi bigarrée qu’avant l’imposition par l’Empire britannique des frontières actuelles. Autour et entre les garnisons de soldats occidentaux, une immense partie du territoire afghan échappe au contrôle du régime de Kaboul. Au nord, le seigneur de guerre ouzbek Rashid Dostum possède une influence politique et militaire immense. Au nord-est, les anciens supporters d’Ahmed Shia Massoud contrôle la majeure partie du territoire. Au sud, le gangstérisme et les barons de l’opium continuent d’échapper à toute pression venant de Kaboul. D’ailleurs, lorsque Karzaï blâme le Pakistan pour l’instabilité afghane, Musharraf lui rappelle qu’il devrait peut-être intervenir au près de son propre frère, Ahmad Wali Karzaï, l’un des barons de la drogue les plus riches du pays <a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=413&amp;theme=editorial#r3"><sup>3</sup></a><a name="t3"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">La résurgence du mouvement taliban semble donc liée au ressentiment populaire envers une occupation, parfois brutale, qui n’en finit plus, et envers un gouvernement fantoche qui semble davantage profiter de la situation pour créer une nouvelle élite afghane légitimée et entretenue par l’occupation plutôt que de rebâtir un pays dont l’histoire récente n’est qu’une suite de guerres et d’occupations. Ce n’est pas une question de popularité des idées et du mode de vie talibane, mais plutôt de l’absence d’autre forme d’opposition au <em>statu quo</em> ; le néo-talibanisme semble trouver son élan dans des enjeux locaux et dans un ressentiment contre l’occupation. Après l’occupation britannique, soviétique, le conservatisme social dément du premier régime taliban et l’occupation américaine, le jour viendra peut-être où les Afghans et les Afghanes pourront eux-mêmes tenir les rênes de leur pays.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=413&amp;theme=editorial#t1">1.</a><a name="r1"></a> Sur la «bonne guerre» en Afghanistan, voir ALI, Tariq,  «Afghanistan : Mirage of the Good War», in <em>NLR</em>, n.50, Mars-Avril 2008, pp.5-22.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=413&amp;theme=editorial#t2">2.</a><a name="r2"></a> Les données proviennent entre autres de «Failing State»,  in <em>Guardian</em>, 1 février 2008 ;  «Must they be wars without end», <em>The  Economist</em>, 13 décembre 2007, et ALI, <em>op.cit</em>.,  p.6.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=413&amp;theme=editorial#t3">3.</a><a name="r3"></a> Voir ALI, <em>op.cit.</em>,  p.13.</p>
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		<title>Quand stabilité rime avec oppression</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Jun 2008 14:19:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Deux cas récents ont remis à l’avant-scène des questions éthiques et politiques en ce qui a trait aux réseaux d’organisation non-gouvernementales (ONG) et organisations humanitaires évoluant sur la scène internationale. D’une part le gouvernement militaire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Deux cas récents ont remis à l’avant-scène des questions éthiques et politiques en ce qui a trait aux réseaux d’organisation non-gouvernementales (ONG) et organisations humanitaires évoluant sur la scène internationale. D’une part le gouvernement militaire birman a refusé l’accès à une partie de son territoire dévasté par le cyclone <em>Nargis</em> aux organisations humanitaires et à diverses ONG. Plus récemment, le président zimbabwéen Robert Mugabe a interdit les activités de toutes les ONG, nationales et internationales, sur son territoire. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" Help" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/31/edito.jpg" alt=" Help" /><br />
Frédérique Ulman-Gagné, <em> Help</em>, 2008<br />
Certains droits réservés.<br />
(avec la permission de l’artiste)<br />
Tous droits réservés. ©</div>
<p style="text-align: justify;">Les motifs invoqués ? Dans un cas, la junte birmane semblait craindre la dissémination d’idées et de pratiques qui pourraient miner son pouvoir. En effet, des organisations occidentales favorisant l’action humanitaire et parfois politique hors des cadres étatiques (et sous l’œil des médias internationaux) a pu faire hésiter la junte, qui se remet à peine de la révolte démocratique lancée par les moines il y a quelques mois. Dans le cas du Zimbabwe, Mugabe a interdit les activités des ONG sous prétexte qu’elles alimentaient l’insubordination politique et faisaient la promotion de son adversaire au deuxième tour présidentiel, Morgan Tsvangirai. Sous ces critiques se cachent une série de présuppositions communes qui se ramènent plus ou moins à une seule : les ONG et les organisations humanitaires, malgré leurs appellations, sont des organisations politiques.</p>
<p style="text-align: justify;">La critique des ONG et des organisations humanitaires ne date pas d’hier. Mais avec la fin de la guerre froide, plusieurs avaient entrevu une dépolitisation à venir de ces organisations. Très rapidement, l’apparente neutralité du terrain humanitaire a été contestée. L’aspect politique des ONG a de plus en plus été décrié, les exposants donc aux critiques à droite comme à gauche. On peut noter plusieurs thèmes récurrents. Selon certains courants de gauche, les ONG participent à l’impérialisme occidental, que ce soit en diffusant des modes d’organisations et de gouvernance ‘libéraux’, ou en faisant la promotion de schèmes de développement capitalistes. À l’autre bout du spectre, on accuse certaines ONG de véhiculer des idées trop progressistes, de miner le pouvoir étatique, de faire entrave au développement économique. Ces accusations sont bien entendu politiques. Elles relèvent donc de luttes qui, sur le terrain, ne sont pas seulement des luttes idéologiques mais souvent des luttes physiques, armées <a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=408&amp;theme=editorial#r1"><sup>1</sup></a><a name="t1"></a>.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
    if (randomnumber==null) {
          var axel = Math.random() + "";
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            randomnumber = Math.round(randomnumber);
       }
      document.write ("<scr" + "ipt language=Jav" + "aScript src=http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&#038;dim=148898&#038;pos=2&#038;pv="+randomnumber + "></scr"+"ipt>");
// ]]&gt;</script><script src="http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&amp;dim=148898&amp;pos=2&amp;pv=2367582009372197"></script></div>
<p style="text-align: justify;">Bien qu’elle puisse avoir certains fondements justifiables et un certain effet théorique, la critique des ONG risque toutefois de passer à coté du problème, et ce de deux façons. D’une part, il est impossible de mettre toutes ces organisations dans le même panier, comme l’a fait Mugabe. Il y a autant d’idéologie et de fonctionnement différents qu’il y a d’ONG différentes. Mais de façon plus importante, il faut prendre en compte les situations sur le terrain. Si le fonctionnement interne et la fonction sociale des ONG peuvent être l’objet de critiques, il est mal aisé de conclure que leur bannissement apporterait une quelconque embellie de la situation. Dans les cas qui nous intéresse, la junte birmane a finalement et timidement accordé l’accès aux zones sinistrées, mais ceci après plusieurs semaines qui pour certaines victimes furent des semaines de trop. Au Zimbabwe, les premières victimes de l’interdiction lancée par Mugabe seront vraisemblablement les populations les plus vulnérables, notamment les sidéens, séropositifs, et les personnes dépendant de l’aide alimentaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsqu’un État craint les actions provenant de la société civile, qu’elle soit nationale ou internationale, il expose son propre autoritarisme. Si les ONG sont des agents de l’impérialisme occidental alors que les multinationales ont droit de passage et d’exploitation partout, il y a lieu de questionner le jugement politique des gouvernements concernés. En interdisant l’action des ONG et des organisations humanitaires sur leur territoire ces gouvernements mettent en péril la survie de leur population pour des raisons de stabilité politique. Or lorsque stabilité politique rime avec ruine sociale et économique, il est permis de critiquer non pas les supposés agents déstabilisants, mais les gouvernements qui assoient leur pouvoir sur la détresse de leur population.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=408&amp;theme=editorial#t1">1.</a><a name="r1"></a> La critique que l’on n’entend moins souvent et qui pourtant devrait traverser le spectre politique, du moins en excluant les extrêmes, est celle du manque de démocratie au sein des ONG. En effet, la structure et l’organisation de la très grande majorité des ONG est tout sauf démocratique.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>La répression hypocrite</title>
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		<pubDate>Thu, 01 May 2008 14:46:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<category><![CDATA[criminalité]]></category>
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		<description><![CDATA[Pendant que toute l’attention médiatique est tournée vers la Chine en raison des Jeux de Pékin, un autre gouvernement utilise la répression et la violence pour être «prêt» et «présentable» lorsque les yeux du monde [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Pendant que toute l’attention médiatique est tournée vers la Chine en raison des Jeux de Pékin, un autre gouvernement utilise la répression et la violence pour être «prêt» et «présentable» lorsque les yeux du monde se tourneront vers lui: l’Afrique du Sud. En 2010, la Coupe du monde de soccer sera présentée dans ce pays où le gouvernement sort de plus en plus l’artillerie lourde pour enrayer les problèmes de criminalité élevée. S’agit-il d’une coïncidence? </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title="Walk" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/28/edito.jpg" alt=" Walk " /><br />
Frédérique Ulman-Gagné, <em> Walk </em>, 2008<br />
<em> (avec la permission de l’artiste),<br />
Tous droits réservés ©</em></div>
<p style="text-align: justify;">En tenant compte des indicateurs habituels, l’Afrique du Sud est le deuxième pays le plus violent de la planète, derrière la Colombie. Quelques chiffres suffisent à illustrer la situation. Pour une population de 48 millions, 19 000 meurtres sont commis chaque année (41 victimes par 100 000 habitants, alors que le taux aux États-Unis est de 5 pour 100 000), près de 500 000 cas d’assauts et de tentatives de meurtres, et 55 000 viols rapportés, alors que les estimations laissent voir que seulement 1 viol sur 10 est rapporté.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que les riches vivent dans des maisons fortifiées, équipées de systèmes de sécurité sophistiqués, les pauvres, environ 90% de la population, sont aux prises avec la violence, le SIDA et un taux de chômage frisant les 30%. Les travailleurs et travailleuses, dans les zones urbaines, gagnent entre 1 et 2$ par jour, et les flots de travailleurs et travailleuses étrangers, croissant chaque jour notamment en provenance du Zimbabwe de Mugabe, sont exploités de façon éhontée par leurs employeurs<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=380&amp;theme=editorial#r1"><sup>1</sup></a><a name="t1"></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Devant la violence et le crime, plutôt que de s’attaquer aux racines du problème, c’est-à-dire la pauvreté, l’exclusion sociale, le racisme, le sexisme, le désespoir et le SIDA, le gouvernement sud-africain emploie la ligne dure et ineffective de la répression. Les déclarations de la ministre de la Sécurité, Susan Shabangu, en disent long sur la stratégie du gouvernement. Dans ses dernières allocutions, dont plusieurs furent prononcées devant des policiers, la ministre a déclaré, entre autres:</p>
<blockquote style="text-align: justify;"><p>«Vous devez tuer les salauds s’ils menacent la communauté. Ne vous préoccupez pas des règlements, ceux-ci sont de mon ressort. Votre rôle est de servir et protéger […] Je veux assurer les policiers qu’ils ont la permission de tuer ces criminels. Je ne tolérerai aucune excuse pathétique pour votre incapacité de régler ces problèmes […] Vous avez des armes, utiliser-les. Je ne veux pas de tirs d’avertissements. Lorsque vous tirez vous devez tuer […] La Constitution dit que les criminels doivent bénéficier d’un minimum de sécurité. Mais moi je dis non<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=380&amp;theme=editorial#r2"><sup>2</sup></a><a name="t2"></a>».</p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">Au-delà des discours politiques, la stratégie répressive est effectivement en place. Les effectifs des forces de police atteignent maintenant les 160 000 officiers et plus de 10 000 nouveaux agents sont ajoutés à chaque année. De nouvelles lois et régulations sont mises en œuvre, réduisant les libertés civiques et donnant plus de pouvoir aux forces de l’ordre. La stratégie répressive est simpliste dans sa logique: si les criminels sont morts ou emprisonnés plus longtemps, et que l’effet dissuasif fonctionne, il devrait y avoir moins de crimes.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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      document.write ("<scr" + "ipt language=Jav" + "aScript src=http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&#038;dim=148898&#038;pos=2&#038;pv="+randomnumber + "></scr"+"ipt>");
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<p style="text-align: justify;">On reconnaît cette stratégie dans plusieurs pays. Par exemple, le gouvernement conservateur canadien s’est fait élire sur la promesse de s’attaquer aux problèmes de criminalité et de violence (alors qu’en fait la criminalité était déjà en baisse au Canada); les peines de prison plus sévères, des investissements massifs dans les forces de police et des lois plus strictes font partie de cette stratégie. Si l’Afrique du Sud représente la situation extrême, plusieurs autres pays adoptent cette stratégie répressive et contre-effective.</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant ce temps, les pauvres restent pauvres, les sans-emploi restent sans-emploi, les moyens de survie violents prolifèrent et l’exclusion sociale fait son œuvre, alors que les élites dominantes vivent dans des maisons, voire des quartiers fortifiés, et que les autres formes de criminalité, dont l’évasion fiscale qui représente de loin la forme de criminalité la plus coûteuse pour une société, restent en dehors des préoccupations étatiques. Pourtant, ces ressources qui fuient la sphère publique pour enrichir ceux qui sont déjà privilégiés contribueraient grandement à améliorer les conditions de vie de la population exclue. La répression ne fait que tenter de masquer un problème, plutôt que d’exprimer le courage de s’attaquer à ses causes.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=380&amp;theme=editorial#t1">1.</a><a name="r1"></a> Les statistiques proviennent de Jonny  STEINBERG, <em>Notes from a    Fractured Country</em>, Johannesburg,  Jonathan Ball Publishers, 2007, et Antony ALTBEKER, <em>A Country at War with Itself</em>, Johannesburg,  Jonathan Ball Publishers, 2007.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=380&amp;theme=editorial#t2">2.</a><a name="r2"></a> Citée dans Harroon SIDDIQUI, ‘South Africa’s  line on crime : ‘You must kill the bastards’, in <em>Toronto Star</em>, Jeudi 24 avril 2008, p.AA6. (ma traduction).</p>
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		<title>La flamme politique</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Apr 2008 14:29:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les journaux télévisés montrent des images de manifestants lançant des ballons d’eau sur la flamme olympique à San Francisco, tentant de l’éteindre à Paris et à Londres. La bonne conscience occidentale a trouvé un catalyseur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Les journaux télévisés montrent des images de manifestants lançant des ballons d’eau sur la flamme olympique à San Francisco, tentant de l’éteindre à Paris et à Londres. La bonne conscience occidentale a trouvé un catalyseur pour son trop plein de libéralisme: le gouvernement chinois. Il ne suffit plus d’appuyer les Tibétains dans leur lutte, il s’agit maintenant d’humilier le gouvernement chinois qui tente par tous les moyens de se servir des Jeux comme d’une vitrine propagandiste. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" Oppression" src=" http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/27/edito.jpg" alt=" Oppression" /><br />
Frédérique Ulman-Gagné, <em> Oppression</em>, 2008<br />
<em> (avec la permission de l’artiste)<br />
Tous droits réservés.©</em></div>
<p style="text-align: justify;">Le régime chinois est l’un des plus répressifs au monde. Les condamnations à mort, entre autres, y sont, toutes proportions gardées, les plus nombreuses. La répression de la liberté d’expression est monnaie courante, et les actions historiques du gouvernement chinois contre la population tibétaine déclenchent un vif sentiment d’indignation. Doit-on se servir des Jeux pour exprimer dégoût et désapprobation? Sans aucun doute. Mais peut-être devrions-nous aussi boycotter les Jeux de 2010 à Vancouver pour protester contre l’oppression historique des peuples autochtones par le gouvernement du Canada, peut-être aurions-nous dû manifester aux Jeux de Salt Lake City pour dénoncer l’impérialisme américain qui chaque jour tue, peut-être devrons-nous boycotter les Jeux de 2014 à Sotchi en Russie pour dénoncer le massacre des Tchétchènes et le bâillonnement de l’opposition politique.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à la bonne conscience occidentale, elle ferait bien de se retourner un peu sur elle-même. Les élans de libéralisme sont d’une hypocrisie crasse lorsqu’ils présentent «notre modèle» comme indépassable et parfait, alors qu’en filigrane un racisme latent et une peur de la compétition chinoise et asiatique font trembler le confort impérialiste. La démocratie libérale par excellence, celle des États-Unis, n’a aucune leçon à donner en termes de peine de mort, de liberté d’expression et de politique étrangère. L’attitude ambigüe de nos élites est déplorable. D’un coté, la Chine économique fait rêver tous les avides de profits et de parts de marché, jusqu’à ce que la Chine se mette à menacer la position dominante des vieilles puissances capitalistes, et de l’autre, la Chine politique donne des nausées aux bonnes consciences libérales qui se consolent dans le mythe d’une ouverture économique qui devrait mener à l’ouverture politique.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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<p style="text-align: justify;">Le régime chinois est un nouveau joueur dans l’oppression mondiale, ne mentionnons que son rôle délétère dans le conflit au Darfour. Et espérons que la vague de soutien au peuple tibétain ne s’évanouira pas avec la fin des Jeux. Mais que tous les libéraux de ce monde ne s’avisent pas de minimiser le rôle de nos États soi-disant libres dans cette oppression mondiale. À bas le régime chinois, à bas l’hypocrisie occidentale.</p>
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		<title>Quelle heure est-il ?</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Apr 2008 12:35:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nous manquons de temps. Nous sommes en retard. Individuellement et collectivement. Le rapport au temps contemporain témoigne d’une culture où les cycles organiques ont été remplacés par le cycle économique. Frédérique Ulman-Gagné, Boots , 2008 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Nous manquons de temps. Nous sommes en retard. Individuellement et collectivement. Le rapport au temps contemporain témoigne d’une culture où les cycles organiques ont été remplacés par le cycle économique.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" Boots" src="http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/26/edito.jpg" alt=" Boots " /><br />
Frédérique Ulman-Gagné, <em> Boots </em>, 2008<br />
<em> (avec la permission de l’artiste)<br />
Tous droits réservés.</em> ©</div>
<p style="text-align: justify;">Il semble y avoir consensus parmi les historiens voulant que 1650 marque une date importante dans le rapport au temps chez les peuples occidentaux. L’analyse des profonds changements culturels dans le rapport au temps au sein de l’Angleterre du 17e siècle, par l’historien britannique Edward P. Thompson, démontre qu’au-delà de la prolifération des horloges et des montres, d’abord au sein des foyers des classes dominantes puis dans les familles paysannes et ouvrières, c’est toute une culture et un mode de vie qui ont été transformés à cette époque<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=365&amp;theme=editorial#r1"><sup>1</sup></a><a name="t1"></a>. Aujourd’hui, l’exploitation du temps dans ses plus minimes fractions, la culture de la performance, de la productivité et du «temps c’est de l’argent», achève donc un processus séculaire. La course effrénée pour le prolongement de la vie n’est que l’envers d’un imaginaire collectif obsédé par le «manque» de temps.</p>
<p style="text-align: justify;">La discipline puritaine et l’exactitude bourgeoise font partie des facteurs qui auront contribué à l’amorce de ce changement culturel fondamental. Mais il faut regarder en direction de la révolution industrielle pour bien saisir le haut fait de ce processus. Toute la discipline qui a progressivement entouré les processus de production durant l’ère industrielle, autant en termes de fabrication de marchandises ou de transport des biens et services que du coté de la mise sous contrôle de la force de travail, ont fait ressortir un trait maintenant fondamental dans la culture occidentale. Pour paraphraser Thompson, dans la culture capitaliste le temps doit être consommé, marchandé, rendu utile et effectivement utilisé. Il existe maintenant quelque chose de tel que «perdre son temps».</p>
<p style="text-align: justify;">Il est intéressant de noter que le rapport au temps dominant dans plusieurs cultures, avant l’avènement de l’industrie moderne, était tout autre. Par exemple, Pierre Bourdieu nous a montré comment encore tout récemment, chez les Kabyles d’Algérie, l’attitude dominante face au passage du temps en était une que nous décririons comme nonchalante et indifférente. Au sein de cette communauté, personne n’entretient la lubie de maîtriser le temps, d’en économiser. Être pressé est considéré comme un manque de décorum combiné à une ambition diabolique. Il n’y a pas d’heure du repas et la notion d’un rendez-vous exact est inconnue<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=365&amp;theme=editorial#r2"><sup>2</sup></a><a name="t2"></a>. Chez les Nuer, comme l’a montré Evans-Pritchard, le rapport au temps est orienté en fonction des tâches à accomplir. Il ne s’agit pas de meubler chaque seconde de la journée d’une tâche productive, mais bien plutôt de respecter le cours normal du processus de travail et de mesurer le temps en fonction des cycles biologiques et naturels<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=365&amp;theme=editorial#r3"><sup>3</sup></a><a name="t3"></a>. À Madagascar, le temps peut être mesuré en rapport avec de tels cycles. Ce qui est pour nous une demi-heure fût pour eux le temps de faire cuire le riz. Les habitants des Aran Islands, au large de l’Irlande, mesurent le temps, curieusement, selon la direction du vent. Les exemples donnés par Thompson sont fascinants<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=365&amp;theme=editorial#r4"><sup>4</sup></a><a name="t4"></a>.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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// ]]&gt;</script><script src="http://ads.networldmedia.net/servlet/ajrotator/268593/0/vj?z=networld&amp;dim=148898&amp;pos=2&amp;pv=5730623910314254"></script></div>
<p style="text-align: justify;">De nos jours, le temps a été tellement standardisé que les flux sociaux eux-mêmes ont leur temporalité prédéterminée; non seulement existe-t-il une telle chose que l’heure de pointe, mais celle-ci est systématique. Pour la majorité des gens, le salaire n’est pas une fonction de la tâche accomplie, mais bien du temps travaillé. Un rhume ne doit pas nous empêcher d’être des super-humains et de remplir toutes nos fonctions. Plusieurs travailleurs et travailleuses doivent obtenir la permission d’un supérieur hiérarchique pour aller aux toilettes. L’une des statistiques les plus intéressantes, concernant le néo-libéralisme, a d’ailleurs à voir avec le nombre moyen d’heures de sommeil des gens. En effet, il semble que le culte de la productivité, la précarité de l’emploi et l’augmentation des charges de travail aient abaissé significativement la moyenne d’heures de sommeil de la population.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus largement, perdre son temps, flâner ou paresser sont non seulement des comportements socialement condamnés, mais qui plus est cette condamnation est intériorisée par les gens; les gens accomplis sont les gens productifs. Même nos vacances doivent être systématiquement planifiées, pour être sûrs d’en profiter le plus possible. Les nouveaux parents ne devraient pas rester trop longtemps à l’écart du marché du travail, mais combien de fois entendons-nous des pères et des mères souhaiter pouvoir passer plus de temps avec leurs enfants. Nous n’avons pas assez de temps pour nos amis, nos familles. Il est plus économique,  en termes de temps, d’avoir toute notre vie sociale sur un site comme facebook que d’entretenir des relations réellement sociales et physiques. En parallèle, les ventes d’antidépresseurs atteignent des sommets inimaginables, l’épidémie de stress, de burn out et de dépressions ne cesse de prendre de l’ampleur et toutes sortes de stimulants nous sont offerts pour combattre la fatigue. Surtout, il ne faut pas arrêter. Nous manquons de temps.   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=365&amp;theme=editorial#t1">1.</a><a name="r1"></a> Voir le fascinant essai : E.P. THOMPSON, «Time,  Work Discipline and Industrial Capitalism», dans <em>Customs in Common</em>, New    york, New Press, 1993, pp.352-403.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=365&amp;theme=editorial#t2">2.</a><a name="r2"></a> Pierre  BOURDIEU, <em>Algérie 60 : structures économiques et structures temporelles</em>,  Paris, Ed. de Minuit (Grands documents), 1977.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=365&amp;theme=editorial#t3">3.</a><a name="r3"></a> E. E. EVANS-PRITCHARD, <em>The Nuer</em>, Oxford,  1940.<br />
<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=365&amp;theme=editorial#t4">4.</a><a name="r4"></a> THOMPSON, <em>op.  cit</em>.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Sarkozy : la paralysie derrière l’hyperactivité</title>
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		<pubDate>Sat, 15 Mar 2008 19:46:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le philosophe français Alain Badiou décrit, dans un article récent, les facteurs constitutifs de la désorientation de la gauche française1. Depuis la victoire de Nicolas Sarkozy, aux présidentielles de mai 2007, la gauche, et non [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le philosophe français Alain Badiou décrit, dans un article récent, les facteurs constitutifs de la désorientation de la gauche française<a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=360&amp;theme=editorial#r1"><sup>1</sup></a><a name="t1"></a>. Depuis la victoire de Nicolas Sarkozy, aux présidentielles de mai 2007, la gauche, et non pas seulement le Parti socialiste, semble en crise d’identité. Bien que le militantisme français reste l’un des plus actifs au monde, le voile paralysant qui englobe l’appareil d’État français semble accentuer la césure entre les revendications sociales et la sphère politique. Sarkozy, comme le dit Badiou, assoit son pouvoir sur une scène politique française paralysée. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" azrainman" src=" http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/25/edito_sarkozy2.jpg" alt=" azrainman" /><br />
Rainmaker, <em> azrainman</em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Pour Badiou, le système politique français semble maintenant incapable de donner forme et espace aux projets politiques émancipatoires. L’ordre politique français, si bien délimité entre la «gauche» et la «droite» depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, semble maintenant perdre de son pouvoir symbolique. La gauche est en déroute et ne fait plus peur à personne. En effet, si Sarkozy se permet tout l’ostentatoire des vacances en yacht, des diners somptueux et du flirt glamour avec les caméras des paparazzis, c’en est bien là le signe. L’opposition socialiste est soit cooptée, en témoignent Kouchner et les autres, soit impuissante. Son leitmotiv politique est caché derrière celui la droite: alors que celle-ci surfe sur un mélange puant de peur de l’autre et de soumission au diktat de la finance internationale, la gauche ne réussit à se définir que par la peur de cette peur. Les projets politiques positifs sont relégués aux tiers partis dont le discours est étouffé par l’idéologie dominante et les monopoles privés des médias d’informations. Le résultat net: derrière le consensus qui accepte l’ordre social capitaliste, la division du système politique entre «droite» et «gauche» est devenue une fiction.</p>
<p style="text-align: justify;">Derrière l’hyperactivité du Président se cache une profonde et duale paralysie. D’une part, cette paralysie du système politique de plus en plus homogénéisé. D’autre part, la paralysie que Badiou nomme «néo-pétainisme», c’est-à-dire cette complaisance résignée qui fait croire que si la France suit les règles du modèle mondial dicté par les États-Unis et le capitalisme global, elle sera protégée de la guerre et des effets désastreux des disparités entre l’Occident et le «Sud global». En gros, pour vaincre la peur des maux contemporains, les Français sont invités à participer au modèle qui les a pourtant causés. Si Badiou établit un parallèle entre une telle attitude et le pétainisme, il est aussi possible de voir l’autre facette de la médaille: derrière ce que Sarkozy voulait faire passer pour une rupture avec les discours soixante-huitards pointe maintenant vers une rupture avec la critique tout-court. Et cette rupture est active, totalisante. Sarkozy acceptera toutes les critiques sur son «style», mais le système et ses «nécessités» resteront à l’abri.</p>
<p style="text-align: justify;">Si nous trouvons quelque vérité au diagnostic de Badiou, il faut rappeler que le militantisme français n’est pas mort, et au contraire bien vivant. Si la sphère politique est sclérosée comme il le sous-entend, cela ne doit pas être vu comme un obstacle imposé sur les mouvements sociaux, mais bien plutôt le signe évident qu’il leur faut continuer. En France comme ailleurs, le réel changement ne viendra que d’en bas.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.lepanoptique.com/page-article.php?id=360&amp;theme=editorial#t1">1.</a><a name="r1"></a> Voir Alain BADIOU,  «De quoi Sarkozy est-il le nom ?», dans <em>Circonstances</em>, n.4, NEL, Paris. La version révisée à laquelle je réfère ici à été publiée en anglais: Alain BADIOU, «The Communist Hypothesis», dans <em>New Left Review</em>, 49,  janvier-février 2008.</p>
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		<title>À quand une réelle autodétermination pour les peuples autochtones?</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Feb 2008 16:58:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La condition des peuples autochtones au Canada est innommable et pourtant, dans les grands médias, c’est le calme plat. On dénonce certes des cas de mauvaise hygiène publique dans les réserves ou des problèmes de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">La condition des peuples autochtones au Canada est innommable et pourtant, dans les grands médias, c’est le calme plat. On dénonce certes des cas de mauvaise hygiène publique dans les réserves ou des problèmes de dépendance à l’alcool et aux drogues qui affligent ces populations, mais le tout se fait sur un ton paternaliste et moralisant. Le décès de deux petites filles autochtones en Saskatchewan, mortes de froid parce qu’oubliées à l’extérieur par leur père intoxiqué, a propulsé le chef d’antenne de Radio-Canada, Bernard Derome, vers des sommets de simplicité intellectuelle. La manchette de son équipe de nouvelles: «Doit-on bannir l’alcool des réserves?». Peut-on imaginer une seconde que la même réflexion ait été exprimée à la télévision publique si ces décès tragiques avaient eu lieu au sein de la communauté blanche de Westmount? Le paternalisme blanc envers les peuples autochtones est le fier descendant du colonialisme génocidaire européen. Et dans certains cas, la culpabilité historique ne vient même pas teinter l’ignorance d’une dose d’humilité.</p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" 416style" src=" http://www.lepanoptique.com/apps/edition/images_editions/23/edito_native.jpg" alt=" 416style" /><br />
sookie, <em> 416style</em>, 2005<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">La question des peuples autochtones au Canada est une question politique. Historiquement, le gouvernement du Canada a tenté d’assimiler ces populations. Des assimilationnistes contemporain, comme Thomas Flanagan, prônent encore une solution semblable; les «Indiens» devraient quitter leurs réserves, participer aux merveilleuses opportunités que leur offre le capitalisme canadien et devenir des Canadiens «comme les autres». Ainsi, ils devraient faire comme les immigrants: commencer en bas de l’échelle puis, après efforts et sacrifices, récolter les fruits de leur labeur et vivre des existences «décentes», c’est-à-dire basées sur la consommation abusive, le travail sans relâche et les relations interpersonnelles instrumentalisées par le marché. Suivant cette idée, comme les immigrants les autochtones devraient s’acclimater et s’assimiler à la société canadienne. Le <em>White Paper</em> Trudeau-Chrétien de 1969 ne proposait pas mieux: éliminer le statut, l’identité et même le mot «indien» des lois canadiennes. Il ne s’agissait pas ici de remplacer le malheureux terme «indien» par une autre dénomination plus respectueuse, mais bien plutôt de gommer cette identité culturelle… Nous sommes tous des Canadiens!</p>
<p style="text-align: justify;">Le seul problème, ici, c’est que les autochtones ne sont pas des immigrants. En ce qui concerne les Amériques, ce sont plutôt les populations européennes qui sont immigrantes. En suivant la logique des assimilationnistes, nous devrions conclure que ce sont les colons qui auraient dû s’acclimater et s’assimiler à leurs sociétés d’accueil. Derrière cet argument se cache donc le vieux préjugé que les sociétés européennes auraient quelque chose de supérieur et d’universel, justifiant ainsi l’exportation de leurs principes au-delà des frontières culturelles. Non que ces frontières soient et doivent être étanches. Il s’agit plutôt de reconnaître que ces arguments assimilationnistes n’ont rien à voir avec un dialogue et un respect entre deux cultures, mais mènent plutôt à la disparition de l’une au profit de l’autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Déjà, l’<em>Indian Act </em>de 1876 refusait de reconnaître le statut de nation ainsi que le droit à la souveraineté aux peuples autochtones. Le gouvernement du Canada voulait alors affirmer et épurer sa toute jeune souveraineté et consolider l’emprise de la couronne sur le territoire «canadien». Il brisait ainsi, au plan légal, plus de 250 ans de reconnaissance du statut de nation aux peuples autochtones dans le droit international, surtout chez des auteurs comme Vittoria. Bien que cette reconnaissance légale n’ait pas empêché, au plan historique, des épisodes d’exploitation violente des autochtones par les colons,  voire des épisodes génocidaires dans certains cas, elle obéissait tout de même au principe de fédéralisme des traités, dans lequel le droit des autochtones de négocier en tant qu’entité souveraine avec les représentants de sa majesté était reconnu. En créant les fameux conseils de bande, l’<em>Indian Act </em>a complètement détruit les institutions politiques traditionnelles autochtones. Ces conseils de bande ont transformé le leadership politique consensuel typique des peuples autochtones en structure libéralo-représentative. Du coup, le gouvernement canadien refusa de négocier avec toute autre entité politique que ces conseils. Aujourd’hui, les conseils de bande sont vus par la plupart des Canadiens et Canadiennes comme une institution politique traditionnelle autochtone. Il est bon de rappeler leur origine. Ceci dit, les communautés autochtones ont fait ce qu’elles ont pu à l’intérieur de ces structures imposées qui ne respectent pas leurs traditions culturelles et politiques. Mais les pouvoirs accordés par le gouvernement canadien aux conseils de bande demeurent bien en deçà de n’importe quel standard d’autodétermination.</p>
<p style="text-align: justify;">Le gouvernement du Canada, malgré la signature de nombreux traités depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, n’a que rarement respecté sa parole, ces traités n’ayant pas force de loi dans la législation canadienne. Alors que les médias dépeignent plus souvent qu’autrement les revendications territoriales des peuples autochtones comme des tentatives de morceler le pays, la situation réelle est que ces revendications concernent le non-respect de traités déjà signés par le gouvernement du Canada: des terres appartenant aux peuples autochtones sont utilisées comme site d’enfouissement de déchets pendant que l’industrie forestière ravage l’habitat naturel et les écosystèmes dont ces gens dépendent pour la survie de leur mode d’existence traditionnel. Les peuples autochtones expriment que très rarement de nouvelles revendications. Ils demandent plutôt le respect des traités et la reconnaissance de leur souveraineté sur leurs ressources. Que le conseil de bande soit habilité, par le gouvernement du Canada, a choisir l’emplacement de la fosse septique sur la réserve n’équivaut pas à de l’autodétermination.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis 1995, une brèche a été créée dans l’armature colonialiste du Canada. En effet, le gouvernement canadien a reconnu aux peuples autochtones, après de longues luttes, un «droit inhérent» à l’autodétermination. «Inhérent» puisque ces peuples ont joui de cette souveraineté politique des dizaines de milliers d’années durant avant que le colonialisme lui confère un statut juridique fantoche. En stipulant que la Constitution de 1982 reconnait ce droit, les autochtones se retrouvent dans une position où ils peuvent théoriquement enchâsser tout traité négocié dans la loi fondamentale du pays, c’est-à-dire que ces traités pourraient acquérir force constitutionnelle. Pour l’instant, même si cette possibilité théorique existe, les avancées pratiques sont timides.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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<p style="text-align: justify;">Il est temps de décoloniser le Canada. Les citoyen-ne-s canadien-ne-s  doivent combattre les préjugés racistes qui forment l’<em>ethos</em> médiatique au pays et qui représentent les autochtones comme des sous-humains, incapables de s’occuper d’eux-mêmes et ayant besoin de l’aide du gouvernement du Canada qui, historiquement, a plutôt détruit leurs sociétés. N’importe quelle société privée d’une relation politique libre avec elle-même et d’une relation d’existence libre avec ses ressources se trouvera dans une position de dépendance envers ses exploiteurs. La longue histoire mondiale du colonialisme et de l’impérialisme l’a amplement démontré. Les peuples autochtones doivent continuer la lutte pour obtenir le contrôle des ressources se trouvant sur leurs territoires. De plus, ils doivent être en mesure de déterminer eux-mêmes leurs structures politiques et la façon dont le leadership y est exercé. Finalement, la relation entre la société canadienne et les sociétés autochtones doit évoluer vers un rapport décolonisé.</p>
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		<title>La démocratie ou comment abuser d’un concept</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Feb 2008 23:10:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En termes de politique étrangère américaine, l’agenda néoconservateur a connu son apogée lors du premier mandat de George W. Bush. Cet agenda a entre autres proposé d’exporter la démocratie, par les armes s’il le fallait, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>En termes de politique étrangère américaine, l’agenda néoconservateur a connu son apogée lors du premier mandat de George W. Bush. Cet agenda a entre autres proposé d’exporter la démocratie, par les armes s’il le fallait, comme meilleur moyen pour les États-Unis de maintenir leur statut de superpuissance. Les principales critiques de cette politique ont particulièrement porté sur l’idée «d’exportation» qui a été dénoncée avec justesse comme une forme d’impérialisme à peine déguisé. Étrangement, l’intégrité du concept de démocratie n’a presque pas été questionnée. Pourtant, la démocratie dont il est question ici est un concept idéologisé et contradictoire. Non pas que l’idée de «pouvoir au peuple» soit douteuse; c’est plutôt le fait que cette idée n’ait pas vraiment d’incarnation dans la réalité qui est problématique. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img class="" title=" Folkert de Jong " src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/22/edito_democratie.jpg" alt=" Folkert de Jong " /><br />
<em> Folkert de Jong </em>, 2005<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">La démocratie n’est bien entendu pas une invention moderne. Il semble d’ailleurs qu’elle soit apparue dans l’histoire antique comme un fait social avant d’être une idéologie. Le parcours historique de la paysannerie attique, aux VIIe et VIe siècles avant notre ère, aura vu certains regroupements de paysans s’affranchir politiquement jusqu’à ce que des luttes, les opposant aux propriétaires terriens, mènent certains réformateurs comme Solon et Cleisthènes à élargir le principe de citoyenneté au-delà des limites traditionnelles. Platon et Aristote, deux féroces adversaires de la démocratie, nous ont donné les premières conceptualisations de ce phénomène politique. Pour Aristote, la démocratie était simplement le gouvernement des pauvres;  non pas de la majorité, puisque le philosophe mentionne clairement que même dans un cas utopique où les pauvres minoritaires domineraient les riches, il s’agirait toujours d’une démocratie.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans sa variante moderne, la démocratie libérale n’est en fait qu’une contradiction du gouvernement des pauvres. La classe politique sert davantage les intérêts des élites économiques, surtout en cette ère néolibérale. L’État lui-même a été réduit à une machine créatrice d’environnements favorables aux investissements. Les partis politiques sont davantage des machines de financement que des lieux de débat d’idées. Alors qu’au Canada la discipline de parti empêche les député-e-s de réellement représenter leurs électeurs et électrices, aux États-Unis, les pratiques lobbyistes favorisent drastiquement les groupes les mieux financés. Bref, si Aristote pouvait observer la démocratie à la sauce capitaliste, il proposerait sans doute une analyse différente de celle qu’il nous a laissée.</p>
<p style="text-align: justify;">La démocratie est devenue un fourre-tout que l’on louange en tant que principe fondateur de nos sociétés mais que l’on exècre à exercer. Étrangement, personne ne monte aux barricades lorsqu’un politicien ou une politicienne déclare le plus candidement du monde que «les gens ne veulent pas d’élections», ce nouveau slogan des gouvernements minoritaires. En science politique, les théories du choix rationnel «démontrent» qu’il est en fait désavantageux d’un point de vue individuel et utilitariste de prendre le temps d’aller voter. Mais alors que nos élites tiennent de plus en plus à exporter la démocratie, par les armes s’il le faut, il suffit que les Palestiniens élisent démocratiquement le Hamas pour que d’un coup les puissances en cause dans la région coupent les vivres à l’Autorité palestinienne. Les élections truquées sont légions et plusieurs doutent de la légitimité de l’élection du dernier président américain, en plein idéal-type de la société démocratique.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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<p style="text-align: justify;">Faut-il dès lors placer la démocratie au banc des accusés? Ou faut-il plutôt critiquer la forme spécifique que prend la démocratie dans le monde moderne? Le côté sombre de la démocratie ne réside peut-être pas tant dans son exportation, mais dans le reflet de ce que le capitalisme et le cynisme politique en ont fait.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Un Hugo Chavez en gris</title>
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		<pubDate>Sat, 15 Dec 2007 13:57:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Presque personne sur la planète ne peut se vanter de soulever les passions autant qu’Hugo Chavez. Le président vénézuélien a continué de faire parler de lui, alors qu’il a proposé au peuple vénézuélien pas moins [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Presque personne sur la planète ne peut se vanter de soulever les passions autant qu’Hugo Chavez. Le président vénézuélien a continué de faire parler de lui, alors qu’il a proposé au peuple vénézuélien pas moins de 69 amendements constitutionnels lors d’un référendum, le 2 décembre dernier. Le rejet serré du projet, par 51% des voix contre 49%, constitue la première véritable défaite électorale pour Chavez en près de neuf ans au pouvoir.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title="dessin de Nath Paresh National Herald in India La chaîne du pouvoir vénézuélien" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/19/edito.jpg" alt=" dessin de Nath Paresh National Herald in India «La chaîne du pouvoir vénézuélien» " width="294" height="214" /><br />
Iban Arantzabal, <em> dessin de Nath Paresh<br />
National Herald in India «La chaîne du pouvoir<br />
vénézuélien» </em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Pour l’observateur étranger, ce référendum aura eu pour effet de souligner à quel point il est ardu de trouver de la documentation objective sur la politique vénézuélienne. En effet, la couverture médiatique de cette scène politique, particulièrement en Occident, ne donne généralement pas dans la nuance. Chavez est plus souvent qu’autrement dépeint comme un populiste autocrate, sinon un dictateur. Ses liens avec Fidel Castro sont soulignés en caractères gras et son allergie aux médias privés, qui a à quelques reprises carrément mené à la censure, sont les principaux clous que les médias enfoncent à répétition. Du coté des cercles gauchistes et gauchisants, Chavez est l’emblème de la résistance à l’impérialisme américain, l’ultime espoir d’un socialisme renouvelé, et le fossoyeur du capitalisme sauvage. Bien que nous ayons droit, en quelques rares occasions, à un peu de gris entre le noir et le blanc, le fait demeure que Chavez polarise les opinions, autant au sein de la société vénézuélienne que dans les médias étrangers. Entre des points de vue idéologisés autant à gauche qu’à droite, est-il possible d’en arriver à une vision plus nuancée du projet politique socialiste de Chavez?</p>
<p style="text-align: justify;">Les accusations contre Chavez se situent souvent au plan de la concentration du pouvoir. Les critiques de droite, par exemple, profitent de chaque occasion possible pour répéter le dogme néolibéral «socialisme =dictature». Ces critiques ont été exacerbées par certains amendements constitutionnels proposés par Chavez, notamment celui qui aurait mis fin à la limitation du nombre de mandats possibles pour le président. À en croire certains médias, les vénézuéliens et les vénézuéliennes courraient tout droit vers la dictature à vie de Chavez. Les résultats du référendum d’une part, et leur acceptation par le pouvoir d’autre part, semblent faire mentir les bien-pensants pour qui l’autocratie avait déjà triomphé au Venezuela et la démocratie était morte. À titre comparatif, ce n’est pas au Venezuela que le chef du gouvernement dirige à la fois les pouvoirs exécutifs et législatifs, nomme les juges de la Cour suprême et les membres du Sénat, exerce une discipline de fer dans son parti et peut être réélu à vie sans aucune limite constitutionnelle. C’est au Canada.</p>
<p style="text-align: justify;">D’autre part, la corruption des cercles proches du président ne doit pas être passée sous silence par les observateurs de gauche. Même si quelqu’un démontre de la sympathie pour certaines mesures sociales qui ont grandement bénéficié aux classes populaires du pays, il ne peut ignorer que certains des bénéfices qui ont découlé de la nationalisation de secteurs importants de l’économie ont été partagés au sein de réseaux clientélistes proches du président. La justice sociale, terme cher à la révolution bolivarienne, nécessite que ces pratiques soient dénoncées par la gauche. De plus, il ne suffit pas de blâmer le faible taux de participation pour expliquer la défaite référendaire (54%); il faut que les sympathisants de Chavez se demandent pourquoi les électeurs ont été aussi peu nombreux à voter. Pour un leader décrit comme populiste, cette fois Chavez n’aura pas réussi à faire passer son message aux masses.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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<p style="text-align: justify;">Bien qu’il apparaisse contre-intuitif de tirer une telle conclusion, cette défaite référendaire pourrait bien avoir des effets bénéfiques pour Chavez. En effet, malgré un support moins évident à l’interne, le président vénézuélien pourra gagner des points sur un autre front puisqu’il deviendra difficile pour ses critiques de le taxer d’autocrate et de dictateur alors qu’il fût le premier à accepter sa défaite référendaire, même si les résultats étaient des plus serrés. Aussi, Chavez n’aura d’autre choix que de rester à l’écoute de sa population, de laisser de coté les grands projets du socialisme théorique imposé d’en haut, et de se concentrer sur la mise en place d’un socialisme pratique et <em>démocratique</em>. Ce référendum aura affirmé ce qui devra demeurer l’ultime principe de la scène politique vénézuélienne: que ni Chavez ni ses adversaires politiques aient le dernier mot sur le cours et le terme de la Révolution bolivarienne, mais bien les citoyens et citoyennes. De son coté, Chavez fera bien de se rappeler que le socialisme du XXIe siècle, comme il le nomme, sera démocratique ou ne sera pas.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>SIDA</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Dec 2007 18:02:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Éditoriaux / Editorials]]></category>
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		<category><![CDATA[Français]]></category>
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		<description><![CDATA[Le 1er décembre est la journée mondiale de la lutte contre le SIDA. S’il semble que le SIDA occupe une place moins importante dans la conscience collective occidentale depuis quelques années, il est impératif de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le 1er décembre est la journée mondiale de la lutte contre le SIDA. S’il semble que le SIDA occupe une place moins importante dans la conscience collective occidentale depuis quelques années, il est impératif de rappeler que cette maladie est loin d’être en régression, surtout au plan international.</strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title="Plan rapproché crème de tissu" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/18/edito-dec.jpg" alt="Plan rapproché crème de tissu" width="216" height="278" /><br />
Richie, Diesterheft, <em>Plan rapproché<br />
crème de tissu</em>, 2006<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">On parle de moins en moins du SIDA dans les pays occidentaux. L’avènement de nouveaux traitements, tel les trithérapies rétrovirales, fait partie des facteurs qui ont contribué à réduire la place qu’occupe la lutte au SIDA dans les médias et dans l’espace public. En fait, selon ONUSIDA, le taux de séropositivité se serait stabilisé en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord au cours des quelques dernières années<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=305&amp;theme=editorial#r1">1</a><a name="t1"></a></sup>. Il est toutefois important de noter qu’il n&#8217;existe aucun vaccin permettant d&#8217;éradiquer le virus. Les avancées en terme de traitement se situent plutôt au plan du ralentissement de la prolifération du VIH dans l’organisme. De plus, une stabilisation du taux de séropositivité ne signifie pas qu’il n’y a pas de nouvelles infections, mais bien plutôt que le taux de contamination n’est plus en hausse, ce qui nous laisse néanmoins, en Amérique du Nord seulement, avec environ 43 000 nouvelles infections par année. Nous sommes donc loin d’une diminution, encore moins d’une éradication de la maladie. Pourtant, il semble que le discours médical et médiatique portant sur le SIDA, en Occident, devienne banal. Nous entendons de plus en plus souvent que le SIDA est devenu une maladie contrôlable à l’aide de traitements. Faisons-nous l’autruche en banalisant une maladie encore mortelle, causant 3 millions de décès durant la seule année 2006 à l’échelle du monde?</p>
<p style="text-align: justify;">Si des avancées ont été possibles dans la lutte contre le SIDA, c’est grâce aux campagnes de sensibilisation et de prévention, au travail acharné de divers intervenants et intervenantes dans plusieurs domaines, et à la recherche. Il est impératif de continuer dans cette voie, puisque nous voyons qu’il est possible d’obtenir des résultats de cette façon. Ceci étant dit, l’apparence d’embellie dans les pays occidentaux ne doit pas mener à une autosatisfaction passive; nous devons redoubler d’efforts. Qui plus est, nous devons considérer la situation des pays occidentaux au sein d’une perspective globale. Et cette perspective est alarmante.</p>
<p style="text-align: justify;">La situation de la propagation du SIDA dans diverses régions du monde est troublante. L’Afrique subsaharienne compte à elle seule près de 60% des personnes infectées dans le monde. Inutile d’ajouter que le nombre de décès et les taux de propagation y sont également les plus élevés. Si cette situation est connue depuis quelques années déjà, les moyens déployés pour y remédier sont insuffisants. On estime qu’un adulte sur trois, au Swaziland, vit avec le VIH. De plus, les femmes sont plus durement touchées, et le taux d’infection chez les enfants ne cesse d’augmenter. Malgré certains progrès sur le plan de l’accessibilité aux traitements requis, plus de 77% des malades ne sont toujours pas soignés.</p>
<p style="text-align: justify;">D’autres régions sont maintenant de plus en plus éprouvées par la pandémie. En Europe orientale et en Asie centrale, le nombre de nouvelles infections a augmenté de 70%(!). En Asie du Sud et du Sud-Est, entre 2004 et 2006, le nombre de nouvelles infections a bondi de 15%. La combinaison entre, d’une part le manque de ressource pour la prévention et le traitement,  et d’autre part l’importante concentration de population dans certaines de ces régions, fait craindre aux observateurs de l’ONUSIDA une hausse marquée du nombre de nouvelles infections. Il est impératif que nous supportions les initiatives de la lutte contre le SIDA dans ces parties du monde et que nous remettions la banalisation du discours ambiant en contexte.</p>
<p style="text-align: justify;">Devant cette situation, plusieurs choses sont à dénoncer. Parmi elles, mentionnons seulement l’hypocrisie de certains gouvernements, notamment celui de l’Afrique du Sud, devant le problème; le manque de ressources des intervenants et intervenantes sur le terrain; l’occidentalo-centrisme ambiant qui nous laisse croire que le SIDA est un problème à demi réglé; l’attitude de certains mouvements religieux, qui continuent de condamner moralement l’utilisation de moyens contraceptifs qui protègent du SIDA; les compagnies pharmaceutiques, qui font obstacle à l’accessibilité aux traitements chez les malades pauvres.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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<p style="text-align: justify;">Il est important de réaliser que la pandémie mondiale de SIDA n’est pas un phénomène incontrôlable. Il existe des moyens d’en freiner l’expansion. ONUSIDA calculait, en 2004, qu’amasser 20 milliards de dollars en trois ans devrait permettre d’organiser une campagne de lutte efficace en vue de freiner l’épidémie. Si ces objectifs financiers ne sont pas atteints, nous devons questionner les priorités de nos gouvernements et des divers acteurs économiques. Il est difficile d’arguer que 20 milliards de dollars sur trois ans constitue une ponction irréaliste sur les budgets publics alors que les dépenses militaires de nos gouvernements ont frisé les 3000 milliards de dollars pour la même période. De plus, les profits combinés de 10 des plus grandes compagnies pharmaceutiques ont atteint les 58 milliards pour la seule année 2005, alors qu’elles avaient dépensé en frais de marketing et d’administration, entre 1996 et 2005, plus de 739 milliards(!)<sup><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=305&amp;theme=editorial#r2">2</a><a name="t2"></a></sup>. Il semble donc qu’il s’agisse davantage  d’une question de priorité que d’une question de liquidité…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Quelques chiffres qui parlent  d’eux-mêmes: </em><br />
<em>-Chaque année, un peu plus de 3 millions de personnes meurent du SIDA, soit l’équivalent de la population du Liban, par exemple.</em><br />
<em>-Chaque année, plus de 5  millions de personnes sont nouvellement infectées, soit l’équivalent de la  population de l’Irlande.</em><br />
<em>-Depuis 1981, 25 millions de personnes sont mortes du SIDA, soit l’équivalent de la population de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande combinées.</em><br />
<em>-En ce moment, 40,1 millions  de personnes sont séropositives dans le monde.</em> <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong> (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=305&amp;theme=editorial#t1">1.</a><a name="r1"></a> Les statistiques et données proviennent du rapport annuel d’ONUSIDA 2006. Il est disponible en format pdf à l’adresse suivante: http://www.aidh.org/sante/images/2006-SIDAFr.pdf<br />
<a href="http://ancien.lepanoptique.com/page-article.php?id=305&amp;theme=editorial#t2">2.</a><a name="r2"></a> Les 10 compagnies sont: Pfizer, Johnson&amp;Johnson, GlaxoSmithKline, Novartis, Roche Group, Abbott Laboratorie, Merck, Bristol-Myers Squibb, Wyeth, Eli Lilly. Voir l’étude publiée par la Chaire d’Études Socio-économiques de l’UQAM: Analyse socio-économique: Industrie pharmaceutique mondiale pour la période 1996-2005, disponible à l’adresse http://www.uqam.ca/nouvelles/2006/06-256.htm</p>
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		<title>Éditorial</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Nov 2007 19:18:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jonathan Martineau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Éditoriaux / Editorials]]></category>
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		<category><![CDATA[Français]]></category>
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		<category><![CDATA[santé]]></category>

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		<description><![CDATA[Pilules, diètes, produits de beauté, oméga 3, liposuccion, lifting, on serait porté à croire que le corps revient en force dans la culture occidentale. Si la longue tradition de philosophie morale occidentale fût dominée largement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Pilules, diètes, produits de beauté, oméga 3, liposuccion, <em>lifting</em>, on serait porté à croire que le corps revient en force dans la culture occidentale. Si la longue tradition de philosophie morale occidentale fût dominée largement par une ontologie de l’esprit ou de la raison, il semble maintenant que le soin de son propre corps soit la clé vers un comportement moralement bon. </strong></p>
<div class="photo" style="text-align: justify;"><img title="James figurine – 55566688833" src="http://www.lepanoptique.com/images/articles/16/edito-body.jpg" alt="James figurine – 55566688833" width="294" height="214" /><br />
Juan Almonacid,<br />
<em>James figurine – 55566688833</em>, 2007<br />
Certains droits réservés.<br />
<img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_public.gif" border="0" alt="" /> <a href="http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="new"><img src="http://www.lepanoptique.com/wp-content/uploads/2009/07/icon_creative_commons.gif" border="0" alt="" /></a></div>
<p style="text-align: justify;">Il faut retourner à Aristote pour trouver une conception de la morale qui englobe le soin du corps. Quoique dans une position subordonnée à l’esprit, le corps chez Aristote joue un rôle dans l’atteinte de la vie vertueuse. En effet, si seulement les aristocrates de bonne naissance peuvent aspirer à l’ultime échelon de la vie bonne, il n’est pas automatique qu’une telle personne l’atteigne. En plus des qualités de l’esprit, la vie bonne requiert qu’un homme (jamais une femme) soit raisonnablement beau, bien constitué physiquement, et que son corps ne soit pas déformé par l’action corruptrice du travail manuel. Cela dit, bien qu’Aristote valorise également la vie politique, l’ultime vie bonne est une vie contemplative de recherche de la vérité.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus près de nous, la morale kantienne nous propose un modèle ou l’être humain est considéré comme rationnel et où l’intention derrière l’action détermine sa valeur morale. Il ne s’agit pas d’obtenir un effet moralement acceptable, mais bien plutôt d’être animé d’une intention qui ne réduise jamais un autre être humain au rang de moyen, mais qui le considère toujours comme une fin en soi.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien que ces deux exemples soient loin de résumer la pensée occidentale sur ces questions, il est frappant de constater que l’action morale ou la vie bonne sont intimement reliées aux facultés de l’esprit. Il ne s’agit pas de cultiver son corps comme lieu d’accomplissement moral, mais plutôt de diriger son esprit vers l’atteinte du bon.</p>
<p style="text-align: justify;">Or il semble que la frénésie contemporaine entourant le soin du corps place celui-ci comme ultime espace de la conduite morale. L’individualisme porté à son paroxysme occulte les relations entre les êtres humains, et nous présente le comportement moral comme un soin de son corps. Une personne ‘bonne’ est une personne qui soigne son apparence physique, qui mange bien, qui maintient un ‘poids santé’. Nous sommes portés à juger de la qualité morale d’une personne par son apparence physique. Il est moralement condamnable de ne pas manger ‘santé’, de fumer, de ne pas faire d’exercice et d’avoir des rides. L’idéal moral n’est plus tant de se consacrer à une vie contemplative, ou d’avoir une conduite réglée selon des impératifs dictés par la raison. L’idéal, c’est ce corps mince, en santé, et d’apparence jeune*.</p>
<p style="text-align: justify;">Or, il est intéressant de constater que l’industrie mondiale des produits cosmétiques engrange un chiffre d’affaire annuel de cinq fois supérieur au total global des budgets publics d’éducation. En terme purement financier, nous dépensons cinq fois plus d’argent en soin cosmétiques pour le corps que dans l’éducation des facultés de l’esprit pour nos enfants. Nous n’avons plus besoin de former de citoyens et citoyennes critiques puisque la fin de l’histoire est arrivée et la démocratie libérale est indépassable. Nous n’avons plus besoin de culture générale, mais bien plutôt d’un savoir hyper-spécialisé qui servira une fonction précise dans l’appareil de production. Si chaque individu peut ‘prendre soin de soi’ et rester en santé, il pourra travailler mieux, produire plus et plus longtemps.</p>
<div style="text-align: justify;"><script type="text/javascript">// <![CDATA[
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<p style="text-align: justify;">Donc, le corps a repris une place de choix dans la morale occidentale, pas comme fin en soi mais plutôt comme paroxysme de l’individualisme et comme instrument de productivité. Pendant ce temps, les corps qui saignent, les corps matraqués des moines birmans, les corps violés des femmes du Darfour, les corps exploités par les besoins de la production, sont occultés au profit d’un corps ‘idéal’, cet idéal qui alimente les coffres de l’industrie cosmétique. Une revalorisation du corps ou une marchandisation du corps ?   <strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Voir les travaux de la philosophe italienne Michele Marzano</p>
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